Loading...

Audition des Responsables Religieux à l'Assemblée Nationale sur la Bioéthique : Apaisement et Inquiétudes

Introduction

L'Assemblée Nationale a récemment mené une audition de responsables religieux concernant le projet de loi de bioéthique. Cette démarche, bien que suscitant des réactions divergentes quant à sa conformité avec le principe de laïcité, a permis d'éclairer les débats et de prendre en compte différentes perspectives éthiques et sociétales. L'événement s'est déroulé dans un climat plus serein et respectueux que lors des débats houleux sur le « mariage pour tous », marquant une volonté d'apaisement dans les discussions sur des sujets sensibles.

Un Contexte Apaisé et Respectueux

Le 29 août, la commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi relatif à la bioéthique a reçu les représentants des cultes catholique, juif et protestant. Haïm Korsia, grand rabbin de France, Mgr Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes, et le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, ont été accueillis dans une ambiance cordiale et constructive. Les remerciements ont plu pour leur présence, leur volonté d'« apaisement », la « richesse de leurs interventions » et la « puissance de leurs réflexions ».

L'audition s'est déroulée dans la salle Lamartine de l'Assemblée nationale, devant une trentaine de députés. Selon Haïm Korsia et Francis Chouat, vice-président de la commission spéciale, l'atmosphère était sereine et respectueuse. Le député LREM de l'Essonne s'est félicité de cette audition, la qualifiant d'« intéressante » et réalisée dans un « climat apaisé et de dialogue ».

Cependant, cette démarche n'a pas fait l'unanimité. Les députés de la France insoumise, Danièle Obono et Bastien Lachaud, ont boycotté la séance au nom de leur conception de la laïcité. Bastien Lachaud a exprimé son désaccord, arguant que « la République ne reconnaît aucun culte » et questionnant la légitimité d'auditionner des représentants religieux sur la bioéthique plutôt que sur des sujets comme le logement.

François Clavairoly a souligné que le protestantisme jouait pleinement « son rôle de vigie de la République » en participant à ces débats. Haïm Korsia a même détendu l'atmosphère avec quelques traits d'humour, faisant rire l'assemblée. Malgré quelques passes d'armes initiées par Jean-Louis Touraine et Raphaël Gérard, l'ambiance générale est restée positive, témoignant d'une volonté de dialogue.

Lire aussi: Cancer pédiatrique : les recommandations de l'Assemblée Nationale

Inquiétudes et Réticences Exprimées

Malgré cette ambiance sereine, les trois invités ont exprimé leurs inquiétudes et leurs réticences concernant certains aspects du projet de loi. La question de la PMA (procréation médicalement assistée) a occupé une place centrale dans les débats.

François Clavairoly a interrogé : « Faut-il encourager la fabrication d’enfants à la demande ? ». Haïm Korsia a déploré que nous vivions dans une « société du désir », qu'il a qualifiée d'« adolescente : on veut tout, et tout immédiatement ». Il a rappelé que « l’humanité s’est construite sur l’altérité entre le père et la mère ».

Mgr d'Ornellas a insisté sur l'importance de l'altérité sexuelle et de la régulation du désir d'enfant. Il a affirmé que « lorsqu’il y a un dilemme entre le désir d’enfant d’une femme et la dignité de l’enfant, et son droit d’avoir un père et une mère, il faut aller de façon primordiale vers la protection du plus faible. C’est comme cela qu’on construit une société juste et fraternelle. » Il a également plaidé pour le rétablissement du délai de réflexion obligatoire avant un avortement, supprimé en 2016.

Points de Convergence et Divergences

Bien que des divergences subsistent, des points de convergence ont également été observés. Mgr d'Ornellas a trouvé un terrain d'entente avec Jean-Louis Touraine sur la nécessité de sensibiliser davantage le public aux questions de fertilité. Aurore Bergé a reconnu que les questions soulevées par les représentants religieux étaient fondamentales et touchaient également les législateurs.

Cependant, les réponses aux questions posées pourraient diverger. Interrogé sur l'impact de l'ouverture de la PMA sur la société française, Haïm Korsia a répondu : « C’est entre vos mains ». Cette réponse souligne la responsabilité des législateurs dans l'orientation des débats et les décisions à venir.

Lire aussi: Enjeux de la crèche à l'Assemblée

La Laïcité en Question

L'audition de représentants religieux a soulevé des questions concernant le principe de laïcité. Pour certains, comme les députés de la France insoumise, cette démarche est incompatible avec la séparation de l'Église et de l'État. Bastien Lachaud remet en question la légitimité d'entendre des représentants religieux sur des questions de bioéthique, estimant que la République ne reconnaît aucun culte.

D'autres, comme l'historien et sociologue Jean Baubérot, spécialiste de la laïcité, estiment que consulter les cultes n'est pas une atteinte à la laïcité, à condition que la position d'une religion ne devienne pas normative. François Clavairoly justifie la présence des religions dans ces débats par leur « expertise dans l'humain » et leur contact quotidien avec la vie des gens, en particulier avec les couples et les familles confrontés à l'infertilité ou au deuil. Il souligne que les religions apportent une perspective spirituelle et intellectuelle essentielle.

Nicolas Cadène, de l'Observatoire de la laïcité, rappelle qu'il est toujours préférable d'ouvrir largement le débat à tous les courants de pensée. Jean-Louis Touraine estime qu'inviter les représentants religieux permet d'éviter de se poser en totalitaires refusant d'entendre d'autres points de vue.

Juridiquement, la laïcité en France ne s'est jamais entendue comme une séparation stricte entre les cultes et l'État. Auditionner une personnalité religieuse ne signifie pas approuver son discours. La laïcité française s'entend davantage comme la non-immixtion religieuse et politique dans leurs sphères respectives. Les personnalités invitées le sont pour leur expertise et pour éclairer les débats par leurs points de vue.

Représentativité et Diversité des Opinions

Certaines associations, comme l'Association des familles homoparentales (ADFH), ont exprimé leur surprise et leur désaccord quant à l'audition de représentants religieux, souvent perçus comme hostiles à leurs situations. Alexandre Urwicz, président de l'ADFH, estime qu'entendre ces représentants à l'Assemblée nationale, une institution républicaine, est choquant.

Lire aussi: Implications Éthiques : PMA et Assemblée Désertée

D'autres associations, comme l'Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL), reconnaissent l'autorité morale de ces figures religieuses auprès des croyants, mais s'interrogent sur leur légitimité à parler au nom de personnes qui ne sont pas directement concernées.

Marianne Berthet-Goichot, membre de l'association LGBT chrétienne David & Jonathan, souligne que les chrétiens sont divisés sur les sujets de bioéthique et qu'il ne faut pas croire qu'il n'y a qu'une seule parole dans l'Église.

Ces réactions mettent en lumière la nécessité de prendre en compte la diversité des opinions au sein de chaque communauté religieuse et de ne pas considérer les représentants religieux comme les seuls porte-parole de leurs fidèles.

Un Débat Nécessaire et Complexe

L'audition des responsables religieux s'inscrit dans une longue tradition de consultation des cultes sur les questions de société. Depuis les années 1980, le législateur sonde régulièrement les principaux cultes français pour des projets de loi à portée sociétale.

François Clavairoly estime que les religions apportent une expertise précieuse dans le domaine de l'humain, en raison de leur contact quotidien avec la vie des gens et de leur expérience millénaire. Les religions transmettent une forme d'intemporalité des désirs, des rêves et des souffrances humaines.

Francis Chouat souligne que les questions de bioéthique touchent à la dignité humaine, aux droits des enfants et au sens des formes nouvelles de vie en société. Il estime que l'éclairage des opinions religieuses est important pour sortir du risque de rester dans l'examen purement technique et scientifique de la loi.

L'audition des responsables religieux est également perçue comme une volonté de l'exécutif d'apaiser les débats autour de la loi de bioéthique, après les vives tensions suscitées par le mariage pour tous.

tags: #assemblée #nationale #audition #responsables #religieux #PMA

Articles populaires:

Share: