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Beth Gibbons : Une exploration intime de la vie à travers "Lives Outgrown"

La voix emblématique de Portishead, Beth Gibbons, revient sur le devant de la scène avec un album solo profondément personnel, "Lives Outgrown". Cet opus, fruit d'une décennie de travail introspectif, offre une immersion poignante dans les différentes étapes de sa vie, explorant des thèmes universels tels que la maternité, l'anxiété, la ménopause, la perte et la mortalité. "Lives Outgrown" est une œuvre à la fois vulnérable et courageuse, où l'artiste se livre sans concessions, offrant à l'auditeur un aperçu rare de son monde intérieur.

Un voyage introspectif en musique

"Floating on a moment", telle est la démarche de Beth Gibbons pour cet album, une plongée dans les méandres de son existence. Comment oublier sa période trip hop au sein de Portishead ? Aujourd’hui, la britannique, offre en solo Lives Outgrown, ‘vies dépassées’ en français, son œuvre la plus intime, dans laquelle l’artiste ne ménage, ni ses larmes, ni ses émotions, et ravive des changements particulièrement douloureux. L’album de Gibbons est composé de nombreux adieux à sa famille, à ses amis, et même à son ancien moi. « J’ai réalisé ce qu’était la vie sans espoir », dit Beth Gibbons dont les chansons abordent également des thèmes comme la maternité, l’anxiété et la ménopause, autrement dit, je cite « une descente massive qui vous coupe aux genoux » et après, c’est inévitablement, la mort. Elle y croyait encore malgré tout.

La genèse d'un album cathartique

"Lives Outgrown" est le fruit d'une longue période de réflexion, de changements et d'adieux, selon les propres mots de Beth Gibbons. Cet album marque un tournant dans sa carrière solo, succédant à "Out of Season" réalisé en duo avec Rustin Man. Il célèbre l'arrivée à la moitié du chemin de l'existence, ce moment où l'on regarde aussi bien derrière soi que devant, mais avec moins de certitudes. « Les gens ont commencé à mourir », dit Beth. " Quand on est jeune, on ne connaît jamais la fin, on ne sait pas comment ça va se passer. Vous vous dites : on va aller au-delà de ça. Ça va s’améliorer. Certaines fins sont difficiles à digérer.” Voilà ce que raconte en substance ce nouvel album de Beth Gibbons, en équilibre permanent entre la dure réalité et l’immense besoin de douceur et de poésie pour pouvoir la surmonter.

Thèmes abordés : une exploration des étapes de la vie

L'album aborde des thèmes poignants et universels. Elle y explore la maternité, l'anxiété, la ménopause, mais aussi le courage face aux épreuves de la vie. La mort d'amis et de proches, le besoin d'être regardé comme avant, autant de sujets qui résonnent avec une authenticité bouleversante. « All we have… is Here and Now ». Tout ce que nous avons est ici et maintenant, chante-t-elle dans Floating on a Moment, entourée par un délicat chœur d’enfants. Rien ne durera, il faut savourer ce qui nous reste.

Une production soignée au service de l'émotion

Produit par Beth Gibbons elle-même, en collaboration avec James Ford (Arctic Monkeys, Depeche Mode) et Lee Harris (Talk Talk), "Lives Outgrown" se distingue par une production soignée et intimiste. Pas d’orchestrations trop luxuriantes. Sobriété, intimité mais surtout pas dénuement. Le son est à la fois riche et épuré, mettant en valeur la voix unique de Beth Gibbons et créant une atmosphère propice à l'introspection. Avec le dernier titre et le plus long de l’album, Beth Gibbons, apparaît plus apaisée et légère, parle de murmurer le sentiment amoureux et c’est là que l’on mesure le travail d’orfèvre de ses collaborateurs : James Ford (Arctic Monkeys, Depeche Mode) avec une production additionnelle de Lee Harris (Talk Talk).

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Un style musical entre folk et trip-hop

Musicalement, "Lives Outgrown" s'inscrit dans la lignée d'"Out of Season", tout en se révélant plus abouti. Il casse l’image d’une interprète torturée et montre une Beth Gibbons plus en paix avec elle-même. L'album mêle des éléments de folk, de trip-hop et de musique orchestrale, créant un paysage sonore à la fois mélancolique et lumineux. On retiendra l’intro bouclée du single Floating on a Moment, l’une des plus belles de l’année. Burden of Life s’ouvre sur une rythmique boisée et des arpèges à la Jonny Greenwood (Radiohead). Pièce centrale du disque, Lost Changes commence sur un « Hey You » très floydien et se termine sur des sifflements morriconiens.

Beth Gibbons : un parcours musical atypique

Beth Gibbons est née dans la région d'Exeter, en Angleterre le 4 juillet 1965. Elle passe le plus clair de son temps en famille, où elle mène une vie loin des préoccupations du monde la musique puisque ses parents sont agriculteurs. La timide jeune fille trouve son salut dans le chant, dont elle a une approche sensible et personnelle. A la fin des années 1980, elle décide de s’affranchir de cette vie rurale, avec le rêve de pouvoir un jour vivre de sa passion et met le cap sur Bristol où elle vit de jobs divers pendant cinq ans, tout en parvenant à se produire seule sur quelques scènes locales, combattant tant bien que mal son trac immense. En 1992, sa rencontre avec Geoff Barrow, lors d’un stage d’aide à la recherche d’emploi, change sa vie. Ce dernier est musicien et vivote lui aussi en tant que technicien dans les studios d’enregistrement locaux (il a travaillé pour Neneh Cherry, et, plus important encore pour Massive Attack). Leurs nombreuses affinités musicales créent l’étincelle dont avait besoin Barrow. Amateur de musique de films et fan de hip-hop, il sample depuis de long mois, créant ses propres collages musicaux, et recherche une « voix ». L’arrivée du guitariste jazz Adrian Utley, marque la naissance de Portishead. Le groupe se met au travail avec un autre ingénieur du son, du nom de Dave MacDonald et la magie opère. Le label Go! Discs signe le groupe immédiatement après avoir entendu ses premiers essais, notamment ceux de sa chanteuse à la voix envoutante. Le résultat, le premier album de Portishead, Dummy (1994) fait désormais partie de ces disques charnières, figures de proue d’une nouvelle scène, en l’occurrence ici le Trip-hop made in Bristol. Puisant dans les musiques de films des années 1950, jusqu’à ceux d’Ennio Morricone et John Barry, privilégiant une approche jazz et introspective, moins dansante, l’album phénomène est un contrepoint idéal aux albums des vrais précurseurs du mouvement, Massive Attack. Dummy est comme porté par cette voix plaintive mais riche de mille émotions de Beth Gibbons, qui bien que vivant mal sa notoriété, est propulsée star.

Portishead : L'ascension d'un groupe emblématique

Il y a trente ans exactement, on découvrait la voix de Beth Gibbons avec l’album Dummy de Portishead. Portishead n’a malheureusement sorti que trois albums, un quatrième restant toujours dans les limbes. Le démarrage à plusieurs vitesses du succès du groupe sur le plan international a pour première conséquence d’user les nerfs et l’énergie du trio qui sera en tournée pendent plusieurs années. Le second album homonyme de Portishead ne sort que trois ans plus tard. Alors qu’il est encensé par la critique, les ventes déçoivent. Le groupe repart en tournée mondiale. Leur passage par le Roseland Ballroom de New York, enregistré et communément appelé PNYC-Live, publié en 1998, est un disque réunissant ces nouvelles références du Trip-hop et un orchestre symphonique. Il permet de remarquer l’étrange vulnérabilité, l’équilibre fragile, qu’atteint Beth Gibbons quant elle interprète ses chansons. Elle qui avoue, malgré sa timidité, se livrer entièrement dans son chant.

Une carrière solo riche et variée

À vrai dire, il y avait déjà un disque portant le nom de Beth Gibbons, il y a plus de vingt ans. Il était plus que temps que Beth nous gratifie d’un album sous sa seule gouverne. Le process a été long. Les prises se seraient étalées sur dix ans. Elle retrouve Paul Webb, ancien bassiste du groupe Talk-Talk, rencontré avant l’aventure Portishead et lui soumet son répertoire personnel. Déjà fan de Gibbons, celui-ci n’a aucun mal à imaginer une ambiance nouvelle, dépouillée, acoustique, sans ces sons urbains tirés du hip-hop auquel est associée la voix de la chanteuse. Le résultat est publié fin 2002 sous le nom de Beth Gibbons & Rustin Man, le pseudo que s’est choisi Webb et s’intitule Out of Season. En 2008, soit après un hiatus de dix ans, Portishead publie Third. Gibbons de nouveau accompagnée de Barrow et Utley, y explore des territoires parfois violents, souvent rock, en tout cas éloignés des registres jusqu’alors explorés, confirmant le potentiel toujours intact de sa voix et du talent au-delà des genres de son groupe. Portishead ayant honoré comme prévu son contrat avec Go!

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tags: #beth #gibbons #enfants

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