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L'Avortement Illégal : Lettres de Détresse et le Rôle Crucial du Docteur Milliez

L'histoire de l'avortement en France est marquée par la lutte pour le droit des femmes à disposer de leur corps. Avant la légalisation de l'IVG, l'accès à l'avortement était clandestin, dangereux et inégalitaire. Des documents récemment découverts mettent en lumière la détresse des femmes qui cherchaient désespérément à interrompre une grossesse non désirée, ainsi que le rôle crucial de personnalités comme le docteur Paul Milliez et Gisèle Halimi dans la défense de ce droit fondamental.

La Découverte d'Archives Bouleversantes

Après le décès de Gisèle Halimi en 2020, l'association Choisir a dû déménager ses locaux. Violaine Lucas, la directrice générale de l'association, a alors découvert des archives précieuses, notamment des lettres de femmes qui souhaitaient avorter à une époque où c'était illégal. Ces lettres, publiées dans un recueil intitulé Lettres pour un avortement illégal, 1971 - 1974, témoignent de la réalité de l'avortement clandestin et des inégalités sociales qui y étaient associées.

Les locaux de “Choisir la cause des femmes” étaient en fait un bureau à l'intérieur du cabinet d'avocat de Gisèle Halimi, qui lui-même se trouvait être aussi dans l'appartement où vivait Gisèle Halimi. Les héritiers souhaitaient vider les locaux et "Choisir" devait donc déménager. Dans l'urgence, il a été décidé de déposer les archives de "Choisir", en tant qu’association, aux Archives du féminisme à Angers car des contacts avaient été établis avec ce centre d’archives.

Lors du déménagement, une foule de données ont été découvertes : des discussions avec des parlementaires, des discussions avec des médecins, une lettre adressée au journal Ouest-France. C’est là qu’on a trouvé le texte des 343 femmes, qu’on a mis sur le site de “Choisir” depuis, et qu’on peut consulter. Il s'agit du texte annoté du manifeste des 343 femmes déclarant s'être fait avorter. Des noms sont ajoutés et c'est assez bouleversant.

Le Docteur Milliez : Un Allié Inattendu

Parmi les documents découverts, une correspondance avec le docteur Paul Milliez s'est avérée particulièrement émouvante. Paul Milliez était médecin, prix Nobel de médecine, et allié de Gisèle Halimi pour défendre le droit des femmes à avorter, même si lui-même ne pratiquait pas d’avortements. Il avait témoigné au procès de Bobigny, en 1972, où Gisèle Halimi, comme avocate, défendait Marie-Claire Chevallier, poursuivie pour avoir avorté après un viol.

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Cette correspondance est inestimable quand on sait que le Dr Milliez intervenait par exemple à la télévision pour faire valoir la dépénalisation de l’avortement. Le Professeur Milliez était notamment très sensible à la dimension sociale de l’avortement, et au fait que les femmes les plus modestes n’avaient pas les mêmes possibilités d’avorter en toute sécurité.

Les Lettres : Un Cri de Détresse

Les lettres adressées au docteur Milliez révèlent la détresse profonde des femmes qui cherchaient à avorter. Ces femmes étaient souvent jeunes, pauvres, déjà mères de plusieurs enfants, parfois victimes de viol ou confrontées à la maladie de leur mari. Elles considéraient l'avortement comme une question de vie ou de mort et certaines menaçaient même de se suicider si elles étaient contraintes de mener leur grossesse à terme.

Ces lettres sont aussi de femmes issues de la France rurale, du monde agricole, qui vont écrire au Professeur Milliez. Ce portrait sociologique, c’est le portrait social de ces femmes qui sont dans une grande détresse, dans une grande solitude, et qui ne peuvent pas choisir d'avoir cette grossesse. Or ce sont les femmes les plus précaires.

En lisant ces lettres, on est frappé par la vulnérabilité de ces femmes et par le manque d'options qui s'offraient à elles. L'avortement clandestin était non seulement dangereux pour leur santé, mais aussi financièrement inaccessible pour les plus démunies.

L'Avortement : Une Question de Justice Sociale

Les témoignages contenus dans ces lettres rappellent que l'accès à l'avortement est une question de justice sociale. Comme le souligne Annie Ernaux, pour une femme riche, avorter allait de soi. Elle pouvait avorter quand elle voulait, où elle voulait, parce qu'elle avait des réseaux, des moyens financiers pour aller se faire avorter comme elle le voulait et de façon parfaitement sécure. En revanche, les femmes pauvres, étaient de tous temps contraintes à la clandestinité.

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Gisèle Halimi avait mis en évidence à quelles catégories sociales appartenaient les femmes qui étaient condamnées pour avoir eu des avortements clandestins. C’était toujours des employées modestes, des femmes dans des situations de précarité.

Défendre la cause de l'avortement, d'un avortement libre, gratuit et choisi, c'est donc une cause sociale. Les adversaires de l'IVG affirment souvent qu'un avortement n'est pas normal, que c'est du confort ou que cela se substitue à la contraception. Or, ces idées sont complètement fausses. Une femme qui veut avorter, elle va aller avorter. Et quand elle est dans un état de faiblesse économique, quand c'est compliqué pour elle, quand elle est isolée, ce sont toujours ces femmes-là qui vont mourir d'avortement clandestin, qui vont mettre leur vie en danger.

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