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Avortement et âme du bébé : Perspectives religieuses

L'avortement est une question complexe, profondément ancrée dans des considérations éthiques, morales et religieuses. La question de l'âme du bébé, en particulier, introduit une dimension spirituelle qui alimente le débat, avec des opinions divergentes selon les différentes confessions religieuses. Cet article explore les points de vue de diverses religions sur l'avortement et le statut de l'âme du fœtus, en tenant compte des nuances et des complexités de chaque tradition.

Diversité des opinions religieuses sur l'avortement

Il est essentiel de reconnaître qu'il n'existe pas de position monolithique sur l'avortement au sein de chaque religion. Les interprétations des textes sacrés et les traditions varient considérablement, conduisant à un large éventail d'opinions individuelles et institutionnelles.

Islam

L'islam, avec ses 1,6 milliard de fidèles à travers le monde, présente une vision nuancée de l'avortement. Bien que le Coran ne contienne pas de verset interdisant explicitement l'avortement, certains versets condamnent l'infanticide, pratique courante dans l'Arabie préislamique. Ces versets sont souvent interprétés comme une interdiction d'avorter, car ils soulignent la valeur de la vie et la responsabilité de prendre soin des enfants.

Sami El Mushtawi, chef du département culture du Centre culturel islamique, souligne qu'il n'y a pas de paragraphe explicite dans le Coran qui parle d’avortement. Cependant, il y a un verset qui dit : « Ne tuez pas vos enfants par peur de la pauvreté. C’est Nous qui pourvoyons à eux, et vous aussi. Les tuer est un grand péché. »

Les différentes écoles de pensée islamiques divergent quant au moment où l'avortement est considéré comme haram (interdit). Le dogme hanafite, majoritaire au Moyen-Orient, en Turquie et en Asie centrale, considère l'avortement comme mekrouh (indésirable) plutôt que haram avant 120 jours de grossesse, car on estime que le fœtus n'a pas d'âme avant ce stade. D'autres courants, comme le chafiisme, autorisent l'avortement jusqu'à 40 jours de grossesse, tandis que le malikisme l'interdit totalement, considérant le fœtus comme un être vivant en devenir.

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Malgré ces divergences, la plupart des autorités religieuses musulmanes s'accordent à dire que l'avortement est autorisé si la vie de la mère est en danger. Cette autorisation est basée sur le principe islamique selon lequel, en cas de conflit entre deux maux, le moindre mal doit être choisi.

Dans l'Islam chiite, l'Ayatollah Ali Al-Sistani, une figure religieuse influente, considère l'avortement comme haram dans presque tous les cas, sauf si la naissance de l'enfant met en danger la vie de la mère. Même dans ce cas, l'avortement ne doit pas avoir lieu après quatre mois de grossesse, car on pense que le fœtus reçoit une âme à ce moment-là. Si un avortement est pratiqué malgré tout, les responsables doivent payer une compensation financière (diya) aux autorités compétentes.

Pour l’Islam sunnite, les avis sur l’avortement sont très divers mais tout aussi conservateurs. Tout comme dans l’Islam Chiite, les savants sunnites basent leurs opinions concernant l’avortement principalement sur des hadiths. Un hadith jugé comme étant authentique rapporte cette parole du Prophète Muhammad : « En ce qui concerne votre création, chacun de vous est recueilli dans le ventre de sa mère pendant les 40 premiers jours, puis il devient un caillot pendant 40 jours supplémentaires, puis un morceau de chair pendant 40 jours supplémentaires. Néanmoins, il existe des divergences entre les différentes écoles sur la période limite à laquelle un avortements peut être pratiqué allant du premier au quatrième mois de grossesse. Les Hanafites sont plus libéraux et permettent l’avortement jusqu’au quatrième mois de grossesse en cas de viols ou de dangers pour la vie de la mère. Les Chaféites et les Hanbalites permettent l’avortement dans ces cas de figures seulement lors du premier mois de grossesse.

Christianisme

Le christianisme, dans ses diverses dénominations, présente également un spectre d'opinions sur l'avortement. La position officielle de l'Église catholique est fermement opposée à l'avortement, le considérant comme une violation de l'interdit de tuer un être humain. L'Église catholique considère que l'avortement est un infanticide et que les personnes impliquées dans un avortement encourent l'excommunication.

Plusieurs papes ont insisté sur le sujet. L’avortement est un péché d’une particulière gravité, car il s’agit du meurtre d’un être humain, et d’un être humain absolument sans défense.

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Les orthodoxes condamnent l’avortement qu’ils considèrent comme un meurtre d’une même gravité que celui d’une personne déjà née. Les églises évangéliques sont opposées à l’avortement qu’elles considèrent comme une atteinte au droit à la vie. À l’heure actuelle, les Églises luthérienne et réformée ont un point de vue beaucoup plus favorable à l’avortement que les autres confessions chrétiennes. Certains membres de ces Églises ont même été très actifs pour obtenir la légalisation de l’IVG en France.

Cependant, l'Église catholique offre également une perspective de miséricorde et de pardon envers les femmes qui ont avorté. Les chrétiens ne condamnent pas les femmes qui ont avorté ou les personnes qui ont réalisé ces avortements. Ils veulent que ces personnes puissent s’ouvrir à la vie et accueillir le pardon de Dieu. Mais pour cela il faut aussi prendre conscience du mal, du fait que l’avortement est le meurtre d’un être humain.

D'autres dénominations chrétiennes, telles que certaines Églises protestantes, adoptent une position plus nuancée, reconnaissant la complexité des situations individuelles et autorisant l'avortement dans certains cas, tels que le viol, l'inceste ou la menace pour la vie de la mère.

Les chrétiens sont appelés à faire découvrir à tout être humain qu’il est aimé. Si une femme ayant avorté se sent rejetée par des chrétiens, c’est que ceux-ci n’ont pas été fidèles à leur vocation. La miséricorde est l’amour que Dieu porte à ceux qui sont faibles et pécheurs. Elle ne consiste pas seulement dans le pardon des péchés. Si Dieu me pardonne et que cela ne change rien à ma vie, je ne suis pas plus avancé… La miséricorde propose aussi une espérance, un chemin de vie. La personne qui a avorté peut se relever et vivre, être source de vie pour ceux qui l’entourent, même si elle a un jour choisi la mort. Le bonheur est possible pour tous, personne n’est exclu, même si Dieu ne nous promet pas que la vie sera facile sur cette terre.

Judaïsme

Le judaïsme présente également une diversité d'opinions sur l'avortement, allant de positions plus libérales à des positions plus conservatrices. En général, le judaïsme considère que la vie commence à la naissance, et non à la conception. Par conséquent, l'avortement n'est pas considéré comme un meurtre dans la plupart des cas.

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Cependant, le judaïsme valorise la vie et considère que l'avortement est une question grave qui ne doit pas être prise à la légère. L'avortement est généralement autorisé si la vie de la mère est en danger, ou si la grossesse met en danger sa santé physique ou mentale. Certaines autorités juives autorisent également l'avortement dans les cas de viol ou d'inceste.

Le statut de l'âme du fœtus

La question de l'âme du fœtus est au cœur du débat sur l'avortement dans de nombreuses religions. Différentes traditions religieuses ont des croyances différentes quant au moment où l'âme entre dans le corps et au statut spirituel du fœtus.

Certaines religions, comme l'islam, croient que l'âme entre dans le corps à un certain stade de la grossesse, généralement autour de 120 jours. Avant ce stade, l'avortement est considéré comme moins grave, bien qu'il puisse encore être interdit dans certaines circonstances.

D'autres religions, comme le catholicisme, croient que l'âme est présente dès la conception. Par conséquent, l'avortement est considéré comme un meurtre dès le début de la grossesse.

D’autres encore, comme dans l’Ordre de la Rose-Croix il est enseigné que l’âme s’incarne au moment, non pas de la conception, mais de la naissance. Cela suppose qu’elle pénètre dans l’enfant lorsqu’il sort du ventre maternel et inspire pour la première fois. De ce fait, l’embryon, puis le fœtus, ne constitue pas un être humain en tant que tel, mais un être humain en devenir. Il le devient effectivement lorsqu’il naît à la vie extra-utérine, sous l’impulsion de l’âme qui pénètre en lui avec la première inspiration.

Ces croyances sur l'âme du fœtus ont un impact significatif sur les attitudes envers l'avortement. Les personnes qui croient que l'âme est présente dès la conception sont plus susceptibles de s'opposer à l'avortement, tandis que celles qui croient que l'âme entre dans le corps plus tard dans la grossesse peuvent être plus ouvertes à l'avortement dans certaines circonstances.

L'avortement dans le monde : Lois et réalités

Les lois sur l'avortement varient considérablement d'un pays à l'autre, reflétant les différentes attitudes culturelles, religieuses et politiques envers la question.

Dans certains pays, l'avortement est légal et accessible à toutes les femmes, tandis que dans d'autres, il est strictement limité ou totalement interdit. Les pays où l'avortement est illégal ont tendance à avoir des taux de mortalité maternelle plus élevés, car les femmes sont plus susceptibles de recourir à des avortements clandestins et dangereux.

Près de 80 % des femmes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord vivent dans des pays où le droit à l’avortement est restreint. Voire, pour 55 % d’entre elles, dans des pays où l’IVG n’est autorisée que pour sauver la vie de la mère ou - pour 24 % - uniquement pour préserver sa santé physique ou mentale.

Aujourd’hui, seules la Turquie et la Tunisie autorisent les avortements volontaires (sur demande de la mère). Bien qu’aucun de ces pays n’interdise totalement l’IVG, ces restrictions rendent plus difficile pour les femmes d’avorter en toute sécurité.

Même dans les pays où l'avortement est légal, les femmes peuvent être confrontées à des obstacles à l'accès, tels que le manque de services d'avortement, les coûts élevés et la stigmatisation sociale.

L'impact de la religion sur les décisions individuelles

Les croyances religieuses jouent un rôle important dans les décisions individuelles concernant l'avortement. Les femmes qui sont religieuses sont plus susceptibles de s'opposer à l'avortement, tandis que celles qui ne sont pas religieuses sont plus susceptibles de le soutenir.

Hélène (1), 46 ans, n’aurait jamais pensé que cela pourrait lui arriver. Il y a dix ans, cette catholique pratiquante a avorté. « J’ai passé des nuits impossibles. Je me souviens de ce matin où, réveillée par l’angoisse, je priais : “Seigneur, je sais ce qui va m’arriver, mais je n’ai pas d’autre choix”. » Hélène avait bien songé aux conséquences. Mais cela restait pour cette célibataire « théorique » et elle n’imaginait surtout pas le « cataclysme » qui allait suivre.

Cependant, il est important de noter que les croyances religieuses ne sont pas le seul facteur qui influence les décisions concernant l'avortement. D'autres facteurs, tels que l'âge, le niveau d'éducation, le statut socio-économique et les circonstances personnelles, peuvent également jouer un rôle important.

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