Loading...

Types de thérapie pour le deuil périnatal : Un guide complet

La perte d’un bébé, qu’elle survienne à quelques semaines de grossesse ou plus tard, est une épreuve bouleversante. C’est un deuil à part, souvent incompris et solitaire. Ce que tu ressens est unique, et chaque cheminement est différent. Cet article explore les différentes approches thérapeutiques disponibles pour accompagner les personnes et les couples confrontés à cette douloureuse expérience.

Le deuil périnatal : Un tabou persistant

Le deuil périnatal est une expérience bouleversante, souvent vécue dans l’intimité et le silence. Chaque année, plus de 120 000 femmes et couples sont touchés par cette perte, qu’elle survienne en début de grossesse, plus tardivement, ou même à la naissance ou dans les jours qui suivent. Malgré sa fréquence, le deuil périnatal reste un véritable tabou dans notre société. Il est encore difficile pour de nombreuses personnes de trouver un accompagnement adapté, car peu de professionnels sont formés pour comprendre et accompagner cette souffrance, qui a des répercussions profondes et durables.

Ce deuil peut être vécu non seulement après des pertes précoces, comme une fausse-couche ou une grossesse extra-utérine (GEU), mais aussi après des pertes plus tardives, telles qu’une mort fœtale in utero (MFIU), un accouchement prématuré ou une interruption médicale de grossesse (IMG).

Un accompagnement personnalisé : Les étapes clés

Un accompagnement adapté est essentiel pour aider les personnes endeuillées à traverser cette épreuve. Voici les trois étapes clés d'un accompagnement personnalisé :

Échange et écoute

Cet espace est avant tout le tiens. Tu pourras exprimer tes émotions, tes ressentis, sans jugement. Pleurer, crier, parler… Tout est permis ici. L’important est de pouvoir libérer ce qui est enfoui et de se sentir entendu(e).

Lire aussi: Thérapie Manuelle Pédiatrique

Lors des premières séances, l’objectif est avant tout de créer un espace d’écoute. C’est un moment où tu pourras déposer tout ce que tu ressens, sans filtre, sans tabou et surtout sans jugement ! Cette étape te permets de poser les mots sur ta souffrance, d’exprimer des émotions que tu n’as pas pu ou voulu partager ailleurs.

Le temps d’échange est aussi un moment où je t’accompagne dans l’expression de tes besoins, de tes attentes, ou de tes incompréhensions. Nous prendrons le temps de faire un point sur ce que tu vis actuellement, tout en respectant ton rythme.

Comprendre

Au-delà de l’écoute, comprendre ce que tu es en train de vivre est une étape essentielle pour alléger la charge émotionnelle. Le deuil périnatal est souvent un tsunami émotionnel, et parfois, comprendre les mécanismes qui entrent en jeu permet de mieux accepter et faire face à cette épreuve.

Ensemble, nous allons travailler sur la compréhension de tes émotions, de tes réactions et du processus de deuil. Je t’apporterai des clés pour mieux appréhender chaque étape, sans jugement. Tu ne seras pas seule à démêler ce que tu traverses.

Alléger la charge émotionnelle

Le deuil périnatal ne se vit pas uniquement dans la tête, il se vit aussi dans le corps. Les émotions non exprimées ou non entendues s’accumulent souvent et se manifestent par des tensions physiques. C’est pourquoi j’intègre dans l’accompagnement des techniques complémentaires pour alléger cette charge émotionnelle et physique.

Lire aussi: Défis éthiques de la thérapie génique

Nous pourrons explorer, selon tes besoins, des pratiques telles que le massage, la relaxation, la visualisation ou le rituel rebozo (qui inclus un serrage des différents points du corprs). Ces méthodes visent à reconnecter ton corps à tes émotions et à faciliter le processus de guérison.

Accompagnement spécifique selon la situation

L'accompagnement doit être adapté aux différentes situations de deuil périnatal :

Après une fausse couche, une interruption médicale de grossesse (IMG) ou une interruption volontaire de grossesse (IVG)

Chaque interruption de grossesse, qu’elle soit spontanée (fausse couche), médicale (IMG) ou volontaire (IVG), peut laisser une empreinte profonde. Même lorsqu’une IVG est un choix conscient, elle peut s’accompagner d’émotions complexes : soulagement, tristesse, culpabilité, ambivalence… Il est parfois difficile d’en parler librement, par peur d’être jugée ou incomprise.

