Pendant la grossesse, le suivi médical comprend une série d'examens réguliers, dont l'analyse d'urine, afin de surveiller la santé de la mère et du bébé. Deux éléments particulièrement surveillés dans les urines sont l'albumine (protéine) et le glucose (sucre). La présence anormale de ces substances peut indiquer des complications potentielles, notamment la pré-éclampsie et le diabète gestationnel. Cet article vise à fournir des informations complètes sur l'albuminurie et la glycosurie pendant la grossesse, leurs causes, leurs risques et leur gestion.
Glycosurie pendant la grossesse
Qu'est-ce que la glycosurie ?
La glycosurie se définit par la présence de glucose dans les urines. Normalement, l'urine ne devrait contenir que de faibles quantités de glucose. La présence inhabituelle de glucose peut indiquer une hyperglycémie, c'est-à-dire un taux élevé de glucose dans le sang. Chez une femme non enceinte, le niveau de glucose dans l'urine (glycosurie) se situe généralement entre 0,1 mmol/L et 0,9 mmol/L, ce qui est relativement bas. Pour une femme enceinte, ce niveau ne doit pas excéder 15 mg/dl, bien que cette valeur puisse légèrement varier selon les laboratoires.
Glycosurie et diabète gestationnel
Le dépistage de la glycosurie pendant la grossesse sert principalement à identifier un potentiel diabète gestationnel. Le diabète gestationnel est une intolérance au glucose qui se traduit par une augmentation de la glycémie chez une femme enceinte. Il apparaît généralement au cours du deuxième trimestre et disparaît après l’accouchement. Ce trouble de la régulation du glucose qui entraîne un excès de sucre dans le sang (hyperglycémie chronique) toucherait une femme sur dix.
Le diabète gestationnel se manifeste lorsque le corps ne produit pas suffisamment d'insuline (l'hormone régulant la glycémie), ou quand il y a une résistance à l'insuline. Pendant la grossesse, les changements hormonaux peuvent augmenter cette résistance à l'insuline. Le corps doit alors en produire davantage pour maintenir une glycémie normale. Si cette production est insuffisante, cela entraîne une hyperglycémie qui peut affecter tant la mère que l'enfant.
Dépistage de la glycosurie
Le dépistage de la glycosurie de grossesse se réalise chaque mois, dès le premier mois. Il implique l'usage d'une bandelette réactive immergée dans l'urine. Cette dernière indiquera une présence faible ou élevée de glucose. Pour obtenir une mesure exacte, il est recommandé de réaliser l'examen en laboratoire. Les résultats sont ensuite discutés avec le gynécologue ou la sage-femme lors d'une consultation prénatale.
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Un résultat positif sur la bandelette nécessite un suivi en laboratoire pour déterminer avec précision le niveau de glucose. Pour augmenter la fiabilité du test, il est préférable de le faire à jeun (surtout le matin) afin de vérifier la présence de glucose sans influence alimentaire. Si un premier dépistage indique une glycosurie sans autres signes de diabète, un nouvel examen sera programmé ultérieurement. Même avec un test initial normal, un dépistage d'hyperglycémie peut être conseillé au 6e mois de grossesse, particulièrement pour celles ayant des facteurs de risque (des antécédents de diabète, un surpoids, de l'hypertension, ou étant âgées de plus de 35 ans).
Risques associés à la glycosurie pendant la grossesse
Généralement identifié vers la fin du deuxième trimestre ou au cours du troisième trimestre de la grossesse, le diabète gestationnel peut poser plusieurs risques pour le bébé, notamment :
- Une macrosomie : le bébé peut naître avec un poids et une taille supérieurs à la normale.
- Un surplus de liquide amniotique, ce qui peut être risqué à la fois pour la mère et le bébé.
- Une hypoglycémie chez le nouveau-né.
- Un risque accru d'obésité ou de diabète de type 2 plus tard dans la vie de l'enfant.
- Des problèmes respiratoires dus à une production excessive d'insuline par le fœtus.
- Des malformations au niveau du système nerveux ou cardiaque dans les situations les plus graves.
Pour la mère, la glycosurie de grossesse peut également entraîner une hypertension pendant la grossesse ou une prééclampsie, des conditions qui peuvent rendre nécessaire la planification d'un accouchement d'urgence.
Gestion de la glycosurie et du diabète gestationnel
La découverte d’un diabète gestationnel est généralement suivie par une consultation chez un diététicien afin que la patiente adapte son alimentation. Par exemple, celle-ci devra limiter son apport en sucres rapides et privilégier les sucres lents comme les céréales complètes. Il faut aussi se méfier des faux amis comme les fruits frais qui sont riches en sucre. En parallèle, on pourra demander à la patiente de mesurer son taux de glycémie chaque jour à l’aide d’un stylo autopiqueur et de noter les résultats dans un carnet. Si le diabète s’améliore rapidement avec le rééquilibrage alimentaire, on poursuit la surveillance.
Pour les femmes diagnostiquées avec un diabète gestationnel, il est recommandé de suivre les recommandations suivantes :
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- Limiter le grignotage : mangez 3 repas équilibrés par jour, espacés régulièrement, et avec 2 à 3 collations saines pour éviter de grignoter.
- Éviter les aliments transformés : il est aussi conseillé d'éviter les aliments riches en sucres simples et en graisses saturées, comme les sodas, les confiseries et les pâtisseries.
Ces recommandations peuvent également être suivies par toutes celles qui souhaitent prévenir la glycosurie de grossesse et promouvoir un mode de vie sain. La surveillance régulière de la glycosurie, effectuée mensuellement, est cruciale.
Albuminurie pendant la grossesse
Qu'est-ce que l'albuminurie ?
L'albuminurie, aussi appelée protéinurie, est la présence anormale d'albumine, une protéine fabriquée par le foie, dans les urines. L'albumine est normalement trop grosse pour passer dans les urines et les reins la retiennent derrière leurs membranes de filtration. On parle d'albuminurie, dans le cas d'un défaut de filtration par les reins, qui laissent alors passer ces molécules.
La présence d'albumine en petite quantité est normale chez une personne ne souffrant d'aucune pathologie. En revanche, chez une femme enceinte, elle tend à augmenter et c'est normal. Toutefois, un examen est nécessaire pour vérifier que cette augmentation n'est pas trop importante. Ainsi, la protéinurie peut être détectée grâce à une simple analyse d'urine. Elle est révélée lorsque le taux de protéines dans les urines est supérieur à 300 mg/24 h. En effet, à l'instant T, le taux être important, en raison d'un repas très lourd, par exemple. Lorsque ce taux est compris entre 150 et 300 g/24 h, on parle de microalbuminurie, ce qui correspond bel et bien à une présence d'albumine dans les urines, mais en faible quantité. Faible quantité qui doit toutefois faire l'objet d'une attention particulière de la part des professionnels de santé.
Pourquoi surveiller l'albuminurie pendant la grossesse ?
Au regard des potentielles conséquences délétères, l'albuminurie est recherchée systématiquement chaque mois durant la grossesse. A l'instar de la prise de sang, l'analyse d'urine fait ainsi partie des incontournables du suivi médical de la grossesse : elle est effectuée dans la foulée des autres examens, notamment en même temps que la recherche de glycosurie (qui permet de déterminer la présence d'un diabète).
La toxémie gravidique apparaît plus souvent durant le dernier trimestre de grossesse. Pour réaliser cette analyse d'urine, il n'est pas nécessaire d'être à jeun. Quant aux résultats, ils sont en général délivrés en moins de 24 heures.
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Interprétation des résultats
Si le dépistage mensuel à partir d’un échantillon sur un jet d’urine révèle un taux de protéinurie élevé, il sera prescrit à la femme enceinte un test sur 24h. Toutes les urines de la patiente sont alors recueillies pendant une journée et une nuit complètes, d’un matin à l’autre. Généralement, les laboratoires d’analyses médicales fixent la limite autour de 150 mg/l, autrement dit 0,15 g/l, mais il s’agit là de la limite hors grossesse. Chez la femme enceinte, des analyses complémentaires (récolte et dosage des urines sur 24 heures, surveillance de la tension artérielle) sont souvent prescrites à partir de 0,3 g/l (ou 300 mg/l), mais cela peut dépendre du ou de la médecin ou du ou de la sage-femme qui suit la grossesse, et de l’historique de la patiente.
Lorsqu'une analyse d'albuminurie est positive, le médecin demande généralement à confirmer cette analyse, notamment par un nouveau contrôle, associé à une prise de sang. Il surveille également la tension artérielle et vérifie l'absence d’œdèmes. Il est possible que la femme enceinte soit hospitalisée pour un bilan et une surveillance étroite. D'autant que la protéinurie ne conduit pas directement à une pré-éclampsie. Il est possible qu'elle soit détectée et qu'elle disparaisse dans les heures qui suivent. C'est bien pour écarter tout risque (et intervenir au plus vite si besoin est !) qu'il est demandé aux futures mamans de se rendre en maternité sans attendre, lorsque de l'albumine dans l'urine est détectée. Si les résultats reviennent à la normale, après une période d'observation de 24 heures minimum, elles peuvent, en principe et sauf avis contraire du médecin ou du/de la sage-femme, rentrer chez elles. Elles feront dès lors l'objet d'une surveillance accrue. La détection des protéines dans les urines devra ensuite être réalisée toutes les 48 heures.
Risques associés à l'albuminurie pendant la grossesse
Le risque majeur associé à une protéinurie trop élevée durant la grossesse est la prééclampsie, ou toxémie gravidique. La toxémie gravidique, aussi appelée pré-éclampsie, est une complication rénale survenant pendant la grossesse. Elle est liée à une mauvaise vascularisation du placenta qui secrète des substances nocives pour les vaisseaux sanguins. La femme enceinte souffre alors d’hypertension et l’on retrouve de l’albumine dans ses urines. Ces signes s’accompagnent très souvent d’œdèmes du visage, des mains ou des chevilles et surviennent généralement à partir du 5ème mois de grossesse.
Si une prééclampsie peut théoriquement survenir à n’importe quel stade de la grossesse, elle est plus fréquente au troisième trimestre, période où il faut donc redoubler de vigilance en termes de suivi de la protéinurie et de la tension artérielle. Car la prééclampsie constitue une situation à risque tant pour la future maman, que le futur bébé. Si la prééclampsie survient trop tôt durant la grossesse, des antihypertenseurs, du repos, voire une hospitalisation pour une surveillance rapprochée, sont proposés.
La toxémie gravidique perturbe les échanges entre la future maman et son fœtus : l’apport en nutriments et en oxygène est diminué. Chez le futur bébé, cette situation peut conduire à un retard de croissance et à une souffrance fœtale. Chez la femme enceinte, les risques pour sa santé sont liés à l’importance de l’hypertension. Si celle-ci n’est pas repérée suffisamment tôt, elle peut entraîner une éclampsie (avec convulsions et parfois troubles de la conscience) ou un hématome rétro-placentaire (une hémorragie entre le placenta et l’utérus).
Gestion de l'albuminurie pendant la grossesse
Malheureusement, il n’existe pas de moyen ou de traitement pour faire baisser le taux de protéines dans le sang et les urines de la mère au cours de la grossesse. Dans le cas d’une pré-éclampsie, le moyen de stopper ce phénomène, et de sauver la mère et l’enfant, est d’interrompre la grossesse, en programmant un accouchement parfois prématuré.
Si l'albumine demeure dans les urines, le meilleur traitement, si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi, sera le déclenchement de l'accouchement.
Si la protéinurie est détectée avant la 20e semaine de grossesse, elle peut être le signe d’un problème au niveau du rein, isolé ou non. Dans ce cas, il convient de mettre en place une surveillance particulière, même au-delà de la naissance.
Conseils généraux pour la santé pendant la grossesse
Bien que divers facteurs puissent entraîner une augmentation du glucose sanguin chez la femme enceinte (indépendamment de la qualité de son régime alimentaire), il est conseillé d'adopter une alimentation saine et équilibrée avec le soutien d'un professionnel de santé.
De plus, il est recommandé d'éviter les aliments irritants qui augmentent l'albumine et aggravent la toxémie gravidique. Les femmes enceintes doivent adopter une nutrition particulièrement saine fine de diminuer voire réduire à néant le taux d'albumine présent dans leurs urines. Pour ce faire, il est fortement conseillé de diminuer considérablement les sels dans les nourritures. D'ailleurs, les sels présentent dans les aliments naturels sont amplement suffisant pour nourrir l'organisme. N'empêche, il ne faudra pas se lancer dans un régime sans sel strict, car cela peut causer une hypovolémie qui est néfaste à la perfusion fœtale. Il est également recommandé d'opter pour un régime mixte, car elle s'avère être plus efficace par rapport au régime lacté.
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