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Alfredo Corrado : Un Pionnier de la Culture Visuelle et de l'Art Sourd

Introduction

Alfredo Corrado est une figure importante dans le domaine de la culture sourde, particulièrement en France. Son travail a contribué à la reconnaissance et à la promotion de la Langue des Signes Française (LSF) et à l'épanouissement de l'art visuel. Cet article explore sa vie, son œuvre et son héritage.

Les Premières Années et la Formation

Né en 1994, Adolfo Corrado a suivi une formation à l'École de Théâtre et de Cinéma Augusto Zucchi à Rome. Il a ensuite étudié le chant au Conservatoire Tito Schipa de Lecce, où il s'est perfectionné sous la direction du maestro Gianluca Belfiori. Il a poursuivi sa formation au Teatro del Maggio Musicale Fiorentino en tant que membre du Young Artist Project sous la coordination du maestro Gianni Tangucci. Il a remporté le concours international Toti dal Monte en 2021, dont le prix est le rôle de Don Pasquale dans l'opéra éponyme. Il a également remporté le concours international As.Li.Co. en 2022, ce qui lui a valu d’interpréter le rôle de Leporello (Don Giovanni), et le concours de la BBC de Cardiff Singer of the World en 2023.

La Fondation de l'International Visual Theatre (IVT)

En 1976, Alfredo Corrado, artiste sourd américain, se rend en France pour participer au Festival international de théâtre de Nancy. Cette expérience marque un tournant décisif dans sa carrière et dans le paysage culturel français pour les sourds. C'est là qu'il rencontre Jean Grémion, un metteur en scène français déjà engagé dans une recherche sur le théâtre non verbal. De cette rencontre naît une collaboration fructueuse et une vision commune : celle de créer un espace dédié à la culture visuelle et à l'expression artistique des sourds.

Ensemble, Alfredo Corrado et Jean Grémion fondent l'International Visual Theatre (IVT) au château de Vincennes. L'IVT se donne pour mission de faire rayonner la culture visuelle en France, de promouvoir la langue des signes et de donner aux artistes sourds une plateforme pour s'exprimer et se faire connaître.

L'IVT : Un Centre Culturel Innovant

L'IVT est bien plus qu'un simple théâtre. C'est un véritable centre culturel qui propose une variété d'activités et de services pour la communauté sourde et le grand public. Parmi ses principales missions, on peut citer :

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  • La création et la diffusion de spectacles visuels : L'IVT produit et présente des pièces de théâtre, des spectacles de danse, des performances artistiques et d'autres événements culturels mettant en valeur la langue des signes et l'esthétique visuelle.
  • L'enseignement de la Langue des Signes Française (LSF) : L'IVT propose des cours de LSF pour tous les niveaux, des débutants aux personnes souhaitant se perfectionner. Ces cours permettent de sensibiliser le public à la langue des signes et de favoriser l'inclusion des personnes sourdes.
  • La formation professionnelle des artistes sourds : L'IVT offre des formations professionnelles pour les artistes sourds dans différents domaines, tels que le théâtre, la danse, le cinéma et les arts visuels. Ces formations visent à développer les compétences des artistes et à leur permettre de s'insérer dans le monde professionnel.
  • L'édition de documents en LSF : L'IVT édite des livres, des vidéos et d'autres supports pédagogiques en LSF pour faciliter l'apprentissage de la langue des signes et promouvoir la culture sourde.

L'Impact de l'IVT sur la Culture Sourde en France

La création de l'IVT a eu un impact considérable sur la culture sourde en France. Avant 1975, la culture (le théâtre, le cinéma, l’art en général…) est inexistante pour les sourds. La langue des signes est interdite, méprisée. C’est presque le vide culturel et artistique pour les sourds, en véritable décalage par rapport aux évolutions de la société. L'IVT a permis de :

  • Donner une visibilité à la langue des signes : En présentant des spectacles en LSF et en proposant des cours de langue, l'IVT a contribué à faire connaître et à valoriser la langue des signes auprès du grand public.
  • Offrir un espace d'expression aux artistes sourds : L'IVT a permis aux artistes sourds de s'exprimer, de développer leur créativité et de partager leur culture avec le monde entier.
  • Favoriser l'inclusion des personnes sourdes : En proposant des activités culturelles accessibles aux personnes sourdes, l'IVT a contribué à briser les barrières et à favoriser l'inclusion des personnes sourdes dans la société.

