Loading...

Le traumatisme psychologique du transfert d'embryon : un fardeau invisible

Si les difficultés physiques rencontrées par une femme lors d'un parcours de procréation médicalement assistée (PMA) sont relativement faciles à imaginer pour l'entourage, l'aspect psychologique reste souvent incompris. Un parcours de PMA est caractérisé par une incertitude et une attente constantes, créant un véritable traumatisme psychologique.

L'incertitude et l'attente : un poids lourd à porter

Certaines femmes donneraient tout pour savoir si elles tomberont enceintes un jour, peu importe quand et comment. La peur de tous ces efforts en vain est un poids lourd à porter, que rien ne peut soulager. La PMA nécessite des dizaines de rendez-vous avec des professionnels de la santé et autant d'examens.

Un parcours de PMA est souvent présenté comme des montagnes russes émotionnelles, et pas seulement à cause des hormones qu'il faut parfois s'injecter. L'infertilité est souvent vécue comme une injustice par les femmes et les hommes qui en sont victimes. La question « pourquoi moi ? Pourquoi nous ? » revient souvent. Ce sentiment est exacerbé lorsqu'on voit des proches devenir parents facilement et rapidement, tandis que son propre processus est long, compliqué et douloureux. On en vient parfois à estimer que d'autres personnes méritent moins que soi d'avoir des enfants, et la honte ne tarde pas à arriver.

La dichotomie des sentiments : joie et douleur

Avoir un enfant est généralement un bonheur communicatif. Pourtant, lorsqu'on est en parcours de PMA, on ne peut s'empêcher d'avoir mal au fond de soi, tout en se réjouissant pour ce proche ou cette connaissance qui accomplit ce rêve. Cette dichotomie de sentiments peut aller loin et pousser à annuler des soirées, des repas ou des sorties pour ne pas avoir à côtoyer le bonheur des autres.

Un parcours de PMA est long et survient souvent après quelques années d'échecs de grossesse naturelle. Entre la naissance du désir d'enfant et l'arrivée de bébé peuvent s'écouler de nombreuses années difficiles à supporter. Le temps qui passe, c'est aussi l'âge des partenaires qui avance, ce qui n'aide pas non plus la fertilité.

Lire aussi: Optimiser votre transfert de FIV

La honte et la culpabilité : des sentiments envahissants

Colère face à l'indélicatesse des remarques de l'entourage ou du personnel médical, penser qu'on mérite un enfant plus que d'autres… Autant de sentiments qui entraînent de la honte et de la culpabilité au quotidien. La longueur, la complexité et l'enjeu d'un parcours de PMA le rendent véritablement unique et difficile à partager avec son entourage, même le plus proche. On a à la fois la sensation d'être complètement incompris, et de son côté on ne supporte plus non plus les discours parfois déplacés ou tout simplement fades de ses amis. Comment sa dernière sortie du samedi soir pourrait-elle encore vous intéresser ?

« Avoir l'impression que sa vie est sur pause », voilà une expression qui revient souvent dans la bouche des femmes en parcours de PMA et qui traduit bien la sensation de vivre en permanence sous la tutelle des contraintes de la PMA : injections à heure fixe, rapport sexuel à une date prévue, planning plein de rendez-vous et timing précis imposent un rythme de vie qu'on ne choisit pas et empêchent de partir librement en vacances ou de programmer des sorties selon ses envies propres, alors même qu'on n'a pas d'enfant !

Les risques de fausse couche : une source d'angoisse supplémentaire

Lorsqu'on suit un parcours de PMA, tomber cliniquement enceinte est loin de signifier que le fœtus arrivera à terme et vous offrira un magnifique bébé en parfaite santé. Les risques de fausse couche sont plus importants et mille péripéties peuvent encore se passer au cours de la grossesse. On a peut-être eu le bonheur d'avoir un enfant quand on était plus jeune, mais le temps a passé et tout est plus difficile pour voir arriver le petit deuxième. Savoir que son enfant sera unique est souvent terrible. On rêve de donner un petit frère ou une petite sœur à cet enfant qu'on a l'impression de laisser seul. La PMA, c'est des montagnes russes émotionnelles, ça nous prend aux tripes et ça prend beaucoup de place !

