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Wim Wenders : Un Cinéaste Voyageur et Humaniste

Wim Wenders, figure emblématique du cinéma allemand contemporain, s'est forgé une place à part dans le paysage cinématographique européen et mondial. Son œuvre, riche de près de soixante films, englobe des longs métrages de fiction, des documentaires, des courts métrages et des clips. Récompensé par de nombreux prix prestigieux, dont une Palme d'or, un Grand prix du jury, un prix de la mise en scène et un prix spécial du jury Un certain regard au Festival de Cannes, un Lion d'or à Venise, un Ours d'or d'honneur et un prix du jury à la Berlinale, un César du meilleur documentaire, un Bafta du meilleur réalisateur, et trois nominations à l'Oscar du meilleur documentaire, Wenders est un touche-à-tout talentueux, réalisateur, scénariste, producteur, monteur et photographe. Récemment, son travail photographique a été exposé aux Rencontres d'Arles. En octobre 2023, il a reçu un Prix Lumière pour l’ensemble de sa carrière.

Les Premières Années : De Düsseldorf à Munich

Ernst Wilheim Wenders est né le 14 août 1945 à Düsseldorf. Sa famille s’installe à Oberhausen, dans la région industrielle de la Ruhr, où son père devient médecin chef. Wenders grandit dans un milieu conservateur d'après-guerre. Il envisage de devenir prêtre, tout en consacrant son argent de poche aux comics américains et aux disques de Chuck Berry. Il suit d'abord la voie paternelle, entreprenant des études de médecine en 1963, tout en rédigeant des critiques sur des films et sur le rock.

En 1966, Wenders part vivre à Paris et fréquente assidûment l'IDHEC (ancêtre de la FEMIS), mais échoue à y entrer. De retour en Allemagne, il étudie la réalisation à Munich. Les soubresauts de mai 68 résonnent en Bavière. Wenders se souvient : « comme j’avais participé à des manifs, caméra à l’épaule pour filmer le mouvement, y compris la violence, j’ai été arrêté, jeté trois jours en prison et la police a confisqué ma caméra, ma si précieuse caméra Bolex achetée en vendant mon saxophone. Pendant ce temps-là, Fassbinder, qui n’avait pas été accepté à l’école, nous narguait en faisant son premier long-métrage ».

Les Débuts Cinématographiques et la "Trilogie du Voyage"

Après trois ans d'études, Wenders réalise son premier long métrage en 1970, Summer in the city, son film de fin d'études, récit d'une errance dans un milieu urbain. Il adapte ensuite un roman de Peter Handke, L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty, marquant le début d'une collaboration fructueuse avec l'écrivain et l'acteur Rüdiger Vogler.

Wenders signe ensuite une "trilogie du voyage", composée des road movies contemplatifs Alice dans les villes, Faux mouvement et Au fil du temps, films urbains des années 1973-1987. En 1972, il réalise La Lettre écarlate, un travail de commande issu du roman de Nathaniel Hawthorne.

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Fascination pour l'Amérique et Reconnaissance Internationale

« La religion des Etats-Unis, c’est l’Amérique » : Wenders a prononcé cette phrase au moment de la sortie de Land of Plenty en 2003, film qui dresse un portrait nuancé d’un pays qui continue malgré tout de fasciner le réalisateur germanique pourtant écoeuré par la dérive réactionnaire de la patrie de l’oncle Sam. Cette histoire d’amour avait commencé en 1970 où le MoMA (le musée d’art moderne et contemporain de New York) l’avait invité à présenter son deuxième film L’angoisse du gardien de but au moment du pénalty. Un voyage où Wim ne quitte pas New York, un voyage qui tombait dans une époque où l’Amérique servait de terre de substitution à des Allemands qui ne demandaient qu’à faire table rase du passé. Il se souvient : à l’école, certains professeurs refusaient de parler du nazisme (« Le prof de maths portait encore la petite moustache noire d’Hitler. »). Pas surprenant alors que le vagabond réalise en 1974 Alice dans les villes, inspiré par la vie de son ami Peter Handke, soit l’aveture (et les mésaventures) d’un trentenaire allemand captivé par les plages de Floride, les motels paumés, l’énergie new yorkaise, avant de finir dans les méandres de la Ruhr, région sans horizon. Il filme d’ailleurs la ville de Wuppertal, célèbre pour son monorail, où une certaine Pina Bausch vient de s’installer (il lui consacre en 2011 l’un des plus beaux documentaires sur la danse, Pina).

Cette tentation d’Amérique, il l’aborde aussi avec L’ami américain, libre adaptation des polars de Patricia Hightsmith. Son cinéma mélange alors les styles de la Nouvelle vague allemande et du Nouveau cinéma américain. Finalement, en 1978, l’année où Harvey Milk est assassiné, le cinéaste s’installe à San Francisco. Et quand Paris, Texas sort six ans plus tard, et obtient la consécration avec une Palme d’or à Cannes, il parle de ce film comme un « adieu à l’Amérique ». Entre temps, il a subit une commande de Francis Ford Coppola (mais comment lui dire nein?), Hammett, un cuisant échec.

Ses films ne parleront pas du passé mais du présent, de l’avenir et de la disparition de l’humanisme européen. C’est un romantique allemand, avec ce qu’il faut de vague à l’âme, de classicisme, et de folie. Toute l’œuvre du cinéaste allemand n’est que dualismes : photos-histoire, noir-blanc-couleur, réalité-fiction ; autant de tiraillements pour cet homme y compris dans sa vie personnelle.

De son propre aveu, c'est à l'âge de 15-16 ans qu'il a clairement perçu le grand malaise du pays à l’égard de son passé récent. Les profs ne savaient pas comment en parler et sautaient la période du nazisme pour arriver directement à l’après-guerre. Au discours de certains, il comprenait que c’était probablement d’anciens nazis.

Les Thèmes Récurrents : Voyage, Solitude et Quête de Sens

Les thèmes du voyage, de la solitude et de la quête de sens traversent l'œuvre de Wenders. Ses personnages sont souvent des êtres en mouvement, à la recherche d'eux-mêmes et de leur place dans le monde. L'Amérique, avec ses paysages vastes et désertiques, devient un lieu privilégié pour explorer ces thèmes.

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Ainsi, L’état des choses raconte l’histoire d’une équipe de cinéma qui tourne un film de science fiction, mais le producteur disparaît sans laisser un centime. Le tournage arrêté laisse la place à l’attente. Voilà un film qui regroupe nombre des préoccupations de Wenders : différence entre hommes et femmes, solitude de l’être humain (jusqu’à son dernier film, Perfect Days), intimité du sommeil, vitalité des enfants (à l’instar d’Alice dans les villes), miroirs et fenêtres et bien sûr les prises de vues Polaroid (Alice dans les villes, L’ami américain…).

Et ce n’est pas un hasard si dans l’œuvre de Wim on trouve des road-movies et tant d’êtres en chemin (la plupart du temps des hommes solitaires). Wenders déclarait en 1982 : « Les mouvements sont toujours aussi fascinants pour moi. C’est exact : je fais beaucoup de prises de vues mobiles, de parcours.

En 1987 sort Les ailes du désir, film au potentiel émotif et métaphysique intense, prix de la mise en scène à Cannes. Sans doute son chef d’œuvre. Outre les merveilleuses prises de vues aériennes de Berlin, avant la chute du mur, (l’illustration de ce que voit l’Ange Damiel, interprété par Bruno Ganz), Wenders nous raconte l’histoire de ces anges invisibles pour les humains et qui sont pourtant au milieu d’eux. Damiel tombe amoureux d’une trapéziste et veut devenir humain, jusqu’à y parvenir. Le mythe de La petite Sirène n’est pas loin. L’ange découvre alors de nouvelles impressions et de nouvelles sensations. Film d’une pure poésie en même temps qu’une fantastique déclaration d’amour à la vie, seuls les enfants peuvent y voir les anges. Et ces enfants sont pour le cinéaste ceux qui posent les questions métaphysiques : quand l’enfant était enfant il ne le savait pas. Et pourquoi suis-je moi et pas toi ? Pourquoi suis-je ici et pas là ? Quand commence le temps et où finit l’espace ?….

