Une tribune initiée par Scientifiques en rébellion et publiée dans le Nouvel Obs a recueilli la signature de 4314 scientifiques. Ces chercheurs et enseignants-chercheurs, issus d'instituts de recherche et d'universités de toute la France et de toutes disciplines scientifiques, lancent un appel vibrant à la mobilisation contre le Rassemblement National (RN) par le vote et l’engagement collectif. Ils estiment que leur mission, qui consiste notamment à porter dans l’espace public les consensus scientifiques, ne peut être dissociée du respect de certaines valeurs fondamentales.
La réfutation du mythe de l'inexpérimentation de l'extrême droite
Un argument fréquemment avancé, relayé par les médias, est que « l’extrême droite, on n’a jamais essayé ». Or, les signataires de la tribune affirment que c’est factuellement faux. Inutile de remonter au régime de Vichy : l’expérience récente de l'arrivée de partis d'extrême droite au pouvoir dans d’autres pays, y compris voisins, suffit à démontrer qu'ils ne peuvent être considérés comme des partis comme les autres.
La dédiabolisation du Rassemblement National : un leurre
Le RN jouit aujourd’hui d’une image bien travaillée le faisant passer pour moins violent et plus ouvert que d’autres partis de la même tendance politique. Les politologues soulignent que le Rassemblement National a orchestré, tout au long de son histoire, différentes phases de « dédiabolisation » qui consistent à transformer son discours et remplacer une partie de ses membres pour se rapprocher du pouvoir.
L'érosion de l'État de droit et des contre-pouvoirs
Une fois au pouvoir, l’extrême droite mine l’État de droit et les contre-pouvoirs en s’attaquant au pluralisme de l’information et en mettant la Justice au service des dirigeant·es. Les pays dirigés par Trump, Bolsonaro, Orbán, Morawiecki et Meloni en ont tous fait les frais. Le système démocratique des États-Unis n’a échappé que de justesse à un coup d’État électoral de Trump le 6 janvier 2021.
De fait, l’attaque des contre-pouvoirs et de l’État de droit est bien dans les cartons du RN : sous prétexte d’économies, le RN a confirmé vouloir privatiser l’audiovisuel public, manière de restreindre encore le pluralisme médiatique en livrant un espace médiatique supplémentaire à un énième milliardaire.
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Le RN, associé au parti Les Républicains (LR), a dénoncé un « coup de force des juges » après que le Conseil constitutionnel ait censuré des articles de la loi dite immigration. Dès lors, quelle confiance peut-on avoir dans la résistance de l’État de droit sous un régime d’extrême droite, alors que la Ve République donne beaucoup de pouvoir à l’exécutif ?
L'idéologie raciste au cœur des politiques d'extrême droite
L’extrême droite s’est construite, y compris en France, autour d’une idéologie raciste. Celle-ci demeure au cœur des politiques et des discours des gouvernements d’extrême droite récents, qui s’attaquent aux migrant·es sous prétexte de contrôler l’immigration et stigmatisent les étrangers. Ces discours et politiques permettent de véhiculer une haine décomplexée des étrangers qui infuse dans la société.
Atteintes aux droits des femmes et des minorités
Aux États-Unis, en Pologne et en Italie, les partis d’extrême droite ont multiplié les attaques contre l’accès à l’avortement pour asseoir ainsi un contrôle du corps des femmes. Les eurodéputé.es RN étaient absent·es ou se sont abstenu·es lors du vote sur l’inclusion du droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.
Enfin, les extrêmes-droites représentent une menace pour les droits des personnes LGBTQIA+. Non seulement elles répriment leurs mobilisations (comme en Pologne), mais elles légitiment la haine et la violence homophobes et transphobes. La victoire du RN aux Européennes a déjà conduit à une agression homophobe le 13 juin.
Démantèlement des services publics et aggravation des inégalités
Alors qu'ils prétendent défendre le peuple contre les élites, les gouvernements d’extrême droite démantèlent systématiquement les services publics (éducation, santé) et ciblent en premier lieu les plus démuni·es : suppression de l’équivalent du RSA en Italie, augmentation de 11 points de pourcentage du taux de pauvreté en Argentine. Le RN, lui, compte supprimer l’Aide médicale d’État aux étrangers en situation irrégulière. En plus de représenter une attaque insupportable à un principe fondamental de l’humanisme, cette mesure conduirait à une dégradation générale de la santé publique, notamment lors d’épidémies.
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Le déni de l'urgence climatique et écologique
Une autre constante des extrêmes-droites est leur déni des alertes scientifiques concernant l’urgence climatique et écologique. Certaines assument clairement leur climato-scepticisme, comme le président de l’Argentine, qui affirme que « toutes ces politiques qui accusent l’Homme d’être responsable du changement climatique sont bidons » ; d’autres adoptent une rhétorique plus insidieuse pour justifier leur inaction ou même leurs actions anti-climatiques. Le résultat est le même : une politique qui nous mène tout droit vers un monde invivable à +3 °C voire +4 °C.
Aux États-Unis, on a assisté sous la présidence Trump à la sortie de l’Accord de Paris, à des coupes drastiques des financements en faveur du climat, et à la nomination d’un climato-sceptique à la tête de l’Agence de protection de l’environnement. Le RN, quant à lui, se défend de tout climato-scepticisme, mais persiste dans le climato-rassurisme en relativisant les rapports du GIEC. Plus précisément, le RN s’oppose au déploiement des énergies renouvelables, alors que les scénarios des ingénieurs de RTE montrent que tout miser sur le nucléaire ne permettrait pas de respecter de l’Accord de Paris à l’échelle française. Pire, le RN s’oppose à toutes les mesures écologiques : taxes sur les énergies fossiles, électrification des transports, sauvegarde de la biodiversité, diminution des pesticides, ralentissement de l’artificialisation des sols, limitation du transport routier. C’est un monde bétonné, goudronné, pollué, en surchauffe et sans vie que nous promet le RN. Pourtant, selon ce parti, toute mesure écologique est « punitive ».
La défiance envers la science et la post-vérité
Enfin, l’attachement des scientifiques aux faits est toujours gênante pour les extrêmes-droites, qui ont un rapport très distancié avec la vérité. Au Brésil ainsi qu’aux États-Unis, on a assisté à des baisses drastiques de budgets dans l’éducation et la recherche, qui ont fait peser de graves menaces sur l’indépendance scientifique. Le gouvernement de Viktor Orbán a remis en question l’indépendance d’institutions académiques pour s’assurer qu’elles ne remettent pas en cause son idéologie. La défiance de Donald Trump envers la science durant le Covid-19 a littéralement entraîné des milliers de morts. Plus généralement, les extrêmes-droites développent la défiance envers les résultats de la recherche scientifique et adoptent une posture de post-vérité, où les dirigeants délivrent leurs propres « faits alternatifs », sous couvert de liberté d’opinion. Pour les scientifiques signataires, la vérité n’est pas une opinion ou une position exprimée par une autorité.
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