La douleur chez le nourrisson est une préoccupation majeure pour les parents et les soignants. Il est essentiel de comprendre comment évaluer et traiter la douleur chez les nourrissons, car ils ne peuvent pas toujours exprimer verbalement ce qu'ils ressentent. Cet article vise à fournir des informations complètes sur les options disponibles pour soulager la douleur chez les nourrissons, en tenant compte des différents types de douleur, des médicaments disponibles et des approches non médicamenteuses.
Diagnostic de la douleur chez l'enfant
Le diagnostic de la douleur chez l'enfant peut s'avérer complexe, car les jeunes enfants n'ont pas toujours la capacité de communiquer efficacement leurs symptômes. Chez les bébés et les très jeunes enfants, l'expression de la douleur est difficile puisqu'ils n'ont pas encore la possibilité de recourir à la parole. Ainsi, c'est essentiellement à partir de leur comportement que les signaux de douleurs peuvent être perçus : cris, pleurs, agitation et troubles du sommeil sont souvent caractéristiques. L'enfant ressent la douleur différemment de l'adulte ; car plus il est jeune, moins il comprend ce qui lui arrive et plus il est dépourvu de moyens pour s'en défendre.
Évaluation de la douleur
L'évaluation de la douleur est une étape cruciale pour une prise en charge efficace. Plusieurs outils d'évaluation de la douleur ont été spécialement conçus pour les enfants, et ce en fonction de l'âge de l'enfant. Concernant les enfants de plus de 6 ans : l'enfant est généralement capable d'évaluer lui-même sa douleur grâce à l'échelle visuelle analogique (EVA). Présentée de façon ludique, cette échelle, cotée de 0 (absence de douleurs) à 10 (douleur insoutenable), est accessible pour de nombreux enfants. A propos des enfants de 4 à 6 ans : les outils d'auto-évaluation de la douleur précédemment cités peuvent être fructueux chez certains enfants. Pour les petits patients âgés moins de 4 ans : l'évaluation de la douleur est complexe et reste souvent basée sur l'analyse du comportement de l'enfant. L'impact de la douleur sur le comportement de l'enfant représente en effet une source capitale d'informations utiles pour évaluer sa douleur. Un enfant qui souffre présente généralement des signes indicateurs de sa douleur comme : apathie, excitation, pleurs, absence d'appétit, troubles du sommeil, etc.
Types de douleur chez l'enfant
Chez l’enfant, les douleurs peuvent être de natures très variées. Bien sûr, les douleurs liées aux poussées dentaires sont fréquentes dès le plus jeune âge et entraînent des pleurs ainsi que des troubles du sommeil. De même, les douleurs d’oreilles consécutives aux otites et les maux de gorge liés aux infections virales banales sont courants. Sans gravité tout au long de l’enfance, ils perturbent néanmoins le quotidien. Les petits ne sont pas à l’abri des maux de tête. Tous ces troubles peuvent être apaisés par les médicaments utilisés dans la fièvre. Avec la marche arrivent les chutes et les petits traumatismes, susceptibles d’occasionner des douleurs plus ou moins importantes, de durée plus ou moins longue. En général, la douleur passe en quelques minutes. En cas de fracture, d’entorse ou de gros hématome type œil au beurre noir, des antidouleurs sont indiqués.
Douleur aiguë vs. Douleur chronique
Une douleur aiguë est un symptôme d'un autre événement (maladie, traumatisme) elle est généralement temporaire et dure moins de 3 mois. Cependant, une douleur chronique (qui dure plus de 3 mois) peut devenir une véritable maladie en soi et peut engendrer des effets néfastes sur l'enfant comme une perte de poids, un ralentissement de sa croissance, etc.
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Médicaments antalgiques
Les traitements de la douleur chez l’enfant reposent sur les médicaments antalgiques, mais aussi sur la relaxation, les bains, la kinésithérapie, etc. Les principales substances qui soulagent la douleur sont divisées en trois classes en fonction de leur potentiel d’action : antalgiques de niveau 1, de niveau 2 et de niveau 3. Le nombre de médicaments antalgiques et leurs présentations augmentent avec l’âge de l’enfant. Ainsi, aucun antalgique de palier II n’est disponible chez l’enfant de moins d’un an. Certains antalgiques de palier I sont disponibles sans prescription médicale comme le paracétamol et l’ibuprofène. Le paracétamol est d’ailleurs le médicament le plus prescrit contre la douleur chez l’enfant. En revanche, les autres antalgiques sont soumis à prescription médicale. Le choix du type d’antalgique, du médicament et de la voie d’administration dépend de l’état de santé de l’enfant, de sa pathologie, de la nature et de l’importance de la douleur.
