L'anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire (TCA) complexe et potentiellement grave, particulièrement fréquent chez les adolescentes, mais pouvant toucher les hommes et les femmes de tous âges. Ce trouble est souvent associé à l'aménorrhée, l'absence de menstruations, en raison de la dénutrition et du stress psychologique qu'il engendre. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble complète de l'anorexie mentale, en abordant ses causes, ses symptômes, ses conséquences et ses traitements, en s'appuyant sur les données de l'Inserm et d'autres sources fiables.
Définition et Prévalence de l'Anorexie Mentale
L'anorexie mentale est répertoriée parmi les Troubles du Comportement Alimentaire (TCA) par l'ouvrage de référence en psychiatrie : le DSM V (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Elle se caractérise par une restriction alimentaire sévère, une peur intense de prendre du poids et une perception déformée de son propre corps. Selon l'Inserm, environ 20% des femmes adoptent des conduites de restriction et de jeûne à un moment de leur vie, mais seule une minorité d’entre elles devient anorexiques. La prévalence de l’anorexie au cours de la vie serait de 1,4% chez les femmes et de 0,2% chez les hommes, selon une revue des études épidémiologiques réalisées entre 2000 et 2018. Les pics d'apparition de la maladie se situent entre 13-14 ans et 16-17 ans. Toutefois, l'anorexie mentale peut apparaître dans l'enfance ou à l'âge adulte. Des troubles des conduites alimentaires sont parfois observés chez les nourrissons.
Les Symptômes de l'Anorexie Mentale : Comment les Reconnaître ?
Les symptômes de l’anorexie apparaissent peu à peu, et il n'est pas toujours évident de les remarquer tout de suite. Chez une personne qui souffre d’une maladie d’anorexie, le premier symptôme physique est une perte de poids importante, supérieure à 15%. On la mesure en calculant son IMC, c’est-à-dire l’Indice de masse corporelle. En cas d’anorexie, il sera inférieur à 17,5. En cas d’anorexie infantile, le symptôme principal sera surtout une cassure de la courbe de croissance.
Voici les principaux symptômes de l'anorexie mentale :
- Restriction alimentaire sévère : La patiente limite (et calcule) le plus souvent les quantités, le volume et les calories ingérés. Elle n'écoute plus son corps et les sensations de faim ou de satiété qu'il exprime. Le diète et les jeûnes sont excessifs et répétés.
- Peur intense de prendre du poids : Malgré leur état de maigreur, les sujets atteints d'anorexie mentale refusent de maintenir le poids au niveau ou au-dessus d'un poids minimum normal pour l'âge et pour la taille. Les patientes sont dans l'incapacité de rependre le poids perdu. Elles ont une peur intense de prendre du poids ou de devenir grosses. Enfin la maîtrise du poids est envahissante et obsédante.
- Perception déformée de son propre corps (dysmorphophobie) : Malgré sa maigreur parfois impressionnante, l'anorexique continue à se trouver trop grosse (déni de la maigreur) et conserve une peur intense de prendre du poids. L’anorexique reste toujours insatisfaite de son image corporelle, se trouve toujours trop grosse.
- Aménorrhée : Une perte de poids de plus de 15% du poids de départ associée à une aménorrhée de plus de 3 mois est particulièrement évocatrice surtout chez une jeune femme en bonne santé. L’aménorrhée se définit comme une absence d’au moins 3 cycles sexuels. Elle est consécutive à la souffrance psychologique et à la restriction alimentaire, aussi bien quantitative que qualitative.
- Autres symptômes : obsessions alimentaires, hyperactivité, surinvestissement intellectuel… Ces éléments engendrent des perturbations, d’intensité variable, du fonctionnement cognitif et émotionnel.
D'autres signes peuvent également être présents, tels que :
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- Un ralentissement du fonctionnement de l'estomac (gastroparésie) associé à une digestion lente et une diminution de la vidange gastrique.
- Des anomalies biochimiques du foie (transaminases).
- Des troubles électrolytiques et des carences. Le trouble électrolytique le plus fréquent en phase de dénutrition est l’hypokaliémie sur vomissements.
- Une perte osseuse : selon des études, jusqu’à 85 % des patientes anorexiques présentent une ostéopénie et parfois une ostéoporose.
- L'anorexie peut conduire à l'isolement, la dépression, des addictions et à des conduites suicidaires (automutilations).