De loin son plus gros succès (deux millions de spectateurs en France), Paris, Texas, production européenne tournée aux Etats-Unis, est aussi à la conjonction du temps et de l’espace, de l’innocence et de la mémoire. « Longtemps, j’ai cherché à éviter de parler de l’amour. Il me fallait raconter l’histoire que mes autres films évitaient. Le sujet principal de l’histoire du cinéma c’est l’amour ou la guerre. Malgré sa Palme, tout fut pourtant compliqué. Aux USA, il est exclu de la Director’s Guild parce qu’il ne tourne pas avec une équipe issue d’un syndicat américain (il essaiera de nouveau une collaboration américaine avec The end of violence) ; en Allemagne, naît une controverse avec le distributeur Filmverlag der Autoren (dont il est membre fondateur en 1971, sorte d’association de réalisateurs à l’allemande) et se fait interdire de collaboration avec des maisons de productions, si bien que le film ne sortira outre-Rhin qu’en 1985. Aussi Wenders lance sa propre maison de production qu’il appelle… Road Movies productions (tout sauf un hasard). Selon lui, « Vous devez devenir producteur si vous voulez avoir un quelconque contrôle sur le devenir de votre œuvre. Pour revenir à Paris ,Texas nous voilà encore en plein mouvement, en plein road movie justement. Une œuvre grandiose de beauté, de rayonnement avec une densité de prises de vues étonnante et une musique envoutante de Ry Cooder (qu’il retrouve à l’occasion de The end of Violence et Buena Vista Social Club) : tout pour rendre ce long métrage fascinant à en perdre haleine. Le scénario est simple, écrit par Sam Shepard, nostalgique du mythe du Grand ouest américain. Après quatre années d’absence, un homme amnésique et muet réapparait au Texas. Sa famille le croyait mort et l’homme va tenter de recoller les morceaux de sa vie : un fils de huit ans élevé par son oncle et sa femme partie travailler dans un peepshow de Houston…. Avec ce long métrage, Wenders réalise un de ses rêves, tourner dans les décors mythiques et grandioses du western. On retrouve les obsessions du cinéaste allemand, que ce soit l’errance, le mystère ou l’amour filial. Wenders reprend l’imagerie de son livre de photos, paru une dizaine d’années auparavant, Written in the west. Un film qui commence dans un paysage lunaire, en plein Texas. Un faucon se pose sur un rocher et le spectateur entre dans le film, puis cet oiseau regarde un homme marcher dans le désert : caméra subjective, on voit les images à travers les yeux de l’aigle qui deviennent ceux du spectateurs. Et, en l’occurrence, on voit un homme avec une vieille casquette rouge, un costume de ville et une barbe de plusieurs jours. Et l’on veut savoir : que fait cet homme ainsi accoutré dans ce décor là ? C’est ce mystère de l’humain qui nous envoûte aussi dans les films suivants : Jusqu’au bout du monde, fable existentialiste, Si loin, si proche !, Grand prix du jury à Cannes, suite dépressive des Ailes du désir, Lisbonne story, suite énigmatique de L’état des choses, The end of violence et The Million dollar Hotel, qui cicatrisent la blessure américaine des années 1980.

Cinq films qui forment achever la première partie, la plus connue, de sa filmographie. Son style est profondément européen mais son imaginaire reste alors essentiellement américain. L’Allemagne réunifiée reste un terrain aussi étranger qu’une terre inconnue.

