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Anticorps antinucléaires et fausses couches : comprendre les liens et les solutions

La fausse couche, un événement douloureux et malheureusement fréquent, touche environ 15% des grossesses. Lorsqu'elle se répète, elle suscite une inquiétude légitime et nécessite une investigation approfondie. Parmi les pistes explorées, la présence d'anticorps antinucléaires (AAN) est souvent évoquée. Cet article vise à explorer le lien entre les anticorps antinucléaires, les maladies auto-immunes et les fausses couches, en s'appuyant sur les données disponibles et les témoignages de femmes concernées.

Fausse couche spontanée : un événement fréquent

Chaque grossesse qui débute comporte un certain nombre de risques, le premier d’entre eux étant de cesser d’évoluer et de se terminer par une « fausse couche » spontanée (FCS). Il s’agit toujours d’un événement qui suscite à la fois inquiétude et frustration, surtout lorsque ce début de grossesse a été le résultat de beaucoup d’efforts. La survenue d’une fausse couche représente pourtant un phénomène « banal » puisqu’ il termine environ 15%, des grossesses, soit une sur six, chez la jeune femme. Il est généralement lié à un accident survenu au cours de la fécondation : une erreur se produit au cours de l’appariement entre les 23 chromosomes de l’ovocyte et les 23 chromosomes du spermatozoïde, et se perpétue au cours des divisions de l’embryon jusqu’à ce que le logiciel génétique « plante ». Il n’est bien sûr pas possible de prévenir et encore moins de traiter une telle erreur de la loterie génétique de la vie.

Fausses couches à répétition : quand faut-il s'inquiéter ?

Une deuxième fausse couche, par contre, commence à poser problème. Il n’y a en effet qu’une alternative : soit il s’est produit à nouveau un accident aléatoire lors de la fécondation, ce qui reste possible avec beaucoup de malchance ; soit il existe un risque accru de fausse couche pour des raisons qu’il reste à déterminer. Une troisième fausse couche, par contre met tout le monde d’accord : il s’agit de FCS à répétition. Les avortements spontanés à répétition (ASR) sont définis par la survenue d’au moins trois pertes embryo-fœtales avant 24 semaines d’aménorrhée. Ils affectent environ 1 à 2 % des couples fertiles.

Que sont les anticorps antinucléaires (AAN) ?

Les anticorps antinucléaires sont des auto-anticorps, c'est-à-dire des anticorps produits par l'organisme qui attaquent ses propres cellules. Dans le cadre du syndrome des antiphospholipides, ces auto-anticorps sont dirigés contre les phospholipides qui sont des constituants normaux des membranes de nos cellules. Ils ciblent plus précisément le noyau des cellules, d'où leur nom. Leur présence dans le sang peut être un signe de maladie auto-immune, mais ils peuvent également être présents chez des personnes en bonne santé. Les anticorps antinucléaires sont des anticorps présents lors de maladies auto-immunes comme le lupus, le gougerot, ou la polyarthrite rhumatoide.

Maladies auto-immunes, anticorps antinucléaires et fausses couches : quel lien ?

Plusieurs maladies auto-immunes sont associées à un risque accru de fausses couches. Parmi elles, on retrouve :