Les Causes de l'Anorexie Mentale : Une Maladie Multifactorielle
L'anorexie mentale est une maladie plurifactorielle. Elle est considérée comme une addiction sans substance et un trouble du comportement alimentaire d’origine multifactorielle. Les chercheurs tentent de préciser les mécanismes impliqués dans l’émergence de ce trouble, ainsi que ses facteurs de risque et d’évolution. Ils cherchent aussi à améliorer la qualité de la prise en charge des patients : l’objectif est d’obtenir des guérisons plus fréquentes et plus rapides, limitant ainsi le risque de séquelles et de complications potentiellement fatales.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer au développement de l'anorexie mentale :
- Facteurs génétiques : la fréquence de l'anorexie mentale est plus élevée chez les apparentés au premier degré de femmes anorexiques (parents, fratrie, enfants).
- Traits de personnalité : tempérament obsessionnel, perfectionnisme, psychorigidité, grand besoin de contrôle, faible estime de soi…
- Facteurs psychologiques : Les troubles anorexiques-boulimiques révèlent généralement des difficultés liées à des fragilités anciennes, notamment de confiance et de sécurité personnelle. La qualité du fonctionnement familial et la manière dont la famille réagit à l'anorexie après sa survenue influencent beaucoup l'évolution de la maladie et la guérison. À la notion de cause familiale, il faut substituer celle, plus nuancée, de facteurs familiaux de risque ou de protection.
- Facteurs socioculturels : Notre société célèbre la sveltesse en tant que performance, contrôle de soi, maîtrise de l'image qu'on offre aux autres. Il s'agit donc de maîtriser ses formes. De nombreux messages publicitaires de prévention sont diffusés sur Internet. Mais de nombreux sites "pro-ana", tenus par de jeunes anorexiques, continuent à exister.
- Événements de vie stressants : Des événements de vie traumatisants (séparation, deuil…) sont fréquemment retrouvés avant le déclenchement des troubles alimentaires et pourraient marquer le point de départ de l’anorexie mentale chez certaines patientes.
Les Conséquences de l'Anorexie Mentale : Complications et Risques
Les complications de l’anorexie mentale découlent de la dénutrition et des comportements associés, type vomissements, du patient. Ainsi, plusieurs troubles, le plus souvent réversibles peuvent être observés, notamment hématologiques (anémie par exemple), neurologiques, métaboliques (du cholestérol ou glucose) et rénaux. À long terme, les séquelles sont essentiellement de type osseuses (ostéoporose) et dentaires (usure des dents provoquées par les vomissements répétés).
L'anorexie mentale peut avoir de graves conséquences sur la santé physique et mentale :
- Complications physiques : troubles cardiovasculaires, rénaux et hépatiques, ostéoporose, aménorrhée, troubles électrolytiques, carences nutritionnelles, etc. Un des risques principaux et tant redouté est le syndrome de renutrition inappropriée.
- Complications psychologiques : dépression, anxiété, troubles obsessionnels compulsifs, troubles de la personnalité, conduites suicidaires, etc.
- Complications sociales : isolement social, difficultés scolaires ou professionnelles, problèmes relationnels, etc.
Dans les cas les plus graves, l'anorexie mentale peut entraîner la mort.
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Diagnostic de l'Anorexie Mentale : Comment Procéder ?
Il n’existe pas de test d’anorexie à proprement parler. Le diagnostic sera réalisé par le médecin après un interrogatoire détaillé. Il pourra alors vous orienter vers une consultation spécialisée. En effet pour pouvoir guérir, une personne anorexique doit recevoir un soutien médical mais aussi psychologique et diététique.
Le diagnostic de l'anorexie mentale repose sur des critères cliniques précis, issus des classifications internationales (CIM et DSM 5). Ces critères font référence :
- à la façon de s’alimenter (restriction, éviction de certains aliments, refus de s’alimenter, phases boulimiques), et à certaines pratiques (vomissements provoqués, prise de laxatifs),
- au poids (IMC inférieur à 17,5 kg/m2),
- à la perception de soi (refus de reconnaître sa maigreur, perception déformée de son corps) et à l’estime de soi (sentiment d’avoir le contrôle sur son corps, hantise de grossir),
- L’absence de règles depuis au moins 3 mois (aménorrhée) est un indicateur important en clinique, même s’il n’apparaît plus parmi les critères diagnostics de la maladie depuis la 5e édition du DSM, compte tenu de l’utilisation fréquente d’une contraception œstroprogestative qui crée des hémorragies de privation masquant l’aménorrhée.
