Bien que l'allaitement maternel soit souvent présenté comme la norme, certaines mamans désirent offrir à leur bébé les bienfaits du lait maternel sans pour autant allaiter directement. Le tire-allaitement, qu'il soit exclusif (TAE) ou occasionnel (TAO), représente alors une solution viable. Cependant, sa mise en place nécessite une réflexion approfondie et une bonne préparation. Cet article explore les raisons qui peuvent pousser une mère à choisir le tire-allaitement, les méthodes pour tirer son lait efficacement, et les aspects liés au sevrage.
Pourquoi opter pour le tire-allaitement ?
Chaque maman et chaque bébé sont uniques, et plusieurs raisons peuvent justifier le choix du tire-allaitement :
- Difficultés médicales du bébé: L'état de santé du bébé peut l'empêcher de téter efficacement, notamment s'il est trop faible, prématuré ou placé en couveuse.
- Douleurs maternelles: Si la tétée est trop douloureuse, ou qu'elle entraîne des crevasses importantes, l'utilisation du tire-lait peut être plus confortable.
- Production de lait insuffisante: Bien que rare, une production de lait insuffisante pour couvrir les besoins du bébé peut conduire au tire-allaitement.
- Facteurs psychologiques: Certaines mères peuvent développer un blocage psychologique face à la mise au sein.
- Partage des responsabilités: Le tire-allaitement permet de partager la charge de l'alimentation du bébé avec le co-parent ou d'autres personnes. Il offre également un certain contrôle sur la quantité de lait consommée par l'enfant.
- Reprise du travail: Même en étant absente, vous pouvez poursuivre l’allaitement grâce au tire-allaitement. Cela consiste à extraire votre lait avec un appareil manuel ou électrique, appelé tire-lait . Ainsi, votre bébé sera nourri au sein lorsque vous êtes ensemble, tandis que lors de vos séparations, la personne qui s’en occupe pourra lui donner des biberons de lait maternel que vous aurez préalablement tirés et conservés. De plus, le tire-lait imite le geste de succion de votre bébé, ce qui aide à stimuler et maintenir la lactation.
Clara, une maman qui a opté pour le tire-allaitement exclusif pour sa fille Victoire, témoigne : "Donner le sein n'était plus possible pour moi. Je ne connaissais pas du tout le tire-allaitement. On ne m'en avait jamais parlé. Franchement, c'était inconnu au bataillon." Elle a finalement découvert cette alternative grâce aux réseaux sociaux et a été coachée par une autre maman tire-allaitante.
Comment tirer son lait efficacement ?
Pour allaiter grâce au tire-lait, il convient de reproduire le fonctionnement du sein au moment de la tétée. Pour un maximum d’efficacité, tirez votre lait en essayant de reproduire les effets d’une tétée directement au sein par l’enfant.
Plusieurs méthodes sont reconnues pour augmenter la production de lait et favoriser le réflexe d’éjection.
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Choisir le bon tire-lait : Si on a le choix, mieux vaut opter pour un tire-lait biphase (double pompage) de technologie et de fabrication récentes, même si on n'a qu'un seul enfant. Ces appareils permettent un gain de temps précieux, et donc une tétée supplémentaire à la fin de la journée (même si les plus anciens feront bien évidemment l'affaire), explique la spécialiste.
Par ailleurs une étude américaine, publiée dans le Journal of Perinatology en septembre 2011, avait démontré que les mamans de prématurés qui se servaient d'un appareil du genre, ou du moins moderne, avaient 75% de lait supplémentaire pendant les deux premières semaines.
Préparer le matériel: Tout d’abord pensez à bien tester votre tire-lait quelques jours avant votre reprise, et vérifiez si la taille des téterelles est adaptée à vos mamelons afin de pouvoir ajuster le matériel si nécessaire. Les téterelles ne doivent pas être serrées mais suffisamment maintenues pour pouvoir se vider correctement.
Rythme et durée des séances : Elle dépend de l’âge du bébé, de la durée écoulée entre deux tétées, de la capacité de stockage et de conservation.
Créer un environnement propice : Pour un maximum d’efficacité, tirez votre lait en essayant de reproduire les effets d’une tétée directement au sein par l’enfant.
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Stimuler la lactation : Certaines mamans utilisent le tire allaitement pour fournir du lait maternel sans mettre le bébé au sein ou si le bébé rencontre des difficultés à téter.
Si vous êtes séparés de temps en temps pour plusieurs heures, tirez votre lait avant de partir. Conservé le au réfrigérateur et la personne qui s’occupera de votre enfant le lui donnera au biberon. Si besoin, elle pourra légèrement tiédir le biberon pour que votre bébé l’accepte plus facilement.
Organisation lors de la reprise du travail: Les mamans qui reprennent le travail après 3 mois d’allaitement exclusif ne pourront pas travailler 7 heures d’affilée sans tirer leur lait. Il est essentiel qu’elles puissent extraire régulièrement le lait qu’elles produisent, afin d’éviter les engorgements.
Une fois le matériel vérifié, vous pouvez tirer votre lait dans les jours précédant votre reprise, et congeler votre lait pour avoir la bonne équivalence de lait pour une journée selon les besoins de votre bébé. Il n’est pas nécessaire de constituer un grand stock de lait avant de commencer le mode de garde. Il suffit de conserver son lait maternel la première journée et de compléter les réserves au fur et à mesure. Notez bien la date et heure sur vos stocks de lait pour vous y retrouver.
Vous pouvez tirer votre lait après une tétée sur les deux seins, en attendant au moins 45 minutes après la première tétée. Pour plus d’efficacité, utiliser un tire-lait électrique à double pompage. Il se peut que vous trouviez d’autres moments dans la journée où vous avez plus de temps et êtes moins stressée, ce qui pourrait rendre le tirage plus facile.
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Une fois séparé de votre enfant, allaiter le matin avant de quitter votre bébé et en fin de journée lorsque vous le retrouvez. Au cours de la journée, tirer votre lait lorsque vous le pouvez, plutôt toutes les 3 heures et lorsque vous ressentez un engorgement. Cela vous permettra de soutenir votre lactation et de fournir du lait à votre bébé lorsque vous serez séparée de lui. Si cela n’est pas réalisable, opter pour deux séances de tirage avec un double pompage (des deux seins en même temps) comme alternative avec un tire lait électrique. Éviter d’espacer les tirages de plus de 3 à 4 heures avant que votre bébé ait 6 mois y compris la nuit. Une stimulation régulière est essentielle pour maintenir une lactation adéquate. Lorsque vous tirez votre lait au travail, assurez-vous de pouvoir le conserver au réfrigérateur jusqu’à la fin de la journée. A savoir : selon le code du travail, une mère allaitante dispose d’une heure par jour pour allaiter son bébé (ou tirer son lait). Toute entreprise de plus de 100 salariés doit mettre à disposition une salle pour allaitement ou tirer le lait. Avant 10 mois, il est généralement conseillé de fournir 30 ml de lait par heure de garde, en ne comptant pas les 2 dernières heures qui seront couvertes par la tétée de retrouvailles.
La période d’adaptation peut être difficile et bébé peut donc refuser la prise de biberon les premiers jours, il ne faut pas s’inquiéter c’est assez fréquent ! Il a besoin de temps pour comprendre, s’habituer à boire avec ce nouveau contenant et à son nouvel environnement, ainsi qu’à la personne qui s’en occupe. Au fur et mesure que le temps de garde augmente, et que l’enfant se sentira plus en confiance, il finira par accepter de boire progressivement. À la maison, essayez de lui proposer le biberon après chaque tétée : faites-le souvent, mais pas trop longtemps, environ 3 minutes.
Le don de lait maternel: Certains jours, j’arrivais à tirer un litre de lait maternel. Victoire ne buvant que les deux tiers maximum de ce que je tirais, j’ai rapidement eu trop de stock dans mon congélateur. J’ai contacté le lactarium le plus proche de ma ville, c’était celui de Montpellier. Suite à mon appel, j’ai reçu un formulaire avec un questionnaire médical à remplir. En effet, il y a tout de même certaines contraintes à connaître même si, en général, ce sont des choses tout à fait faisables. J’ai également dû faire une prise de sang pour vérifier qu’au niveau des sérologies, tout était nickel. Ils m’ont ensuite envoyé des premiers flacons stériles. Ceux-ci sont donc déjà stérilisés, il n’est pas nécessaire de le refaire. En revanche, avant chaque tirage pour le lactarium, il faut stériliser toutes les téterelles. C’est un peu contraignant, mais normal. Donc, je stérilisais tout et je tirais. Il s’agissait de flacons de 130ml. Je réservais chaque jour entre 130 et 260ml que je mettais au congélateur pour le lactarium. Cette expérience a été super enrichissante. C’est très gratifiant de pouvoir donner.
