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Avortement et syndrome sec: Études et idées reçues

L'avortement, un sujet complexe et souvent entouré de controverses, est une réalité à laquelle de nombreuses femmes sont confrontées. Cet article vise à explorer différentes facettes de l'avortement, en s'appuyant sur des études récentes et en déconstruisant certaines idées reçues. Nous aborderons l'avortement médicamenteux précoce, son efficacité et sa sécurité, ainsi que le lien potentiel entre le traitement hormonal substitutif et le syndrome sec. Enfin, nous examinerons les mythes persistants entourant l'IVG et les réalités statistiques.

Avortement médicamenteux précoce: une option efficace et sûre

L’avortement médicamenteux est une méthode efficace et sûre d’interruption de grossesse au premier trimestre. Par rapport à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) instrumentale, l’avortement médicamenteux présente l’avantage de pouvoir être géré en ville. Bien que l’IVG médicamenteuse soit recommandée par des organisations nationales et internationales, il existe peu de preuves concernant son efficacité lorsqu’elle est pratiquée à un stade très précoce, avant qu’une grossesse ne puisse être visualisée à l’échographie. Par conséquent, de nombreuses directives cliniques s’abstiennent de recommandations spécifiques sur la prise en charge clinique de l’IVG avant la confirmation d’une grossesse intra-utérine.

Un essai randomisé, contrôlé, international, publié dans le New England Journal of Medicine, explore l’efficacité et la sécurité de l’avortement médicamenteux administré avant la confirmation échographique d’une grossesse intra-utérine. Cette méthode pourrait révolutionner l’accès à l’avortement dans les contextes de restrictions légales ou de délais réduits.

L'étude VEMA: des résultats prometteurs

L’avortement médicamenteux associant mifépristone et misoprostol est une option efficace et sûre pour les grossesses précoces, recommandée par les instances médicales internationales. Cependant, son usage avant une confirmation échographique d’une grossesse intra-utérine soulève des questions de sécurité. Dans ce contexte, l’étude VEMA (Very Early Medication Abortion), menée dans neuf pays entre 2019 et 2023, a évalué l’efficacité de cette méthode.

L’essai a inclus 1504 participantes ayant une gestation estimée à moins de 42 jours. Les femmes ont été réparties en deux groupes : l’un recevant un traitement immédiat, l’autre suivant une prise en charge différée après confirmation échographique. Le critère d’évaluation principal était l'avortement complet. La marge de non-infériorité a été fixée à 3,0 points de pourcentage pour la différence absolue entre les groupes.

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Les résultats de l’étude montrent que l’avortement médicamenteux très précoce est tout aussi efficace que le traitement différé, avec un taux de réussite global comparable : 95,2 % pour le traitement précoce contre 95,3 % pour le traitement différé. En ce qui concerne la sécurité, les événements indésirables graves étaient rares, bien que légèrement plus fréquents dans le groupe précoce (1,6 % contre 0,7 %). De plus, les femmes ayant bénéficié de ce traitement se sont déclarées majoritairement satisfaites et plus disposées à recommander cette méthode. Ces résultats suggèrent que le traitement précoce constitue une alternative sûre, en particulier dans les contextes où l’accès à l’avortement est limité par des lois restrictives après six semaines de gestation.

Limites et perspectives

Le traitement précoce nécessite un suivi rigoureux pour détecter les éventuelles complications, notamment les grossesses ectopiques. Les chercheurs soulignent également la nécessité de formations spécifiques pour les praticiens afin de garantir un accompagnement optimal des patientes. En outre, l’étude n’a pas pris en compte certains paramètres démographiques, tels que l’origine ethnique des participantes, ce qui pourrait limiter la généralisation des résultats à certaines populations.

L’avortement médicamenteux très précoce pourrait transformer la prise en charge des grossesses précoces, en particulier dans les pays aux législations restrictives. Cette approche offre une option précieuse pour les femmes souhaitant accéder rapidement à un traitement, tout en réduisant les complications associées aux délais prolongés. En France, l’IVG médicamenteuse est possible en ville jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée (7 semaines de grossesse).

