Loading...

L'Avortement au Brésil : Législation et Opinion de l'Église Catholique

Le Brésil, le pays le plus peuplé d’Amérique du Sud, est au cœur d’une discussion complexe et en évolution constante sur le droit à l’avortement. La situation actuelle révèle un pays profondément divisé, où les influences culturelles et surtout religieuses jouent un rôle central dans le débat sur les droits reproductifs des femmes. Le Brésil, étant majoritairement catholique, est marqué par l’influence de l’Église catholique et de l’Église évangélique, qui s’opposent généralement à l’avortement, comme aux États-Unis. Cette influence religieuse a contribué à une forte stigmatisation de l’avortement dans la société brésilienne.

Historique de la législation sur l'avortement au Brésil

Au début du XXe siècle, le Brésil avait des lois strictes interdisant l’avortement, à l’exception des cas de viol et de danger pour la vie de la mère. En 1940, le Code pénal brésilien a renforcé ces restrictions en criminalisant davantage l’avortement, et qualifie l’avortement de « crime contre la vie humaine ».

Les années 1980 ont vu un débat croissant sur la question de l’avortement au Brésil. En 1984, la « Marche nationale des femmes pour la légalisation de l’avortement » a rassemblé des milliers de manifestants à Brasília, soulignant l’appel à une réforme de la législation. Cependant, malgré des discussions et des projets de loi proposés, la législation n’a pas connu de changement significatif jusqu’en 2012.

En 2017, le Parti du socialisme et de la liberté (PSOL), a déposé un recours auprès de la Cour suprême du pays, faisant valoir que la criminalisation de l’avortement irait à l’encontre des droits constitutionnels des femmes. Le recours réclame la dépénalisation de l’IVG jusqu’à la douzième semaine. Pour l’instant, un seul des onze juges a pu voter, car la séance a été suspendue à la demande de l’un des magistrats, et reportée à une date ultérieure.

Les exceptions légales à l'interdiction de l'avortement

L'interruption de grossesse n'est autorisée par la loi que s'il y a danger pour la vie de la mère ou après un viol. En 2012, la Cour suprême a pris une décision historique en autorisant l’avortement en cas de fœtus atteint d’anencéphalie (absence de cerveau). Malgré ces avancées limitées, l’avortement est resté illégal dans la plupart des autres circonstances, ce qui a entraîné un nombre élevé d’avortements clandestins et potentiellement dangereux au Brésil, avec des estimations de plus d’un million d’avortements illégaux chaque année.

Lire aussi: La pilule du lendemain après une IVG

Une réforme du Code pénal prévoit que les femmes n’auront désormais plus besoin de présenter un certificat de viol pour demander une IVG. Bien que l’avortement soit déjà autorisé en cas de viol, le Code pénal n’oblige pas les victimes à déclarer l’agression au commissariat. Mais, dans la grande majorité des cas, le personnel hospitalier exige ce constat afin de faciliter la procédure médicale. Avec la réforme, le ministère ne fait que ratifier le contenu de la loi existante et permet de supprimer les lourdeurs bureaucratiques. Le nouveau texte prévoit également la formation des professionnels de santé et le renforcement des services proposés par le Système unique de santé (SUS).

L'avortement sous Jair Bolsonaro

Sous la présidence de Jair Bolsonaro, arrivé au pouvoir en 2019, le droit des femmes et le droit à l’avortement ont été largement contestés. Bolsonaro, un conservateur notoire, a exprimé à plusieurs reprises son opposition à l’avortement et a nommé des responsables gouvernementaux partageant ces vues. Cette opposition a créé un climat politique hostile aux droits reproductifs des femmes.

Pendant son mandat, Bolsonaro a tenté de restreindre davantage l’accès à l’avortement en signant des décrets limitant l’information sur l’avortement dans les établissements de santé publique. Cela a eu un impact disproportionné sur les femmes vulnérables qui dépendent des services de santé publics pour leurs besoins de santé reproductive.

L’avortement est devenu un argument politique clé au Brésil en raison de l’influence considérable de l’Église catholique et des groupes évangéliques dans la politique brésilienne. Les dirigeants conservateurs comme Bolsonaro utilisent fréquemment la question de l’avortement pour mobiliser leur base électorale, en faisant appel à des arguments religieux et culturels pour renforcer leur position.

L'élection de Lula et la situation actuelle

En 2022, l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva, communément appelé Lula, a été élu à nouveau président du Brésil. Lula, un membre du Parti des travailleurs (PT), est perçu comme un président plus progressiste sur les questions de droits des femmes et d’accès à l’avortement par rapport à Bolsonaro. Lors d'une réunion, Dilma Rousseff, la dauphine du président Lula, s'est engagée à ne pas légaliser l'avortement, un geste en direction des électeurs chrétiens devenus une des clés du second tour de l'élection présidentielle au Brésil. "Personnellement, je suis opposée à l'avortement et suis en faveur de maintenir la loi actuelle", écrit la candidate du Parti des Travailleurs (PT - gauche) dans une lettre aux Eglises évangéliques transmise à l'AFP par le comité de campagne de la candidate. "Si je suis élue présidente de la République, je ne prendrai pas l'initiative de proposer des changements de la législation sur l'avortement et sur d'autres thèmes concernant la famille", a-t-elle affirmé.

Lire aussi: Avortement et liberté des femmes en France

Bien que le Brésil soit toujours profondément religieux et divisé sur la question de l’avortement, l’élection de Lula pourrait ouvrir la voie à des discussions plus constructives sur la législation de l’avortement dans le pays.

Récemment (septembre 2023), le Tribunal Suprême brésilien a pris une mesure significative en commençant à examiner un recours en faveur de la dépénalisation de l’avortement. Cette étape représente un développement crucial dans le débat sur les droits reproductifs au Brésil, offrant une lueur d’espoir pour les militants pour les droits des femmes qui luttent depuis longtemps pour un accès plus large à l’avortement sécurisé et médicalisé.

Les statistiques de l'avortement au Brésil

Les chiffres de l’avortement au Brésil sont frappants. Selon les estimations, environ un million d’avortements illégaux sont pratiqués chaque année dans le pays, ce qui en fait l’une des principales causes de mortalité maternelle. Environ 56 % de la population brésilienne s’oppose toujours à l’avortement, selon un sondage réalisé en 2020, tandis que 36 % soutiennent une plus grande libéralisation de la législation sur l’avortement.

La situation tragique des femmes qui sont contraintes de recourir à des avortements illégaux et risqués est un problème préoccupant au Brésil. Des exemples poignants mettent en lumière les conséquences dramatiques de la criminalisation de l’avortement. En 2020, une fillette de 10 ans qui avait été violée par son oncle a dû se battre devant les tribunaux pour avoir accès à un avortement légal. Le président Jair Bolsonaro avait qualifié cette situation de « crime » et déclaré que l’avortement était « inadmissible » dans ce cas, reflétant ainsi son attitude profondément conservatrice et sa réticence à considérer les réalités complexes auxquelles les femmes brésiliennes sont confrontées.

La position de l'Église catholique

Le pape Benoît XVI a averti les responsables politiques catholiques du Brésil qu'ils s'excommunieraient eux-mêmes en soutenant des lois autorisant l'avortement. C'est la première fois que le pape, qui s'exprimait devant des journalistes au début de sa visite dans l'un des plus grands pays catholiques au monde, approfondit ce sujet controversé et d'actualité aux Etats-Unis, au Mexique et en Italie.

Lire aussi: Tout savoir sur l'IMG

Le pape s'est vu demander s'il soutenait les responsables de l'Eglise catholique au Mexique, qui ont menacé d'excommunier des députés de gauche qui ont voté le mois dernier en faveur de la légalisation de l'avortement à Mexico. "Oui, cette excommunication n'est pas arbitraire, elle est permise par la loi canonique qui dit que le meurtre d'un enfant innocent est incompatible avec la communion, qui consiste à recevoir le corps du Christ", a-t-il dit.

La loi canonique stipule que l'on s'inflige automatiquement l'excommunication en "procurant" un avortement. L'interprétation généralement faite de ce principe veut qu'il ne s'applique qu'à la femme concernée et à la personne réalisant l'avortement, mais des débats ont porté récemment sur l'extension de la responsabilité à ceux qui aident la femme à avorter ou rendent l'acte légal.

"L'égoïsme et la peur sont à la base des lois (favorables à l'avortement)", a estimé le pape. "Au sein de l'Eglise, nous avons un grand combat à mener pour défendre la vie."

Certains catholiques estiment que, tout en excluant l'avortement pour elles-mêmes, elles doivent se prononcer pour le droit des femmes à choisir. Mais pour l'Eglise, la vie commence au moment de la conception, faisant de l'avortement un meurtre. "L'Eglise dit que la vie est magnifique, ce n'est pas quelque chose dont on puisse douter mais c'est un don, même quand elle survient dans des circonstances difficiles.

Les controverses récentes impliquant l'Église

Ces derniers jours, il y a eu une vive polémique qui a touché l’Église, à propos de cette histoire d’une petite fille au Brésil enceinte à la suite d’un viol, que sa mère a fait avorter. L’évêque du lieu a pris la décision de rendre public l’excommunication qui touche les personnes qui sont complices d’un avortement. Les catholiques les plus convaincus ont été heurtés par un tel manque de compassion apparent.

Un évêque brésilien avait excommunié la mère d'une petite fille violée ayant avorté et les médecins qui avaient pratiqué l'avortement. Au vu de la controverse qu'avaient soulevée ces excommunications, la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) a désavoué, l'archevêque en question et a nié l'excommunication. L'archevêque José Cardoso Sobrinho avait argué qu'aux yeux de l'Eglise catholique l'avortement était un "crime" et que la loi de Dieu était "au-dessus" de celle des hommes pour justifier l'excommunication.

tags: #avortement #Brésil #législation #et #opinion #de

Articles populaires:

Share: