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Les tisanes d'allaitement : bienfaits, risques et études scientifiques

L'allaitement maternel est universellement reconnu comme la meilleure source de nutrition pour les nouveau-nés. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande un allaitement exclusif pendant les six premiers mois de la vie. Cependant, certaines mères rencontrent des difficultés avec la production de lait, ce qui les amène souvent à chercher des solutions naturelles comme les tisanes d'allaitement. Ces tisanes sont composées de plantes dites « galactogènes », c'est-à-dire qu'elles sont censées favoriser la sécrétion de lait maternel. Mais qu'en est-il réellement de leur efficacité et de leur sécurité ? Les études scientifiques confirment-elles les usages traditionnels ? Cet article explore en profondeur les tisanes d'allaitement, en s'appuyant sur les connaissances actuelles et les recommandations des experts.

Composition et mécanismes d'action des tisanes d'allaitement

Une tisane d'allaitement est généralement un mélange de plusieurs plantes aux propriétés galactogènes. Parmi les ingrédients les plus couramment utilisés, on retrouve :

  • L'anis : L'anis favorise la lactation grâce à l'anéthol, son composé actif majeur. Ces composés végétaux exercent une action hormonale douce, stimulant indirectement la sécrétion de prolactine, hormone essentielle à la production de lait maternel. De plus, il soulage les troubles digestifs courants chez les nourrissons, comme les coliques ou les ballonnements, en agissant positivement sur la digestion de la maman et du bébé.
  • La verveine : La verveine agit principalement pendant l’allaitement en apportant un effet calmant et antispasmodique.
  • Le fenouil : Le fenouil en graines est traditionnellement recommandé pour l'allaitement. Il est utilisé en herboristerie pour soulager les troubles digestifs, les ballonnements et pour son effet diurétique. Le fenouil est une plante reconnue pour ses propriétés galactogènes grâce à son principal composé actif, l’anéthol. Celui-ci agit en stimulant les glandes mammaires. Le fenouil est également excellent pour la digestion du bébé, aidant à réduire les coliques et les gaz grâce à ses propriétés antispasmodiques.
  • Le fenugrec : Le fenugrec est une graine qui pousse dans la région méditerranéenne. C’est l’ingrédient clef de nombreuses tisanes d’allaitement. Riche en phytoestrogènes et en diosgénine, un précurseur des hormones lactogènes, il est un excellent galactagogue. Il agit en l’espace de 24 à 72 heures. Le fenugrec est aussi bénéfique pour la digestion du bébé.

D'autres plantes sont également utilisées, telles que l'ortie, la mélisse, le carvi, la rue des chèvres (galéga), la citronnelle, le cumin, la camomille, les feuilles de framboisier et le gingembre. Chacune de ces plantes possède des propriétés spécifiques qui peuvent contribuer à la lactation et au bien-être de la mère et du bébé. L’anis vert, riche en anéthol et en dianéthol, est une plante efficace pour la lactation. Ces composés stimulent la production de prolactine, une hormone essentielle à ce processus. En plus de favoriser la montée de lait, l’anis vert aide à apaiser les coliques chez le nourrisson. Tout comme la camomille, la mélisse est reconnue pour ses propriétés calmantes et digestives. Ainsi, elle aide à booster la montée de lait chez la mère allaitante et calme les coliques chez le bébé. Riche en fer, calcium et vitamines, l'ortie est idéale pour les mères allaitantes. Ses propriétés galactogènes aident à augmenter la production de lait. L'ortie est également bénéfique pour prévenir l'anémie post-partum chez les mamans et améliorer la digestion du bébé. Le cumin contient des composés tels que les phytoestrogènes qui stimule la production de lait maternel. Ses propriétés carminatives réduisent les gaz et les ballonnements chez la mère et le bébé. La camomille est réputée pour ses propriétés calmantes et digestives. Elle favorise la relaxation, ce qui peut aider à améliorer la production de lait en réduisant le stress. De plus, elle est excellente pour apaiser les coliques et les troubles digestifs chez les nourrissons. Boire une tisane à la camomille deux à trois fois par jour vous sera bénéfique pendant l’allaitement. Les feuilles de framboisier sont riches en vitamines et minéraux, notamment en calcium, qui est essentiel pour la production de lait. Elles aident également à tonifier l'utérus et à soutenir la récupération post-partum. Le gingembre stimule la circulation sanguine, ce qui peut augmenter la production de lait. En plus de ses effets galactogènes, le gingembre améliore la digestion et réduit les nausées, tant pour la maman que pour le bébé.

Les mécanismes d'action précis de ces plantes ne sont pas toujours entièrement élucidés. Cependant, on pense que certains composés, comme l'anéthol présent dans l'anis et le fenouil, peuvent stimuler indirectement la sécrétion de prolactine, l'hormone clé de la lactation. D'autres plantes peuvent agir en favorisant la relaxation et en réduisant le stress, ce qui peut également avoir un impact positif sur la production de lait.