Emmanuelle Laborit : Héritière de l'IVT

En 2003, Emmanuelle Laborit prend la tête de l’International Visual Theatre (IVT), lieu culturel de la culture sourde co-fondé par Jean Grémion et Alfredo Corrado. Emmanuelle Laborit, elle-même sourde et comédienne de renom, a joué un rôle important dans la promotion de la culture sourde en France. En 1993, elle reçoit le Molière de la révélation théâtrale de l’année, pour son interprétation de Sarah dans la pièce Les enfants du silence, de Mark Medoff. Elle a continué à développer l'IVT et à défendre les droits des personnes sourdes.

L'Héritage d'Alfredo Corrado

Alfredo Corrado a laissé un héritage durable dans le domaine de la culture sourde. Son travail a contribué à la reconnaissance de la langue des signes, à la promotion de l'art visuel et à l'inclusion des personnes sourdes dans la société. L'IVT, qu'il a co-fondé, continue d'être un lieu important pour la culture sourde en France et dans le monde.

La Langue des Signes Française (LSF) : Une Langue à Part Entière

La Langue des Signes Française (LSF) est une langue visuelle utilisée par les personnes sourdes et malentendantes en France. Contrairement à une idée reçue, la langue des signes n'est pas universelle. Il existe une langue des signes française (LSF), une langue des signes américaine (ASL), une langue des signes britannique (BSL), etc. Mais il est vrai que les sourds qui arrivent dans un pays étranger sont capables de communiquer sans problèmes avec leurs homologues au bout de quelques jours, ce qui est loin d’être le cas pour les entendants !

La langue des signes française est officiellement inventée par l’abbé de l’Epée dans les années 1760. En réalité, l’abbé de l’Epée reprend un langage qui existe déjà depuis longtemps (on en trouve trace dès le Moyen Age), mais en lui adjoignant une série de signes calqués sur le français parlé, appelés « signes méthodiques », qui ne sont plus du tout utilisés, ainsi qu’un alphabet manuel, la dactylologie, encore utilisé aujourd’hui pour épeler des noms de lieu ou de personne, par exemple. L’important est que l’abbé de l’Epée utilisa la langue des signes pour enseigner à ses jeunes élèves sourds toutes les matières, y compris le français écrit. Il organisa des séances publiques qui eurent beaucoup de succès, notamment à la cour. Son œuvre fut continuée par l’abbé Sicard. Des écoles pour les sourds sont fondées à Paris et un peu partout en France au cours des XVIII° et XIX° siècles.

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Mais cette période d’expansion pour la langue des signes et de reconnaissance d’un moyen de communication pour les sourds prendra brutalement fin en 1880, suite au congrès international pour l’amélioration du sort des sourds et muets de Milan, composé uniquement d’entendants, où il est décidé de l’éradication de la langue des signes dans les établissements d’enseignements pour les sourds et muets. C’est donc l’oralisme qui triomphe, l’oralisme qui dénonce la « bestialité » de la langue des signes et proclame l’obligation pour les sourds d’apprendre à parler. Cette théorie, qui peut nous apparaître absurdement dépassée, est tout de même restée en vigueur en France jusqu’en 1991, où le bilinguisme LSF-français est finalement accepté dans les écoles.

La LSF et les Médias

Aux cours des années 1990, le grand public a redécouvert la langue des signes à travers quelques événements médiatiques qui ont marqué l’actualité :

  • En 1993, Emmanuelle Laborit reçoit le Molière de la révélation théâtrale de l’année, pour son interprétation de Sarah dans la pièce Les enfants du silence, de Mark Medoff.
  • En 1993 sort également le film documentaire de Nicolas Philibert : Le Pays des sourds. Voir, entendre, goûter, sentir, toucher … Nos 5 sens. Mais pour ceux qui n’en ont que 4 ? Ceux qui peuvent voir, goûter, sentir, toucher … mais pas entendre ? A quoi ressemble leur monde, notre monde ? Nicolas Philibert nous entraîne dans un périple humain à la découverte du monde du silence, du monde des signes, du monde des sourds.
  • En 1992, La Marche du Siècle avait consacré un numéro spécial de deux heures aux sourds, avec un public composé de sourds et des invités sourds et entendants, une première dans l’univers télévisuel.
  • Depuis 1979, existait une émission hebdomadaire de 5 minutes « Mes mains ont la parole » présentée par Marie-Thérèse Abbou, qui racontait en LSF des contes comme Le petit Chaperon rouge ou Boucle d’Or.

La culture sourde reste encore à ce jour largement méconnue du grand public, on ne nous montre que rarement des acteurs sourds à la télévision ou au cinéma, et quasiment jamais leurs productions artistiques spécifiques, comme la production de poèmes visuels, par exemple. Et il en est de même pour leur histoire, surtout celle du XXème siècle et de sa si lente acceptation de la langue des signes.

Ressources pour Approfondir

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur la culture sourde et la langue des signes, voici quelques ressources utiles :

  • L'International Visual Theatre (IVT) : Le site web de l'IVT propose des informations sur les activités de l'organisation, les cours de LSF et les spectacles visuels.
  • Moi, Armand, né sourd et muet …, Armand Pelletier, ed. Ce récit d’Armand Pelletier, écrit en collaboration avec l’ethnolinguiste Yves Delaporte, et suivi d’un essai du dernier sur la langue des signes intitulé « La question sourde », est un livre absolument bouleversant dans le sens où il nous fait découvrir ce qu’était la vie d’un sourd dans notre France moderne de la seconde moitié du XXème siècle. On peut noter que le sous-titre de cet ouvrage est éloquent :« Au nom de la science, la langue des signes sacrifiée ».
  • Le cri de la mouette, Emmanuelle Laborit, Pocket : Jusqu’à l’âge de 7 ans, Emmanuelle ne sait communiquer avec son entourage que de façon sporadique, avec les mots qu’elle apprend inlassablement à vocaliser lors de ses séances d’orthophonie. Il lui arrive de pousser des cris discordants, stridents, des cris d’oiseau de mer, d’où son surnom de Mouette. Lorsqu’elle a 7 ans, ses parents entendent parler pour la première fois du travail en France de deux américains, qui viennent de fonder à Vincennes une école de langue des signes couplée à un théâtre, l’International Visual Theatre, et décident d’y emmener leur fille. Et pour la jeune Emmanuelle, c’est une véritable révélation, et l’apprentissage de la langue des signes va lui permettre de révéler sa vraie nature, de jeune fille volontaire, curieuse, bavarde, assoiffée de connaissances et de communication.
  • Sourde, muette, aveugle, histoire de ma vie, d’Helen Keller, chez Payot, ou bien sa biographie romancée par Lorena A. Un peu plus ancien, mais tout aussi passionnant, l’histoire d’Helen Keller, une américaine devenue sourde, muette et aveugle à l’âge de 18 mois, a suscité l’admiration du monde entier par son courage et sa détermination à apprendre à communiquer avec le monde, à suivre des études supérieures et à s’investir totalement dans la société.
  • Paroles de sourds, recueil préfacé et présenté par Bénédicte Gourdon, Delcourt : « Les récits que vous allez lire parlent des sourds, du monde dans lequel ils vivent - qui est le même que le nôtre - et de la façon dont ils le perçoivent. Ils décrivent simplement leurs conditions et leurs parcours. Quand les sourds parlent d’eux-mêmes, leur discours est souvent teinté de honte et de colère, mais il est impossible de ne pas y percevoir aussi de la passion et du courage. […] D’autres témoignages composent ce recueil. Ils émanent de personnes entendantes, proches des sourds (interprète, enfant entendant de parents sourds, etc.) et mettent en évidence les difficultés à être, être simplement sourd dans un monde d’entendants.
  • Signe avec moi, Nathanaëlle Bouhier-Charles, Monica Companys, ed. Monica Companys : Pour les enfants sourds, la langue des signes est le seul moyen d’expression. Mais pour tous les autres, c’est aussi une possibilité formidable d’apprendre un nouveau mode de communication, et de s’y mettre très tôt ! Dans leur livre Signe avec moi Nathanaëlle Bouhier-Charles et Monica Companys nous montrent comment les enfants pré-verbaux (avant 18 mois) ont déjà la capacité musculaire et motrice de signer, et comment on peut apprende à communiquer avec eux à l’aide de quelques signes simples.
  • La scolarité d’un enfant sourd, Martine Beaussant, ed. L’Harmattan : L’auteure de ce court essai est sourde, et elle a consacré une partie de ses recherches universitaires à la scolarisation des enfants sourds. Ce livre, destiné au grand public, expose quelques réflexions sur la scolarité des petits sourds : comment un enfant sourd peut-il avoir accès au savoir, alors qu’il n’entend pas les paroles de son instituteur ? Quels sont les textes de loi reconnaissant la LSF comme langue à part entière ? Qui est l’inventeur de la langue des signes ? Existe-t-il des services destinés aux sourds dans les bibliothèques françaises ? Où apprendre la LSF dans la région lyonnaise ?

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