L'aménorrhée post-pilule, ou syndrome post-pilule, est un sujet de préoccupation pour de nombreuses femmes après l'arrêt de la contraception hormonale. Cet article vise à explorer en profondeur les causes de cette aménorrhée, les diagnostics possibles et les traitements disponibles, tant médicaux que naturels, afin d'aider les femmes à mieux comprendre et gérer cette condition.
Qu'est-ce que l'Aménorrhée Post-Pilule ?
L'aménorrhée est définie comme l'absence de règles. On parle d'aménorrhée en cas d'absence de règles de plus de 3 mois lorsque les cycles étaient habituellement réguliers et d'une durée normale (25-35 jours), ou plus de 6 mois le cas inverse. Il est important de noter que les cycles ne peuvent pas être "réguliers" sous pilule, car la pilule supprime ces cycles. La plupart des pilules bloquent l'ovulation, et les saignements observés lors de la semaine de pause ne sont pas des menstruations mais des saignements de privation (dues à la chute des hormones). On se réfère donc aux cycles antérieurs à la prise de pilule, pour vérifier si ceux-ci étaient déjà problématiques ou bien réguliers.
Après l'arrêt de la pilule, il est courant d'observer une absence de règles pendant quelques mois. Les médecins appellent ce phénomène l'« aménorrhée post-pilule », ou encore le « syndrome post-pilule ». Cependant, cette expression ne se cantonne pas exclusivement à l’absence de règles, c’est-à-dire à l’aménorrhée. C’est un syndrome qui désigne plutôt les caractéristiques pathologiques que d’autres symptômes peuvent entraîner.
Comprendre le Cycle Menstruel sous Pilule
Sous pilule contraceptive, le cycle menstruel naturel est artificiellement modifié. La pilule, en particulier les pilules combinées (éthynylestradiol + progestatif), supprime l'ovulation. Les saignements qui surviennent pendant la semaine de pause ne sont pas de véritables menstruations, mais des saignements de privation causés par la chute des hormones synthétiques.
Causes de l'Aménorrhée Post-Pilule
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'aménorrhée post-pilule. Il est essentiel de les comprendre pour mieux aborder cette condition.
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Perturbation de l'Axe Hypothalamo-Hypophyso-Ovarien
La pilule contraceptive perturbe complètement l'axe hypothalamo-hypophyso-ovarien. Pour schématiser, la communication est comme coupée entre notre cerveau et nos ovaires, ce qui explique les difficultés de remise en route à l'arrêt de la pilule. Il faut savoir que notre corps a besoin de presque 12 années pour que nos organes reproducteurs deviennent matures à partir de la ménarche (l'âge des premières règles). La pilule va donc mettre sur pause ce processus de développement. Il n'est pas rare d'observer des cycles irréguliers, longs, ou même absents à l'arrêt de la pilule, puisque celle-ci perturbe complètement l'axe hypothalamo-hypophyso-ovarien.
Facteurs Liés à la Pilule
- Type de pilule : Le type de pilule utilisée (combinée ou microprogestative) peut influencer la durée de l'aménorrhée post-pilule. Il est important de savoir si la pilule supprimait l'ovulation.
- Atrophie endométriale : L'absence de saignement de privation à l'arrêt de la pilule peut indiquer une atrophie endométriale, due à une dose d'œstrogènes trop faible ou à un progestatif bloquant l'épaississement de l'endomètre.
Facteurs Individuels
- Poids et Apports Nutritionnels : Le poids joue un rôle crucial. Un sous-poids peut entraîner une aménorrhée, car l'organisme se met en mode survie et la fonction reproductive passe au second plan. À contrario, un surpoids peut aussi être à l'origine d'une aménorrhée, notamment en cas d'insulino-résistance (qui touche plus de la moitié des femmes atteintes du Syndrome des Ovaires Polykystiques).
- Déficits Micronutritionnels : Les femmes sous pilule contraceptive ont souvent des carences en vitamine B6, acide folique (vit. B9), zinc, sélénium, ou magnésium. Il est primordial d'optimiser le taux de ces micronutriments sous pilule et à l'arrêt de celle-ci, via l'alimentation ou une supplémentation adéquate.
- Gestion du Stress et Sommeil : Le stress chronique et le manque de sommeil peuvent perturber l'équilibre hormonal et contribuer à l'aménorrhée. Un minimum de 7 à 8h de sommeil par nuit est indispensable à un bon équilibre hormonal et nerveux.
- Activité physique intense : Chez l’athlète, l’inhibition de la sécrétion pulsatile de GnRH est accentuée par l’augmentation de la sécrétion de cortisol liée au stress physique et psychologique du sport de haut niveau. Les femmes pratiquant du sport en compétition sont trois fois plus à risque d’aménorrhée que les autres ; la prévalence est encore plus importante chez les athlètes de longue distance.
Autres Causes Possibles
En dehors de la grossesse, l'aménorrhée peut être le signe d'une pathologie préexistante, révélée à l'occasion de l'arrêt de la pilule. Les principales étiologies à rechercher sont : l'hyperprolactinémie, le syndrome des ovaires polykystiques, l'anorexie mentale et l'insuffisance ovarienne prématurée.
Diagnostic de l'Aménorrhée Post-Pilule
Le diagnostic de l'aménorrhée post-pilule repose sur un interrogatoire et un examen clinique soigneux, complétés par des examens complémentaires si nécessaire.
Interrogatoire
L’interrogatoire évalue la régularité ou non des cycles depuis l’adolescence, la prise de certains médicaments (neuroleptiques, antidépresseurs, corticothérapie, progestatifs), des troubles du comportement alimentaire avec, en particulier, une sélection alimentaire et une diminution de la prise de lipides au profit des glucides. Le nombre d’heures d’activité physique par semaine doit être questionné, à la recherche d’une activité physique intense, en particulier lors de pratique de sports nécessitant un contrôle du poids.
Examen Clinique
L’examen clinique permet d’évaluer le développement mammaire (absent ou quasi « normal ») selon la classification de Tanner. En cas d’aménorrhée primaire, la notion d’anosmie ou d’hyposmie est à évaluer car elle est en faveur d’un hypogonadisme hypogonadotrope congénital. De plus, il est important de rechercher la présence de douleurs pelviennes ou d’une masse pelvienne, en faveur d’une anomalie utérine, appelée hématocolpos. Il est souhaitable de mesurer la taille, le poids, de calculer l’IMC et d’apprécier l’évolution du poids au cours des derniers mois. Les signes de carence nutritionnelle sont la cyanose des extrémités ou un lanugo. Les signes en faveur d’une hyperandrogénie sont l’acné et la pilosité au niveau du visage, du menton, de la ligne intermamelonnaire, des cuisses et des jambes.
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Examens Complémentaires
Le bilan biologique initial comporte les dosages de la gonadotropine chorionique humaine (hCG) plasmatique, de l’hormone de stimulation folliculaire (FSH), de l’hormone lutéinisante (LH), de l’estradiol, de la prolactine. La testostéronémie totale est associée s’il existe des signes cliniques d’hyperandrogénie, à type d’acné ou d’hirsutisme.Une échographie pelvienne est souvent réalisée pour évaluer la présence et la taille de l'utérus, ainsi que l'aspect des ovaires. Elle est particulièrement informative lorsqu’elle est réalisée par voie vaginale. Cet examen permet de préciser la présence, la taille et la position des gonades et l’existence ou non d’un utérus, ainsi que la taille de celui-ci.
Traitements de l'Aménorrhée Post-Pilule
Les traitements de l'aménorrhée post-pilule visent à rétablir l'équilibre hormonal et à favoriser le retour des cycles menstruels.
Approches Naturelles
En l'absence de grossesse ou de trouble hormonal, il est possible de donner un coup de pouce à notre organisme pour faire revenir les cycles. On peut même d'ailleurs anticiper en préparant au mieux son corps à l'arrêt de la pilule, 1 à 3 mois avant l'arrêt définitif.
- Alimentation et Micronutrition : Augmenter progressivement ses apports en cas de sous-poids et travailler sur l'alimentation en cas de surpoids, en s'inspirant par exemple de la diète méditerranéenne et en travaillant sur l'équilibre glycémique. Optimiser le taux de micronutriments via l'alimentation ou une supplémentation adéquate. Il apparait indispensable de se supplémenter en zinc (sous forme biodisponible comme le bisglycinate ou le citrate), 10 à 15 mg par jour, et d'autant plus en cas de désir de grossesse ou en cas de tendance à l'acné ! Le zinc est en effet indispensable à la fertilité. Pour les vitamines du groupe B, attention à choisir des formes méthylées et biodisponibles, notamment en cas de mutation MHTFR.
- Gestion du Stress et Sommeil : Limiter toute source de stress en adoptant un mode de vie apaisé, et en ayant une activité physique modérée. Adopter un mode de vie sain et peu stressant après l’arrêt de la pilule. Un minimum de 7 à 8h de sommeil par nuit est indispensable à un bon équilibre hormonal et nerveux.
- Plantes : L'utilisation des plantes doit toujours être individualisée. Une des rares plantes qui peut convenir un peu à tous les profils : le bourgeon de framboisier ! Equilibrant très doux, il aide à moduler les taux d'oestrogènes et de progestérone sans contenir de phyto-oestrogènes. Attention avec le gattilier, qui doit être manié avec précaution !
Traitements Médicaux
Dans certains cas, un traitement médical peut être nécessaire pour rétablir les cycles menstruels.
- Traitements Hormonaux : En cas d'hypogonadisme hypogonadotrope, un traitement hormonal substitutif (THS) peut être envisagé. Il est important d’éliminer une tumeur de la région hypothalamo-hypophysaire avant la mise en place d’un THS devant un hypogonadisme hypogonadotrope.
- Médicaments pour l'Hyperprolactinémie : Un traitement par agoniste dopaminergique peut diminuer le volume d’un adénome à prolactine, diminuer la sécrétion de prolactine et donc rétablir l’ovulation.
Quand s'Inquiéter ?
Si l'aménorrhée persiste au-delà de 3 mois après l'arrêt de la contraception oestroprogestative, il est conseillé de consulter un médecin. De même, si vous ressentez des symptômes physiques ou psychologiques persistants après l'arrêt de la pilule, il est important de consulter votre médecin ou gynécologue.
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Impact sur la Fertilité
L'aménorrhée peut être associée à une infertilité. Cependant, la prise en charge de certaines pathologies permet de rétablir la fertilité : les conseils diététiques dans le cadre d’une aménorrhée fonctionnelle peuvent permettre le retour des cycles ; en cas de surpoids et/ou d’obésité, la perte de poids, en particulier dans le SOPK, peut rétablir l’ovulation.
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