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  • Le syndrome des antiphospholipides (SAPL) : Ce syndrome est lié à la production par l’organisme de petites protéines de défense, les anticorps, mais qui sont ici anormalement dirigés contre le « soi ». C’est pourquoi ces anticorps sont appelés auto-anticorps. En interagissant avec les membranes de certaines de nos cellules, ces auto-anticorps vont activer les mécanismes normaux de la coagulation (qui sont utiles en cas de saignement) et entraîner l'apparition de caillots de sang (thromboses), aussi bien dans les veines que dans les artères. Ce sont les caillots, et non les anticorps eux-mêmes, qui causent les symptômes en perturbant la circulation sanguine. Il se manifeste principalement par des fausses couches à répétition, qui surviennent principalement au cours des trois premiers mois de grossesse, du fait d’une inflammation et de l’obstruction des vaisseaux du placenta, diminuant les échanges entre la mère et son enfant. En deuxième partie de grossesse, il y a un risque augmenté de mauvaise croissance du fœtus (retard de croissance in utero) et d’accouchement prématuré. Il y a également un risque de pré-éclampsie (hypertension artérielle associée à une perte de protéines dans les urines (ou protéinurie), entrainant des œdèmes, c’est-à-dire des gonflements notamment des chevilles). Le HELLP syndrome, complication plus sévère de la fin de grossesse est également plus fréquent chez les patientes ayant un SAPL. Le HELLP syndrome est caractérisé par une diminution des globules rouges qui sont détruit de façon accélérée (hémolyse), des anomalies du bilan du foie (cytolyse hépatique) et une baisse de plaquettes (thrombopénie).
  • Le lupus érythémateux disséminé (LED) : Le LED est une maladie auto-immune inflammatoire chronique dont la prévalence est élevée chez les femmes en âge de procréer. Il affecte de multiples organes tels que les reins, le cœur, les poumons, la peau… Bien qu’actuellement la plupart de ces patientes aient de bons résultats en matière de gestation, elles présentent un risque accru de complications pendant la grossesse, telles que la pré-éclampsie, la naissance prématurée, le retard de croissance intra-utérin (RCIU), les fausses couches répétées ou la mortinaissance. Il augmente également le taux de césarienne.
  • La thyroïdite de Hashimoto : Les patientes atteintes de la thyroïdite de Hashimoto présentent une diminution de la fonction thyroïdienne due à la présence d’anticorps dirigés contre la glande thyroïde. Des niveaux adéquats d’hormones thyroïdiennes sont essentiels au bon fonctionnement de l’appareil reproducteur.
  • Autres maladies auto-immunes : La polyarthrite rhumatoïde (PR) est une maladie auto-immune inflammatoire chronique qui touche plusieurs articulations. Elle touche les jeunes en âge de procréer. Les symptômes de la maladie s’atténuent généralement pendant la grossesse. Toutefois, ce n’est pas le cas de toutes les patientes chez qui la maladie active persiste pendant la grossesse.

Il est important de noter que la présence d'anticorps antinucléaires ne signifie pas nécessairement qu'une personne est atteinte d'une maladie auto-immune. Cependant, si une femme ayant des AAN positifs a des antécédents de fausses couches à répétition, il est important de rechercher une éventuelle maladie auto-immune sous-jacente.

Diagnostic et examens complémentaires

Le diagnostic repose sur l’association d’au moins une manifestation clinique et d’un ou de plusieurs anticorps antiphospholipides sur la prise de sang (anticorps anticardiolipine, anticoagulant circulant, antiB2GP1).

Face à des fausses couches à répétition, il est crucial d'effectuer toute une batterie d'examens pour identifier une cause potentielle. Le bilan peut inclure :

  • Bilan hormonal : Contrôle du fonctionnement du cycle menstruel, avec toutes les hormones féminines (dont les ostroègenes et la progestérone) ainsi que la prolactine. Une prolactine élevée peut, en effet, bloquer la fertilité et entraîner des fausses couches, du fait, principalement, d’un soucis au niveau de l’hypophyse, mais pas que. Il faudra donc vérifier le fonctionnement de l’hypophyse et potentiellement effectuer une IRM pour vérifier s’il n’y a pas d’adénome. La réserve ovarienne devra être contrôlée.
  • Bilan immunitaire : Recherche d'anticorps anti-ADN, anti-nucléaires (3) qui permettent de regarder les « principales » maladies auto-immunes. En effet, il a été démontré que ces anticorps entraînent la mort de l’embryon et de l’ovocyte.
  • Bilan de thrombophilie : S’il est un sujet polémique dans les étiologies des fausses couches à répétition (FCSR), c’est bien celui-ci. En effet, depuis les premières publications mettant en évidence la responsabilité de l’anticoagulant lupique dans la survenue de FCSR précoces et tardives, de nombreux auteurs ont publié des résultats contradictoires sur l’implication des thrombophilies dans la survenue des FCSR.
  • Autres examens : D’autres examens seront aussi nécessaires comme les taux de vitamines D3 (5), B12, B9, ferritine, zinc, ainsi que d’autres marqueurs selon le bilan clinique effectué en consultation. Par exemple, les récepteurs de la vitamine D, sont exprimés dans la plupart des organes reproducteurs. S’il y a de l’endométriose ou des ovaires polykystiques, il faudra mettre en place un soin particulier également.

