La période périnatale, englobant la grossesse et les premières années de l'enfant, est une phase de profonds changements et d'ajustements pour les parents. Bien que souvent associée à la joie et à l'émerveillement, elle peut également être une source de stress, d'anxiété et de vulnérabilité pour la santé mentale des parents. Cet article explore les défis de la santé mentale périnatale, les ressources disponibles pour les parents et l'importance d'un soutien adéquat pendant cette période cruciale.
Les Défis de la Santé Mentale pendant la Période Périnatale
La grossesse et l'arrivée d'un enfant entraînent des transformations majeures sur le plan physique, émotionnel et social. Les futurs parents doivent s'adapter à de nouvelles responsabilités, à des changements dans leur relation de couple et à une réorganisation de leur vie quotidienne. Ces bouleversements peuvent fragiliser la santé mentale et favoriser l'émergence de troubles tels que l'anxiété, la dépression ou le baby blues.
Changements et Pressions
Pendant la grossesse, le corps change, on ressent des émotions intenses, et le statut de femme ou d’homme évolue vers celui de parent ou coparent. Après la naissance, le couple, la famille ou le mode de vie sont à réorganiser. Il faut du temps pour se sentir mère ou père de son nouveau-né. Devenir parent peut renvoyer à des manques, des angoisses, des peurs liées à sa propre enfance.
Écart entre Idéal et Réalité
Il peut y avoir un écart entre ce que l'on vit et l'idéal que l'on s'était fixé. On peut ressentir de la culpabilité, avoir des doutes et trouver difficile d’en parler, de peur d’être incompris ou jugés négativement.
Situations de Vie Difficiles
Certaines situations de vie peuvent compliquer la prise en charge de sa santé mentale. L’organisme public suisse Promotion santé Suisse a recensé en 2021 des situations qui se révèlent plus difficiles que d’autres. Ces situations incluent :
Lire aussi: Tout savoir sur l'adresse de l'OFPRA pour l'acte de naissance
- Événements de vie stressants (éloignement de la famille, séparation, déménagement, conditions de travail difficiles, perte d'emploi, difficultés liées à une adoption).
- Manque de soutien du co-parent, de la famille ou de l’entourage.
- Manque continu de sommeil ou de repos.
- Grossesse non prévue ou non désirée.
- Grossesse à un âge très jeune ou tardif.
- Grossesses multiples (jumeaux, etc.).
- Complications de santé liées à la grossesse ou à l’accouchement.
- Naissance prématurée.
- Difficultés avec l’allaitement.
- Bébé aux besoins particuliers.
- Baby blues sévère.
- Co-parent souffrant de dépression ou d’anxiété.
- Deuil suite à une fausse couche, une interruption de grossesse, ou le décès du bébé.
- Antécédents de troubles psychiques personnels ou familiaux.
- Antécédents de violences familiales ou conjugales, ou d’abus psychologiques ou sexuels.
Le Rôle du Coparent
Le coparent exerce, avec le parent, l’autorité parentale sur l’enfant, depuis la loi de 2002. Le coparent peut être un homme, une femme, en couple ou pas avec le parent (homme ou femme), vivant ou pas sous le même toit. Il est essentiel que le coparent apporte son soutien à l’autre parent de plusieurs façons pour l’aider à préserver sa santé mentale, notamment en partageant les tâches quotidiennes, en ouvrant la discussion, en étant présent en cas de besoin, en écoutant attentivement, et en cherchant un professionnel de santé si nécessaire.
Ce que les Parents Peuvent Faire pour Leur Santé Mentale
Avant l’Arrivée de l’Enfant
Il est important de réfléchir aux activités qui apaisent et de s'autoriser à les faire, comme rester seul au calme ou sortir avec des amis. Limiter les obligations que l'on s'impose et ralentir un peu peut aussi aider.
Pendant la Grossesse
Si l'on est en couple, il est utile d'organiser un moment à deux pour échanger sur les doutes et les peurs de chacun. Dans la vie sexuelle, insister sur le respect des désirs et des besoins de l’un et de l’autre.
Après la Naissance
Dans le couple, échanger des gestes de tendresse, des attentions, des compliments permet d’entretenir le lien. Si l'on est papa, il est important de reconnaître et d'exprimer son anxiété si l'accouchement ne s'est pas passé comme imaginé. Il est crucial de continuer à faire des activités avec les aînés pour éviter qu'ils ne se sentent rejetés.
Quand et à Qui Parler de ce que l'on Ressent
Il est important de partager ses sentiments, ses difficultés et ses attentes avec des personnes en qui l’on a confiance, que ce soit l'entourage familial ou amical, dans des groupes de parents ou des associations. On peut également parler de ce que l'on ressent à des professionnels de santé, notamment si l'on n’arrive plus à se projeter dans l’avenir, si l'on se sent seul ou dépassé, si l'on ne se sent pas vraiment mère ou père, si l'on ne ressent pas d’élan affectif pour son bébé, ou si l'on ressent de la culpabilité.
Lire aussi: Déclaration de grossesse : le guide CAF 92
Les Professionnels de Santé à Consulter
Différents professionnels de santé peuvent apporter un soutien précieux aux parents :
- Le ou la médecin généraliste.
- La sage-femme qui a fait le suivi de grossesse ou après l’accouchement.
- Les services de Protection Maternelle et Infantile (PMI).
- Le ou la gynécologue.
- La maternité.
- Le ou la pédiatre.
- Une ou un psychologue ou psychiatre.
On peut profiter d’un rendez-vous programmé avec un professionnel de santé pour parler de ce que l'on ressent, par exemple lors d’une consultation de suivi de grossesse, de l’entretien prénatal précoce (EPP), du séjour en maternité, d’une visite de suivi postnatal, ou de l’entretien postnatal précoce (ENPP).
Baby Blues vs. Dépression Post-Partum
Il est crucial de distinguer le baby blues de la dépression post-partum.
Baby Blues
Le baby blues est un état émotionnel normal et passager qui touche plus d’une femme sur deux après l’accouchement. Les signes incluent un sentiment de tristesse, de l’irritabilité, des crises de larmes, le sentiment d’être dépassée, des difficultés de sommeil et de la fatigue. Il apparaît généralement 2 à 4 jours après l’accouchement et peut durer de quelques heures à quelques jours.
Dépression Post-Partum
La dépression post-partum se distingue du baby blues par sa durée et son intensité. Elle peut toucher toutes les femmes et survient au cours de la première année suivant la naissance de l’enfant. Les symptômes incluent une humeur triste sans raison apparente, une perte d’intérêt ou de plaisir, des difficultés à accomplir les activités quotidiennes, de la fatigue, une diminution ou augmentation de l’appétit, des difficultés à dormir, des difficultés à se concentrer, un sentiment d’inutilité, de culpabilité ou de désespoir, des pensées suicidaires.
Lire aussi: Grossesse et CAF : les démarches
Dépression chez le Père
Les pères aussi peuvent connaître une dépression avant ou après la naissance, surtout si leur partenaire est déjà concernée par une dépression. Certains symptômes sont plus caractéristiques chez les pères, comme l’irritabilité, la colère, la tendance à multiplier les activités en dehors de la maison, la fatigue, les maux de tête, les douleurs, et l’isolement social.
Traitement de la Dépression
La dépression se soigne. Le soutien de l’entourage et de professionnels de santé, un suivi psychologique et, dans certains cas, un traitement médicamenteux, aident à se rétablir. Parfois, une hospitalisation dans une unité mère-enfant ou une unité parents-bébé peut être nécessaire.
Autres Troubles
D’autres troubles peuvent se manifester ou s’accentuer avant ou après la naissance, comme les troubles bipolaires ou schizophréniques. La psychose puerpérale est un épisode délirant rare qui nécessite une intervention d’urgence.
Responsabilité Parentale
Il est important de se rappeler que si le parent peut beaucoup, il ne peut pas tout. De nombreux autres facteurs jouent, comme l’environnement, les conditions matérielles ou la génétique. Les principes de l’éducation dite « positive » se sont largement répandus, mais ils peuvent être difficiles à mettre en pratique. On peut se demander s’il existe un seul parent sur terre capable de tout faire à la fois !
Être un Parent Suffisamment Bon
Au lieu de se demander si l'on est un bon parent, il est plus constructif de se demander si l'on est un parent suffisamment bon. Cette formulation permet de se concentrer sur l'essentiel : offrir un environnement aimant et sécurisant à son enfant, tout en prenant soin de sa propre santé mentale.
tags: #psychiatrie #périnatalité #quartier #latin #adresse