Le sevrage : une étape naturelle
Le tire-allaitement, tout comme l’allaitement direct, est un moment magique qui, pour des raisons personnelles ou professionnelles, doit prendre fin un jour. On parle alors de sevrage. Le fait de tire-allaiter rend le sevrage plus facile qu’il n’y paraît en réalité ! Il n’y a pas réellement de date butoir au tire-allaitement, pas plus qu’il n’y en a lors d’un allaitement exclusif. Le sevrage est officiel lorsque mère et bébé sont prêts à franchir le cap. Que ce soit à cause d’une reprise de travail, de douleurs mammaires, de soucis de santé, ne vous sentez pas coupable ! Tout bébé doit un jour abandonner le sein de sa mère. L’allaitement, ou le tire-allaitement exclusif, ne suffit au bout d’un moment plus à combler les besoins nutritifs de votre enfant (environ autour des six mois). Généralement, cette période coïncide avec le début de la diversification alimentaire.
Comment sevrer en douceur ?
Peut alors s’ensuivre une longue séquence de pleurs, de cris et de protestations, vous laissant dans une position plutôt inconfortable. Que faire ? Dans un premier temps, il convient de reconnaître que votre bébé ne fait pas de réel caprice mais est bien en proie à la panique. Ne pas céder devant l’angoisse de votre tout-petit n’est pas la solution et ne ferait que renforcer son inquiétude. Depuis toujours, votre lait est une habitude alimentaire qui le réconforte. Les tétées en cas d’allaitement, ou les biberons de lait maternel si vous tire-allaitiez, ne devraient pas être arrêtés du jour au lendemain.
Pour sevrer votre bébé, procédez par étapes et “coupez” le lait en poudre avec du lait maternel les premiers jours, afin que votre enfant détecte le goût qu’il connaît. Idéalement, les premiers biberons devraient contenir ¾ de lait maternel, et ¼ de lait en poudre. Puis, si vous constatez que bébé accepte bien ses repas de cette manière, vous pouvez réduire l’écart entre les différents laits en faisant moitié-moitié… Et ainsi de suite, jusqu’à ce que votre enfant prenne définitivement ses biberons de lait en poudre. ⚠️Attention ! Si le premier mélange ne satisfait pas votre enfant, réduisez encore la part de lait en poudre, quitte à ce qu’elle ne représente que 10% du volume total de lait contenu dans le biberon. Le goût diffère parfois selon les marques. Sans compter les céréales aux différents parfums que vous pouvez ajouter au lait pour faciliter la prise du biberon. Gare à ne pas en abuser, ces préparations céréalières sont très sucrées et sont à consommer avec modération.
Si certains parents trouvent immédiatement le candidat idéal, d’autres doivent sacrifier quelques boîtes de lait et une partie de leur budget pour parvenir à dénicher la perle rare qui ravira les papilles de leur progéniture… Aucune égalité face au sevrage, prévoyez de vous armer de patience et de conciliation !
Retour en arrière : est-ce possible ?
Vous réalisez que vous avez peut-être commis une erreur ? Cette volonté d’arrêter d’allaiter ou de tire-allaiter n’était pas la vôtre mais celle de votre entourage pensant bien agir en vous conseillant ? Si votre corps produit toujours du lait maternel, il est possible d’inverser la tendance et d’interrompre le processus du sevrage en proposant de nouveau le sein à bébé, comme au bon vieux temps. Si votre lactation est définitivement arrêtée, les choses se corsent. Mais il n’est pas impossible que votre corps reçoive le signal de reproduire du lait !
Le saviez-vous ? La prolactine est l’hormone permettant la sécrétion du lait maternel, elle est produite en grande quantité à la naissance de l’enfant. Le processus, long et fastidieux, nécessite d’avoir recours à un traitement hormonal au moins six semaines avant les premières tétées. La prolactine est alors fournie au corps de la femme sous forme médicamenteuse. On parle ici de lactation induite, procédé développé par le célèbre Jack Newman, pédiatre canadien.