Témoignages de femmes en parcours de PMA

De nombreux témoignages de femmes ayant vécu un parcours de PMA mettent en lumière les difficultés émotionnelles rencontrées. Certaines décrivent le parcours comme une épreuve difficile, avec des montagnes russes émotionnelles, des moments de doute, de stress, mais aussi des moments de bonheur intense. Elles soulignent l'importance d'être bien accompagnées par le personnel médical et de pouvoir partager leurs expériences avec d'autres personnes vivant la même situation.

Une femme témoigne : « Après 1 an d'essai bébé infructueux, nous avons été dirigés vers la polyclinique et plus précisément vers le Dr M. qui a été d'une douceur extrême (pour moi qui ai toujours eu des douleurs lors d'examens gynécologiques c'était important) et très pragmatique. » Elle poursuit en décrivant les différentes étapes de son parcours, les inséminations, les FIV, les transferts d'embryons, les échecs, les moments de découragement, mais aussi les moments d'espoir et de joie. Elle insiste sur l'importance du soutien du personnel médical et de la chance qu'elle a eue de finalement avoir un enfant.

Lire aussi: Ostéopathie et FIV

Une autre femme raconte : « Je pousse la porte du docteur B en septembre 2022 de la polyclinique. Désespérée, j'ai 30 ans et ma deuxième merveille n'est toujours pas là. » Elle décrit son parcours, les examens, le diagnostic d'endométriose, les rendez-vous tous les deux jours, la ponction, l'implantation, la fausse couche, et finalement, la joie d'être enceinte. Elle souligne la difficulté du parcours, mais aussi la force qu'elle a trouvée en elle et en son mari pour surmonter les obstacles.

Ces témoignages illustrent la complexité émotionnelle d'un parcours de PMA et la nécessité d'un accompagnement psychologique adapté.

L'impact du traumatisme sur les générations futures

De nouvelles études suggèrent que les effets d'un traumatisme (guerre, génocide, abus, facteurs environnementaux…) pourraient se transmettre génétiquement d'une génération à la suivante. L'épigénétique est l'étude de la façon dont les gènes s'activent et s'inhibent. Ce processus moléculaire, que l'on appelle « expression génique », stimule l'activité de certains gènes et en réduit d'autres au silence par l'ajout et par le retrait de marqueurs chimiques (des groupes méthyles) sur les gènes.

De multiples études ont déjà suggéré qu'il pouvait s'agir d'un mécanisme par lequel le traumatisme d'un parent pourrait se trouver imprimé dans les gènes de sa descendance ; les effets épigénétiques pourraient d'ailleurs être multigénérationnels. Ce champ « touche à toutes les questions que l'humanité se pose depuis qu'elle parcourt cette planète », affirme Moshe Szyf, professeur de pharmacologie à l'Université McGill. « À quel point notre destinée est-elle prédéterminée ? Quelle part contrôlons-nous ? »

Pour certaines personnes, l'idée que nous puissions porter l'héritage d'un traumatisme est logique, car cela valide le sentiment qu'elles ont d'être plus que la somme de leurs expériences. « Si vous avez l'impression d'avoir été affecté par un événement on ne peut plus traumatique, difficile, bouleversant dont votre mère ou votre père a fait l'expérience, eh bien il y a une raison à cela », explique Rachel Yehuda, professeure de psychiatrie et de neurosciences des traumatismes au Mount Sinai, à New York. Selon ses dires, ses recherches attirent l'attention sur un petit « signal » épigénétique qui montre qu'une expérience bouleversante ne « disparaît pas quand vous mourez ». « Elle vous survit sous une certaine forme. »

Lire aussi: Le transfert d'embryon

Pour comprendre comment le traumatisme émotionnel peut transcender les générations, il est bon de penser à la distinction entre génome (c'est-à-dire l'ensemble de l'ADN présent dans le corps) et l'épigénome. Isabelle Mansuy, professeure de neuroépigénétique à l'Université de Zürich, compare cela à la différence entre software et hardware, entre logiciel et matériel informatique. Vous avez besoin du « hardware » du génome pour fonctionner. Mais c'est le « software » épigénétique qui dit aux gènes du génome comment fonctionner. « En permanence, dans chaque cellule, à chaque instant, l'épigénome change », révèle-t-elle. Il réagit à toutes sortes de facteurs environnementaux, des expositions chimiques aux déficits nutritionnels. L'épigénome détermine quels gènes seront activés à un moment donné et lesquels demeureront inhibés.