Antalgiques de niveau 1
Les antalgiques de palier I pour les douleurs faibles à modérées : le paracétamol est un médicament prescrit généralement en première intention car possède peu d’effets indésirables.
Paracétamol
Le paracétamol est souvent le traitement de choix de la douleur chez l’enfant. Le paracétamol est indiqué dans le traitement des douleurs légères à modérées, et en association à d’autres antalgiques dans le traitement des douleurs modérées à fortes. Il est le plus sûr des antalgiques de niveau 1 pour les enfants de moins de quinze ans, si les doses préconisées sont bien respectées. Il peut être utilisé dès la naissance. Il agit habituellement en 20 à 30 minutes. L’utilisation des suppositoires est déconseillée, car leur absorption est mauvaise et leur effet est plus lent à survenir. Le paracétamol peut être utilisé en automédication pour soulager l’enfant en cas de petit problème (chute, mal de tête, coup de soleil, etc.). Il faut faire attention à ne pas associer plusieurs médicaments contenant du paracétamol, pour éviter tout risque de surdosage potentiellement toxique pour le foie.
- Doliprane : Doliprane solution pédiatrique est un médicament à base de paracétamol destiné à diminuer la fièvre et les douleurs des enfants de 3 à 26 kg.
- Dafalgan pédiatrique
- Dolko
- Doliprane Liquiz 300 mg
Ibuprofène
L’ibuprofène est l’anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) recommandé en premier lieu pour soulager la plupart des douleurs aiguës modérées à intenses chez l’enfant de plus de 3 mois. Il est utilisé à la dose de 30 mg par kilo de poids et par jour, en quatre prises. L’aspirine et l'ibuprofène sont les seuls AINS qui peuvent être obtenus sans ordonnance pour les enfants. Leur utilisation doit être prudente en cas de déshydratation, de trouble de la coagulation ou d’infection grave.
- Advil : Advil solution pédiatrique est un médicament à base d’ibuprofène destiné à diminuer la fièvre et les douleurs des enfants de 3 à 26 kg.
Contre-indications : en cas de varicelle : l'ibuprofène (et les AINS) ne doit pas être utilisé, "même si aucun lien de causalité n'a pu être prouvé" avec les rares cas de graves complications infectieuses cutanées et des tissus mous notifiés chez des enfants atteints de varicelle traités par AINS pour fièvre et/ou douleur.
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Antalgiques de niveau 2
Les substances antalgiques de niveau 2 sont la codéine et le tramadol. Elles sont destinées aux douleurs d'intensité moyenne ou aux douleurs non soulagées par les antalgiques de niveau 1. La codéine est associée au paracétamol dans les médicaments antalgiques. Le tramadol sous forme de solution buvable est utilisable chez l’enfant à partir de 3 ans. Il a des effets indésirables spécifiques : convulsions, confusion, hallucination, délire. Des cas d'erreurs d'administration liées à la solution buvable ont été rapportés. Elles ont entraîné des surdosages parfois graves.
Antalgiques de niveau 3
Les substances antalgiques de niveau 3 sont destinées aux douleurs intenses, qui sont rebelles aux autres antalgiques. La morphine par voie orale est utilisable chez l’enfant sous forme de gouttes buvables, de comprimés ou de gélules. Il existe des formes dites à libération immédiate qui agissent rapidement en 30 à 60 minutes, pendant une durée de 4 heures, et des formes dites à libération prolongée qui agissent en 2 à 4 heures pour une durée de 12 heures. La constipation est un effet indésirable constant et persistant qui nécessite un traitement laxatif, en complément des mesures hygiéno-diététiques. La morphine par voie injectable est habituellement réservée à la prise en charge de douleurs sévères à l’hôpital. Ce sont des dérivés de la morphine. Ils sont prescrits de façon exceptionnelle chez l'enfant.
