L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est une réalité à laquelle de nombreuses femmes sont confrontées. En France, entre 215 000 et 230 000 IVG sont pratiquées chaque année, selon la DRESS. Bien que l'IVG soit un droit légalement reconnu, elle suscite de nombreuses questions, notamment en ce qui concerne ses conséquences psychologiques. Cet article vise à explorer en profondeur ces conséquences, en s'appuyant sur des études scientifiques et des témoignages, afin de démêler les idées reçues et d'offrir une information claire et nuancée.
L'IVG et les Troubles Psychologiques : Un Lien Complexe
L'idée que l'IVG entraîne inévitablement des troubles psychologiques est très répandue. En effet, de nombreuses femmes rapportent des souffrances psychologiques après une IVG, parfois accompagnées de troubles graves comme la dépression, l'anxiété ou des idées suicidaires. Plus de 180 publications scientifiques ont relaté les séquelles psychologiques de l’IVG. Cependant, il est essentiel de distinguer corrélation et causalité. Prouver que l'IVG est la cause directe de ces troubles est scientifiquement difficile.
Une étude danoise menée entre 2000 et 2016 sur 523 380 femmes âgées de 18 à 36 ans a révélé que 9,4 % des femmes avaient avorté au moins une fois. Les femmes ayant avorté présentaient un risque de tentative de suicide d'issue non fatale plus élevé que celles n'ayant pas eu recours à l'IVG. Cependant, ce risque était similaire durant l'année précédant et l'année suivant l'IVG. Cela suggère que des facteurs préexistants peuvent jouer un rôle plus important que l'IVG elle-même.
Le laboratoire du Pr René Ecochard a examiné 184 articles, dont 78 ont été analysés en détail. Parmi 2043 publications recensées avec les mots-clés « induced abortion psychological », plus de 180 traitent des troubles psychologiques post-IVG.
L'American Psychological Association (APA) a également conclu qu'il n'existe pas de preuve formelle que l'IVG cause directement les troubles psychologiques. L'APA souligne que des facteurs préexistants tels que la pauvreté, la violence ou la consommation de drogues compliquent l'analyse. Établir une causalité directe nécessiterait un essai randomisé, ce qui est éthiquement et pratiquement impossible.
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Ne pas prouver la causalité ne signifie pas nier les troubles. La société fait face à un silence pesant autour de l’IVG, qui nuit à l’accompagnement des femmes, des couples et des familles. Le corps médical doit protéger à la fois la mère, le père et l’enfant, en particulier dans ces moments de vulnérabilité. Les témoignages de femmes et les données scientifiques convergent : les troubles psychologiques post-IVG sont fréquents et graves.
Le Syndrome Post-Avortement : Une Idée Reçue Persistante
Sur internet et les réseaux sociaux, l'idée d'un "syndrome post-avortement" est largement diffusée. Ce syndrome est présenté comme un ensemble de symptômes psychologiques (perte de l'estime de soi, troubles alimentaires, troubles du sommeil, dépression, pensées suicidaires) liés à la culpabilité d'avoir avorté.
Cependant, les grandes revues médicales et les experts en psychiatrie sont formels : le syndrome post-abortif, tel qu'il est décrit par les réseaux anti-IVG, n'existe pas. Cette idée s'encastre dans une histoire longue et dramatisante de nos représentations sur l'avortement.
Cette bascule de l'argumentaire anti-IVG intervient quand les milieux anti-avortement se coulent dans les questions d'égalité hommes-femmes, et la défense des droits humains.
Les Facteurs Influençant le Vécu Psychologique de l'IVG
Le vécu d'une IVG est personnel et varie d'une femme à l'autre. C'est souvent le contexte de sa réalisation et l'accompagnement autour de l'IVG qui peuvent avoir un impact psychologique. Les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent contribuer au mauvais vécu d'une IVG.
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Plusieurs facteurs peuvent influencer la manière dont une femme vit une IVG :
- Le contexte de la grossesse : Grossesse non désirée, difficultés financières, problèmes relationnels, etc.
- L'entourage : Soutien ou jugement de la famille, du partenaire, des amis.
- L'accompagnement médical et psychologique : Qualité de l'information, écoute, disponibilité des professionnels de santé.
- Les convictions personnelles et religieuses : Croyances sur la vie, la mort, la morale.
- L'histoire personnelle : Antécédents de troubles psychologiques, traumatismes.
Il n'est en effet pas envisagé de nier la tristesse que peuvent ressentir certaines femmes dont la situation peut être difficile.
L'Importance de l'Accompagnement et du Soutien
Face aux grossesses non désirées, il est urgent de proposer un accompagnement plus humain et transparent. En cas d'IVG, un suivi psychologique adapté est essentiel pour aider les femmes à surmonter ce qui peut être un drame majeur.
Conformément aux recommandations de la Haute Autorité de santé, la formation des équipes chargées de la mise en œuvre de l'IVG est encouragée. Un accompagnement à caractère psycho-social est également proposé aux femmes ayant recours à une IVG. En application de l'article L. 2212-4 du code de la santé publique, toute femme qui souhaite accéder à une aide sur ce plan peut bénéficier d'entretiens avec des professionnels qualifiés, avant et après l'intervention.
Plusieurs options sont disponibles pour obtenir de l'aide et du soutien :
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- Les professionnels de santé : Médecins, sages-femmes, psychologues.
- Les centres de santé sexuelle (anciens centres de planification et d'éducation familiale) : Ils offrent des consultations, des informations et un accompagnement gratuit.
- Les associations : Le Planning familial, par exemple, propose un soutien important.
- Les groupes de parole : Ils permettent de partager son expérience avec d'autres femmes ayant vécu une IVG.
Un accompagnement psychologique par un professionnel peut également être mis en place si vous en ressentez le besoin.
L'Impact sur les Enfants Nés Après un Avortement
Naître après qu'une mère ait subi un avortement peut avoir un impact profond et souvent méconnu sur l'enfant qui suit. Bien qu'invisible et non verbalisé, ce contexte particulier peut imprégner l'inconscient de l'enfant de sentiments de vulnérabilité et de peurs liées à la survie et à la sécurité.
Les individus nés dans ces circonstances peuvent porter en eux un sentiment d'insécurité existentielle, se traduisant par une peur persistante d'être en danger. Cette sensation peut osciller entre se percevoir comme une victime potentielle et adopter des comportements de défense, parfois en se positionnant dans un rôle de bourreau, comme mécanisme de survie face à l'angoisse profonde d'être vulnérable.
Ce conflit intérieur peut se manifester par divers symptômes, tels que l'anxiété, une méfiance accrue envers autrui, et des difficultés à établir des relations stables et sécurisantes. Ces manifestations sont souvent le reflet d'un combat intime pour trouver sa place et se sentir en sécurité dans un monde perçu comme menaçant.
Face à ces défis complexes, Valérie Grumelin, psychanalyste spécialisée en thérapies cognitives et comportementales, suggère son approche thérapeutique novatrice : le Rebirth intra-utérin ou Orius. Sa méthode vise à replacer l'individu dans le contexte de sa gestation, lui offrant l'opportunité de revivre sa naissance mais cette fois-ci, dans un cadre déconditionné et exempt de traumas, tout en intégrant les éléments positifs de son existence actuelle.
Contraception et IVG : Prévenir les Grossesses Non Désirées
La prévention des grossesses non désirées est un enjeu majeur de santé publique. L'accès à la contraception est essentiel pour permettre aux femmes de choisir le moment où elles souhaitent avoir un enfant.
Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux. Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier.
La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG. Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse.
Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée :
- Le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale ;
- Le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse.
Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida.
Pour les femmes de moins de 26 ans avec une couverture sociale, ces contraceptifs sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale avec une prise en charge à 100% et sans avance de frais. Concernant les préservatifs externes, ils sont pris en charge à 100% pour tous et toutes jusqu'à 26 ans, sans ordonnance. Le parcours de contraception pour toutes les personnes mineures est protégé par le secret.
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