Comment surmonter la dépression liée à l'échec d'une FIV ?

Lorsque les échecs s'enchaînent, il devient difficile pour les couples en parcours de PMA de ne pas se laisser gagner par l'anxiété, voire la dépression. Un parcours de PMA (procréation médicalement assistée) est rarement linéaire. Même si chaque couple le vit différemment, il peut être source d'anxiété. “Une fois que le diagnostic est posé, il y a souvent beaucoup d'espoir chez les couples qui se disent alors que ça va forcément marcher.

Comme l'observe Karine Mayer, les femmes sont souvent beaucoup plus anxieuses que leur conjoint à l'idée que la PMA n'aboutisse pas à la naissance d'un enfant. “Ce sont elles qui subissent les examens, les traitements médicaux, même si l'infertilité vient de leur conjoint. Les hommes, à l'inverse, pensent que cela va fonctionner et que le médecin va forcément trouver une solution. Ils n'ont pas à supporter le stress répété des échecs, mois après mois, et des cycles qui s'enchaînent”, explique la psychologue.

La FIV met le corps des femmes à rude épreuve et, pour le couple, ce parcours peut être générateur d'anxiété et d'angoisse. Il faut également prendre en compte l'impact des médicaments. Ils provoquent un intense bouleversement hormonal et peuvent affecter le moral. Lorsque le parcours dure et que les essais s'enchaînent, il n'est pas anormal de se sentir débordés et déprimés.

La psychologue recommande aux couples de penser plutôt à moyen terme qu'à court terme. “Il faut aussi rester optimiste. Bien souvent les gens se disent que si les 4 FIV ont échoué c'est terminé. Mais, au fur et à mesure, on fait des examens complémentaires et il existe plein d'autres techniques, notamment grâce au don de gamètes”, rappelle Karine Mayer. “C'est plus ou moins difficile en fonction des couples, et il arrive que les gens soient bloqués là-dessus. Mais la génétique n'est pas le plus important. La fin des 4 FIV ne signifie pas que tout s'arrête”, ajoute la psychologue.

Cette dernière rappelle qu'en vertu de la loi française, même s'il y a eu un don d'ovocytes, la mère est celle qui accouche. “Il faut déjà essayer de voir étape par étape, sans se projeter sur des choses négatives. Beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte. La situation est très différente par exemple s'il y a un échec de transfert mais qu'il reste un embryon, ou s'il n'en reste pas”, explique Karine Mayer. “Il faut se dire que cela va marcher mais en étant plus souple dans la manière dont on envisage les choses. Il est alors important de continuer à vivre le plus normalement possible, ce qui est bien sûr difficile pour les femmes dont le quotidien est rythmé par le suivi échographique, les prises de sang, les injections, ponctions et transferts.

La PMA a un impact sur tous les aspects de la vie : le travail, la vie de couple, l'organisation des vacances… “Mais l'idée est quand même d'essayer de faire des choses pour soi, avec son conjoint dans le couple, mais aussi de consulter régulièrement son médecin pour demander des examens complémentaires si ça ne fonctionne pas. Cette dernière précise que lorsque la situation semble figée, qu'il ne se passe rien, il faut trouver un moyen pour que ça avance. “Ça fait peur bien sûr lorsqu'il s'agit du dernier transfert, mais il ne faut pas faire durer cette stagnation et au contraire penser aux options qui viennent après. Pour la psychologue, les pauses, sauf si le couple n'en peut vraiment plus, ne sont pas forcément bénéfiques. “Faire une pause de six mois, cela ne fait que décaler, subir encore du temps où il ne se passe rien”, explique-t-elle. “Bien souvent, le bout du bout, les patients ne l'anticipent pas et c'est donc un vrai choc”, observe Karine Mayer. Cette dernière précise que rares sont les couples qui renoncent, les femmes qui disent “on arrête”. Certaines vont toutefois y parvenir, chemin faisant, et se dire que ça ne marchera pas. Certains couples, peu nombreux, décident de se tourner vers l'adoption.

tags: #transfert #embryonnaire #traumatisme #psychologique

Articles populaires:

Share: