Loading...

Avortement : Comparaison des statistiques en Afrique et en Europe, enjeux et disparités

L'accès à l'avortement est un sujet complexe et controversé à l'échelle mondiale, marqué par des disparités significatives entre les régions et les pays. Cet article se propose d'analyser et de comparer les statistiques relatives à l'avortement en Afrique et en Europe, en examinant les facteurs qui influencent les taux d'avortement, les conditions de sécurité dans lesquelles ils sont pratiqués, ainsi que les enjeux juridiques, sociaux et politiques qui sous-tendent cette question.

Législation et taux d'avortement : un paradoxe apparent

Contrairement à une idée répandue, l'existence d'une législation permissive en matière d'avortement ne se traduit pas nécessairement par une augmentation du nombre d'interruptions volontaires de grossesse (IVG). En effet, les données récentes (2010-2014) montrent que les régions où les lois sont les plus libérales, comme l'Europe et l'Amérique du Nord, affichent les taux d'avortement les plus faibles au monde. L'Amérique du Nord enregistre un taux de 17 avortements pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans, tandis qu'en Europe, ce chiffre s'élève à 29 pour 1 000, avec des variations notables entre l'Est et l'Ouest. Ces chiffres contrastent avec ceux observés en Afrique (34 pour 1 000), en Asie (36 pour 1 000) et en Amérique latine (44 pour 1 000).

Les chiffres de l'OMS : entre estimations et réalité

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publie des données officielles sur l'avortement, notamment en ce qui concerne le nombre d'IVG dans le monde, le nombre d'avortements non sécurisés et le nombre de décès maternels liés à cette pratique. Cependant, il est essentiel de noter que ces chiffres reposent souvent sur des estimations et des hypothèses, et non sur des données exhaustives issues de recensements officiels.

Par exemple, l'OMS estime qu'environ 73 millions d'avortements ont lieu chaque année dans le monde. Ce chiffre, basé sur un article publié en 2020 dans The Lancet Global Health Journal, est en réalité une estimation comprise entre 67 et 82 millions, avec un intervalle d'incertitude de 80 %. Les auteurs de l'étude ont validé leur modèle en comparant leurs résultats avec les données disponibles dans les pays où le nombre d'avortements est correctement recensé, mais des écarts importants ont été constatés. De plus, ce chiffre de 73 millions est nettement supérieur aux estimations antérieures de l'OMS, qui, en 2016, chiffrait à 56 millions le nombre d'avortements annuels dans le monde pour la période 2010-2014.

De même, l'OMS estime qu'environ 45 % des avortements pratiqués dans le monde ne sont pas sécurisés. Cette estimation, issue d'un article publié en 2017 dans The Lancet, repose sur un modèle qui utilise quatre prédicteurs : le nombre d'années depuis l'autorisation du mifepristone dans le pays, la proportion de la population vivant en zones urbaines, l'indice d'inégalité entre les sexes et le statut d'autorisation du misoprostol. L'absence de transparence sur les critères de sélection de ces prédicteurs rend cette méthodologie discutable. Il est important de souligner que l'OMS communique sur le chiffre de 45 %, alors que l'article original distingue les avortements "moins sécurisés" (30 %) et les avortements "les moins sécurisés" (15 %).

Lire aussi: La pilule du lendemain après une IVG

Enfin, l'OMS estime qu'environ 39 000 décès maternels par an sont liés à des avortements non sécurisés. Cette estimation, basée sur un article publié en 2014 dans The Lancet, présente une large plage d'incertitude (4,7 % à 13,2 %), correspondant à un intervalle de confiance de 95 %. Les auteurs de l'étude ont utilisé des données médicales de classification internationale des maladies (ICD-10) pour classer les causes de décès maternels, mais la catégorie "décès de la mère par avortement" inclut également les fausses couches et les grossesses extra-utérines, ce qui biaise les résultats. De plus, le lien entre les avortements non sécurisés tels que définis par l'OMS et les décès maternels n'est pas clairement établi.

Afrique : Avortement à risque et mortalité maternelle élevée

En Afrique, la situation est particulièrement préoccupante en ce qui concerne la sécurité des avortements. Les femmes ont souvent recours à des méthodes invasives et dangereuses, l'accès légal à l'IVG est restreint, et les taux d'avortement sont élevés (34 pour 1 000 femmes de 15 à 44 ans). C'est également dans cette région que le nombre de décès dus à des avortements à risque est le plus élevé.

