L'allaitement maternel est un pilier fondamental de la santé infantile et maternelle. Le lait maternel est unique, évoluant constamment pour répondre aux besoins nutritionnels, biologiques et immunologiques de l'enfant jusqu'à l'âge de la diversification alimentaire. Ses bienfaits vont au-delà de la simple nutrition, offrant des avantages considérables en termes de santé pour l'enfant et la mère, avec des répercussions parfois transgénérationnelles. De plus, l'allaitement maternel représente une solution économique pour les familles et les pays, tout en étant le mode de nourrissage le plus écologique pour la planète.
Malgré un désir initial d'allaiter exprimé par 85 % des femmes à l'entrée en maternité, dont 70 % souhaitant un allaitement exclusif, seulement 52 % parviennent à réaliser ce souhait à la sortie de la maternité. Ce décalage est principalement dû à la non-application de la recommandation n°5 de l'OMS et aux discordances de discours entre les professionnels de santé, dénoncées par les femmes ayant échoué dans leur projet d'allaitement. La moitié des femmes rencontrent des difficultés lors de leur allaitement, notamment des sensations de manque de lait (11,5 %), des engorgements (6,5 %), des difficultés de prise du sein (6 %), des lésions du mamelon (7,3 %) et des mastites (5 %). Ces obstacles, combinés à la reprise précoce du travail, entraînent une chute brutale du taux d'allaitement, atteignant moins de 10 % à 6 mois, voire moins de 3 % pour l'allaitement exclusif.
Les pédiatres et autres professionnels de santé jouent un rôle crucial dans la prévention et la prise en charge adaptée de ces complications. En se conformant aux dix conditions pour le succès de l'allaitement maternel définies par l'OMS et l'UNICEF, il est possible d'optimiser le démarrage et la durée de l'allaitement, tout en minimisant les douleurs. La formation des professionnels de santé est un élément essentiel de cette démarche.
Les Dix Conditions Clés pour un Allaitement Réussi
Ces dix conditions, issues de la Déclaration conjointe de l'OMS et de l'UNICEF de 1989, constituent la base de l'Initiative Hôpital Ami des Bébés (IHAB) et visent à créer un environnement favorable à l'allaitement maternel.
1. Disposer d'une politique d'allaitement écrite systématiquement portée à la connaissance de tous les personnels de santé.
Cette politique doit être claire, concise et accessible à tous les membres du personnel, garantissant une approche cohérente et uniforme en matière de soutien à l'allaitement.
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2. Former tous les personnels de santé aux compétences nécessaires pour mettre en œuvre cette politique.
La formation continue des professionnels de santé est essentielle pour leur permettre d'acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour accompagner efficacement les mères allaitantes et résoudre les problèmes courants.
3. Informer toutes les femmes enceintes des avantages de l'allaitement maternel et de sa pratique.
Une information complète et objective sur les bienfaits de l'allaitement pour la mère et l'enfant, ainsi que sur les techniques d'allaitement, doit être fournie aux femmes enceintes dès le début de leur grossesse.
4. Mettre les nouveau-nés en contact peau à peau avec leur mère immédiatement après la naissance, pendant au moins une heure, et encourager les mères à reconnaître quand leur bébé est prêt à téter, offrant de l'aide si nécessaire.
Le contact peau à peau précoce favorise la mise en route de l'allaitement, stimule la production d'hormones et renforce le lien mère-enfant. L'obligation de surveillance soutenue du nouveau-né dans les deux premières heures de vie (Décret de périnatalité n°98-900 du 9 octobre 1998) n’est pas incompatible, pour le nouveau-né bien portant, avec la mise en peau à peau précoce.
5. Montrer aux mères comment allaiter et comment entretenir la lactation, même si elles sont séparées de leur nourrisson.
Il est essentiel d'enseigner aux mères les différentes positions d'allaitement, les techniques d'expression du lait et les moyens de maintenir leur production lactée en cas de séparation de leur bébé.
6. Ne donner aux nouveau-nés aucun aliment ni liquide autre que le lait maternel, sauf indication médicale.
L'allaitement exclusif pendant les six premiers mois est recommandé par l'OMS, car le lait maternel suffit à couvrir tous les besoins nutritionnels du nourrisson. De petites quantités de colostrum sont parfaitement adaptées au volume de l’estomac d’un nouveau-né et suffisent pour prévenir la survenue d’une hypoglycémie chez un enfant né à terme et en bonne santé, avec un poids normal pour son âge gestationnel. Cela rend également l’apprentissage de la coordination succion / respiration / déglutition plus facile à apprendre par le nouveau-né. Les nouveau-nés à terme et en bonne santé ont aussi des réserves d’eau suffisantes pour couvrir leurs besoins métaboliques, même sous les climats chauds. Les liquides nécessaires pour remplacer les pertes liquidiennes insensibles sont apportés en quantité adéquate par le lait maternel à lui seul.
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7. Laisser les mères et les nourrissons ensemble 24 heures sur 24.
Le maintien du bébé auprès de sa mère jour et nuit facilite les mises au sein, stimule la montée laiteuse et limite le risque d'engorgement. Cohabitation du nouveau-né avec sa mère facilite les mises au sein de jour comme de nuit, stimule la monté laiteuse tout en limitant le risque d’engorgement. Toutefois, supprimer la cohabitation mèreenfant en raison de la fatigue maternelle n’augmente pas la durée maternelle de sommeil et abaisse le taux d’allaitement exclusif.
8. Encourager l'allaitement à la demande.
Il est important de respecter le rythme du bébé et de l'allaiter dès qu'il montre des signes de faim, sans restriction de fréquence ni de durée des tétées. La restriction du nombre des tétées est associée à un arrêt plus fréquent de l’allaitement, à d’avantage d’engorgements et de douleurs du mamelon, et à un recours plus habituel aux compléments. Il est inutile de réveiller le bébé la nuit pour l’allaiter. Il existe de grandes variations interindividuelles mais la durée d’une tétée est conditionnée par le débit de lait et la concentration lactée en graisse.
9. Ne donner aucune tétine artificielle ou sucette aux nourrissons allaités.
L'utilisation de tétines artificielles ou de sucettes peut perturber la succion du bébé et interférer avec l'allaitement maternel.
10. Favoriser la création de groupes de soutien à l'allaitement maternel et adresser les mères à ces groupes dès leur sortie de l'hôpital ou de la clinique.
Les groupes de soutien à l'allaitement offrent aux mères un espace d'échange, de partage d'expériences et de conseils, contribuant ainsi à renforcer leur confiance et à prolonger la durée de l'allaitement. La Leche League France a pour but d’aider, par un soutien de mère à mère, toutes les femmes souhaitant allaiter, en leur transmettant l’art, le savoir-faire de l’allaitement.
Gérer les Difficultés Courantes
Malgré une mise en œuvre rigoureuse de ces dix conditions, certaines difficultés peuvent survenir. Il est essentiel de savoir les identifier et les gérer de manière appropriée.
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Sensation de manque de lait
Vérifier la courbe de poids du bébé et rassurer la mère. Dans le premier mois, la capacité de stockage ou de transfert de lait est faible, nécessitant des tétées rapprochées pour assurer un apport suffisant. La cinétique de croissance parle d’elle-même et doit permettre de rassurer tout le monde, la famille et le pédiatre.
Engorgement
Assurer une bonne position du bébé au sein et encourager des tétées fréquentes pour soulager l'engorgement.
Difficultés de prise du sein
Aider la mère à trouver une position confortable et à bien positionner le bébé pour faciliter la prise du sein. L’équipe doit enseigner à la mère les différentes positions qu’elle peut adopter pour allaiter.
Lésions du mamelon
Vérifier la position du bébé au sein et corriger les erreurs de succion. En cas de sensibilité douloureuse, il faut s'assurer que la plupart des douleurs mamelonnaires sont liées à un mauvais positionnement au sein.
Mastite
Prise en charge initiale comme l’engorgement mais avec anti-inflammatoire sous surveillance et réévaluation toutes les 24h. Si fore récidivante, en l’absence d’amélioration après 24 à 48h de traitement, si signes de gravité (forte fièvre, aspect local), si prise en charge tardive, si crevasse surinfectée associée, prescrire Pyostacine 1g / 8h, ajuster la durée des AINS et de l’antibiothérapie en fonction de l’évolution. En l’absence d’amélioration sous antibiotique, rechercher un abcès par échographie pour une prise en charge rapide par ponction.
Perte de poids excessive du nouveau-né
Dans une étude prospective menée sur des mères américaines ayant accouché dans un service ayant le label Hôpital Ami des Bébés et qui bénéficiaient d’un soutien optimal pour l’alimentation infantile, la perte de poids moyenne des bébés exclusivement allaités était de 5,5 % ; cependant, plus de 20 % des enfants allaités en bonne santé ont perdu plus de 7 % de leur poids de naissance. Bien qu’une perte de poids de 8-10% du poids de naissance peut être dans les limites de la normale si tout va bien par ailleurs et si l’examen clinique est normal, c’est un signe indiquant la nécessité d’une évaluation détaillée et du besoin éventuel d’une aide pour l’allaitement.
Compléments
Si un complément est indiqué, quel lait utiliser ? En cas de poids < 2400g ou P< -2DS : Préparation pour faible poids de naissance (Lait préma étape 2). Poids normal et en l’absence de risque allergique : préparation pour nourrisson.
Allaitement et Vie Quotidienne
L'allaitement maternel peut être intégré à la vie quotidienne de la mère, y compris sa vie professionnelle.
Droit au travail et allaitement
Durant la première année, une mère qui allaite peut bénéficier d’une heure par jour sur son lieu de travail pour tirer son lait. Après chaque utilisation le set de pompage doit être démonté, les pièces lavées à l’eau chaude savonneuse, rincées et séchées à l’air libre.
Sevrage
La diminution du nombre des tétées entraîne une baisse progressive de la production lactée. Le sevrage devra être progressif pour éviter l’engorgement à raison d’une tétée en moins tous les deux à trois jours, en évitant de commencer par celle du matin, et en alternant sein et biberon sur le nycthémère. Le choix du type de tétine, pour faciliter la prise du biberon, devra être orienté par le comportement du bébé au biberon.
Questions Fréquentes
- Est-ce qu’allaiter abime les seins ? Non.
- Est-ce que je peux manger de tout ? Oui, il n’existe aucun interdit alimentaire.
- Est-ce que je dois reprendre une contraception ? Oui, l’allaitement n’est pas un moyen imparable.
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