L'évolution des techniques de procréation médicalement assistée (PMA) a ouvert de nouvelles perspectives pour de nombreuses personnes désirant avoir un enfant. Cependant, ces avancées soulèvent également des questions éthiques et sociétales complexes, notamment en ce qui concerne l'âge des parents. L'exemple récent d'une Indienne de 70 ans ayant donné naissance à un bébé en bonne santé, conçu par fécondation in vitro (FIV), met en lumière ces interrogations. Cet article explore les différents aspects de la PMA chez les personnes âgées de 65 ans et plus, en tenant compte des risques médicaux, des considérations éthiques, des opinions divergentes et de l'évolution de l'opinion publique sur les questions liées à la PMA et à l'homoparentalité.
Grossesses tardives : des exemples marquants
Plusieurs cas de grossesses tardives ont défrayé la chronique ces dernières années. En 2019, une autre Indienne de 74 ans avait donné naissance à des jumelles après 57 ans de mariage sans enfant, également grâce à une FIV réalisée à partir du sperme de son mari, alors âgé de 82 ans. De même, une Espagnole avait accouché à 66 ans en 2006 après avoir eu recours à une FIV en Californie, en mentant sur son âge. Ces exemples, bien que rares, posent la question des limites d'âge pour l'accès à la PMA.
Risques médicaux liés aux grossesses tardives
Les grossesses tardives comportent des risques accrus tant pour la mère que pour l'enfant. Pour la mère, les risques incluent un risque plus élevé de fausse couche, de malformation de l'enfant, de prématurité, ainsi que de graves problèmes de santé tels que l'hypertension, comme ce fut le cas pour l'Indienne de 70 ans. Le professeur Vassilis Tsatsaris, chef de service de la maternité de Port-Royal à Paris, souligne qu'« il y a beaucoup de problèmes sur les grossesses très tardives ». De plus, le traitement hormonal imposé par la FIV peut entraîner des complications graves, comme le cancer des ovaires, dont une femme ayant accouché à 66 ans est décédée.
Pour l'enfant, plusieurs études font état de risques liés à l'âge avancé du père, tels que des problèmes de santé mentale (schizophrénie, trouble bipolaire) ou d'autisme. Ces risques soulèvent des questions quant au bien-être de l'enfant et à sa capacité à être élevé par des parents très âgés.
Considérations éthiques et opinions divergentes
La question de la PMA pour les femmes de plus de 60 ans suscite de vives controverses au sein de la communauté médicale et de la société en général. L'expert en obstétrique Sunil Jindal s'interroge sur l'avenir d'un enfant né de parents âgés et estime qu'« il n'est pas justifié de faire bénéficier de ce traitement une femme de plus de soixante ans ». La gynécologue Anshu Jindal partage cet avis et tente de décourager les femmes de plus de 60 ans de suivre un traitement contre l'infertilité. En France, la gynécologue Joëlle Belaïsch-Allart assure qu'« une grossesse après 50 ans est une folie ».
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Ces opinions mettent en évidence les préoccupations liées à l'âge des parents et à leur capacité à assurer une éducation et un soutien adéquats à l'enfant sur le long terme. La psychologue Elisabeth Darchis relève que les parents ayant recours à la PMA tardivement sont souvent des personnes qui ont placé leur épanouissement personnel dans un plaisir tourné vers soi et non vers l'autre, ou qui ont repoussé l'échéance de devenir parent en raison du poids de l'histoire familiale.
Évolution de l'opinion publique sur la PMA et l'homoparentalité
Malgré les controverses entourant la PMA pour les personnes âgées, l'opinion publique en France évolue favorablement envers la PMA en général, y compris pour les couples de femmes et les femmes célibataires. Un sondage Ifop réalisé en juin a révélé que 67% des Français sont favorables à l'ouverture de la PMA aux couples de femmes, un chiffre en constante augmentation depuis le vote de la loi sur le mariage pour tous en 2013. De même, 67% des Français sont favorables à la PMA pour les femmes célibataires.
Cependant, des divergences persistent en fonction de l'âge, de la religion et de l'orientation politique. Les personnes âgées de 65 ans et plus sont moins favorables à la PMA pour les couples de femmes (49% d'opinions défavorables), tandis que les jeunes de 18 à 24 ans y sont très favorables (84%). Les musulmans et les protestants sont également plus réticents que les catholiques pratiquants.
En ce qui concerne la gestation pour autrui (GPA), l'opinion publique est plus divisée. Si 53% des Français sont favorables à la GPA pour les couples homosexuels, ce chiffre monte à 66% pour les couples hétérosexuels. Ces chiffres témoignent d'une évolution des mentalités sur les questions liées à la parentalité et à la diversité familiale.
PMA : un large assentiment autour de la PMA pour les couples de femmes
La question est au centre du projet de loi bioéthique qui reprend son parcours parlementaire ce lundi, en étant à nouveau visé par les députés: l'accession de toutes les femmes à la procréation médicalement assistée (PMA). Et l'étude commandée par l'Association des familles homoparentales à l'Ifop, publiée ce même jour, montre que cette mesure dispose désormais d'un vaste soutien dans l'opinion publique.
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Interrogés au sujet de l'ouverture de cette pratique aux couples de femmes, 67% des Français ont fait part de leur adhésion, contre 33% qui ont réaffirmé leur opposition. Il s'agit là d'un renversement majeur du prisme français autour de cette thématique, opéré en une trentaine d'années à peine. Ainsi, nos compatriotes n'étaient que 24% à y être favorables en janvier 1990, comme l'avait souligné une autre enquête de l'Ifop à l'époque. L'idée était cependant déjà devenue majoritaire en avril 2004, avec 51% de sondés partisans de la possibilité du recours à l'insémination pour les couples de femmes.
Dans le détail, il apparaît en juin que 63% des hommes et 70% des femmes soutiennent la PMA pour les couples de femmes. Les catégories de la population les plus enthousiastes sont les 18-24 ans (avec un taux de faveur de 84%), les employés (79%) et les ouvriers (78%).
On n'identifie d'ailleurs pas de clivage social autour de ce sujet: 64% des foyers décrits comme aisés - c'est-à-dire gagnant plus de 2500 euros par mois et par personne - poussent en ce sens, en même temps que 70% des personnes relevant de la catégorie des revenus modestes - avec des ressources mensuelles et individuelles oscillant de 900 à 1300 euros - et 67% de la classe de revenu inférieure.
Cette opinion n'est pas non plus fonction du diplôme, ou alors de manière mineure: les Français ayant poursuivi des études après le bac adhèrent à la PMA pour les couples lesbiens pour 71% d'entre eux, et les Français dont le niveau d'instruction est situé en-deçà du bac pour 64% d'entre eux. La variante géographique de ce passage en revue sociologique ne joue pas davantage. 74% des habitants de l'agglomération parisienne sont favorables à ce nouveau dispositif, tandis que 68% des riverains de communes rurales aussi.
Les segments de la population les plus défavorables à la PMA pour les couples de femmes se cherchent notamment du côté des 65 ans et plus. 49% de cette partie du panel désapprouvent, comme 50% des artisans et des commerçants. La scène religieuse est très contrastée: 61% des musulmans et 56% des protestants déclarent leur opposition mais 55% des catholiques pratiquants soutiennent cette mesure.
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La PMA pour les couples de femmes jouit de surcroît d'une solide assise dans le monde politique: 75% des citoyens de gauche la plébiscitent, comme 72% de ceux proches de la majorité actuelle. 57% (60% pour l'ensemble de la droite) des sympathisants des Républicains s'inscrivent en faux mais 59% des électeurs du Rassemblement national se rangent parmi les partisans de la PMA. Enfin, les hétérosexuels font aussi partie de ce dernier ensemble pour 68% d'entre eux, et les homosexuels pour 89%.
Une vision qui se confirme pour les femmes célibataires
L'ouverture de la PMA n'englobe pas les seuls couples lesbiens, le thème embrasse aussi les femmes célibataires désireuses d'avoir un enfant. L'approbation atteint exactement le même taux dans ce cas de figure: 67% des Français sont pour, quand 33% sont contre. Mais à vrai dire, ce chiffre est moins surprenant: l'Ifop souligne que la faveur était déjà de 53% en janvier 1990.
70% des femmes et 64% des hommes soutiennent aujourd'hui cet autre volet de la PMA. Les plus jeunes sont encore les plus unanimes: 82% chez les 18-24 ans. Les employés (79%) et ouvriers (73%) sont également très décidés, comme 68% des cadres. Les retraités se réchauffent sous cet angle: 54% d'entre eux sont favorables à la PMA pour les femmes célibataires.
Les citoyens dont la qualification scolaire est inférieure au bac sont pour à 65%, quatre points de moins ici que les personnes ayant dépassé le bac. Paris et les communes rurales parlent une nouvelle fois sur le même ton (70% contre 68%). Les catégories les moins argentées de la population - percevant moins de 900 euros par personne et par mois - sont plus nettement acquises à cette législation, à hauteur de 71%, que les plus aisés: 62%.
