Les vaccins contre la COVID-19 ont été un outil essentiel dans la lutte contre la pandémie, mais ils ont également suscité des interrogations et des inquiétudes, notamment en ce qui concerne leur lien potentiel avec l'avortement et leurs effets sur la fertilité. Cet article vise à démêler les faits des idées reçues, en s'appuyant sur les données scientifiques disponibles et les déclarations des autorités sanitaires.
Impact des vaccins contre la COVID-19 sur la fertilité
Les données scientifiques actuelles sont rassurantes quant à l'impact des vaccins contre la COVID-19 sur la fertilité.
Fertilité féminine
À ce jour, il n'a pas été démontré que la COVID-19 affectait la fertilité des femmes d'un point de vue physiologique. Par exemple, selon des observations menées sur 237 femmes positives au SARS-CoV-2 et en âge de procréer en janvier 2021, aucune perturbation significative du cycle menstruel n'a été notée après l'infection.
Concernant le lien direct entre la vaccination et l'infertilité féminine, les études sont peu nombreuses mais rassurantes. Une étude observationnelle publiée en mai 2021 a évalué l'influence du vaccin anti-SARS-CoV-2 à ARNm sur le processus de fécondation in vitro (FIV). Sur 36 couples qui avaient repris le processus de FIV entre 7 et 85 jours après avoir reçu le vaccin, aucune différence n'a été observée au niveau de l'activité ovarienne, ni aucune modification des caractéristiques des embryons.
La Société britannique de fertilité a recommandé en février 2021 que les personnes suivant un traitement contre l'infertilité (FIV, congélation des ovules, insémination intra-utérine) prennent en compte les potentiels effets secondaires qui peuvent survenir quelques jours après l'injection (fièvre, fatigue). Ainsi, il peut être plus judicieux d'attendre quelques jours après la vaccination pour commencer ou reprendre un traitement pour la fertilité, afin que les effets secondaires du vaccin ne soient pas attribués par erreurs aux effets du traitement. Il est également conseillé d'avoir reçu les deux doses de vaccin avant de commencer ou reprendre le traitement.
Lire aussi: Allaitement et vaccin COVID
Fertilité masculine
Chez les hommes, une étude publiée dans Jama Network en juin 2021 a analysé le sperme d'un petit échantillon de 45 hommes en bonne santé avant et après l'injection des deux doses du vaccin à ARNm contre la COVID. Aucune différence n'a été observée au sein du liquide séminal. Il n'est donc pas contre-indiqué de se faire vacciner si l'on souhaite donner son sperme, de même qu'il n'y a pas de contre-indication pour les femmes souhaitant faire don de leurs ovules. Des études sur un échantillon plus large et avec un suivi sur le plus long terme seront nécessaires pour confirmer ces observations.
Études sur modèles animaux
Des études sur modèles animaux apportent aussi quelques pistes pour évaluer l'impact des vaccins sur la santé reproductive. Ainsi, des données ont montré que le vaccin ARNm testé chez 44 souris femelles n'avait eu aucun effet sur leur performance reproductive, leur fertilité ou leurs paramètres ovariens et utérins en général. Le développement fœtal avant et après la naissance était également normal. Ces modèles animaux, bien qu'ils soient moins directement applicables à l'humain, permettent d'obtenir des données supplémentaires rassurantes sur les effets du vaccin ARNm.
Déclarations des autorités sanitaires
L'American Society for Reproductive Medicine a déclaré que les vaccins ARN « ne causent pas un risque élevé d'infertilité, de fausse couche au premier et second trimestre ou d'anomalies congénitales ». L'agence américaine des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) a également confirmé que « pour tous les vaccins, il n'y a pas de preuve suggérant qu'ils causent des problèmes de fertilité ». La balance bénéfice-risque concernant la santé reproductive est donc aujourd'hui en faveur du vaccin. Plusieurs essais cliniques sont à présent en cours pour continuer à évaluer son efficacité et ses effets secondaires sur la fertilité et la grossesse.
Lien entre les vaccins contre la COVID-19 et les cellules fœtales
Une autre source de préoccupation concerne le lien entre les vaccins contre la COVID-19 et les cellules fœtales. Il est important de distinguer deux aspects :
Utilisation de cellules fœtales dans le développement et la production des vaccins
Certains vaccins contre la COVID-19, notamment ceux de Johnson & Johnson, Pfizer et Moderna, ont utilisé des lignées cellulaires dérivées de cellules fœtales humaines lors de la phase de test ou de production. Ces lignées cellulaires, comme la HEK-293 et la PER.C6, sont cultivées en laboratoire et proviennent d'IVG réalisées il y a plus de trente ans.
Lire aussi: Gérer la fièvre après vaccin
Il est essentiel de noter que ces lignées cellulaires ne sont pas des cellules de fœtus avortés récemment. Elles sont des descendantes de cellules prélevées il y a plusieurs décennies et qui ont été immortalisées, c'est-à-dire modifiées génétiquement pour se multiplier à l'infini.
Absence de cellules fœtales dans le vaccin final
Aucun des vaccins contre la COVID-19 ne contient de cellules fœtales dans le produit final. Les cellules utilisées lors de la production sont filtrées et extraites avant la mise en flacon du vaccin.
Raisons de l'utilisation de cellules fœtales
L'utilisation de cellules fœtales dans la production de vaccins est due à plusieurs facteurs :
- Les virus ont besoin d'un hôte pour se reproduire, et les cellules fœtales sont un hôte efficace pour la culture de virus.
- Les cellules fœtales sont moins susceptibles d'être contaminées par des virus animaliers indésirables.
- Certains virus humains se développent mal à l'intérieur de cellules non humaines.
Alternatives aux cellules fœtales
La science a identifié d'autres cellules animales susceptibles d'être utilisées en toute sécurité dans l'élaboration de vaccins contre certains virus. Cependant, pour les nouveaux virus humains, il y a une préférence pour le recours à une lignée cellulaire humaine.
Position des autorités religieuses
Certains responsables religieux ont exprimé des préoccupations concernant l'utilisation de cellules fœtales dans la production de vaccins. La Conférence des évêques catholiques des États-Unis a affirmé que ces lignées cellulaires comportaient un péril moral à cause de leur lien (quoique lointain) avec des avortements. Cependant, ils ont fini par répéter le message du Vatican justifiant le recours aux vaccins : en l'absence d'alternatives et dans un contexte sanitaire dangereux, il s'agit d'un acte de charité et c'est une responsabilité morale.
Lire aussi: Vaccins obligatoires et recommandés pour les nourrissons
Risques liés à la COVID-19 pendant la grossesse
Il est important de souligner que la COVID-19 présente des risques accrus pour les femmes enceintes et leurs bébés.
Risque accru de COVID-19 grave
Plusieurs études révèlent que les femmes enceintes présentent un risque plus élevé de développer une forme grave de COVID-19 avec un sur-risque de décès. Les femmes enceintes présentant des comorbidités (surpoids, hypertension, diabète etc.) semblent présenter un risque accru de développer des formes sévères de la COVID-19, notamment au cours du 3ème trimestre de grossesse.
Risque accru de complications spécifiques à la grossesse
La COVID-19 pendant la grossesse est également associée à un risque accru de complications spécifiques à la grossesse : pré-éclampsie, naissance prématurée et mortalité périnatale.
Protection des nouveau-nés
La vaccination pendant la grossesse confère également une certaine protection aux nouveau-nés. Des études ont montré un taux de contamination par le SARS-CoV2 inférieur chez les nouveaux nés de mère vaccinée par vaccin à ARNm. La transmission d'anticorps par le sang du cordon et le lait maternel ainsi que la baisse de transmission du coronavirus par les mères vaccinées, peuvent expliquer ce résultat.
Impact de la pandémie sur la santé sexuelle et reproductive
La pandémie a eu un impact plus large sur la santé sexuelle et reproductive de la population.
Perturbation des services de santé
Un rapport du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a montré que la priorité donnée à la COVID-19 perturbait les services de santé liés à la sexualité, la reproduction et la fertilité. Cela expose les femmes les moins favorisées à des difficultés pour accéder à la contraception, à l'avortement, et fait obstacle à l'accompagnement des futures mères dans leur grossesse.
Baisse du nombre de naissances
L'Institut national d'études statistiques a enregistré une baisse du nombre de naissances entre janvier 2020 et 2021, attribuée à la pandémie et à un sentiment d'incertitude chez les couples concernant l'avenir, mais pas à une chute généralisée de la fertilité.
Facteurs sociaux et psychologiques
Des facteurs sociaux et psychologiques liés à la pandémie ont pu perturber la santé sexuelle de la population.
Études remettant en cause le lien entre la vaccination et le cancer
Un tweet de Didier Raoult a semé le doute, à une semaine du début des campagnes de vaccination contre la grippe et le Covid-19, en affirmant que des études épidémiologiques rapportaient une augmentation des cancers chez les vaccinés. Cependant, cette affirmation a été largement contestée.
Analyse de l'étude italienne
Une étude italienne a constaté que les vaccinés présentaient un risque plus élevé d'être hospitalisés pour cancer que les non-vaccinés. Cependant, lorsque le délai entre la vaccination et l'hospitalisation passait à 12 mois, le groupe ayant reçu une dose ne présentait plus de risque significatif, et celui ayant reçu trois doses montrait un risque d'hospitalisation significativement réduit par rapport aux non-vaccinés. Les auteurs de l'étude reconnaissent qu'on ne peut pas imputer les cas de cancer au vaccin contre le Covid-19. L'étude italienne comporte par ailleurs de nombreuses limites méthodologiques et d'interprétation. Les vaccinés étaient plus âgés que les non-vaccinés, et se trouvaient davantage à l'âge où apparaissent les premiers cancers.
Analyse de l'étude sud-coréenne
Une étude sud-coréenne a constaté une prévalence des cancers de la thyroïde, gastrique, colorectaux, des poumons, des seins et de la prostate chez les patients vaccinés, un an après l'injection. Cependant, comme l'étude italienne, les travaux sud-coréens évoquent une simple "association" entre vaccination et cancer, sans jamais conclure à une relation de causalité entre les deux. Le suivi des deux groupes, qui n'a duré qu'un an, "risque bien plus d'observer des cancers préexistants [avant la vaccination] que de détecter de nouveaux cancers".
Problème de "plausibilité biologique"
Pour Manuel Rodrigues, les deux études présentent un problème de "plausibilité biologique". Il ne voit pas bien comment, en injectant une dose dans le bras, on augmenterait le risque de cancer du sein ou de la vessie, à l'autre bout du corps.
Conclusion
Présenter ces études comme des preuves, incitant potentiellement la population, notamment les plus fragiles, à ne pas aller se faire vacciner alors que l'épidémie est toujours présente, est irresponsable. Une étude de l'OMS de 2024 montre en effet que les vaccinations contre le Covid-19 ont permis de sauver plus de 1,4 million de vies dans la région européenne de l'organisation onusienne.
Études sur les fausses couches et les vaccins contre la COVID-19
Plusieurs lecteurs de 20 Minutes ont demandé à la rubrique « Fake Off » de vérifier les résultats d’une étude publiée dans la prestigieuse revue américaine New England Journal of Medicine en avril dernier, et leur interprétation par des comptes antivax. Selon ces derniers, l’impact de la vaccination sur la grossesse serait terrible, puisque « 82 % des femmes enceintes de moins de 20 semaines ont fait une fausse couche » après l’injection du vaccin.
Analyse de l'étude du New England Journal of Medicine
L’étude conclut ainsi que 12,6 % des 827 grossesses terminées l’ont été en raison d’une fausse couche, un résultat comparable au taux moyen de fausses couches, estimé aux alentours de 15 %. Les auteurs soulignent que leurs « résultats préliminaires ne montrent pas de signaux d’alarme manifestes parmi les personnes enceintes ayant reçu des vaccins anti-Covid à ARN messager », tout en appelant à poursuivre les travaux pour affiner les résultats.
Statistique volontairement biaisée et « dénuée de sens »
Pour obtenir le chiffre de 82 % de fausses couches, les comptes antivax ont exclu les personnes enceintes vaccinées lors de leur troisième trimestre de grossesse, une période où le développement du fœtus est avancé, et durant laquelle le risque de fausse couche est donc moins commun. En calculant (approximativement) le nombre de fausses couches survenues au premier et au second trimestre à partir des données de l’étude, la scientifique est parvenue à un taux de 8,5 % au premier trimestre et de 0,5 % au second.
Recommandations pour les femmes enceintes et celles qui planifient une grossesse
Compte tenu des risques liés à la COVID-19 pendant la grossesse et des données rassurantes sur la sécurité et l'efficacité des vaccins, les autorités sanitaires recommandent la vaccination pour les femmes enceintes et celles qui planifient une grossesse.
Recommandations générales
L'Institut Bernabeu recommande à toute la population qui peut accéder à la vaccination Covid de la réaliser dès que possible. Vous serez protégé et si vous contractez la maladie avant, pendant ou après le début de la grossesse, les risques de complications pour Covid19 se réduisent sensiblement. La vaccination est la priorité.
Vaccins recommandés
Par mesure de précaution, dans l'attente des résultats finaux des études menées chez l'animal pour le vaccin Astrazeneca, il convient de privilégier les vaccins à ARNm (COMIRNATY ou Moderna), pour lesquels les études animales n'ont pas montré de conséquence sur le développement du fœtus.
Vaccination pendant la grossesse
Il est recommandé de se faire vacciner par un vaccin à ARNm dès le 1er trimestre de grossesse. La HAS, soutenue par le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français, recommande une dose de rappel vaccinal chez les femmes enceintes, quel que soit le terme de la grossesse, lorsque la dose précédente date de plus de 6 mois.
Vaccination pendant l'allaitement
L’allaitement peut être poursuivi après une vaccination par un vaccin à ARNm. On ne retrouve pas de passage du vaccin chez l’enfant.
tags: #vaccin #covid #lien #avortement