Introduction
Le bisphénol A (BPA) a longtemps été un composant omniprésent dans notre quotidien, notamment dans les contenants alimentaires. Cependant, en raison de préoccupations croissantes concernant ses effets néfastes sur la santé, en particulier chez les nourrissons et les jeunes enfants, des mesures législatives ont été prises pour restreindre son utilisation. Cet article explore l'interdiction du BPA dans les contenants alimentaires, en mettant l'accent sur les implications pour les produits destinés aux enfants et l'évolution de la réglementation en France et en Europe.
Qu'est-ce que le Bisphénol A ?
Le bisphénol A est un composé chimique largement utilisé dans la fabrication industrielle des plastiques, notamment comme monomère du polycarbonate et comme additif dans les résines époxy. On le retrouve dans une variété d'objets courants, tels que les DVD, les CD, les lunettes, certaines bouteilles en plastique et les revêtements intérieurs des boîtes de conserve. Les résines époxy, contenant du BPA, sont utilisées pour préserver le goût des aliments et les protéger de la contamination microbiologique.
Les Risques Associés au Bisphénol A
De nombreuses études ont mis en évidence les dangers du BPA en tant que perturbateur endocrinien, cancérigène et neurotoxique. Il peut interférer avec les hormones sexuelles et thyroïdiennes, et potentiellement engendrer l'apparition de cancers, l'obésité et le diabète. Le BPA mine l’action des œstrogènes en se fixant aux récepteurs alpha et bêta de ces hormones, affectant ainsi les fonctions œstrogéniques, androgènes, la prolactine, l’insuline et les hormones thyroïdiennes.
L'Exposition au Bisphénol A
L'alimentation est la principale source d'exposition au BPA pour la population, contribuant à plus de 80% de l'exposition totale. Les produits en boîtes de conserve et les bonbonnes d'eau en polycarbonate sont parmi les principales sources d'exposition alimentaire. Des études ont également révélé la présence de BPA, de bisphénol S (BPS) et de bisphénol F (BPF) dans des échantillons biologiques, avec une imprégnation plus importante chez les enfants que chez les adultes. L'achat de viande et de poissons pré-emballés, ainsi qu'un manque d'aération du logement, ont été associés à des niveaux plus élevés de BPA, BPS et BPF.
La Législation Française : Une Avancée Précoce
La France a été parmi les premiers pays à prendre des mesures concrètes pour limiter l'exposition au BPA. En décembre 2012, l'Assemblée nationale et le Sénat ont adopté une loi visant à suspendre la fabrication, l'importation, l'exportation et la mise sur le marché de tout conditionnement à vocation alimentaire contenant du BPA. Cette loi a conduit à la suspension de l'utilisation du BPA dans tous les conditionnements, contenants et ustensiles destinés à entrer en contact direct avec des denrées alimentaires pour les nourrissons et enfants en bas âge depuis le 1er janvier 2013.
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Interdiction Progressive
Le Parlement français a définitivement voté une proposition de loi interdisant le bisphénol A dans les contenants alimentaires. Cette interdiction est entrée en vigueur dès 2013 pour ceux destinés aux bébés et début 2015 pour les autres. La proposition de loi du député Gérard Bapt (PS) a été votée à l'unanimité et conforme, ce qui a rendu son adoption définitive. Le texte prônait "la suspension de la fabrication, de l'importation, de l'exportation, et de la mise sur le marché de tout conditionnement à vocation alimentaire contenant du bisphénol A".
Étendue de l'Interdiction
L'interdiction générale a été fixée au 1er janvier 2015. Mais pour les contenants de produits alimentaires destinés à des enfants de moins de trois ans, l'interdiction est entrée en vigueur en 2013, dès la promulgation du texte. Le texte a en outre étendu l'interdiction du bisphénol A dans les biberons, en vigueur depuis 2010, aux maternités et services de néonatologie. A aussi été votée l'interdiction des collerettes de tétines et de sucettes et des anneaux de dentition pour bébés contenant du bisphénol A.
La Réglementation Européenne : Un Alignement Tardif
Plus de dix ans après la France, l’Union européenne a finalement interdit le bisphénol A (BPA) dans les emballages et contenants en contact avec des denrées alimentaires. Un texte réglementaire de la Commission européenne a été publié le 19 décembre 2024. Le BPA est désormais interdit dans « tous les matériaux et objets pertinents entrant en contact avec des denrées alimentaires, y compris les matières plastiques ». Une période de transition de 18 mois est fixée pour la plupart des produits concernés, et elle est étendue à 36 mois pour certains objets, « en particulier pour les emballages utilisés pour la conservation des fruits, des légumes et des produits de la pêche transformés ». L’utilisation de certains équipements utilisés par l’industrie agroalimentaire et contenant du BPA reste autorisée jusqu’à leur obsolescence.
Évolution de l'Évaluation des Risques par l'EFSA
Pendant plusieurs années, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a été en désaccord avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), française. En 2018, l'EFSA a mis en place un groupe de travail destiné à évaluer l’ensemble des données concernant ce produit. Le 19 avril 2023, elle a publié un avis rendant compte du résultat de ses travaux, mentionnant des effets « potentiellement nocifs » pour les systèmes immunitaire, reproducteur, développemental et métabolique.
Baisse Considérable de la Dose Journalière Tolérable
Un élément important de cette nouvelle évaluation est qu’elle est fondée sur une baisse considérable de la dose journalière tolérable (DJT) pour le BPA. En 2015, elle avait été fixée à 4 µg/kg/j (kg du poids corporel). La nouvelle DJT a été établie à 0,2 ng/kg/j (nanogrammes), soit environ 20 000 fois moins ! Des études ont montré qu'une grande partie de la population européenne est exposée à des taux dépassant cette nouvelle DJT.
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Les Alternatives au Bisphénol A
Face à l'interdiction du BPA, les industriels ont cherché à le remplacer par d'autres bisphénols, tels que le BPS et le BPB. Cependant, l'Anses a alerté sur le fait que ces substituts avaient une structure chimique commune leur conférant des propriétés œstrogéniques. Une attention particulière doit donc être portée lors de l'utilisation des bisphénols S, F, M, B, AP, AF et BADGE, car leur activité œstrogénique pourrait s'avérer néfaste pour le consommateur.
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