Sevrage naturel
En cas d’allaitement non programmé, on parle de sevrage naturel. La méthode consiste à laisser bébé décider du moment idéal pour se sevrer lui-même. Dans cette situation, vous n’avez rien à faire, si ce n’est attendre que votre enfant délaisse votre sein et réclame moins souvent à boire. En effet, selon les bébés, s’en remettre au destin prend du temps. 😉 Ainsi, certaines mères ont allaité leurs bébés de nombreuses années, avant que le sevrage ne se mette enfin en place.
En cas de tire-allaitement, il est plus difficile d’évoquer cette notion de sevrage naturel. En effet, bébé n’étant pas celui qui décide du contenu des biberons, les choses sont différentes ! C’est donc bien à vous de décider du moment idéal. Tire-allaiter rend l’étape du sevrage plus facile car votre bébé est déjà habitué au biberon. Il est important de procéder en douceur en proposant de fractionner ses repas avec du lait maternel pour le rassurer. En cas de retour arrière, la lactation peut reprendre ou non, tout dépend de l’avancée de votre sevrage. Enfin, sachez qu’en cas d’allaitement, il est possible de laisser les choses évoluer sans intervenir et d’opter pour un sevrage naturel, bien que cela signifie parfois d’allaiter bébé plusieurs années de rang.
Les défis du tire-allaitement
Bien que le tire-allaitement offre de nombreux avantages, il présente également des défis :
- Contraintes de temps et d'organisation : Le tire-allaitement demande du temps et une organisation rigoureuse, notamment pour respecter les heures de tirage et assurer la conservation du lait.
- Fatigue : Le tire-allaitement peut être physiquement et émotionnellement épuisant, surtout au début.
- Aspects pratiques : Il faut prévoir un endroit approprié pour tirer son lait au travail ou lors de déplacements, ainsi qu'un moyen de conserver le lait en toute sécurité.
- Pression sociale : Certaines personnes peuvent ne pas comprendre ou soutenir le choix du tire-allaitement, ce qui peut être difficile à gérer.
Clara témoigne de la fatigue et des contraintes liées au tire-allaitement, notamment en ce qui concerne les sorties et les obligations personnelles : "Si je souhaitais sortir avec mes copines, il fallait que je prenne mon tire-lait et faire une pause tirage. Si je voulais aller à la plage, je devais aussi prévoir mon tire-lait. Le soir avec mon chéri, quand on voulait regarder un film, à 23 h00, il fallait sortir le tire-lait et tirer. Et puis, c’est aussi très fatigant, cela demande une énergie monstre. Au bout de neuf mois, je commençais un peu à être à plat. A la fin, j’avais envie de balancer mon tire-lait par la fenêtre chaque fois que je tirais."
Conseils et astuces
- S'informer et se faire accompagner : Il est essentiel de s'informer sur le tire-allaitement et de se faire accompagner par des professionnels de santé (sage-femme, consultante en lactation) pour obtenir des conseils personnalisés.
- Rejoindre des groupes de soutien : Échanger avec d'autres mamans qui pratiquent le tire-allaitement peut être très bénéfique pour partager des expériences et trouver du soutien.
- Être patiente et persévérante : Le tire-allaitement demande de la patience et de la persévérance, surtout au début. Il est important de ne pas se décourager et de s'adapter au rythme de son bébé.
- Prendre soin de soi : Il est essentiel de prendre soin de soi, de se reposer suffisamment et de bien s'alimenter pour maintenir une bonne production de lait.
- Faire confiance à son corps et à son bébé : L’allaitement, c’est éprouvant, mais quelle fierté de se dire qu’on a quand même réussi à nourrir son enfant ! On ne le dit pas assez mais le tire-allaitement reste de l’allaitement. Souvent, on me disait « Tu ne l’allaites plus ? » parce qu’elle buvait le biberon. Alors qu’en fait, si, si, je l’allaitais bien. C’était mon lait qu’elle buvait et qui était dans le biberon. Mais les gens ont un peu du mal à comprendre ça. Et de se faire confiance > Il y a beaucoup de mauvais conseils que ce soit de la part de l’entourage ou de certains professionnels. Il faut faire confiance à son bébé et se faire confiance en tant que maman. Notre corps est capable de produire. Les baisses de lactation, ça se rattrape. Ce ne sont que des petits passages, des petites phases de down, mais on les surmonte toujours.
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