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Thomas Charabas: Une vie entre rugby et médecine

Thomas Charabas incarne une figure atypique dans le paysage sportif français. Arbitre de Top 14 reconnu, il est également médecin urgentiste au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Bayonne. Sa biographie est marquée par un engagement sans faille dans ces deux domaines, où il excelle grâce à une combinaison unique de compétences et de valeurs.

Du terrain de rugby à la salle d'urgence: un parcours atypique

Né dans la région basco-landaise, Thomas Charabas a grandi dans un environnement où le rugby est roi. Son père, Philippe, ancien joueur de rugby, a marqué son enfance et lui a transmis sa passion pour ce sport. C’est ainsi que Thomas a commencé à jouer au rugby dès l’âge de 15 ans avec l'équipe de l'ASB (Association Sportive Bayonnaise Rugby). Parallèlement, il pratique le rugby avec son lycée Cassin en UNSS (Union nationale du sport scolaire).

Un jour, on lui propose d'arbitrer une rencontre entre deux autres lycées. C'est une révélation. Il prend du plaisir et est repéré par un membre du Comité Côte Basque Landes, qui l'encourage à poursuivre dans cette voie.

Ses études à la faculté de médecine de Bordeaux l’obligeront cependant à trancher. "Je n’avais plus le temps entre les études, l’arbitrage et le jeu. J’ai fini par laisser le protège-dents pour le sifflet."

Ascension dans l'arbitrage

Charabas gravit rapidement les échelons. Il arbitre en Fédérale 3 à 21 ans, puis en Fédérale 1 à 23 ans. Son ascension fulgurante le mène au Top 14 à seulement 26 ans. Il devient ainsi l'un des plus jeunes arbitres de l'élite française.

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En 2012, il fait ses premiers pas en Pro D2. "En terme de jeu et d’arbitrage, il y avait une certaine cohérence avec la Fédérale 1, ou l’on trouve déjà beaucoup de bons joueurs. Ce qui change surtout, c’est l’exposition médiatique."

Dans les tribunes, le public se fait plus nombreux. Chaque fait de jeu est disséqué et âprement commenté. "On ne reprochera jamais à un joueur d’être malhonnête parce qu’il a loupé un plaquage. Mais on ne trouvera jamais d’excuse à l’arbitre", sourit Thomas Charabas, sans se laisser démonter par cette pression accrue. "Ils peuvent gueuler comme des veaux tant qu’ils veulent en tribune, on est imperméable !" , note celui qui s’appuie sur son expérience médicale pour conserver la tête froide. "La façon d’arbitrer dépend de la personnalité et du vécu de l’homme. Être arbitre et médecin, cela marche dans les deux sens. Cette expérience donne un certain relâchement, permet de relativiser dans certaines situations stressantes et vice-versa."

Il officiera lors du barrage entre Bordeaux-Bègles et le Racing 92. À 35 ans, Thomas Charabas est un des arbitres que les suiveurs du Top 14 connaissent bien. Il est devenu ces dernières années un arbitre important du championnat français.

Engagement dans la médecine

Parallèlement à sa carrière d'arbitre, Thomas Charabas poursuit ses études de médecine avec détermination. Il devient médecin généraliste, puis se spécialise en médecine d'urgence. Il exerce à l'hôpital de Bayonne, où il est confronté quotidiennement à la réalité du terrain.

"C'était plus facile d'échanger une garde dans mon emploi du temps avec un collègue que de fermer mon cabinet pour diriger un match".

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La mobilisation à l'hôpital de Bayonne a débuté en février, on a modifié nos pratiques de prise en charge avec la réorganisation de notre service d'urgences pour avoir une partie liée au dépistage, en coopération avec les infectiologues et le Samu, pour orienter les patients qui pouvaient avoir eu des contacts en Italie et en Chine, afin d'isoler d'éventuels clusters. Ça a plutôt bien marché dans notre région puisqu'on a eu très peu de cas . Ensuite, quand on est passés au seuil épidémique, on a fait une montée en charge, on a redimensionné nos systèmes sur la régulation médicale avec davantage de personnel pour répondre aux appels du Samu. On a poursuivi notre activité de dépistage et adapté notre service d'accueil pour faire du tri de patients qui arrivent avec des difficultés respiratoires et de la fièvre, pour dépister très précisément et éviter de mélanger des infectés avec des non infectés. En parallèle, la régulation du Samu continue à orienter les patients et contribue à faire ce qu'on appelle du délestage. Par exemple, un trauma du poignet peut aller à la clinique Belharra plutôt qu'à l'hôpital.

Aux urgences de Bayonne, l'organisation est en place, elle est suffisamment dimensionnée et tient la route pour accueillir correctement les patients, contrairement à ce qui peut se voir à Paris ou dans le grand Est.

Pour les urgentistes, c'est selon le poste occupé : le médecin régulateur régule les urgences médicales et les questions Covid, l'urgentiste reste en place car il y a le tout venant comme les AVC, les infarctus, et il y a les urgentistes dédiés à la prise en charge des possible Covid. Eux aussi sont en première ligne. On travaille de concert avec les infectiologues et les réanimateurs si le cas est suffisamment grave pour nécessiter réanimation. Tous les jours, on change de poste.