Antalgiques locaux
En cas de douleur musculaire, ou localisée sur un tendon ou sur un muscle, ou après un choc, il est possible d’appliquer un antalgique local sur la zone douloureuse. Les gels contenant une substance anti-inflammatoire et vendus sans ordonnance sont généralement réservés à l’adulte.
Autres approches pour soulager la douleur
Outre les médicaments antalgiques, d’autres possibilités existent pour lutter contre les douleurs chez l’enfant.
Techniques non médicamenteuses
- Relaxation : Des techniques de relaxation peuvent être utilisées chez les enfants plus âgés.
- Hypnose : L’hypnose peut s’avérer très efficace, notamment pour prévenir l’apparition de douleurs liées à des gestes médicaux.
- Jeu et distraction : Le jeu et la distraction permettent de lutter contre le stress et l’angoisse associés à la douleur, en particulier chez les enfants les plus jeunes.
- Présence des parents : La présence des parents est un élément essentiel pour aider l’enfant à apaiser ses douleurs.
- Techniques physiques : Les techniques physiques sont souvent utilisées dans les douleurs de l'appareil locomoteur. Elles reposent sur des activités sportives ou récréatives. Les massages permettent de détendre l'enfant, de mieux communiquer avec lui. Elles font appel, entre autres, à des techniques de thérapie cognitive et comportementale, à la relaxation (qui diminue l'anxiété, le stress et la douleur) et à l'imagerie positive (qui utilise la suggestion d'images agréables de confort et de bien-être).
- Solution sucrée : Une solution sucrée concentrée, associée à la succion d’une tétine, stimule la production d’endorphines dans le cerveau et diminue en conséquence les sensations douloureuses. Ce protocole permet de rendre indolores de petits gestes, tels que les prises de sang, les pansements, la pose et le retrait de sondes, etc.
- MEOPA (mélange équimolaire oxygène protoxyde d'azote) : Elle est obtenue en faisant inhaler un mélange à parts égales d’oxygène et de protoxyde d’azote, un gaz connu pour son effet antalgique, anxiolytique et euphorisant (c’est le célèbre « gaz hilarant »). Chez l’enfant de plus de quatre ans, l’inhalation au masque doit durer au moins trois minutes. Cette méthode est simple (pas de jeûne préalable), sûre et sans aucun danger. Elle permet d’effectuer sans douleur des examens (ponctions, biopsies), des soins (injections, infiltrations) ou de petites interventions d’urgence (sutures).
- Crèmes anesthésiantes : Composés de lidocaïne et de prilocaïne, ils permettent d’obtenir une anesthésie de la peau ou des muqueuses plus ou moins profonde (jusqu’à 5 mm en profondeur).
Conseils pratiques pour l'administration des médicaments
La posologie est la dose poids 3 à 4 fois par jour régulièrement espacé (4 à 6 h). C’est le degré de toxicité de l'Advil et du Doliprane pédiatrique qui va trancher lequel est à prendre en première intention. En effet, la toxicité du paracétamol est connue pour le foie et les reins lorsque les doses recommandées sont dépassées. La pipette graduée permet de doser le médicament pour votre enfant. Attention, chaque sirop a sa pipette qui ne représente pas le même volume de médicament même si le poids écrit est identique. Il ne faut jamais utiliser une pipette de Doliprane à la place d’une pipette d’Advil et vice versa. Si votre enfant a de la fièvre supérieure à 38,2, vous pouvez donner dans un premier temps du Doliprane solution pédiatrique aux doses prévues (liées au poids de l’enfant).
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Doliprane ou Advil : que choisir en premier ?
En conclusion, le Doliprane est le premier médicament à donner en cas de douleurs ou de fièvre. Si la fièvre persiste, on peut alterner les prises avec de l’Advil. Mais attention à surveiller la déshydratation, surtout si la fièvre est associée à des diarrhées, et attention aussi à bien respecter les doses !
Importance de la prise en charge globale
La qualité de l’analgésie pédiatrique est liée à l’aspect multimodal des interventions que l’on propose à un enfant douloureux. Ces approches corps-esprit dites intégratives répondent à une conception holistique de la médecine. L’engagement du professionnel de santé dans cette prise en charge nécessite le soutien du service, de l’institution autant qu’une démarche personnelle et d’équipe, en même temps qu’il procure une grande satisfaction dans le travail.
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