Selon les dernières estimations, 88 % des avortements sont sécurisés dans les pays les plus développés, contre seulement 49 % dans les pays moins développés. Cette disparité souligne l'importance de garantir l'accès à des services d'avortement sûrs et légaux, pratiqués par des personnes qualifiées et avec des méthodes appropriées.

Europe : Un paysage contrasté

L'Europe présente un paysage contrasté en matière d'avortement, avec des législations et des pratiques très différentes selon les pays. Si la quasi-totalité des pays européens autorisent l'avortement sans restriction autre que la durée de gestation, la Pologne et Malte font exception. D'autres pays, comme le Royaume-Uni et l'Inde, exigent une autorisation médicale pour pratiquer une IVG.

Royaume-Uni : Une mosaïque législative

Au Royaume-Uni, la législation relative à l'avortement a évolué de manière significative entre 2014 et 2021, dans un contexte marqué par le référendum sur l'indépendance de l'Écosse, le Brexit et la pandémie de COVID-19. Le pays, bien qu'étant un État unitaire, se caractérise par une forte décentralisation et des différences historiques notables entre les nations-régions en matière de législation sur l'avortement.

Lire aussi: Avortement et liberté des femmes en France

L'Offences against the Person Act de 1861, qui criminalisait l'avortement, était commune à l'Angleterre, au pays de Galles et à l'Irlande (alors encore intégrée au Royaume-Uni), mais ne s'étendait pas à l'Écosse. L'Abortion Act de 1967, qui a établi un cadre juridique permettant aux femmes de mettre fin à leur grossesse dans les premières 28 semaines de gestation, s'appliquait en Angleterre, en Écosse et au pays de Galles, mais pas en Irlande du Nord.

Aujourd'hui, une femme peut obtenir légalement une IVG jusqu'à 23 semaines et 6 jours de gestation en Angleterre, au pays de Galles et en Écosse, mais seulement jusqu'à 11 semaines et 6 jours en Irlande du Nord. Ces différences législatives soulignent l'importance des facteurs culturels, conjoncturels et constitutionnels dans l'évolution des lois relatives à l'avortement.

Italie : Entre droit garanti et obstacles systémiques

En Italie, l'accès aux services d'avortement reste une question controversée et complexe, malgré la loi 194 de 1978, qui garantit en principe la protection juridique de l'IVG. Cependant, en pratique, de nombreux obstacles systémiques limitent l'accès à l'avortement.

Le taux élevé d'objection de conscience au sein du personnel médical est un problème majeur. Dans l'ensemble du pays, plus de 70 % des médecins refusent de pratiquer des avortements, et dans certaines régions, ce taux atteint même 90 à 100 %. Ce manque de médecins consentants se traduit par une charge de travail très importante pour les gynécologues non réfractaires, ce qui complique le respect du droit à l'avortement dans les délais impartis et en toute sécurité.

Les inégalités régionales en matière d'accès à l'avortement constituent un autre défi, car les soins de santé en Italie sont une compétence régionale. La question de l'avortement médicamenteux reste également sensible, malgré les changements introduits en 2020 pour faciliter l'accès à la pilule abortive RU486.

Lire aussi: Tout savoir sur l'IMG

De plus, l'Italie est l'un des seuls pays de l'UE où l'éducation sexuelle n'est pas obligatoire, ce qui entraîne une information lacunaire sur l'avortement et les moyens de contraception.

Dans ce contexte, la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, du parti d'extrême droite Fratelli d'Italia, a déclaré à plusieurs reprises que son gouvernement n'avait pas l'intention de réviser la legge 194, mais ses actions politiques suscitent des inquiétudes quant à un éventuel recul du droit à l'avortement.

L'impact des décisions internationales

Les décisions prises par les instances internationales, comme la Cour suprême des États-Unis, peuvent avoir des répercussions importantes sur le droit à l'avortement dans d'autres pays. Par exemple, la décision de la Cour suprême des États-Unis de renverser Roe v. Wade en 2022 a eu un impact significatif au Royaume-Uni, en raison de la proximité juridique et linguistique entre les deux pays.

Cette décision a notamment entraîné une augmentation de l'activité des groupes de pression anti-avortement au Royaume-Uni, qui utilisent des campagnes trompeuses et des visuels choquants pour influencer l'opinion publique et les politiques gouvernementales.

tags: #avortement #statistiques #Afrique #Europe #comparaison

Articles populaires:

Share: