L'arrêt de l'allaitement, bien que souvent perçu comme une étape naturelle et nécessaire, peut engendrer chez certaines mères un sentiment de fatigue accru et un mal-être émotionnel connu sous le nom de "milk blues". Cet article vise à explorer les causes de cette fatigue et de ce mal-être, tout en proposant des pistes pour mieux vivre cette transition.
La maternité : un mélange de joie et de défis
La maternité est idéalisée comme une période de bonheur et d'épanouissement, où l'amour entre la mère et l'enfant est au centre de tout. Cependant, la réalité est souvent plus complexe. La grossesse et la période post-natale sont marquées par des changements physiques et psychologiques importants, accompagnés d'émotions parfois ambivalentes. Si l'on parle souvent des difficultés de sevrage pour les bébés, on évoque moins les difficultés rencontrées par les mères.
Le "Milk Blues" : une réalité souvent méconnue
Le "milk blues" est un état de déprime, d'anxiété ou de fatigue intense qui se manifeste dans les semaines suivant l'arrêt complet de l'allaitement. Il est lié à une baisse hormonale consécutive à la diminution progressive du nombre de tétées quotidiennes. L'ocytocine, hormone du bien-être libérée pendant l'allaitement, diminue, ce qui peut accentuer le stress et la fatigue.
Amélie Jourdain, infirmière en néonatologie et accompagnante périnatale, témoigne de son expérience : "J'ai sevré mon bébé à deux mois et demi à cause du congé maternité qui est trop court. Bien que je l'aie sevré progressivement, en gardant l'allaitement la nuit, cela a été brutal les trois mois qui ont suivi l'arrêt. Je me suis sentie fort fatiguée et un peu triste quand même."
Les causes du "Milk Blues" et de la fatigue
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'apparition du "milk blues" et à la sensation de fatigue intense après l'arrêt de l'allaitement :
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- Chute hormonale : La diminution du taux d'ocytocine, l'hormone de l'attachement et du bien-être, peut entraîner une sensation de déprime et de fatigue. Le retour de couches, souvent tardif chez les mères allaitantes, perturbe également l'équilibre hormonal.
- Sentiment de perte et de deuil : L'allaitement crée un lien physique et émotionnel fort entre la mère et l'enfant. L'arrêt de l'allaitement peut être vécu comme une séparation, un deuil de cette relation privilégiée.
- Pression sociale et injonctions : La pression sociale pour allaiter, bien que justifiée par les nombreux bienfaits de l'allaitement, peut engendrer un sentiment de culpabilité chez les mères qui ne peuvent ou ne souhaitent pas allaiter. Les femmes qui vivent un allaitement paisible sont aussi contraintes d'arrêter : à cause du travail, du conjoint ou de la famille, une grossesse en cours ou un mode de vie qui laisse peu de place au tirage de lait. Dans tous ces cas, le sevrage qui n'est pas pleinement choisi engendre des sentiments contradictoires : on est à la fois pressée et réticente d'arrêter.
- Difficultés liées à l'allaitement : Les difficultés rencontrées pendant l'allaitement (douleurs, crevasses, engorgement, baisse de lactation) peuvent engendrer de la fatigue et un sentiment d'échec, contribuant au "milk blues".
- Reprise du travail et changement de rythme : L'arrêt de l'allaitement coïncide souvent avec la reprise du travail, ce qui implique un changement de rythme et une séparation avec l'enfant, pouvant accentuer la fatigue et le mal-être.
- Modifications physiques : La poitrine, qui était ronde et généreuse pendant l'allaitement, retrouve sa taille d'avant la grossesse, ce qui peut être difficile à accepter pour certaines femmes.
- Confusion et sentiment de ne plus savoir répondre aux besoins de bébé : Durant l'allaitement, le sein est souvent la réponse à tous les besoins de l'enfant (pleurs, insomnie, besoin de réconfort). L'arrêt de l'allaitement peut entraîner une confusion et un sentiment de ne plus savoir comment répondre aux besoins de l'enfant.
Solutions et conseils pour mieux vivre l'arrêt de l'allaitement
Heureusement, il existe des solutions pour atténuer les effets du "milk blues" et mieux vivre cette transition :
- Anticiper et s'informer : Il est important de s'informer sur le "milk blues" et de comprendre les changements hormonaux et émotionnels qui peuvent survenir.
- Sevrage progressif : Lorsque cela est possible, il est préférable de sevrer l'enfant progressivement, afin de permettre au corps de s'adapter en douceur à la baisse de production de lait.
- Exprimer ses émotions : Il est essentiel de parler de ses émotions et de ses sentiments avec son entourage, son conjoint, sa famille, ses amis ou un professionnel de santé.
- Rechercher du soutien : Ne pas hésiter à solliciter l'aide de son entourage pour soulager la charge mentale et physique. Le numéro Allait’écoute 0310010101 peut également être une source de soutien. À la PMI, les consultantes en lactation IBCLC peuvent passer à domicile. C’est un service gratuit peu connu des mamans.
- Prendre soin de soi : Il est important de prendre du temps pour soi, de se reposer, de se détendre et de pratiquer des activités qui font plaisir (yoga, lecture, sorties entre amis, etc.).
- Maintenir le contact avec son bébé : Compenser la diminution des tétées par des câlins, du peau à peau et des moments privilégiés avec son enfant.
- Alimentation saine et équilibrée : Adopter une alimentation saine et équilibrée, riche en vitamines et en minéraux, pour compenser la chute d'endorphines.
- Activité physique : Pratiquer une activité physique régulière pour améliorer son humeur et réduire la fatigue.
- Consulter un professionnel de santé : Si la déprime persiste ou s'aggrave, il est important de consulter un professionnel de santé (médecin, sage-femme, psychologue) pour obtenir un accompagnement adapté.
- Tirer son lait : Pour prolonger les bénéfices de l'allaitement et si vous le faites avec plaisir, vous pouvez exprimer votre lait et continuer à le donner à votre enfant au biberon.
- Retrouver ses passions : Replonger dans les activités mises de côté pendant la grossesse et l'allaitement (yoga, jogging, lecture, expositions, etc.) pour se faire plaisir et se sentir positive.
L'importance du soutien et de la bienveillance
Il est crucial que l'entourage de la mère soit compréhensif et bienveillant pendant cette période de transition. Les ateliers de sensibilisation à l'allaitement peuvent aider les proches à mieux comprendre ce que traverse la maman. Il est important d'éviter les jugements et de soutenir la mère dans ses choix.
Relancer sa lactation en cas de baisse
La baisse de lactation est un phénomène fréquent qui peut provoquer un arrêt précoce de l’allaitement. Voici quelques conseils pour relancer sa lactation :
- Se reposer et rester au contact de son bébé: Le stress et la fatigue peuvent avoir un impact négatif sur la lactation. Il est donc important de se reposer au maximum et de favoriser le contact physique avec son bébé.
- Le recours au tire-lait et la méthode du Power Pumping: Augmenter les stimulations à l’aide d’un tire-lait, en utilisant la méthode du "power pumping" (tirer son lait toutes les 20 minutes pendant une heure, une à deux fois par jour, sur 2-3 jours maximum).
- Soigner son alimentation: Adopter une alimentation riche et variée, sans oublier la notion de plaisir, et s’hydrater correctement. On peut aussi consommer des tisanes d’allaitement (à base de fenouil, anis vert, moringa).
- Alterner avec des biberons de lait maternel: Si le bébé ne semble pas repu après la tétée, compléter avec un biberon de lait maternel tiré.
Allaitement : un choix personnel
L’allaitement est et doit rester le choix de la jeune maman. Il est important de chasser certaines idées reçues et de s’écouter pour trouver le rythme qui convient. N’hésitez pas à demander des astuces aux mères allaitantes, ou encore des conseils à un médecin, à un.e conseiller.e en lactation, notamment en cas de douleurs liées à l’allaitement, ou au moindre problème, pour éviter tout risque de fatigue supplémentaire.
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