L'activité des bébés nageurs est populaire, mais elle suscite des interrogations quant à son impact sur la santé respiratoire des nourrissons. L'exposition aux produits chimiques utilisés pour désinfecter l'eau des piscines, en particulier le chlore et ses dérivés, est au centre des préoccupations. Cet article explore les risques potentiels pour les nourrissons liés à la fréquentation des piscines, en mettant l'accent sur l'asthme, la bronchiolite et d'autres affections respiratoires.
Les risques potentiels liés aux piscines chlorées
Exposition à la chloramine et irritation pulmonaire
L'eau des piscines est désinfectée avec du chlore pour éliminer les bactéries et assurer la sécurité des nageurs. Cependant, le chlore réagit avec les matières organiques présentes dans l'eau, telles que la sueur, l'urine et les cellules de la peau, pour former des sous-produits, dont la chloramine. La chloramine est un irritant respiratoire connu, et l'exposition à cette substance peut être particulièrement problématique pour les nourrissons dont les poumons sont encore en développement.
Le professeur Alfred Bernard de l'université catholique de Louvain, en Belgique, a souligné que les poumons des bébés ne deviennent pleinement matures que vers l'âge de 6 ou 7 ans. Ainsi, l'exposition à la chloramine peut irriter les poumons immatures et vulnérables des bébés, augmentant potentiellement le risque de problèmes respiratoires.
Bronchiolite et autres infections respiratoires
Des études ont suggéré un lien entre la fréquentation des piscines chlorées et un risque accru de bronchiolite chez les nourrissons. La bronchiolite est une infection respiratoire d'origine virale qui touche les petites bronches et est fréquente chez les enfants de moins de deux ans. Une étude belge a révélé que les enfants de moins de deux ans ayant fréquenté des piscines chlorées étaient 1,7 fois plus susceptibles de développer une bronchiolite. Les chercheurs ont émis l'hypothèse que les poumons des bébés, n'étant pas complètement développés, seraient plus sensibles au chlore et à d'autres substances irritantes présentes dans les piscines.
Anthony Sarfati, sage-femme-échographe, a dirigé une étude en 2010 auprès de nourrissons et de jeunes enfants à Angers. Ses recherches ont suggéré que les rhino-pharyngites et les angines étaient plus fréquentes chez les bébés nageurs, tandis que les bronchiolites étaient moins fréquentes. Il a attribué ces résultats à la quantité excessive de vapeurs de chlore dégagées lors des séances de bébés nageurs.
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Asthme et allergies
Des études épidémiologiques menées depuis le début des années 2000 ont suggéré que les produits de chloration peuvent exercer un effet adjuvant sur la marche atopique, favorisant le développement des affections allergiques, telles que l'asthme, le rhume des foins et la rhinite allergique, même en l'absence d'antécédents familiaux. Des travaux menés en Belgique et en Suède ont démontré que le risque d'asthme résultait d'une interaction avec un terrain atopique, augmentant avec la fréquentation cumulée des piscines chlorées uniquement chez les enfants ou adolescents sensibilisés aux aéroallergènes ou avec des IgE sériques totales élevées. Chez ces derniers, le risque d'asthme augmente en moyenne de 1 % par heure passée en piscine chlorée intérieure ou extérieure.
Une étude de l'Unité de Toxicologie de l'université Catholique de Louvain a mis en évidence la possibilité d'effets délétères des produits chlorés utilisés dans les piscines couvertes sur l'épithélium pulmonaire des nageurs. Les chercheurs ont constaté que la fréquentation régulière d'une piscine utilisant des traitements à base de chlore était fortement corrélée au risque de développer un asthme.
Autres risques potentiels
Outre les risques respiratoires, l'exposition aux produits de chloration peut également entraîner des irritations des yeux, du nez, de la gorge et de la peau. Des études ont également rapporté un risque accru d'eczéma chez les jeunes enfants exposés aux piscines chlorées.
De plus, on dénombre une centaine de composés génotoxiques parmi les sous-produits de chloration, dont une vingtaine de composés cancérogènes chez l'animal. Bien que les preuves épidémiologiques soient insuffisantes pour conclure que l'exposition aux sous-produits de chloration comporte des risques de cancer chez l'homme, certaines études ont rapporté des associations entre la fréquentation de piscines chlorées et le développement du mélanome et du cancer de la vessie.
Précautions à prendre
Malgré les risques potentiels, il est important de noter que la natation est un sport bénéfique pour la santé cardiovasculaire et respiratoire. De plus, les séances de bébés nageurs peuvent être un excellent moyen d'initier les enfants aux plaisirs aquatiques et de favoriser leur développement psychomoteur. Il est donc essentiel de prendre des précautions pour minimiser les risques potentiels liés à l'exposition aux produits de chloration.
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Ventilation et hygiène
Une bonne ventilation de la piscine est essentielle pour réduire la concentration de chloramine dans l'air. Les piscines soumises à la chloration devraient être mieux ventilées afin de procéder à un renouvellement de l'air adapté. Il est également important de maintenir une bonne hygiène en se douchant et en se savonnant soigneusement avant d'entrer dans l'eau, ce qui a un impact direct sur la qualité de l'eau en termes de contamination microbienne.
Alternatives au chlore
Il existe des solutions de substitution au chlore, telles que le cuivre-argent, l'ozone, des méthodes combinées ou encore les piscines naturelles écologiques (algues, bassin de filtration). Ces alternatives peuvent réduire l'exposition aux produits de chloration et minimiser les risques potentiels pour la santé.
Précautions individuelles
Avant d'inscrire votre bébé à des cours de bébés nageurs, il est important de prendre en compte certains facteurs, tels que l'âge de votre enfant, son état de santé général et ses antécédents familiaux d'allergies ou d'asthme. Il est également conseillé de consulter votre médecin ou votre pédiatre pour obtenir un avis médical personnalisé.
Voici quelques précautions individuelles supplémentaires à prendre :
- Bien se laver avant et après les séances de piscine.
- Changer les couches de l'enfant avant d'assister au cours.
- Faire boire de l'eau à votre enfant avant la baignade pour éviter qu'il ne régurgite s'il boit la tasse.
- Éviter les piscines trop laxistes sur les règles d'hygiène.
- Apprendre à votre enfant à ne pas faire pipi ni cracher dans l'eau de la piscine.
- Apprendre à votre enfant à ne pas mettre d'eau dans sa bouche ni l'avaler.
- Utiliser des couches de bain pour les éventuelles fuites.
- Mettre des bouchons d'oreilles si besoin.
- Faire en sorte que les premières baignades soient courtes.
- Apprendre à votre enfant à ne pas se frotter les yeux avec ses mains mouillées.
Contre-indications
Dans certains cas, la pratique des bébés nageurs peut être déconseillée. Les contre-indications incluent les otites à répétition (avec perforation du tympan) et d'autres maladies chroniques qui nécessitent un avis médical approfondi. Il est essentiel de consulter un médecin avant de commencer les séances de bébés nageurs si votre enfant présente des problèmes de santé.
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La Société française de pédiatrie (SFP) incite les parents à la prudence, notamment lorsqu'il existe un terrain familial propice au développement de l'asthme. Elle précise même que cette pratique est fortement déconseillée en Allemagne.
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