Traitements et prise en charge

Il va de soi qu’un traitement spécifique doit être mis en œuvre pour toute anomalie identifiée : correction d’une anomalie anatomique, stimulation de l’ovulation, prise en compte des facteurs immunitaires … Il faut commencer par aborder le problème en regardant les résultats sanguins et le bilan clinique.

Dans le cas d'un SAPL, les patientes avec un SAPL obstétrical (c’est à dire ayant déjà eu des complications lors de leurs grossesses mais sans caillot dans les veines ou les artères), le traitement est idéalement adapté lors d’une consultation pré-conceptionnelle. Il s’agit d’une consultation qui précède la grossesse et qui permet de préparer la grossesse, en anticipant les problèmes et notamment en adaptant les traitements, en vérifiant les vaccinations, en expliquant comment la grossesse va se dérouler et quelle va en être la surveillance. Pendant la grossesse, le traitement est basé sur l’aspirine à faible dose et le plus souvent, des injections d’héparine par voie sous-cutanée, que la patiente peut réaliser seule. Ces traitements vont considérablement limiter le risque de récidive mais aucun médicament ne permet à ce jour la « guérison ». De la même façon, les grossesses seront prises en charge avec un traitement et une surveillance adaptée pour éviter les complications et permettre la naissance d’enfants en bonne santé.

Lire aussi: Fausse couche : le rôle des anticorps

Dans le cas d'une maladie auto-immune, il sera nécessaire de diminuer l’inflammation par l’alimentation, des compléments alimentaires anti-inflammatoires (entre autres) et une bonne hygiène de vie. L’hygiène de vie comprend de nombreux facteurs comme l’activité physique, le sommeil, l’eau que l’on boit, l’exposition aux produits chimiques et autres perturbateurs endocriniens…

Témoignages et vécu des patientes

De nombreux témoignages de femmes ayant des anticorps antinucléaires positifs et ayant vécu des fausses couches à répétition soulignent l'importance d'un diagnostic précis et d'une prise en charge adaptée. Certaines ont pu mener à terme des grossesses grâce à des traitements comme l'aspirine ou la cortisone, tandis que d'autres ont dû faire face à des complications. Ces témoignages mettent en lumière la complexité de la situation et la nécessité d'une approche individualisée.

Importance de la recherche et du soutien

Actuellement, la recherche concernant le SAPL, comme beaucoup d’autres maladies auto-immunes, reste axée sur le mécanisme de la maladie et sur le développement de nouveaux traitements. La recherche clinique est ceci dit assez active avec une base de données qui se met en place dans certains centres. Concernant les problèmes liés à la grossesse, un groupe de recherche sur la grossesse et les maladies rares (le GR2, institué avec le soutien de la Société Nationale Française de Médecine Interne) met actuellement en place une large étude nationale permettant d’évaluer les femmes enceintes ayant notamment un SAPL, mais aussi un lupus systémique et d’autre maladies autoimmunes et systémiques rares.

Les associations sur le SAPL sont en fait rattachées aux associations de patients lupiques : Association Française du Lupus et Autres Maladies Auto-Immunes et Association Lupus France notamment.

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