Traitement de l'Anorexie Mentale : Une Prise en Charge Multidisciplinaire
Il est possible de guérir de l’anorexie mentale, cependant le chemin de la guérison est souvent long et fluctuant. On estime qu’environ deux tiers des patients sont guéris après 5 ans de prise en charge. Avant toute prise en charge, un bilan initial et global (psychique, somatique et nutritionnel) du patient est recommandé. La dynamique familiale et sociale est également prise en compte.
La prise en charge de l'anorexie mentale est multidisciplinaire et implique :
- Une prise en charge médicale : L’hospitalisation pour anorexie mentale repose classiquement sur un cadre établi par le psychiatre référent, associant contrat de poids (poids de sortie négocié avec la personne concernée) et isolement de la famille et des amis (basé sur un objectif de poids à partir duquel les visites seront autorisées) permettant une rééducation alimentaire et une surveillance régulière du poids. Elle s’accompagne d’un suivi complémentaire avec psychothérapie individuelle, thérapies corporelles, des ateliers thérapeutiques, des séances d'ergothérapie… Des médicaments (antidépresseurs/ anxiolotiques) peuvent être proposés (les neuroleptiques sont plus rares). L'objectif est de restaurer un poids normal et de traiter les complications physiques.
- Une prise en charge psychologique : comprenant une thérapie individuelle, en groupe ou familiale, permet au patient de comprendre et d’accepter la réhabilitation de son comportement alimentaire. D’une manière plus globale, la psychothérapie est utile pour améliorer les relations sociales et travailler sur la confiance en soi du patient. L'objectif est de traiter les troubles psychologiques associés et d'aider la patiente à modifier sa perception de son corps.
- Une prise en charge diététique : L'objectif est de réapprendre à manger normalement et à retrouver les sensations de faim et de satiété.
Il n’existe pas de traitement médicamenteux spécifique de l’anorexie mentale.
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Le Rôle de l'École dans la Prévention et la Prise en Charge de l'Anorexie Mentale
C'est parfois à l'école que sont repérés les signes avant-coureurs du trouble. Les éléments sont à apporter aux parents avec respect et bienveillance, dans un espace respectant la confidentialité et permettant l'échange. Il ne s'agit pas de disqualifier la famille ni de prendre sa place mais de rechercher à instaurer une alliance de travail avec elle. Il faut garder à l'esprit que l'anorexie, maladie grave d'évolution souvent longue perturbe toujours la famille, quelle que soit la qualité de vie familiale avant l'anorexie. Quand la jeune fille a été hospitalisée pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, le retour à une vie normale génère souvent de nombreuses angoisses. Une bonne collaboration entre la famille, l'équipe soignante et la communauté scolaire permettra d'anticiper et d'aménager le retour à l'école. Il aidera le jeune à gérer ou dissiper des craintes à l'égard du regard d'autrui. Il s'agit d'accompagner l'adolescent dans un processus de réintégration scolaire et sociale et d'envisager avec lui, si nécessaire, les modalités de son retour à la cantine.
L'école peut jouer un rôle important dans la prévention et la prise en charge de l'anorexie mentale :
- Dépistage précoce : Les enseignants et le personnel scolaire peuvent être sensibilisés aux signes avant-coureurs de l'anorexie mentale et orienter les élèves concernés vers les professionnels de santé.
- Soutien aux élèves : L'école peut offrir un soutien psychologique aux élèves souffrant d'anorexie mentale et les aider à poursuivre leur scolarité.
- Éducation à la santé : L'école peut sensibiliser les élèves aux troubles du comportement alimentaire et promouvoir une image positive du corps.
Conclusion
L'anorexie mentale est un trouble complexe qui nécessite une prise en charge multidisciplinaire et individualisée. Un diagnostic et un traitement précoces sont essentiels pour améliorer le pronostic et réduire le risque de complications. Il est important de ne pas banaliser les troubles du comportement alimentaire et de demander de l'aide si vous ou une personne de votre entourage présentez des symptômes d'anorexie mentale. L'ensemble des professionnels de l'éducation, de la santé et du social doivent participer à cet accompagnement. Les processus impliqués dans l'anorexie et sa guérison sont complexes et plurifactoriels.
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