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Avortement et Contraception : Statistiques Mondiales, Tendances et Facteurs d'Influence

L'avortement, ou interruption volontaire de grossesse (IVG), est une question complexe et sensible, profondément ancrée dans des contextes sociologiques, économiques et culturels spécifiques. La décision d'avorter est rarement anodine et est influencée par une multitude de facteurs personnels et sociétaux. Cet article explore les statistiques mondiales relatives à l'avortement et à la contraception, en mettant en lumière les tendances, les facteurs de risque associés à l'avortement et l'impact des politiques publiques.

L'Avortement dans le Monde : Un Aperçu Statistique

Depuis la légalisation de l'avortement dans de nombreux pays, on estime que plus d'un milliard d'IVG ont été pratiquées dans le monde. En 2008, ce chiffre s'élevait à environ 44 millions d'avortements. Le taux d'avortement, qui représente le nombre d'avortements pour 1 000 femmes en âge de procréer (15-49 ans), était d'environ 28 pour 1 000 au niveau mondial et de 27 pour 1 000 en Europe. En Europe de l'Ouest, ce taux était plus bas, atteignant 12 pour 1 000.

L'avortement, initialement perçu comme une solution de dernier recours face à une situation désespérée, est devenu une méthode courante pour éviter une grossesse non désirée. Cette banalisation de l'avortement soulève des questions importantes sur les causes sous-jacentes et les implications pour les femmes et la société.

En France, le nombre d'interruptions volontaires de grossesse (IVG) a augmenté de 3,7% en 2023 par rapport à 2022, selon les chiffres publiés par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees). En 2023, 243 623 femmes ont eu recours à une IVG, soit 8 600 de plus qu'en 2022. Cette augmentation du nombre d'avortements concerne toutes les classes d'âge des femmes de plus de 18 ans. En conséquence, le taux de recours à l'IVG est passé à 16,8 pour 1 000 femmes de 15 à 49 ans en 2023, contre 16,2 pour 1 000 en 2022.

Facteurs de Risque Associés à l'Avortement

Plusieurs facteurs de risque sont associés à un recours plus fréquent à l'avortement. Ces facteurs peuvent être liés à l'environnement personnel de la femme, ainsi qu'à la société dans laquelle elle évolue.

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Précarité économique et éducation

Les femmes en situation économique précaire ont un risque plus élevé de recourir à l'avortement, et ce, de manière répétée. En Suède, par exemple, 23% des femmes qui avortent sont sans emploi. Les étudiantes sont également particulièrement touchées par ce phénomène, avec une augmentation du pourcentage d'étudiantes ayant déjà avorté, passant de 14,6% en 1990 à 19% en 2011.

Un faible niveau d'éducation est également un facteur de risque important. En France, parmi les femmes qui n'ont pas le niveau bac, 35% ont subi des avortements multiples.

Situation familiale et influence de l'entourage

Les femmes célibataires sont de plus en plus concernées par l'avortement. En France, le pourcentage de femmes célibataires ayant recours à l'IVG est passé de 44,1% en 1990 à 51,7% en 2011. De plus, les femmes qui avortent prennent rarement cette décision seules, mais sont souvent influencées par leur entourage.

L'affaiblissement de la structure familiale, caractérisé par une diminution du taux de mariage et une augmentation du taux de divorce, a également un impact sur la hausse du recours à l'avortement. Cette instabilité familiale peut être attribuée à une jeunesse sexuelle plus longue, avec des rapports sexuels de plus en plus précoces.

Éducation sexuelle et grossesses adolescentes

Paradoxalement, dans les pays où les cours d'éducation sexuelle sont démocratisés à l'école, le taux de grossesse chez les adolescentes est parfois plus élevé, ce qui entraîne une augmentation du taux d'avortement. La Suède, où l'éducation sexuelle est présente depuis 1942, en est un exemple. Bien que le taux de grossesse ait diminué dans la plupart des pays, il reste élevé en Suède (29 pour 1 000 en 2010), et 69% des grossesses des adolescentes se terminent par une IVG.

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À l'inverse, dans les pays où l'institution familiale est préservée et où la foi chrétienne est importante, le taux d'avortement tend à être plus bas. L'Italie, l'Irlande et la Pologne sont des exemples de pays où le taux de mariage reste élevé et où l'avortement est moins fréquent.

Contraception et Avortement : Un Lien Complexe

L'accès à la contraception est souvent considéré comme une solution pour diminuer le nombre d'avortements. Cependant, les statistiques montrent que la relation entre contraception et avortement est plus complexe qu'il n'y paraît.

En France, où seulement 3% des femmes en âge de procréer n'ont pas recours à la contraception, le taux d'avortement (15,6 pour 1 000 en 2013) dépasse la moyenne européenne (12 pour 1 000). En Suède, malgré un taux de contraception élevé (71,3%), le taux d'avortement est de 20,2 pour 1 000 et continue d'augmenter.

À l'inverse, les pays où le recours à la contraception est moins élevé sont parfois ceux qui parviennent à maintenir un faible taux d'avortement, voire à le réduire. La Biélorussie, par exemple, a réussi à diminuer considérablement l'avortement entre 1990 et 2010, passant de 106 à 13,5 pour 1 000, tandis que la Russie n'a connu qu'une diminution de 114 à 32 pour 1 000. En Pologne, où la loi restreint l'accès à l'avortement, le taux d'IVG est très faible (0,09 pour 1 000).

L'utilisation incorrecte des méthodes contraceptives

Une des explications possibles à ce paradoxe est l'utilisation incorrecte des méthodes contraceptives. De nombreuses femmes qui subissent une grossesse non désirée utilisaient pourtant une méthode contraceptive au moment de la conception. Une étude menée aux États-Unis a révélé qu'une femme expérimente en moyenne 1,8 échec dans les méthodes contraceptives au cours de sa vie sexuelle. Une autre étude a montré que parmi les femmes tombées enceintes alors qu'elles utilisaient la pilule, 76% l'avaient utilisée incorrectement.

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Cependant, la mauvaise utilisation des méthodes contraceptives ne suffit pas à expliquer le taux élevé d'avortement. L'OMS estime que même si toutes les femmes utilisaient une méthode de contraception, il y aurait malgré tout 6 millions d'avortements dans le monde chaque année, en raison de la fiabilité imparfaite des méthodes contraceptives.

Planification familiale et avortement

Dans les sociétés où la planification familiale est fortement ancrée, l'avortement peut être perçu comme une méthode contraceptive comme une autre. Les normes sociales encadrent les pratiques reproductives, et la propension à avorter varie selon l'étape du cycle de vie dans laquelle la femme se situe.

Tendances récentes en France

En France, la hausse du nombre d'IVG observée en 2022 s'est poursuivie en 2023, après une nette baisse en 2020 et 2021 en raison de la pandémie de Covid-19. Cette augmentation concerne toutes les classes d'âge des femmes de plus de 18 ans.

Les IVG médicamenteuses, autorisées en 2005, sont en augmentation, notamment celles pratiquées dans les cabinets médicaux. Près de la moitié de ces avortements hors hôpitaux et cliniques sont réalisés par des sages-femmes. Les IVG médicamenteuses représentent 79% de l'ensemble des IVG.

Les IVG tardives, pratiquées après 12 semaines de grossesse, représentent seulement 10% de cette hausse. D'autres mesures récentes, comme la possibilité de prendre les médicaments à domicile après une simple téléconsultation et la possibilité d'avorter en ville jusqu'à sept semaines de grossesse, peuvent également expliquer cette progression.

Il est à noter que le taux de recours à l'IVG est deux fois plus élevé dans les Départements et régions d'outre-mer (DROM) qu'en France métropolitaine.

Perspectives et Solutions

Face à ces statistiques et tendances, il est essentiel de s'interroger sur les raisons qui poussent les femmes à avorter et de mettre en place des politiques publiques adaptées. La présidente du Planning familial, Sarah Durocher, souligne que la hausse du nombre d'avortements n'est pas un problème en soi, mais qu'il est important de comprendre les raisons de ces recours. Elle met en avant le manque d'informations sur la contraception, l'importance de l'éducation à la sexualité et le manque d'accès à la santé, notamment dans les déserts médicaux. Elle évoque également la capacité de se projeter dans un contexte économique marqué par l'augmentation de la pauvreté.

Pour réduire le nombre d'avortements, il est donc crucial d'améliorer l'accès à la contraception, de renforcer l'éducation sexuelle, de lutter contre la précarité économique et de soutenir les femmes dans leurs choix.

Les chiffres de l’OMS sur l’avortement : prudence

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publie des chiffres officiels appelés “fact sheet” sur l’avortement. Ces chiffres concernant le nombre d’avortements dans le monde, le nombre d’avortements non sécurisés et le nombre de décès maternels suite à un avortement sont présentés comme des données venant de statistiques officielles recensant ces cas à travers le monde. Ces derniers utilisent des hypothèses en amont pour prédire ces grandeurs.

L'OMS estime à 73 millions le nombre d'avortements dans le monde, mais il faut considérer que ce chiffre est le résultat d’une estimation. En effet, selon une publication, il y aurait entre 67 et 82 millions d’avortements dans le monde dans un intervalle d’incertitude assez faible de 80% ce qui laisse une marge d’erreur assez importante. Afin de valider leur modèle, les auteurs ont comparé leurs résultats avec les points de références disponibles dans les pays recensant correctement le nombre d’avortements. Les écarts entre les sorties du modèle et les points de comparaison se révèlent importants. En outre, si l’on compare avec d’autres sources de l’OMS, ce chiffre de 73 millions est beaucoup plus élevé que dans des références antérieures. 3 ans auparavant en 2016, un article publié estimait à 56 millions le nombre d’avortements annuels dans le monde (entre 52 et 70 millions dans un intervalle d’incertitude plus élevé de 90%) sur la période 2010-14 (estimations reprises par l’INED). On peut noter que les méthodologies sont très différentes entre les deux articles : celui de 2016 se base sur la fréquence des rapports sexuels, la fécondité, la “force” des femmes de mener une grossesse à leur terme et la capacité à agir selon leurs préférences (basés sur leur niveau d’éducation et le PIB).

L'OMS estime que près de la moitié des avortements sont non sécurisés, mais il faut prendre en compte que cette affirmation s’appuie sur une publication. En effet, selon cette publication, il y aurait entre 40,6% et 50,1% d’avortements non sécurisés dans un intervalle d’incertitude de 90%. Selon cette publication, ces 45% correspondent à 25 millions d’avortements sur les 56 millions pris comme référence issus d'une autre publication. Les auteurs insistent sur la très grande pauvreté (“data paucity”) des données disponibles concernant les avortements sécurisés et les autres non sécurisés selon les méthodes recommandées par l’OMS pour pouvoir vérifier leurs chiffres. Le modèle pour estimer le nombre d’avortements “sécurisés” s’appuie sur 4 prédicteurs (variables d’entrée du modèle : le nombre d’années depuis que le mifepristone est autorisé dans le pays, la proportion de la population vivant dans les zones urbaines, l’indice d’inégalité entre les sexes, le statut d’autorisation du misoprostol pour capturer les avortements réalisés en dehors du système de santé). L’absence de transparence sur les critères de sélection rend les fondements de cette méthodologie discutables. Les avortements “moins sécurisés” représentent 30%. Les avortements “les moins sécurisés” représentent 15%. On peut noter que l’OMS communique sur 45% plutôt que les 15% de l’article.

L'OMS estime que près de 5% à 13% des décès maternels sont dus à des avortements non sécurisés, mais il faut savoir que cette affirmation s’appuie sur une publication. La large plage d’incertitude de 4,7% à 13,2% correspond à un intervalle de confiance à 95% ce qui est élevé, l’estimation moyenne étant de 7,9%. On notera que l’OMS, dans sa communication, préfère retenir l’estimation haute plutôt que l’estimation moyenne qui aurait conclu à 23 000 décès par an. Les auteurs ont exploité des données médicales de classification internationale des maladies (ICD-10) pour classer les causes de décès maternels : avortement, embolie, hémorragie, hypertension, septicémie, autres causes directes et autres causes indirectes. Un biais important apparait dans la mesure où la catégorie « décès de la mère par avortement » inclut les situations suivantes : IVG (induced abortion) mais aussi fausse couches (miscarriage) et grossesses extra-utérine (ectopic pregnancy). De plus, le lien entre les avortements non sécurisés tels que définis par l’OMS et les décès maternels n’est pas établi. En effet, les auteurs ont tenté de relier les estimations d’avortements non sécurisés tels que définis par l’OMS (comprenant les avortements “moins sécurisés” et les avortements “les moins sécurisés”) avec des taux estimés de mortalité maternelle liés à l’avortement tout type confondu (Case fatality rate) pour vérifier l’hypothèse d’impact sur la santé des femmes d’avortements non sécurisés. Ils indiquent cependant qu’ils peuvent observer une association entre le taux de mortalité maternelle et le taux d’avortement “les moins sécurisés”.

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