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La valeur du placenta : entre mythes, enjeux éthiques et perspectives thérapeutiques

Le placenta, organe souvent méconnu et relégué au rang de « déchet opératoire », suscite aujourd'hui un intérêt croissant en raison de ses potentielles applications thérapeutiques et des enjeux éthiques liés à sa commercialisation. Cet article explore les différentes facettes de la valeur du placenta, de ses racines historiques à son statut actuel, en passant par les controverses entourant sa consommation et les perspectives offertes par les cellules souches qu'il contient.

Le placenta : un organe de connexion et de mystère

Le placenta est un organe éphémère qui se forme au début de la grossesse et assure la connexion vitale entre la mère et le fœtus. Il permet les échanges nutritionnels, respiratoires et métaboliques essentiels au développement du fœtus. Le placenta réunit l’embryon (puis le fœtus) à la mère (et inversement). Il est l’une des principales caractéristiques distinguant les mammifères des autres vivants du règne animal. Matérialisant cette union, il assure d’innombrables fonctions essentielles au bon développement des gestations.

L'histoire du placenta est riche en mythes et en pratiques rituelles. Dans de nombreuses cultures, le placenta était considéré comme le jumeau de l'enfant, son "ombre portée", son "conseiller secret" ou son "ange gardien". Des coutumes d'ingestion du placenta étaient pratiquées pour rendre à la femme les nutriments perdus pendant la grossesse ou pour favoriser la lactation. Dans la France rurale, le placenta était enterré par le père, associé à un vœu concernant les qualités futures de l'enfant.

Aujourd'hui, le placenta est souvent perçu comme un simple déchet hospitalier. « Posez la question à une femme enceinte, elle ignore l’existence de cet organe dans la plupart des cas, peut-on lire en introduction de l’ouvrage. Quant au futur père, il l’ignorera même après l’accouchement. Mais les temps changent.

La placentophagie : une pratique controversée

La placentophagie, ou consommation du placenta après l'accouchement, est une pratique qui a connu un regain d'intérêt ces dernières années, notamment grâce à la médiatisation par certaines personnalités. Les adeptes de cette pratique lui attribuent de nombreux bienfaits, tels que des vertus nutritives et énergétiques, une facilitation des suites de couches (réduction de la douleur, diminution de la fatigue, prévention de la dépression du post-partum, stimulation de l'allaitement) grâce à sa teneur en hormones, vitamines et minéraux, dont le fer.

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Il existe différentes façons de consommer le placenta : cru, cuit ou sous forme déshydratée puis encapsulée. Certains sites Internet proposent même des recettes de cuisine parfois audacieuses. Toutefois, il est important de noter qu'aucune étude scientifique n'a démontré à ce jour les vertus de la consommation de placenta sur la santé.

En France, le placenta est considéré comme un déchet opératoire et doit suivre la procédure d'incinération prévue pour tous les DASRI (déchets d'activités de soins à risques infectieux), conformément à l'article R.1335-1 du Code de santé publique. Il peut également être collecté dans un but scientifique ou thérapeutique, conformément à la loi de bioéthique de 1994, révisée en 2011.

Face à la création de sociétés proposant de transformer le placenta des femmes en gélules contre rémunération, le ministre de la Santé a précisé le statut du placenta, rappelant que sa collecte et sa conservation sont encadrées par la loi et ne peuvent se faire que dans un but thérapeutique ou scientifique.

Les cellules souches placentaires : une révolution thérapeutique en marche

Le placenta et le cordon ombilical qui lui est associé (où plus précisément certaines cellules du sang qu’ils contiennent) sont aussi depuis peu l’objet de toutes les attentions et d’un double marché planétaire en cours de constitution; un double marché reposant sur des bases éthiques radicalement étrangères et -à ce titre - en passe de déboucher sur un vaste conflit d’intérêts. L’affaire a commencé en France grâce aux travaux du Pr Eliane Gluckman (hôpital Saint-Louis, Paris) qui, en 1988, à démontré les vertus thérapeutiques des cellules souches contenues dans le sang placentaire prélevé au niveau du cordon ombilical. Ces cellules régénératrices sanguines pouvaient être utilisées avec succès (comme celles prélevées chez des donneurs de moelle osseuse) chez des personnes souffrant des graves maladies sanguines. Elles peuvent aussi être conservées par congélation et stockées dans des «banques» en attendant d’être utilisées chez des malades receveurs immunologiquement compatibles.

Les cellules souches du sang placentaire sont utilisées avec succès dans le traitement de certaines maladies graves du sang, comme les leucémies et les lymphomes. Elles peuvent également être utilisées pour la reconstitution de la moelle osseuse après une chimiothérapie ou une radiothérapie.

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En France, la collecte de sang placentaire est réalisée dans le cadre d'un réseau de banques publiques, qui garantissent la gratuité et l'anonymat du don. En 2009, les responsables sanitaires ont dû importer 70% des greffons, soit un coût de 4,5 millions d'euros à la charge de l'assurance-maladie. La situation pourrait toutefois évoluer grâce à une augmentation du financement public et une association public-privé via la fondation Générale de santé. Le nombre des banques et des maternités (publiques et privées) associées au réseau de l’Etablissement français du sang augmente. Parallèlement, de plus en plus de femmes enceintes sont informées de la possibilité d’effectuer le don de ce qui, sinon, est détruit.

L'objectif est d'augmenter le nombre de greffons conservés afin d'assurer l'autosuffisance de la France. Entre 2007 et 2010, le nombre d'unités conservées est passé de 6 000 à 10 000, et il y a aujourd'hui sept banques publiques et 27 maternités qui travaillent en réseau. Cependant, 50 000 unités sont nécessaires pour assurer à la France l’autosuffisance.

Le marché des banques privées de sang placentaire : une question éthique

Parallèlement au développement des banques publiques de sang placentaire, on assiste depuis quelques années à l'émergence d'un marché des "banques privées" de sang placentaire. Ces banques proposent, moyennant rémunération, de conserver les cellules souches sanguines non plus à des fins collectives, mais privées.

Dans le droit fil du développement des recherches sur les cellules souches et la médecine "régénératrice", les responsables expliquent en substance que ces cellules pourront, à court ou moyen terme, être utilisées pour soigner de multiples affections dont pourrait être atteint le nouveau-né qui vient de voir le jour.

En France, ces pratiques demeurent interdites pour des raisons éthiques. Emmanuelle Prada Bordenave, directrice générale de l'Agence de biomédecine, explique que "ces sociétés cherchent à ouvrir une brèche dans notre système de santé solidaire et la solution n'est pas d'ouvrir une brèche dans le système solidaire, il faut au contraire lui donner les moyens d'exister".

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L'Agence de biomédecine met en garde contre les sociétés privées étrangères qui proposent aux parents dans les maternités françaises de conserver le sang placentaire de leur enfant, moyennant finances, dans la perspective d'une éventuelle utilisation future. Elle souligne que le bénéfice pour l'enfant d'un recours à ce type de greffe n'est pas avéré scientifiquement et qu'aucune étude ne démontre à ce jour l'efficacité thérapeutique des greffes effectuées à partir de son propre sang de cordon.

De plus, pour effectuer cette conservation dans les pays qui l'autorisent, ces sociétés privées demandent aux parents de transporter ou d'envoyer par colis le sang de cordon prélevé, ce qui est contraire à la réglementation française.

Législation comparée : des approches différentes

Tous les pays n'ont pas adopté une position aussi rigoureuse que la France concernant les banques privées de sang placentaire. Une étude de législation comparée réalisée par le service des études juridiques du Sénat distingue deux catégories de pays :

  • Les pays dont les textes sont muets sur le statut de ces banques (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni, Canada, Etats-Unis). Dans ces pays, coexistent des banques publiques et des banques privées.
  • Les pays (Belgique, Espagne, Italie) qui ont édicté des textes qui déterminent, de manière plus ou moins explicite, le statut de ces banques de sang placentaire.

Ainsi, deux nouveaux rituels placentaires émergent : l'un commercial et individuel, l'autre fait de générosités additionnées et de partages anonymes.

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