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L'État Postnational au Canada : Définition, Enjeux et Réalités

Depuis son élection en 2015, Justin Trudeau a souvent qualifié le Canada de « premier État postnational », suscitant à la fois l'admiration et la controverse. Cette désignation, loin d'être anodine, remet en question les fondements mêmes de l'identité canadienne et son modèle de société. Cet article vise à explorer en profondeur la définition de l'État postnational selon Trudeau, ses implications concrètes pour le Canada, et les débats qu'elle suscite.

Définition de l'État Postnational selon Trudeau

Selon Justin Trudeau, le Canada se distingue en ne revendiquant aucun noyau culturel fondateur. Le pays n’aurait en propre que sa quête d’une diversité toujours plus affirmée. Il se présente comme un pays où la diversité est une force, un laboratoire de cohabitation harmonieuse entre différents groupes identitaires. Cette vision contraste avec l'État-nation classique, fondé sur une identité culturelle et historique commune. Trudeau a même déclaré que les valeurs partagées au Canada sont l’ouverture, le respect, la compassion, la volonté de travailler fort, d’être là les uns pour les autres, de rechercher l’égalité et la justice.

Le Multiculturalisme comme Pilier de l'État Postnational

Le multiculturalisme est au cœur de l'idéologie de l'État postnational canadien. Depuis la refonte constitutionnelle de 1982, le multiculturalisme est devenu le noyau idéologique de l'ordre constitutionnel canadien. Il s’agit d’une entreprise de réingénierie sociale et identitaire intégrale, sous le signe de l’inversion du devoir d’intégration. Ce ne sont plus les nouveaux arrivants qui doivent prendre le pli de la société d’accueil, mais cette dernière qui doit transformer ses institutions, ses mentalités et ses mœurs pour accommoder les exigences toujours plus nombreuses de la diversité.

L'idéologie des « Accommodements Raisonnables »

L'idéologie des « accommodements raisonnables » est une manifestation concrète de cette réingénierie sociale. Les exemples sont nombreux et connus : de la mise en place d’uniformes différenciés selon les convictions religieuses dans les différents services policiers fédéraux jusqu’au droit de prêter son serment de citoyenneté en niqab, sans même avoir à se dévoiler un instant le visage. Tous les communautarismes, même les plus agressifs, parviennent à normaliser leurs revendications en les formulant dans le langage des droits fondamentaux.

Le Canada : Laboratoire de l'Utopie Diversitaire

Le Canada se présente comme le promoteur le plus convaincu du multiculturalisme, en se présentant comme le laboratoire et l’avant-garde de l’utopie diversitaire. Justin Trudeau s’en est fait le promoteur actif sur la scène internationale, en multipliant partout où il passait les sermons en faveur de « l’ouverture ». Le Canada ne prétend pas seulement avoir un modèle distinct de « gestion de la diversité », peut-être adapté à sa réalité, avec ses mérites et ses limites, il croit avoir le seul valable. Il représenterait, sous les traits de l’avenir radieux, la prochaine étape dans l’histoire de l’humanité, alors que l’État-nation, dans sa forme classique, appartiendrait au monde d’hier, et ne serait plus qu’une forme vide, un résidu institutionnel inadapté aux temps nouveaux. Tous les pays seraient appelés à le suivre sur cette voie garante de paix et de prospérité dans une société plurielle. Certains osent même parler pour cela de canadian dream.

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Les Critiques et les Défis de l'État Postnational

La vision de Trudeau suscite de vives critiques et soulève des défis importants.

La Dissolution de l'Identité Nationale

L'une des principales critiques est que l'État postnational mine l’identité nationale et conduit à une dissolution démographique et politique de la nation canadienne. En ne revendiquant aucun noyau culturel fondateur, le Canada risque de se réduire à une collection d'individus, issus de cultures et religions de plus en plus diverses, désireux de faire valoir leurs droits individuels face à un devoir collectif discrédité ou nié.

La Question du Québec

La seule dissidence collective est celle du Québec, qui se définit comme une nation à part entière - on pourrait même y voir un Étatnation enclavé dans la fédération - et résiste à la canadianisation de ses références identitaires, ce qui l’amène à vouloir mettre en place son propre cadre politico-symbolique de gestion de la diversité. Mais la volonté du Québec de se délivrer des contraintes idéologiques et constitutionnelles propres au multiculturalisme, en mettant en avant un projet de laïcité conforme à sa propre réalité nationale, suscite une réaction particulièrement intransigeante de la part du régime canadien. La simple obligation faite aux employés de l’État en situation d’autorité de ne pas porter de signes religieux ostentatoires depuis 2019 dans la province francophone relevait ainsi, du point de vue canadien, d’un racisme systémique propre à un peuple encore enfermé dans une conception traditionnelle de l’identité collective.

L'Importation des Conflits Étrangers

Une autre critique est que l'immigration massive, venue des quatre coins du monde, impose ses exigences culturelles et importe des conflits étrangers. Les exemples sont nombreux, allant des manifestations pro-Hamas à Montréal aux engueulades entre juifs et musulmans en face des écoles.

Le « White Flight »

Le « white flight » est une autre conséquence du multiculturalisme d’État sur les sociétés d’accueil canadiennes. De nombreux habitants de villes comme Brampton, Vancouver et Toronto, dont la population blanche est de plus en plus minoritaire, ont choisi de déménager vers des régions où ils se sentent plus à l'aise.

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Le Totalitarisme sans le Goulag

Certains analystes, comme Mathieu Bock-Côté, vont jusqu'à parler de « totalitarisme sans le Goulag » pour décrire le régime diversitaire canadien. Selon lui, le multiculturalisme est devenu une religion politique et le wokisme s'est emparé de l'appareil d'État et de ses machines répressives. Dans ce système, l'extrême droite est désignée comme l'Ennemi, ce qui permet de suspendre les libertés et d'intimider les populations.

Le Nationalisme comme Réaction à l'État Postnational

La redécouverte du nationalisme est une réaction à la dissolution de l'identité nationale et à l'idéologie diversitaire. Face aux visées agressives de Donald Trump, les chefs de file politiques du Canada remettent à l’honneur l’identité nationale, note la presse canadienne. Le conservateur Pierre Poilievre souhaite remettre à l’honneur les héros et symboles canadiens. Le Premier ministre libéral Mark Carney, son rival pour les élections du 28 avril, a nommé dès son arrivée, en mars, un ministre de la Culture et de l’Identité canadiennes (il existait auparavant un ministre du Patrimoine). Le Canada est “construit sur le roc de trois peuples : indigène, français et britannique”, a-t-il déclaré - sans prononcer le mot “multiculturalisme”, note le Devoir.

Le Canada Face à son Avenir

La question de l'État postnational est au cœur des débats sur l'avenir du Canada. Le pays oscille entre une vision multiculturaliste radicale et un retour à une identité nationale plus affirmée. La capacité du Canada à trouver un équilibre entre ces deux pôles déterminera sa trajectoire future.

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