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L'Avortement : Origine du Mot, Pratique Antique et Débats Contemporains

Introduction

L'avortement, une pratique consistant à interrompre volontairement une grossesse, est un sujet complexe et chargé d'histoire. Cet article explore l'origine du mot "avortement", son histoire, en particulier dans l'Antiquité romaine, les opinions divergentes à travers les âges, et les débats contemporains qui persistent autour de cette question.

Origine et Étymologie du Mot "Avortement"

Le terme "avortement" trouve son origine dans le latin. En latin, l'avortement est désigné par le terme abortus, dérivé du verbe aborior signifiant « mourir, périr ». Ce terme tire son origine d’ orior « se lever, commencer, tirer son origine de » donc « naître ». Cela amène au mot aborto qui veut dire « avorter ». Cette étymologie reflète l'acte d'interrompre un processus de naissance.

L'Avortement dans l'Antiquité Romaine

L'avortement et la contraception étaient des pratiques connues et utilisées par les femmes dans l'Antiquité romaine. Les raisons qui motivaient l'avortement étaient diverses : limiter le nombre d'enfants, mettre fin à une grossesse résultant d'un adultère, ou encore préserver sa beauté physique.

Accès à l'Avortement selon le Rang Social

L'accès à l'avortement n'était pas uniforme pour toutes les femmes. Emiel Eyben suggère que les femmes riches pouvaient se permettre les services de médecins et l'achat de substances abortives, tandis que les femmes moins fortunées devaient recourir à des praticiens moins compétents ou pratiquer l'avortement elles-mêmes. Cependant, Juvénal, satiriste romain du IIe siècle ap. J-C., avance le contraire dans sa Satire VI, affirmant que si toutes les femmes romaines le pouvaient, elles avorteraient, soulignant ainsi l'efficacité des pratiques et des drogues pour provoquer la stérilité ou tuer les enfants dans le sein de leur mère. Il convient de nuancer cette affirmation, car il s'agit d'une satire sur les femmes, et elle ne reflète pas nécessairement la réalité.

Méthodes d'Avortement dans l'Antiquité

Les méthodes d'avortement utilisées dans l'Antiquité étaient variées, parfois douteuses et peu ragoûtantes. Les médecins antiques recommandaient des techniques telles que sauter et taper les talons contre les fesses pour évacuer la semence ou l'embryon, ou encore boire l'eau de la forge utilisée par les forgerons. Soranos d'Éphèse, médecin grec exerçant à Rome, conseillait des mouvements violents, le port de charges lourdes, la consommation de vin avant les repas, des mets irritants, des boissons diurétiques pour provoquer les règles, ou encore des saignées. D'autres moyens incluaient des potions, des fumigations et des infusions. L'opération chirurgicale était également possible, mais déconseillée par Soranos en raison des risques liés aux instruments tranchants.

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Les Opinions des Anciens sur l'Avortement

Les avis sur l'avortement dans l'Antiquité étaient partagés. Aristote, philosophe grec du IVe siècle av. J-C., estimait que l'avortement pouvait être une mesure à prendre si la population dépassait un certain seuil. Il considérait que l'avortement devait être pratiqué pendant les premières semaines de grossesse, avant que la mère ne ressente de signe de vie chez le fœtus. Aristote et d'autres médecins estimaient que le délai pour lequel l’avortement n’est plus possible est au 40eme jour pour un garçon et au 90eme pour une fille c’est-à-dire au moment où l’embryon atteint une forme humaine et que les membres et le sexe du foetus sont discernables.

Les philosophes stoïciens pensaient que l'embryon était une partie de la mère et ne recevait son âme qu'à la naissance, ce qui excluait la possibilité de considérer l'avortement comme un meurtre. Plutarque, quant à lui, insistait sur le devoir de toute créature d'aimer et d'élever ses enfants.

Malgré ces opinions philosophiques favorables à l'avortement dans certains cas, la société attendait des jeunes filles célibataires enceintes, souvent à la suite d'un viol, qu'elles assument les conséquences de leur grossesse et, si nécessaire, qu'elles épousent l'homme responsable de leur situation.

L'Influence du Christianisme et l'Évolution Juridique

Avec le développement du christianisme, à partir du Ier siècle ap. J-C., une nouvelle perspective sur l'avortement a émergé. Les chrétiens considéraient le fœtus comme ayant une âme et le droit à une existence sur Terre, ainsi que la possibilité d'accepter la grâce et de sauver son âme du péché originel. Cette vision faisait de l'avortement un acte condamnable. La Doctrine des Apôtres, texte chrétien datant de la fin du Ier siècle ou du début du IIe siècle ap. J-C., est l'un des premiers documents chrétiens à condamner l'avortement, tout comme la Lettre de Barnabas, Tertullien et de nombreux auteurs ultérieurs.

Juridiquement, dans le Digeste (recueil de lois du Ve siècle ap. J-C.), l'enfant à naître était rarement considéré comme une persona, un être humain défini légalement avec des droits garantis. Il était donc difficile de considérer l'avortement comme un meurtre. Sous la République romaine, c'était au censeur ou au paterfamilias d'infliger une punition et de décourager cette pratique. La législation d'Auguste, favorisant la fécondité, était indirectement opposée à l'avortement.

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Les premières sanctions légales contre l'avortement sont apparues sous les Sévères, autour de 200 ap. J-C. La femme qui avortait était exilée pour avoir privé son mari d'une descendance. Ceux qui vendaient des abortifs étaient également pénalisés, avec des peines allant du travail dans les mines à l'exil sur une île et à la confiscation d'une partie de leur fortune. La peine de mort était réservée aux cas où l'avortement avait causé la mort de la mère. La vente de ces abortifs était interdite non pas en raison de la destruction du fœtus, mais parce qu'ils mettaient en danger la vie de la mère.

Sous l'empereur Justinien, l'avortement était considéré comme une raison valable de divorce, car il affectait l'espoir du mari d'avoir des enfants. L'avortement était donc considéré comme un crime contre le mari, et non contre l'enfant à naître. Une femme célibataire ne pouvait pas être poursuivie pour avoir avorté, mais une femme divorcée pouvait être envoyée en exil temporaire. L'objectif de cette législation était de protéger la lignée paternelle, car avoir des enfants était considéré comme le but du mariage romain.

L'Avortement à l'Époque Moderne et Contemporaine

L'avortement reste un sujet de débat et de tensions à l'époque actuelle. Il est interdit dans environ 18 pays, et même dans les pays où il est légal, des restrictions peuvent exister.

Les Arguments Pro et Contre l'Avortement

Les partisans de l'avortement considèrent qu'il s'agit d'un droit pour la femme, qui doit avoir la liberté de disposer de son corps. Les opposants à l'avortement sont souvent motivés par des raisons religieuses, qui peuvent être à l'origine de partis politiques conservateurs interdisant ou restreignant l'avortement. Une autre raison du refus de l'avortement est la défense du droit à la vie de chaque être humain.

Évolution de la Perception du Fœtus

La perception du fœtus a évolué entre l'Antiquité et aujourd'hui. Dans la Rome antique, le fœtus n'était pas considéré comme un être vivant avant un certain stade de la grossesse, voire avant la naissance. De nos jours, il est considéré par beaucoup comme un être vivant à part entière.

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Du point de vue légal, l'embryon ou le fœtus n'est pas une personne juridique tant qu'il n'est pas né vivant et viable. Cependant, il est tout de même protégé par la loi à un certain point.

L'Avortement en France : Un Droit Constitutionnel, des Accès à Préserver

En France, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) a été promulguée dans la Constitution le 8 mars 2024. Ce geste symbolique, mais fondamental, pour le droit des femmes, envoie un message fort à ceux qui voudraient revenir sur ce droit. Il faudrait en effet désormais changer la Constitution, ce qui est bien plus compliqué que de défaire la loi.

Chronologie des Étapes Clés pour le Droit à l'IVG en France

  • 1920 : Une loi contre la contraception interdit, y compris au médecin, de donner aux femmes le moindre conseil en matière de contraception.
  • 1956 : Création du planning familial (désormais centre de santé sexuelle).
  • 1971 : Le manifeste des 343 femmes témoignent de leur recours à l’avortement s’exposant à des poursuites pénales.
  • 1975 : Loi Veil dépénalise l’avortement.
  • 1982 : L’IVG remboursée par la Sécurité Sociale.
  • 2001 : Le délai légal pour l’avortement est porté de 10 à 12 semaines (puis à 14 semaines en 2022).
  • 2014 : La loi Veil est modifiée afin que les femmes qui ont recours à l’IVG n’aient plus besoin de justifier d’une situation de «détresse».

Vigilance Nécessaire

Simone de Beauvoir, figure emblématique du féminisme, avait averti qu'il suffirait d'une crise politique, économique et religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Cette vigilance reste d'actualité, comme en témoignent les remises en cause du droit à l'avortement dans plusieurs pays européens et aux États-Unis.

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