Syndrome sec et traitement hormonal substitutif: un lien possible

Un article paru dans le JAMA suggère une réponse positive quant au lien entre le syndrome sec et le traitement hormonal substitutif (THS). Il indique que la prévalence du syndrome sec (dry eye syndrome) est significativement plus élevée chez les femmes sous traitement hormonal substitutif (THS), surtout pour un traitement oestrogénique isolé.

Pour leur étude, Schaumberg et al. ont utilisé les données de la Women's Health Study qui regroupaient 25.665 femmes ménopausées. Les auteurs expliquent que quelques travaux indiquaient que les oestrogènes pouvaient avoir un effet négatif sur le film lacrymal et ainsi favoriser l'apparition d'un syndrome sec. Les données sur le THS étaient recueillies en début d'étude puis 12 et 36 mois après. Celles sur le syndrome sec à 48 mois.

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Les auteurs ont mesuré la fréquence des syndromes secs selon que les participantes étaient sous THS ou non. La fréquence était plus élevée chez les femmes sous THS que chez les autres. En analyse multivariée, l'odds ratio était de 1,69 (IC 95 % =1,49-1,91) pour les THS par œstrogène seul et de 1,29 (IC 95 % = 1,13-1,48) pour les associations oestro-progestatives.

Le risque semble liée à la durée du THS puisque les auteurs ont noté une augmentation du risque de 15 % par tranche de 3 ans supplémentaires sous THS.Au vu de l'effectif étudié, les auteurs estiment qu'il faut prévenir les patientes de cette complication.

Idées reçues sur l'avortement: démêler le vrai du faux

De nombreuses idées fausses circulent sur l'avortement, souvent relayées par des militants anti-IVG. Il est crucial de les examiner à la lumière des études scientifiques et des données statistiques.

Idée reçue n° 1 : « L’avortement génère des troubles psychiques »

Faux. Le « syndrome post-avortement », fréquemment relayé dans l’argumentaire des anti-IVG, est une pure invention d’un militant pro-life américain dépourvu de toute qualification médicales, Vincent Rue. Selon ce dernier, les femmes ayant recours à l’interruption volontaire de grossesse seraient plus à même de développer dépressions, troubles anxieux et comportements à risque. Un argumentaire repris en écho par les sites opposés à l’avortement, qui avancent que cette intervention génère systématiquement « un sentiment profond de culpabilité, de honte et de ressentiment de la femme ».

Ces affirmations sont mises à mal par les études scientifiques sérieuses menées sur le sujet. Dans un rapport documenté sur le sujet, le docteur Laurence Esterle, directrice de recherche du CNRS, montre que les études établissant un lien entre avortement et troubles psychiques sont d’une qualité méthodologique « le plus souvent médiocre ». Des études sérieuses, comme celle publiée dans la revue Social Science & Medicine en 2008, qui prend notamment en compte les antécédents de dépression au sein de la cohorte des femmes suivies, ne démontrent aucune différence significative en matière de troubles psychiatriques entre les femmes ayant subi une IVG et celles n’en ayant jamais fait l’expérience.

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Il est important de noter que les conséquences psychologiques d'un avortement varient d'une femme à l'autre et peuvent être liées à l'accompagnement de la femme. Il n’est en effet pas envisagé de nier la tristesse que peuvent ressentir certaines femmes dont la situation peut être difficile. L’accompagnement par un professionnel est alors important.

Idée reçue n° 2 : « L’avortement met en péril la fertilité des femmes »

FAUX. Selon les militants anti-avortement, l’IVG serait néfaste pour la santé reproductive des femmes et, dans de nombreux cas, les empêcherait de mener à terme une grossesse désirée. « L’IVG par aspiration peut endommager les organes de reproduction et provoquer des problèmes à long terme qui mettent en jeu de futures grossesses. Les femmes qui se font avorter sont plus susceptibles d’avoir des grossesses extra-utérines, des problèmes de stérilité, de faire des fausses couches ou des accouchements prématurés, que les femmes qui n’ont pas subi d’avortement », lit-on ainsi sur le site partisan IVG.net.

Des assertions contredites par un document émanant du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, paru en 2016. Il est ainsi relevé que l’IVG instrumentale n’est pas associée à une augmentation du risque d’infertilité ultérieure. Les maux associés par les militants anti-IVG à l’avortement sont, eux aussi, écartés par la science. Le risque de décès est, en France, de l’ordre de moins de 1 femme pour 100 000, soit un chiffre largement inférieur au risque de décès lors d’un accouchement.

Le curetage pour une IVG n’est pas la méthode la plus souvent pratiquée. En cas d’IVG, mais aussi de fausses couches, la méthode par aspiration douce est préférée. Contrairement au curetage cette technique est moins agressive et ne cause pas de dommages à l’utérus.

Idée reçue n° 3 : « L’IVG augmente le risque de cancer du sein »

FAUX. Selon le site anti-avortement IVG. net, l’interruption volontaire de grossesse exposerait les femmes à des cancers du sein et… des poumons. « Probablement dû à une plus grande consommation de tabac en post-IVG », avance le site.

Pourtant, une étude de l’American College of Obstetricians and Gynecologists, publiée en 2009 et réaffirmée en 2018, met en évidence le fait que cette conséquence supposée de l’IVG relève de la légende urbaine. « Les études antérieures démontrant un lien entre avortement et cancer du sein étaient méthodologiquement biaisées », conclut le rapport, avant de rappeler que les études les plus récentes et rigoureuses n’avaient montré aucune relation causale entre avortement et augmentation du risque de contracter un cancer du sein.

En revanche, une étude de l’Organisation mondiale de la santé relayée sur le journal Lancet en septembre 2017 met en évidence la dangerosité de l’avortement pour les femmes dans les pays où ce dernier n’est pas autorisé. Si le pourcentage d’avortements considérés comme « sûrs » pour la santé de la femme s’élève à 97,9 % en Europe du Nord, il n’est que de 11,8 % en Afrique subsaharienne et de 18,4 % dans les pays d’Amérique centrale, farouchement opposés à l’avortement pour des raisons religieuses. Les causes de ces disparités s’expliquent par le manque d’hygiène des avortements clandestins dans les pays où cette intervention n’est pas légale.

Idée reçue n° 4 : « L’IVG est pratiquée par des femmes qui n’utilisaient pas de moyens de contraception »

FAUX. Une idée répandue avance que les femmes ayant recours à l’interruption volontaire de grossesse le pratiquent comme « un moyen de contraception à part entière ». Cette idée va de pair avec la rhétorique de « l’avortement de confort », évoquée par la présidente du Front national, Marine Le Pen, lors de la campagne présidentielle de 2012.

Or, comme le relève l’Insee dans un rapport sur la contraception, paru en 2017, seules 3 % des femmes de 15 à 49 ans, ni enceintes ni stériles, ayant des rapports hétérosexuels et ne voulant pas d’enfants n’utilisaient pas de moyens de contraception. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié en 2009 relève que 72 % des IVG sont réalisés sur des femmes qui étaient sous contraception, et dans 42 % des cas, « cette contraception reposait sur une méthode médicale théoriquement très efficace », telle que la pilule ou le stérilet.

Idée reçue n° 5 : « L’IVG est avant tout pratiquée par de très jeunes femmes »

FAUX. Une idée tenace attribue l’interruption volontaire de grossesse à de très jeunes femmes, réputées « irresponsables » quant à leurs pratiques contraceptives.

Une réalité mise à mal par les statistiques disponibles sur l’avortement, rendues publiques par la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) en juin 2017. Dans ce rapport, il est mis en évidence que seules 7 % des femmes ayant recours à l’IVG étaient âgées de 15 à 17 ans au moment de la procédure, quand 42 % étaient âgées de 25 à 40 ans.

Le stigmate de l'avortement: un travail d'invisibilisation

L’avortement, autorisé en France depuis la « Loi Veil » de 1975, est une donnée structurelle des trajectoires génésiques des femmes : une française sur trois recourt à une Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) au cours de sa vie féconde. Pourtant, l’IVG constitue aujourd’hui encore ce que Sophie Divay a nommé une « déviance légale ». Au contraire de la contraception - féminine et médicalisée - devenue une norme en France, l’avortement reste considéré comme « la mauvaise technique » de régulation des naissances et suscite toujours une réprobation morale. Les femmes qui choisissent d’interrompre leur grossesse sont ainsi exposées à une stigmatisation importante - dans la sphère professionnelle, personnelle ou auprès des professionnel·les de santé, qu’elles peuvent intérioriser, contourner ou contester.

La stigmatisation de l'avortement et ses motifs

L’abortion stigma est défini comme « un attribut négatif assigné aux femmes cherchant à interrompre une grossesse, les marquant, intérieurement ou extérieurement, comme inférieures aux idéaux de la féminité ». Plusieurs motifs de la stigmatisation sont identifiés, liés à la remise en cause d’un idéal de féminité maternelle, à l’attribution d’une personnalité humaine au fœtus, aux restrictions d’accès à l’avortement, à l’idée que l’avortement présenterait des dangers pour la santé, ou encore à l’instrumentalisation du stigmate par les groupes opposés à l’avortement.

Le travail d'invisibilisation: stratégies de contournement du stigmate

Les diverses stratégies de contournement du stigmate mises en place par les avortées, rapportées à un système plus global qui assigne la classe des femmes à la gestion de la procréation, peuvent dès lors être appréhendées comme une composante particulière du travail procréatif, que je nomme travail d’invisibilisation. De fait, pour rendre invisible l’avortement, il ne suffit pas d’éviter de le mentionner : il faut aussi mettre en œuvre des stratégies actives, conscientes, matérielles, de sélection de l’information et de dissimulation de l’acte en lui-même. Ce travail d'invisibilisation passe par plusieurs étapes :

  • La gestion du secret: Les avortées sélectionnent leurs interlocuteur·ice·s et contrôlent strictement les informations sur leur IVG pour éviter le discrédit.
  • Le masquage des symptômes: Elles masquent les éventuels symptômes de grossesse et la prise en charge de l’IVG elle-même, ou de leur trouver des raisons alternatives.
  • L'invisibilisation des pratiques contraceptives déviantes: Face aux professionnel·les de l’orthogénie à qui l’IVG ne peut être dissimulée, ce sont les pratiques contraceptives jugées déviantes qui sont invisibilisées.

Le rôle des relations interpersonnelles

La confidence, en tant que dévoilement du secret, repose sur la sélection de personnes auprès de qui la confiance a été construite à travers une relation longue. La logique d’homophilie prime : les avortées évoquent prioritairement leur grossesse avec des personnes ayant vécu - ou étant susceptibles de vivre - la même chose qu’elles et proches en âge.

Le rôle du partenaire est ambigu. S’il peut s’avérer l’unique personne informée de la grossesse, et le seul soutien potentiel, il n’est souvent qu’un acteur secondaire. Son implication varie selon la nature de la relation romantico-sexuelle. Dans un contexte où la dimension conjugale de la relation est établie, et où le compagnon est central dans la vie quotidienne des femmes, les discussions autour de l’avortement ont d’abord lieu - et parfois exclusivement - au sein du couple.

Les amies intimes, connues de longue date ou avec qui le lien est particulièrement fort, sont bien souvent les premières interlocutrices. C’est d’autant plus vrai que la relation avec le partenaire sexuel est fragile et/ou ne relève pas de la conjugalité. Le réflexe de consulter une amie, avant ou immédiatement après avoir informé le partenaire, est systématique. Les jeunes femmes rencontrées se tournent en priorité vers des personnes féminines de leur cercle proche de sociabilité, pour chercher une écoute, des conseils, du soutien.

Conséquences de l'avortement sur les hommes

Il existe peu de données sur les conséquences de l’avortement sur les hommes. Cependant, selon un rapport publié dans The European Journal of Counselling Psychology, « des études qualitatives révèlent systématiquement que les hommes qui ne sont pas d’accord avec un avortement en souffrent par la suite ».

Beaucoup d’hommes développent « des symptômes de trouble de stress post-traumatique ». Il faut beaucoup de temps pour accepter la perte. Cela fait toujours de la peine de ne jamais savoir quel genre d’être humain cet enfant serait devenu. Ces pensées ne quittent jamais - et elles ne le feront jamais.

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