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Les Années 1990 et l'Exploration Documentaire

À partir des années 1990, Wenders tente l’expérimentation. Les Lumières de Berlin, réalisé avec les étudiants de l’Académie du film de Munich est une combinaison de docudrame, de reconstitution fictionnelle et de photographie expérimentale. Par-delà les nuages est une coréalisation avec Michelangelo Antonioni, où Wenders signe le prologue, les entractes et l’épilogue de ces quatres histoires d’amour.

Documentariste, il avait réalisé quelques échappées en hommage à Nicholas Ray (Nick’s Cave), Yasujiro Ozu (Tokyo-ga) et Yohji Yamamoto (Carnets de notes sur vêtements et villes). Avec succès, en 1998, il fait connaître dans le monde entier le Buena Vista Social Club, groupe de musiciens cubains. On découvre La Havane, Cuba, et la bande originale devient l’une des meilleures ventes de l’année. Le documentaire reste le lieu de toutes ses passions. Il explore la musique (The Soul of Man avec Blind Willie Johnson, Skip James et J. B.

Les Années 2000-2020 : Distanciation et Renouveau

« Le cinéma, ce n’est pas répéter ce qu’on sait faire ! C’est choisir ce qu’on n’a encore jamais fait. Et qu’on n’est même pas sûr de savoir maîtriser » aime-t-il préciser. Ce cinéma qu’il a failli abandonnée au début des années 1970. Cinquante derrière la caméra (ou un appareil photo). Des hauts et des bas.

Côté fiction, les années 2000-2020 se placent pour Wenders sous le signe de la distanciation. Dans le traitement des sujets tout comme dans le contact avec le public qu’il peine à convaincre. Les thématiques du cinéaste (l’Amérique) sont toujours présentes, mais ce dernier tend à se laisser déborder par ses penchants innés. Sa poésie tire sur la naïveté vaine (The Million dollar Hotel) et son sens de l’observation verse dans le sentencieux et la contemplation purement esthétique (Land of plenty). Le manque d’épaisseur des scripts laisse surtout présumer que Wenders est en crise d’écriture ou du moins immobilisé dans un stade transitoire. Le sous-estimé Don’t come knocking, dans lequel on retrouve Jessica Lange, Tim Roth et Sam Shepard, le scénariste de Paris, Texas, n’échappe à ce remix de sujets et d’images (malgré tout magnifiques) déjà vues. Dans Rendez-vous à Palerme, c’est encore l’histoire d’un photographe en exil… Il convoque toujours ses influences et ses références, sans nous captiver. Panne d’inspiration? Il touche presque le fond avec Every Thing will be fine, avec James Franco, Rachel MacAdams et Charlotte Gainsbourg, dans un film atone.

En 2016, Wim Wenders amorce sa mue. Comprenant que seul l’amour l’intéresse et qu’il faut cesser de partir à la recherche du temps et des mythes perdus, il réalise un film modeste à Paris, Les Beaux Jours d’Aranjuez, avec Reda Kateb, Nick Cave et Peter Jandke, auteur de la pièce originelle. Quasiment du Oliveira. Il s’en va par la suite en Afrique pour Submergence, film maladroit mais plus audacieux. Il anticipe les effets d’un confinement, en 2017, trois ans avant celui causé par le virus de la Covid. Reda Kateb se joint au casting de stars, James McAvoy et Alicia Vikander. Toujours en liberté, le cinéaste s’envole pour le Japon et filme en deux semaines Perfect Days (qui vaut à l’immense Kōji Yakusho un prix d’interprétation à Cannes). Ce film héritier du cinéma de Ozu, « le plus grand » à ses yeux, avec ce personnage travailleurs, solitaire, mutique et contemplatif le réconcilie avec le public. Une fable zen qui, malgré l’apparente humilité, démontre encore son talent de mise en scène et son ardeur de cinéma. « Je suis passé d’un créateur d’images à raconteur d’histoires.

L'Enfance et la Présence des Enfants dans l'Oeuvre de Wenders

Les enfants, vaste sujet pour celui qui a été marié plusieurs fois mais n’en a jamais eu. Dans sa filmographie, ils ramènent les adultes à la raison, à l’essentiel. Les enfants apparaissent toujours, fut-ce dans des petits rôles. Comme dans The end of violence (1997) où la fille d’une femme de ménage sud-américaine explique le monde aux deux personnages masculins. Deux hommes agités, sans repos et sans patrie, étrangers à eux-mêmes autant qu’aux autres (et l’on revient sur la solitude…) à la recherche de la vérité et de la connaissance autant que d’eux-mêmes.

En 1945, année de sa naissance, les choses ne peuvent qu’aller mieux. Le credo des adultes tenait en trois phrases : le passé n’existe pas, le présent est important, l’avenir est tout. On était persuadés qu’un jour l’Allemagne serait de nouveau quelqu’un. Mais en attendant, on éprouvait une immense méfiance pour notre propre culture, et le pays, dans un même élan, a fait sienne la culture américaine. J’investissais mon argent de poche dans les BD américaines, les Mickey Mouse et les super-héros. Et dans les juke-box, j’écoutais Chuck Berry.

Dans Les Ailes du désir, seuls les enfants peuvent voir les anges. Et ces enfants sont pour le cinéaste ceux qui posent les questions métaphysiques : quand l’enfant était enfant il ne le savait pas. Et pourquoi suis-je moi et pas toi ? Pourquoi suis-je ici et pas là ? Quand commence le temps et où finit l’espace ?….

Wim Wenders et le Japon : Hommage à Ozu et Perfect Days

Les années quatre-vingt ont été les années japonaises de Wim Wenders. Si les pensées du réalisateur n’ont jamais cessé de se référer à l’archipel et à certains de ses habitants qui lui sont chers, il aura fallu attendre trente années avant que le lien qu’il a créé avec ce pays ne rejaillisse à nouveau dans son travail. La sortie sur nos écrans de Perfect Days en 2023, marqué par l'obtention du prix de l’interprétation masculine pour son acteur principal Koji Yakusho, est l’occasion pour Wenders de poser à nouveau sa caméra à Tokyo. La différence est que, cette fois-ci, il n’est pas question de documentaire, mais bien de fiction. C’est l’histoire, si simple en apparence, d’un nettoyeur de toilettes publiques de la capitale nippone.

Perfect Days, s’il a pour décor le Japon, ne s’y limite pas dans son propos. La vérité est que le Japon y est un prétexte. Tout comme Les Ailes du désir est un film-parabole, Perfect Days est un essai. Wenders nous parle des petits plaisirs de la vie, non pas comme un discours minable et indulgent, comme le font parfois les personnes tristes et fatiguées de la vie, mais comme des condensés d’une vitalité grandiose. Comment ne pas reconnaître dans cette démarche un nouvel hommage à Yasujiro Ozu ?

L’idée de cycle est centrale au Japon. Il faut reconstruire ce qui est inlassablement détruit, comme nous l’a trop tristement rappelé le dernier séisme qui a brutalisé une partie de l’archipel. Le cycle veut que la fin ne soit qu’un début, il nous enseigne que rien n’est fini, tout sommeil comme toute destruction n’est qu’une étape nécessaire avant le renouveau. C’est ainsi que se déroulent les journées du héros de Perfect Days. Sans fioritures ni ménagement, Wenders nous montre le quotidien de cet agent d’entretien des WC publics : le levé, le brossage de dents, la boisson caféinée, les toilettes, les bains publics, le restaurant, la lecture, les rêves… Au milieu de ces non-événements, des soubresauts, des imprévus, quelques morceaux de liens plus ou moins affectifs qui l’obligent à modifier ses habitudes. Un cinéaste plus maladroit pourrait tenter de tirer une larme, mais Wenders, habile, nous sert une apologie apaisée de la bonté du renoncement. Confronté tour à tour à la solitude, à la jeunesse, aux femmes, à la famille et à la mort, le personnage principal accepte la dureté de la vie sans se cacher : il s’amuse avec un inconnu qui lui annonce sa maladie, il enlace une sœur qui doit lui manquer… Le renoncement n’est pas la retenue, ni le déni. Le renoncement, c’est accepter de participer au tumulte du monde sans chercher à en maîtriser tous les aspects.

Anselm : Un Dialogue Artistique en 3D

Le cinéaste allemand signe un film époustouflant, Anselm (Le Bruit du temps), sur son compatriote Anselm Kiefer, plasticien de la mémoire allemande. Deux géants réunis par la 3D dans un documentaire atypique, comme une expérience immersive autour du processus créatif, réalisé dans les différents lieux habités par l'artiste, que ce soit dans les montagnes de l'Odenwald au sud de l'Allemagne, son ancien atelier-chantier de Barjac, son atelier gigantesque de Croissy-Beaubourg et sa région natale de Rastatt, en Forêt-Noire.

Wenders et Kiefer se sont connus en 1991, et ont depuis rêvé de faire un film ensemble. Ce projet a pris du temps, avec sept tournages sur deux ans et demi. Wenders a monté le film entre les tournages, comprenant ce qu'il fallait ajouter ou ce qui manquait. Au début, il ne savait pas comment rendre justice à l'immensité de cette œuvre.

La 3D montre beaucoup plus qu'un film, elle élève la vision au carré. L'information qu'elle ajoute fait que le cerveau travaille d'une autre manière, il est beaucoup plus actif que pour un film normal. La reconnaissance de l'espace apporte énormément de sensations émotionnelles et de présence.

Anselm est le seul artiste qui arrive à faire vivre le temps dans ses peintures et ses constructions. Il l'incorpore comme personne. Et Wenders a appris lentement comment le temps peut être présent dans un film, comment le film devient lui-même son propre temps.

Pour comprendre l'art d'Anselm Kiefer, qui relève plutôt d'une expérience, il faut être devant ses œuvres. Sa bibliothèque pourrait être celle d'une petite ville. On pourrait croire qu'il n'a pas tout lu, mais quand on en tire un ouvrage, on s'aperçoit qu'il a été annoté, travaillé !

Wenders a visité les lieux et pendant une semaine, ils se sont parlé tous les après-midi pendant quatre ou cinq heures, autour d'un thème différent à chaque fois : l'enfance, la poésie, les femmes, les sciences, les mythes, les différentes époques de sa peinture, ses méthodes…Finalement, Wenders a eu un manuscrit de mille pages, qu'il a fait retranscrire par son équipe, pendant des semaines. C'était un peu sa bible. Kiefer a répondu à toutes ses questions.

Un Artiste Voyageur Entre les Modes de Production

Éternel explorateur, Wim Wenders « voyage entre les continents, entre les mythes, dans l’histoire du cinéma. Mais surtout, ce voyageur imprudent voyage entre les modes de production », écrivait Serge Daney. Pas de meilleure définition pour celui qui n’aspire qu’à la liberté. Il a toujours aimé s’évader : dans une salle de cinéma, dans les paysages perdus d’Amérique, dans les projets les plus inattendus.

Le temps passe, mais ne l’atteint pas. « Au début, je voulais juste faire des films, mais avec le temps, le voyage en lui-même n’était plus le but, mais ce que vous trouvez à la fin. Maintenant, je réalise des films pour découvrir quelque chose que je ne savais pas, un peu comme un détective. » Dans Trois couleurs, il ajoute: « Je revois mes propres films, d’il y a trente, quarante, cinquante ans, et je ne les reconnais pas, je ne sais pas qui était cette personne qui l…

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