Au registre politique, on reproduit, somme toute logiquement, les schémas précédents pour l'essentiel: 78% des sympathisants de la gauche, 67% de la majorité, mais aussi 56% du RN sont pour, tandis que 53% des partisans de la droite rejettent la PMA pour les femmes célibataires. Cette perspective est mieux accueillie chez les croyants: 51% des protestants adhèrent cette fois, comme 61% des musulmans. Le taux de soutien reste stable chez les catholiques pratiquants: 54%. Enfin, la mesure plaît à 96% des personnes homosexuelles et à 68% des personnes hétérosexuelles.
Des Français plus divisés pour la GPA
L'institut de sondage a aussi voulu questionner son panel sur un sujet qui suscite généralement des visions plus divisées au sein de la société: la gestation pour autrui. Cette pratique qui repose sur l'intermédiaire d'une mère porteuse ne fait non seulement pas partie du projet de loi bioéthique, mais les échanges auxquels il a donné lieu ont même confirmé son interdiction dans le droit français. De plus, à gauche comme à droite, la grande majorité des personnalités et formations politiques la voient d'un mauvais œil.
Selon l'Ifop, l'option a pourtant gagné du terrain dans les esprits au point de recueillir une courte majorité d'assentiment. 53% des Français disent être pour la GPA à destination des couples homosexuels, 47% contre. La remontée dans les têtes est d'ailleurs spectaculaire à observer les chiffres collectés par l'Ifop: 59% des Français ne voulaient pas en entendre parler en octobre , puis 52% en mai . La bascule aurait donc eu lieu au cours des deux dernières années.
Il faut noter ici que 52% des hommes sont toujours opposés à la mesure. 59% des femmes sont pour. Comme à l'accoutumée, les 18-24 ans se distinguent par leur adhésion à la réforme proposée: 73%. Les catégories populaires valident aussi un éventuel virage du droit sur ce point (66%) dans les mêmes proportions que les cadres (62%). Les personnes ayant effectué des études supérieures sont plus enclines (56%) à approuver la GPA pour les couples homosexuels que les personnes qui n'ont pas poussé jusqu'au baccalauréat. Ces dernières sont d'ailleurs majoritairement contre, à 51%.
La variable géographique n'est pas si pertinente: l'approbation est de 56% en agglomération parisienne et de 51% dans les zones rurales. 56% des catégories aisées de la population sont contre. 66% des retraités sont dans le même cas, ainsi que 60% des artisans et commerçants.
La droite est largement hostile également, avec un taux de 74%. Ce seuil est plus bas du côté du Rassemblement national mais le rejet est aussi clair: 55%. Les croyants montrent cette fois la même vocation: 66% des catholiques pratiquants, 62% des protestants et 57% des musulmans sont défavorables à la GPA pour les couples gays. La gauche (61%) et les individus proches de la majorité (59%) lui sont en revanche favorables.
Un recours plus accepté pour les couples hétérosexuels
Le recours des couples hétérosexuels à des mères porteuses est vu de manière plus largement bienveillante. 66% des Français votent pour, 34% s'y opposent. 62% des hommes s'engagent cette fois en ce sens, et 70% des femmes.
80% des 18-24 ans plaident aussi en cette direction, en même temps que 68% des Parisiens, 70% des ruraux, 77% des catégories populaires et 60% des artisans et commerçants, plutôt rétifs aux autres sujets suggérés par ce sondage. Qu'on ait le bac ou non, on s'accorde aussi sur ce point (avec respectivement 67% et 66% d'approbation). 57% des plus aisés et 75% des foyers les moins bien lotis également.
Politiquement, seule la droite apparaît partagée (55% des Républicains sont défavorables à une telle issue du débat). Les 65 ans et plus sont parfaitement clivés: 50% d'un côté, 50 % de l'autre. 55% des catholiques pratiquants, 60% des protestants s'inscrivent en faux mais à l'inverse, l'enquête consigne un taux d'adhésion de 56% des musulmans.
Homoparentalité : une famille à part entière ?
L'étude de l'Ifop a aussi posé la question suivante à son échantillon: "À vos yeux, un couple d’homosexuel(le)s vivant avec ses enfants constitue-t-il aujourd’hui une famille à part entière?" La quasi-intégralité des catégories balisant la population française répond "oui" à cette question (70% si on prend en compte son ensemble). Le "non" est majoritaire, dans les deux cas à hauteur de 55%, dans seulement deux segments: les électeurs de François Fillon à la présidentielle de , et les musulmans.
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