Études scientifiques sur l'efficacité des tisanes d'allaitement

Si l'utilisation des tisanes d'allaitement est largement répandue et ancrée dans les traditions, il est important d'examiner ce que la science dit de leur efficacité réelle. Plusieurs études se sont penchées sur la question, avec des résultats parfois contrastés.

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Une étude américaine publiée dans le "Journal of alternative and complementary medicine" en 2011 a étudié les effets galactogènes de la tisane de fenugrec et son utilisation lors de la première semaine du nourrisson. Les résultats suggèrent que les enfants dont les mères ont consommé une tisane à base de fenugrec ont retrouvé leur poids de naissance plus rapidement que ceux du groupe placebo. Une étude iranienne a également conclu aux effets positifs de tisanes contenant du fenugrec sur le poids des nourrissons âgés de 0 à 4 mois.

Une étude nigérienne s’est intéressée aux effets bénéfiques pour la lactation chez les femmes ayant eu un bébé prématuré, d’une tisane d’allaitement à base d’ortie, mélisse, carvi, fenouil, rue des chèvres (galéga) et citronnelle. Les résultats indiquent une augmentation de la quantité de lait produit lors de la première semaine de prise.

Cependant, il est important de noter que toutes les études ne confirment pas ces résultats. La Haute Autorité de Santé (HAS) en France a publié une étude de 164 pages très complète sur l’allaitement, mais elle ne corrobore pas systématiquement ces recommandations. De plus, il est souvent difficile de tirer des conclusions définitives en raison de la variabilité des compositions des tisanes, des doses utilisées et des populations étudiées.

Le cas du fenouil : alerte sur l'estragole et risques potentiels

Le fenouil est un ingrédient traditionnellement utilisé dans les tisanes d'allaitement, mais il fait l'objet d'une attention particulière en raison de la présence d'estragole, un composé potentiellement cancérigène à haute dose.

L’Agence Européenne du Médicament (AEM) déconseille désormais la tisane de fenouil aux femmes allaitantes et aux enfants de moins de 4 ans. Le problème vient de sa concentration d’estragol, un composé qui, à haute dose, est potentiellement cancérigène et qui peut provoquer des lésions sur les reins et le foie. L’AEM explique qu’il y a parfois un taux très élevé d’estragol dans les préparations à base de fenouil. Dans les infusions étudiées, ce taux oscillait entre 78 et 4633 microgrammes par litre. Mais la dose maximale recommandée est d’un microgramme par kilogramme de poids corporel.

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Cette découverte a suscité des réactions dans les maternités et parmi les professionnels de santé. Nombreuses sont les mamans surprises de cette information sur la contre-indication du fenouil pour les mères allaitantes et les femmes enceintes. Celle-ci vient perturber les fondations culturelles de nos générations de mères jusqu’aux maternités. Bon nombre de tisanes sont présentes dans les magasins pour augmenter la production du lait maternel. Nous savons quasiment toutes que le fenouil est conseillé dès le souhait d’allaiter son bébé.

En réalité, si nous avons eu connaissance de cette prévention il y a quelques mois, celle-ci s’appuie sur une étude scientifique effectuée en mai 2023 par l’Agence Européenne des Médicaments. Ils ont réalisé des analyses sur plusieurs souris femelles et des cellules. Les résultats ont démontré des faits inquiétants quant à la consommation du fenouil. Pour cause, celui-ci contient de l’estragol qui est un composant naturel se trouvant également dans d’autres produits à base de plantes médicinales. Notamment, dans l’anis vert, le basilic ou la mélisse. Il donne ce goût sucré et singulier à ces infusions.

Selon le Dr. Laureline BARRIELLE, médecin adjoint en néonatologie de l’hôpital HFR en Suisse : « Ces études […] montrent que sur des rongeurs et des cellules […] on a pu observer des mutations au niveau des cellules donc un risque que celles-ci dégénèrent en cancer ».

Cette enquête scientifique est conclue par une déclaration de l’Agence Européenne des Médicaments. C’est pour ces principales raisons, que de nombreuses maternités se rangent du côté de l’avis émis par l’Agence Européenne des Médicaments. Il est complexe de connaître le taux d’estragol. C’est mieux de se prémunir et de s’abstenir de consommer du fenouil lorsque nous sommes enceintes ou que l'on allaite son enfant. L’estragol devient une substance potentiellement cancérigène lorsqu’il est consommé à forte dose. D’après Carole Fletgen Richard, infirmière cheffe de service au Département femme-mère-enfant du CHUV : « À très haute dose, l’estragol peut provoquer des lésions sur les reins et le foie ».

Cependant, au vu des actuelles recommandations et pour éviter tout risque, le fenouil est déconseillé en cas d’allaitement. Comme vu précédemment, le taux d’absorption dans le lait et dans le corps de la maman reste très difficile à évaluer. Une tasse de tisane de fenouil, de mélisse, d’anis vert ou de basilic peut s’avérer dangereuse pour leur santé. Il existe une dose recommandée maximale basée sur des infusions étudiées, qui serait d’un microgramme par kilogramme de poids corporel.

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Il est donc essentiel de prendre en compte ces informations et de consulter un professionnel de santé avant de consommer des tisanes contenant du fenouil pendant l'allaitement.

Précautions d'emploi et alternatives aux tisanes d'allaitement

Au-delà du cas spécifique du fenouil, il est important de prendre certaines précautions lors de l'utilisation des tisanes d'allaitement :

  • Consulter un professionnel de santé : Quel que soit l’effet thérapeutique des plantes, pour le bien des femmes allaitantes et leurs bébés, il est important de se référer à un professionnel de santé formé à la phytothérapie.
  • Choisir des produits de qualité : Optez pour des tisanes certifiées biologiques et provenant de sources fiables pour éviter la contamination par des pesticides ou d'autres substances nocives.
  • Respecter les doses recommandées : Il est généralement conseillé de consommer une à deux tasses de tisane par jour, mais il est préférable de suivre les recommandations de votre professionnel de santé.
  • Surveiller les réactions du bébé : Certaines plantes peuvent provoquer des réactions allergiques ou des troubles digestifs chez le nourrisson. Si vous constatez des symptômes inhabituels, arrêtez la consommation de la tisane et consultez un médecin.

Si vous préférez éviter les tisanes ou si elles ne sont pas efficaces, il existe d'autres alternatives pour favoriser la lactation :

  • Mettre fréquemment le bébé au sein : Afin d’optimiser votre production de lait, mettez fréquemment votre bébé au sein. Le conseil que j'ai à vous donner dans le cas où vous auriez besoin de produire plus de lait : c'est de mettre bébé au sein au maximum. Il n'y a aucun autre secret. La succion du bébé est le principal stimulus pour la production de lait.
  • Adopter une alimentation variée et saine : Une alimentation déséquilibrée ou insuffisante en calories et en nutriments peut sérieusement entraver la lactation. Les mères allaitantes doivent veiller à consommer une variété d'aliments riches en vitamines, minéraux et protéines pour soutenir leur corps dans la production de lait. De plus, une hydratation adéquate est essentielle, car le lait maternel est principalement constitué d'eau. Il est important de veiller à rester hydraté régulièrement et de s’alimenter sainement. Vous pouvez consommer de la mélasse de dattes, du fenugrec et demander conseil à votre sage-femme ou à votre conseillère en lactation.
  • Se reposer et gérer le stress : Le stress et la fatigue sont des ennemis majeurs pour l’allaitement. Le stress libère du cortisol, qui peut inhiber la production d'ocytocine et de prolactine.
  • Assurer un bon contact peau à peau avec le bébé : Le contact physique entre la mère et l’enfant favorise la montée de lait. Le contact de la peau dès la salle d’accouchement puis aussi souvent que possible par la suite favorise la montée de lait.
  • Boire suffisamment d’eau : Pour produire votre lait maternel, le corps aurait besoin de +600ml à +700ml d’eau par jour par rapport aux 1,5L recommandés. Les recommandations seraient donc de boire 2L d’eau par jour pour une femme allaitante, sachant qu’environ 700ml supplémentaires vous seront apportés par votre alimentation.

Aliments et substances à éviter pendant l'allaitement

Certaines plantes, bien que bénéfiques dans d'autres contextes, sont à éviter pendant l'allaitement en raison de leurs effets potentiellement néfastes sur le bébé ou la lactation :

  • Réduction de la production de lait : sauge, menthe poivrée, persil, thym.
  • Troubles digestifs (y compris effets laxatifs) : rhubarbe, clou de girofle, fenouil en excès.
  • Réactions allergiques : camomille, anis, fenugrec.
  • Effets stimulants : ginseng, cannelle, thé vert en excès. La théine et la caféine passent dans le lait maternel. Ils pourraient rendre bébé nerveux, si vous en consommez en grande quantité. Pour les mamans qui souhaitent continuer à en boire, il est préférable de choisir des thés décaféinés.
  • Effets sédatifs : tilleul, valériane, passiflore.
  • Interférences hormonales : réglisse, houblon.
  • Propriétés diurétiques : hibiscus, pissenlit, queue de cerise.

De plus, il est recommandé d'éviter la consommation d'alcool et de limiter la consommation de certains poissons potentiellement contaminés par des métaux lourds. Évitez de consommer de l’alcool et des boissons alcoolisées car l’alcool passe dans le lait maternel puis dans le corps de votre nourrisson. Restreignez bien votre consommation de bière, vin, cidre, alcools forts & spiritueux, apéritifs pendant les premières semaines de l’allaitement. Passé cette période, vous pouvez consommer de l’alcool 1-2 fois par semaine maximum à raison d’1 verre par consommation, après une tétée et le plus à distance possible de la prochaine tétée.

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