L'interruption volontaire de grossesse (IVG), communément appelée avortement, est une procédure légale en France qui permet de mettre fin à une grossesse non désirée. La loi française a élargi la possibilité d’avorter jusqu’à 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d’aménorrhée. Cependant, lorsque ce délai est dépassé, ou en cas de nécessité d'une interruption pour motif médical (IMG), la procédure et les risques associés diffèrent. Cet article vise à informer sur les aspects de l'avortement après 12 semaines de grossesse, en abordant les procédures, les risques potentiels, et les alternatives possibles.
Cadre légal et délais
En France, la loi Veil de 1974 a légalisé l'IVG, et elle a été modifiée en 2001 et plus récemment en 2022 pour renforcer le droit à l'avortement. La loi du 2 mars 2022 a allongé le délai légal pour pratiquer une IVG à 14 semaines de grossesse (16 semaines d'aménorrhée). Au-delà de ce délai, l'avortement reste possible dans des cas spécifiques relevant de l'interruption médicale de grossesse (IMG), anciennement appelée interruption thérapeutique de grossesse.
La loi autorise les personnes qui le demandent à réaliser un avortement au-delà de 14 semaines d’aménorrhée (12 semaines de grossesse).
L’interruption de grossesse est également autorisée, sans délai limite d’intervention, lors de malformations fœtales importantes ou de maladie grave de la mère. On parle alors d’interruption médicale de grossesse (IMG).
Les différentes méthodes d'avortement après 12 semaines
Après 12 semaines de grossesse, l'IVG médicamenteuse n'est plus recommandée. La méthode privilégiée est l'avortement chirurgical, également appelé avortement instrumental.
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Avortement Instrumental (Chirurgical)
L’IVG instrumentale consiste à dilater le col de l’utérus et à évacuer le contenu utérin par aspiration. En amont de l’avortement, une préparation médicamenteuse du col de l’utérus est indiquée, afin de faciliter la dilatation. Cette préparation cervicale requiert la prise orale d’un antiprogestérone ou d’une prostaglandine trois à quatre heures avant l’aspiration, ou sur l’administration d’un ovule par voie vaginale trois heures avant l’aspiration. Pratiqué sous anesthésie locale ou générale, l’avortement chirurgical dure une dizaine de minutes. Toutefois, une surveillance de la patiente est mise en place dans les heures suivant l’intervention. Il est également recommandé qu’une personne l’accompagne à sa sortie de l’établissement de santé. Parfois, un soutien psychologique, avec la consultation d’un professionnel, sera nécessaire.
L'avortement instrumental est pratiqué obligatoirement en établissement de santé (hôpital ou clinique). Sous certaines conditions, elle peut avoir lieu dans un centre de santé autorisé ayant établi une convention de coopération avec un établissement de santé.
Préparation à l'intervention
Si vous êtes enceinte de 13 semaines ou plus et que vous souhaitez avorter, nous aurons affaire à une « interruption de grossesse du deuxième trimestre ». L’avortement est alors réalisé à l’aide de quelques instruments médicaux. En principe, l’intervention se déroule sous sédation (profonde), sauf si votre santé ne le permet pas pour cause de maladie ou de surpoids important (IMC trop élevé).
Une heure avant l’intervention, on vous donnera un médicament (le misoprostol) qui va avoir pour effet de ramollir le col de l’utérus afin de le préparer à l’avortement. Ce médicament peut causer des nausées, des frissons et des contractions.
Pour une sédation profonde, votre estomac doit être complètement vide (vous devez être à jeun). C’est la raison pour laquelle vous ne devez rien manger pendant les 6 heures qui précèdent l’intervention et rien boire pendant les 2 heures qui précèdent l’intervention. Avant ces deux dernières heures, vous pouvez boire un peu de thé ou d’eau (pas de produits laitiers).
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Attention : durant les 24 heures qui suivent une sédation profonde, vous ne devez pas faire de vélo, ni conduire une voiture, un scooter ou un deux-roues motorisé. Ne prenez pas non plus de décisions importantes pendant ces 24 heures.
Déroulement de l'intervention
Pendant l’intervention, vous serez assise dans un fauteuil gynécologique. Un médecin orthogéniste (spécialiste en IVG) procédera à l’avortement, assisté d’au moins un membre infirmier. À l’aide d’un spéculum (instrument en forme de bec de canard), le médecin va rendre visible le col de l’utérus. Le fœtus sera ensuite retiré, puis l’utérus vidé, à l’aide d’instruments chirurgicaux. Si vous êtes enceinte de moins de 15 semaines, vous pourrez, à la suite de cette intervention, vous faire poser un stérilet ou un implant.
Si vous êtes enceinte de 18 à 22 semaines, l’intervention se déroulera toujours sous sédation (profonde). Deux à trois heures avant l’intervention, nous vous donnerons un médicament (le misoprostol) qui va avoir pour effet de ramollir le col de l’utérus et assurer une certaine dilatation. Lorsque vous serez prête pour l’intervention, nous vous endormirons. L’intervention se déroule pratiquement de la même façon que pour une IVG entre 13 et 17 semaines. La durée de l’intervention est de 15 à 25 minutes ; elle varie selon le stade de la grossesse. Vous vous réveillerez immédiatement après l’intervention.
Suivi post-IVG
Après l’intervention, vous irez en salle de repos. Vous y resterez pendant une heure, sous surveillance. Nous vous donnerons des antibiotiques pour prévenir les infections. Après l’intervention, des maux de ventre et des saignements peuvent survenir. Ces désagréments peuvent persister quelques jours ou quelques semaines ; ils s’atténueront progressivement. Les symptômes de la grossesse vont aller en diminuant dès la fin de la semaine qui suit l’intervention. Si les désagréments ne s’atténuent pas, si vous avez de la température ou si vous ne vous sentez pas bien, il faut toujours nous en informer. La durée de l’hospitalisation est de 4 à 5 heures.
Après l’IVG, il est recommandé de réaliser une visite de contrôle. Il faut faire 14 à 21 jours après l’IVG. Elle permet de vérifier l’état normal des organes génitaux. Elle est effectuée par votre gynécologue ou votre médecin traitant.
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Interruption Médicale de Grossesse (IMG)
Vous vous trouvez peut-être dans une situation qui vous permet de réaliser une IMG (Interruption médicale de grossesse) dite aujourd’hui « Interruption pour motif médical » : il faut dans ce cas justifier d’une détresse psycho-sociale. Il faut se rapprocher des services de diagnostic anténatal de l’hôpital le plus proche de chez vous et/ou des réseaux de périnatalité. La détresse psycho-sociale concerne des personnes en situation de danger personnel, de violences, de difficultés psychologiques majeures ou d’extrême précarité, rendant impossible la poursuite de la grossesse alors même que le délai légal de l’IVG de 16 semaines d'aménorrhée est dépassé. C’est une procédure qui peut être longue, dont l’issue est aléatoire et non-certaine.
Risques et complications potentielles
Comme tout acte médical, l'IVG, en particulier après 12 semaines, comporte des risques, bien que ceux-ci soient relativement faibles.
Quelles sont les risques d’une IVG ? Comme tout geste, une IVG comporte des inconvénients et peut présenter certains risques exceptionnels.
- Risques immédiats :
- Hémorragie : Des saignements plus importants que des règles sont possibles.
- Infection : Une infection de l'utérus peut survenir, nécessitant un traitement antibiotique.
- Perforation utérine : Rare, mais possible lors de l'intervention chirurgicale.
- Rétention de fragments placentaires : Nécessite parfois une nouvelle intervention.
- Risques à long terme :
- Complications lors de grossesses ultérieures (très rares).
- Impact psychologique : Certaines femmes peuvent ressentir de la tristesse, de la culpabilité ou de l'anxiété après un avortement. Une consultation psycho-sociale est systématiquement proposée après l'IVG. Elle vous permet de parler de votre situation si vous en ressentez le besoin.
En cas d’IVG chirurgicale, les principaux effets indésirables observés dans les jours qui suivent l’intervention sont : fièvre, douleurs, saignements. Comme pour toute intervention des complications, rares mais graves, sont possibles : perforation de l’utérus, infection, hémorragie, etc. En cas de fièvre, de pertes de sang importantes ou de fortes douleurs abdominales dans les jours qui suivent l’IVG chirurgicale, il est recommandé d’appeler rapidement l’établissement où a eu lieu l’IVG.
Alternatives à l'IVG
Il est important de noter qu'il existe des alternatives à l'IVG, et qu'il est essentiel de prendre une décision éclairée en fonction de sa situation personnelle. Vous pouvez également vous informer sur la possibilité de prolonger la grossesse et de faire un accouchement sous le secret. Vous pouvez aussi demander une délégation volontaire de l'autorité parentale. Dans ce cas-ci, l'exercice de l'autorité parentale peut être délégué à un tiers ou à un organisme spécialisé (membre de la famille, service de l'aide sociale à l'enfance…). Elle est prononcée par le juge aux affaires familiales (Jaf) et est provisoire. N’hésitez pas à venir en discuter avec nous dans un de nos centres ou sur notre numéro vert, le 0800 08 11 11.
Où s'adresser ?
Pour toute demande relative notamment aux lieux de prise en charge, contactez la Ligne contraception - IVG Du lundi au jeudi de 10 h à 18 h - Vendredi de 10 h à 14 h Samedi de 10 h à 12 h Tél.
2 temps sont obligatoires avant la réalisation d'une IVG.
- 1er temps : la consultation d'information
Au cours de ce 1er temps :
- Vous faites votre demande d'avortement
- Vous recevez des informations orales et un guide sur l'IVG qui portent sur les différentes méthodes d’IVG, les lieux de réalisation et notamment le choix dont vous disposez mais aussi sur les risques et les effets indésirables possibles
- Le médecin ou la sage-femme vous propose un entretien psycho-social (celui-ci est obligatoire si vous êtes mineure et doit être réalisé avant le recueil de votre consentement). Cet entretien a lieu dans un EVARS (espace vie affective, relationnelle et sexuelle), dans un centre de santé sexuelle ou dans un organisme agrée.
- 2nd temps : le recueil du consentement
Au cours de ce 2nd temps, vous remettez votre consentement écrit de demande d'avortement au médecin ou à la sage-femme.
L'IVG à l'étranger
Vous avez le droit de partir à l’étranger pour réaliser un avortement mais cela a un coût. Pour plus d’informations, vous pouvez contacter le Planning Familial de votre département ou appeler notre numéro vert, le 0800 08 11 11 (anonyme et gratuit).
Il est possible de réaliser un avortement à l’étranger si la femme a dépassé les délais légaux autorisés en France. Toutefois, partir à l’étranger pour avorter présente un coût. Le Planning familial peut notamment aider les femmes en difficulté à choisir la clinique qui correspond le mieux à leur situation. En Angleterre, au Pays de Galles et en Écosse, les femmes enceintes peuvent notamment avorter jusqu’à la 24e semaine de grossesse. Aux Pays-Bas, le délai pour avoir recours à une IVG est de 22 semaines.
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