Le personnel fait attention à l'utilisation du matériel. On ne dépiste pas à la sauvette, on suit scrupuleusement les recommandations nationales. Sur le plan des masques, on respecte là aussi les recommandations, dans quelles situations on en utilise ou non. C'est une denrée assez précieuse , mais on n'a pas non plus de pénurie à déplorer.

Il ne faut pas avoir peur. Il faut être prudent, systématique, méthodique dans sa façon de se préparer, de s'habiller, de se déshabiller, en condition d'asepsie pour éviter la transmission d'un potentiel virus hors de la chambre du patient. Mais sans avoir peur car la peur est un obstacle à une prise en charge efficace. Si les soignants commencent à avoir peur, on ne va pas être efficaces dans notre travail de soin et de pédagogie.

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L'arbitrage comme école de la vie

Thomas Charabas considère que ses deux métiers sont complémentaires. L'arbitrage lui apporte une capacité à prendre des décisions rapides et à gérer la pression, tandis que la médecine lui offre une perspective plus large et une capacité à relativiser.

"Si vous êtes capable d'arbitrer sous pression, avec une exposition constante, dans une ambiance potentiellement hostile avec des décisions qui doivent être prises dans la seconde, ça nécessite de l'analyse technique, de la sérénité qui sera utile pour prendre des décisions importantes, et potentiellement vitales dans le cadre de la médecine d'urgence. Dans l'autre sens, côtoyer des situations graves ou critiques permet de relativiser et d'appréhender plus sereinement un match de rugby, quand bien même il serait à haut niveau. Car en arrière pensée, je n'oublie pas que ça ne reste que du sport."

La crise du Covid-19: un engagement total

En pleine crise du Covid-19, Thomas Charabas a mis entre parenthèses sa carrière d'arbitre pour se consacrer pleinement à son métier de médecin urgentiste. Il a témoigné de la situation difficile dans les hôpitaux, mais aussi de la solidarité de la population envers le personnel soignant.

"Les patients arrivent chez nous avec une difficulté respiratoire plus ou moins associée à de la fièvre, explique-t-il. Mais ce sont des signes aspécifiques de la maladie Covid-19, car il y a d'autres pathologies (décompensation cardiaque, infection pulmonaire…) avec les mêmes symptômes".

Aussi, aux urgences, pendant ses longues heures de garde, il sépare les malades atteints du virus des autres. Il repère aussi ceux qui ont besoin d'une hospitalisation et les dirige vers la bonne unité. L'objectif est "d'éviter la propagation de cette maladie émergente" sur laquelle on "manque encore de beaucoup certitudes".

Pour le Dr Charabas, la difficulté vient d'abord de toutes les "précautions à prendre" qui sont "particulièrement lourdes tant aux urgences qu'en réanimation". "Toutes les procédures d'habillage et de déshabillage sont chronophages et fatigantes à la longue. Enfiler un tablier, une charlotte, des gants, des lunettes… quinze fois par jour, c'est pénible…", souffle-t-il.

Un regard critique sur la situation

Thomas Charabas n'hésite pas à exprimer son opinion sur la gestion de la crise sanitaire. Il se considère comme un soldat et préfère se concentrer sur son travail plutôt que de critiquer les décisions prises par les autorités.

En tant qu'urgentiste, ce n’est pas à lui de prendre cette décision. La reprise dépendra du contrôle de l’épidémie. Si elle est contrôlée et qu’il n’y a pas de risque de réactivation des transmissions, il ne serait pas choqué que les championnats reprennent. Malgré le fait qu'il soit un arbitre de haut niveau, il n’a pas d'information là-dessus et il doit avouer qu’en ce moment, tout ce qui est dit sur les championnats, il n’a pas le temps de s’y intéresser. Mais si il faut reprendre pour arbitrer ce sera avec le plus grand plaisir ! Cela voudra dire qu’on a réussi notre combat ! Il est un peu déconnecté en ce moment.

Il tient à souligner les nombreux gestes de solidarité de la part de particuliers ou commerçants, qui nous appellent pour nous proposer des masques, d’autres pour nous emmener à manger, des pizzas, des gâteaux et pleins d’autres choses… Ça fait chaud au cœur, mais attention à ne pas prendre 10 kilos (rires).

La reprise des championnats dépendra de l’évolution sanitaire et c’est lié au respect du confinement, au respect des gestes barrière, et peut-être l’utilisation d’un éventuel futur traitement du virus. En soit, que si l’épidémie est contrôlée.

Il souhaite beaucoup de courage à tous ses collègues hospitaliers, mais également en médecine de ville que ce soit les médecins mais aussi les différentes professions paramédicales. Il remercie et il souhaite également beaucoup de courage à tous les gens qui continuent leurs activité professionnelles pour permettre à la France de continuer à tourner. L’hôpital c’est une chose, mais l’hôpital, si personne n’a rien à manger, si on n’a pas d’électricité, etc, ça ne marchera pas !

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