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Birthe Lejeune : Une Vie au Cœur d'une Histoire Unique

Introduction

Birthe Lejeune, née Bringsted, a été une figure discrète mais essentielle dans l'histoire de la génétique et de la défense de la vie. Son parcours, depuis une enfance danoise modeste jusqu'à son rôle central aux côtés du Professeur Jérôme Lejeune, témoigne d'une force de caractère et d'un engagement indéfectible. Cet article explore la vie de Birthe Lejeune, mettant en lumière son influence sur l'œuvre de son mari et son propre héritage.

Une Jeunesse Danoise et une Rencontre à Paris

Birthe Lejeune est née le 3 février 1928 dans une petite île de Fionie, au Danemark, au sein d'une famille modeste. Son enfance, entourée de mystère et marquée par une mère seule, ne l'a pas empêchée de vivre une jeunesse heureuse. Elle a trouvé un cercle d'amis dans les mouvements de guides protestants, qu'elle retrouvait lors de séjours estivaux dans son pays natal. À l'âge de 20 ans, elle décide de partir pour Paris en tant que jeune fille au pair, animée par le désir d'élargir ses horizons.

C'est à la bibliothèque Sainte-Geneviève, près de la Sorbonne, qu'elle rencontre Jérôme Lejeune en 1950. La légende familiale raconte que Birthe aurait laissé tomber son stylo, et Jérôme, galant, le lui aurait ramassé. Deux ans plus tard, sous l'influence de Jérôme Lejeune, elle se convertit du protestantisme au catholicisme. Elle lui écrira : « Je sais maintenant que je ne craindrai plus jamais la religion car j’ai cédé au besoin de retrouver Dieu. C’est ton amour qui m’a donné cette force-là, mon chéri, et je te remercie de tout mon cœur ». En 1952, elle épouse le jeune médecin français dans l'église catholique d'Odense au Danemark.

Un Foyer Accueillant et Stratégique

Le couple s'installe au Quartier latin, à deux pas de Notre-Dame, dans une des plus vieilles maisons de Paris. Birthe et Jérôme eurent cinq enfants, vingt-sept petits-enfants et encore davantage d'arrière-petits-enfants. Pour l’enfant unique qu’elle fût, cette famille nombreuse était sa fierté, sa richesse et son soutien. Ce sont d’ailleurs ses petits-enfants qui la soignèrent avec un grand dévouement à la maison, pendant les quelques mois où elle souffrit du cancer qui devait l’emporter, alors que la pandémie faisait rage et que les hôpitaux parisiens étaient débordés. Jamais on ne l’a entendue se plaindre. Elle nous édifia par son abnégation et ne se coucha que pour mourir.

Ce foyer devient rapidement un lieu d'accueil familial, rayonnant et stratégique. Des ministres, des parlementaires, des journalistes et même le nonce apostolique s'y succèdent. Birthe, dotée d'une mémoire prodigieuse, d'un sens politique inné et d'une volonté de fer, joue un rôle essentiel dans l'œuvre de son mari.

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Un Soutien Indéfectible dans les Combats de Jérôme Lejeune

Birthe Lejeune a considérablement aidé Jérôme Lejeune à être le savant et le défenseur de la vie humaine qu’il est devenu. Au début des années 1970, le premier projet de loi autorisant l'avortement en France visait les enfants handicapés, en particulier ceux atteints de trisomie 21. Jérôme Lejeune, qui venait de découvrir la cause de ce handicap, ne pouvait accepter que l'on mette fin à la vie de ces enfants.

Birthe Lejeune a été l'appui de tous ses combats et de tous les instants. Elle mettait en œuvre avec génie les intuitions de son mari. De fait, ce premier projet de loi échoua grâce à leur ténacité. Ensuite, la loi Veil qui prit le relais fût combattue par Jérôme et Birthe, le premier usant de sa notoriété scientifique et médicale et de ses qualités d’orateur, la seconde usant de son dynamisme sans limite et de son talent d’organisatrice.

Une Relation Privilégiée avec Jean-Paul II

Le Pr Lejeune avait été nommé à l’Académie pontificale des sciences par Paul VI mais ce fût Jean-Paul II qui noua une véritable relation d’amitié avec Jérôme et Birthe à partir de 1978. Le couple, qui déjeunait souvent avec le pape, était à table avec lui le 13 mai 1981, jour de l’attentat de la place St Pierre, avant de reprendre l’avion. Bouleversés, ils n’apprirent la nouvelle qu’en arrivant à Paris. On se souviendra aussi que le pape Jean-Paul II avait demandé au Pr Lejeune de travailler sur les premiers statuts de l’Académie pontificale pour la vie et d’écrire le serment des serviteurs de la vie que les impétrants devaient signer avant d’être nommés. Alors que son mari, nommé en février 1994 premier président de la nouvelle Académie, devait mourir un mois plus tard, c’est Mme Lejeune qui assura le secrétariat du dernier travail qu’il accomplit pour Rome. Le pape ne cacha pas sa peine à Mme Lejeune : « j’avais tellement besoin de lui » avait-il dit. Birthe fût nommée, avec Mère Teresa, membre d’honneur de l’Académie.

La Fondation Jérôme Lejeune : Un Héritage Perpétué

Peu avant de mourir, Jérôme avait confié à ses enfants qu’il ne fallait pas s’inquiéter pour leur mère, qu’elle aurait un rôle à jouer et qu’elle les étonnerait. La prédiction s’est réalisée ! Après la mort de son mari, Birthe a prolongé son œuvre avec une énergie inépuisable au sein de la fondation Jérôme Lejeune qui désormais fait autorité sur le plan scientifique, médical et éthique.

Très vite, le pape exprima à Birthe le souhait de venir se recueillir sur la tombe de Jérôme en France. Ce vœu fût exaucé à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse de 1997 à Paris et Mme Lejeune accueillit Jean-Paul II dans le petit cimetière de campagne où Jérôme est enterré. Ce geste exceptionnel renforça le lien entre eux et les rencontres entre Mme Lejeune et Jean-Paul II étaient toujours empreintes d’une grande émotion. « Il est tellement content de me voir », disait-elle ! Ce qui aurait été prétentieux ne l’était pas venant d’elle. Ils avaient des souvenirs communs.

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Un Engagement Continu

Beaucoup ici se souviennent de sa petite taille qui contrastait avec son entregent, son audace et son absence de timidité. Elle aimait venir à l’Académie ainsi qu’au Conseil pontifical pour la santé où elle avait été nommée par le Cardinal Angelini. Je sais d’ailleurs, pour l’avoir toujours accompagnée depuis 25 ans, qu’elle n’a jamais manqué une seule de nos séances, à l’exception de celle de 2020 alors qu’elle était déjà malade. Elle rêvait, comme Jérôme et cette autre amie de Jean-Paul II, Wanda Poltawska, membre de notre compagnie, qui fête ses cent ans cette année, que l’Académie soit un véritable network mondial au service de la vie. Sa vie, son engagement.

Jérôme Lejeune : Un Savant Engagé

Jérôme Lejeune est né en 1926 à Montrouge, en banlieue parisienne. En 1958, dans le laboratoire du Professeur Turpin, le Docteur Jérôme Lejeune, aidé du Docteur Marthe Gautier, découvre la cause du « mongolisme » : un chromosome supplémentaire sur la paire 21. Appelée jusque-là « mongolisme » et considérée à tort comme une dégénérescence raciale, cette déficience est en réalité due à la triple présence du chromosome 21 dans la plupart ou toutes les cellules du corps. Pour la première fois au monde, un lien est établi entre la déficience intellectuelle et une aberration chromosomique. En 1962, cette découverte extraordinaire est saluée par l’attribution du prix Kennedy, que Jérôme Lejeune reçoit des mains mêmes du président John F. [1] LEJEUNE J., GAUTIER M., TURPIN R., Les chromosomes humains en culture de tissus, C. R. Première chaire de génétique En 1964, Jérôme Lejeune devient Professeur, le premier de Génétique Fondamentale à la Faculté de Médecine de Paris. Tout en restant très disponible pour les familles des enfants handicapés qu’il soigne, il donne des centaines de conférences à travers le monde. Chef de l’unité de cytogénétique à l’hôpital Necker-Enfants malades à Paris, sa consultation devient l’une des plus importantes au monde.

Ce qui le préoccupe, c’est de parvenir un jour à guérir ces patients qui viennent le voir du monde entier. Jérôme Lejeune conduit de nombreux programmes de recherche en ce sens. Or, à sa grande peine, alors que les résultats de sa recherche auraient dû permettre l’avancée de la médecine dans la voie de la guérison, ils sont principalement utilisés pour dépister les enfants porteurs de ces maladies avant leur naissance, conduisant le plus souvent à leur élimination.

Ainsi, en 1970, une proposition de loi déposée par le député Peyret est discutée pour autoriser l’avortement « en cas d’embryopathie incurable », telle que la trisomie 21. Clara Lejeune, la fille du Professeur Jérôme Lejeune, raconte : « Un matin, un garçon de 10 ans, trisomique, vient à la consultation. Il pleure. La maman explique : il a regardé un débat télévisé avec elle hier soir sur cette proposition de loi. L’enfant se jette alors dans les bras de mon père et lui dit : « on veut nous tuer, il faut que tu nous défendes » ». Jérôme Lejeune prend alors la décision de défendre publiquement ses malades.

Jérôme Lejeune donne des centaines de conférences et d’interviews à travers le monde pour défendre la vie. En 1974, il est nommé par le Pape Paul VI à l’Académie pontificale des sciences. En 1981, il est élu à l’Académie des sciences morales et politiques (France). En 1994, il devient le premier Président de l’Académie pontificale pour la Vie créée par le Pape Jean-Paul II. Atteint d’un cancer, il s’éteint le matin de Pâques, le 3 avril 1994, trente-trois jours après sa nomination.

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La Fondation et l’Institut Jérôme Lejeune

C’est pour continuer l’action du Professeur Jérôme Lejeune que la Fondation Jérôme Lejeune a été créée et reconnue d’utilité publique en 1996, avec une triple mission : Chercher, Soigner, Défendre. Un an plus tard, l’Institut Jérôme Lejeune est créé par trois anciens élèves de Jérôme Lejeune pour poursuivre sa consultation médicale et ses travaux de recherche.

Repères biographiques

Jérôme Lejeune est né en 1926 à Montrouge, en banlieue parisienne. Il fait des études de médecine et devient chercheur au CNRS en 1952. Cela l’amène à être expert international pour la France sur les radiations atomiques. En juillet 1958, lors de l’examen des chromosomes d’un enfant dit « mongolien », il découvre l’existence d’un chromosome en trop sur la 21e paire. Pour la première fois au monde, un lien est établi entre un état de débilité mentale et une aberration chromosomique. Le 26 janvier 1958, l’Académie des Sciences publie ses travaux scientifiques : LEJEUNE J., GAUTIER M., TURPIN R., Les chromosomes humains en culture de tissus. En 1962, cette découverte extraordinaire est saluée par l’attribution du prix Kennedy, que Jérôme Lejeune reçoit des mains mêmes du président John F. Kennedy. En 1964, la première chaire de génétique fondamentale à la Faculté de Médecine de Paris est créée pour lui. Tout en restant très disponible pour les familles des enfants handicapés qu’il soigne, il donne des milliers de conférences à travers le monde. En 1969, son travail sur les pathologies chromosomiques est récompensé par le prix William Allen Memorial Award. En 1974, il devient membre de l’Académie pontificale des sciences. En 1981, il est élu à l’Académie des sciences morales et politiques. En 1983, il rejoint l’Académie nationale de médecine. Il est par ailleurs docteur honoris causa, membre ou lauréat de nombreuses autres académies, universités ou sociétés savantes étrangères. En 1993, il reçoit le prix Griffuel pour ses travaux pionniers sur les anomalies chromosomiques dans le cancer. En 1994, il est nommé premier président de l’Académie pontificale pour la vie. Jérôme Lejeune meurt le 3 avril 1994, avec le triste sentiment de trahir sa mission : « J’étais le médecin qui devait les guérir et je m’en vais.

Un Message Toujours Pertinent

50 ans après, le message du Professeur Jérôme Lejeune demeure. 50 ans après, j’entends encore Jérôme Lejeune dire : « C’était donc cela ! Ils ont un chromosome en trop… C’est un des plus petits ; il a la forme d’un V avec un petit plumet. On va l’appeler “Vh” ». Ce n’est qu’un peu plus d’un an après qu’il s’est appelé « 21 ». « Ils », c’étaient les enfants déficients mentaux accueillis à la consultation qui leur était réservée dans le service du Professeur Turpin, à l’hôpital Trousseau. On les appelait alors « mongoliens » parce qu’un médecin anglais, Langdon Down, avait écrit à leur sujet, en 1866 : « Ils sont typiquement mongols ». 30 ans plus tôt, en 1838, Esquirol avait déjà remarqué, parmi les déficients mentaux, « ces bons enfants qui se ressemblent entre eux comme s’ils étaient nés des mêmes parents et dont certains savent lire et écrire ». Convaincu que l’on pouvait et que l’on devait aider ces enfants et leurs familles, il avait confié leur éducation à un instituteur, Seguin. Malgré tous les efforts des médecins et des scientifiques, la cause de cette maladie congénitale est restée inconnue pendant plus de 100 ans… Puis les techniques de cultures de tissus vivants ont permis d’observer les chromosomes des cellules au moment où elles se divisent. Jérôme Lejeune n’a cessé d’améliorer ces techniques pour pouvoir analyser les chromosomes des enfants de la consultation. Sa découverte du 3ème chromosome 21 a mis un terme à la recherche de la cause de cette maladie. Mais son grand mérite a été de pouvoir démontrer que, chez ces enfants, le message héréditaire est intact, la seule modification étant d’ordre quantitatif. La thèse de Langdon Down sur une éventuelle tare raciale était, de ce fait, anéantie à tout jamais.

Cette découverte, publiée à l’Académie des Sciences de Paris le 26 janvier 1959, ne fut que le début de la carrière du Professeur Jérôme Lejeune, mais elle l’illustre parfaitement. Essentiellement médecin, il alliait en permanence l’observation et la recherche. Pendant les consultations, Jérôme Lejeune prenait le temps d’analyser minutieusement les particularités des patients et d’écouter leurs parents. Il a pu ainsi échafauder des hypothèses permettant d’expliquer comment un chromosome en trop ou en moins peut entraîner une déficience de l’intelligence. Et il a proposé des voies de recherches pour en diminuer les effets. Ce fut sa raison d’être jusqu’au dernier jour de sa vie. C’est notre raison d’être aujourd’hui.

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