Ici, tu as un espace où déposer tes émotions en toute sécurité, sans tabou ni jugement. Nous pouvons également explorer des rituels symboliques si tu ressens le besoin de donner une place à ce bébé dans ton histoire, tout en avançant vers un apaisement émotionnel.

Après la naissance d’un bébé né sans vie

Porter la vie et devoir faire face à la perte de son bébé est une épreuve bouleversante. Tu l’as senti grandir en toi, et pourtant, il est parti avant d’avoir pu vivre dans ce monde.

Lire aussi: Révolution Bioéthique : Thérapie Génique

Cet accompagnement t’offre un espace pour parler de ton bébé, poser des mots sur ton histoire et trouver des repères pour avancer dans ton cheminement de deuil, tout en douceur.

Cohabiter avec le deuil et la naissance d’un autre bébé

Lorsqu’un deuil périnatal survient dans une grossesse gémellaire ou que l’un des bébés ne survit pas, la douleur est double : celle de la perte et celle de la nécessité d’avancer malgré tout.

Comment accueillir pleinement ce bébé vivant tout en faisant le deuil de l’autre ? Comment ne pas se sentir coupable de ressentir de la joie ? Ce suivi t’aide à concilier ces deux réalités, à exprimer librement tes émotions et à trouver un équilibre entre hommage et présence pour ton bébé vivant.

Construire une nouvelle maternité après un deuil périnatal

Après une perte, envisager une nouvelle grossesse peut être une source d’angoisse et de doutes. Comment ne pas vivre cette maternité dans la peur ? Comment accueillir pleinement ce bébé tout en respectant la place de l’enfant perdu ?

Cet accompagnement t’aide à traverser cette grossesse avec plus de sérénité, à faire de la place à chaque bébé et à accueillir toutes les émotions contradictoires sans culpabilité.

L’impact du deuil périnatal sur la fertilité

Parfois, après un deuil périnatal, la conception d’un nouvel enfant semble plus difficile, sans qu’aucune cause médicale ne l’explique.

Approches thérapeutiques spécifiques

Plusieurs types d’approche thérapeutique peuvent être proposés pour les mères, les pères et les couples qui ont perdu un bébé à l’aube de la vie. Fréquemment ce sont des consultations thérapeutiques avant et après une interruption médicale de grossesse (IMG) ou une mort fœtale in utero (MFIU) mais aussi lors de la grossesse suivante et après la naissance du puîné. Ces consultations peuvent se poursuivre par une psychothérapie individuelle.

Groupes de soutien thérapeutique

Depuis quelques années, une autre approche de ces grossesses non abouties nous a semblé pertinente et indispensable. Il s’agit de la constitution d’un groupe thérapeutique dont l’objectif est de contenir les psychismes totalement désorganisés et éclatés des mères ayant vécu des événements très violents et destructeurs. C’est ainsi que depuis 2007 s’est créé, avec Joyceline Siksou puis avec Isabelle Caillaud, un groupe de mères endeuillées.

Ce groupe s’adresse à des femmes car il permet de recentrer l’élaboration psychique autour de la maternité et constitue ainsi une prévention des grossesses à venir. Mais aussi parce que le deuil périnatal touche les femmes en plein corps et ravive le vécu corps à corps de la mère avec sa propre mère dans ses aspects les plus primaires. La blessure narcissique marque plus que tout autre deuil cette perte intimement liée au corps de la mère : chair de sa chair. Avec la perte d’un fœtus, c’est d’une partie d’elle-même dont la mère doit se défaire, d’une partie d’elle ni séparée corporellement, ni psychiquement. Son corps traversé par la mort, n’a pas su retenir la vie et n’a pas pu fabriquer un bébé vivant et bien portant, ce dont elles se sent coupable.

Souvent, en groupe, les mères se remémorent l’histoire traumatique de leur propre mère : hémorragie, avortement, pertes aussi d’un fœtus, d’un nourrisson… oubliées jusque-là et des répétitions. Leur chagrin, leur honte mais aussi leur colère voire leur haine à l’égard du monde et notamment des autres femmes sont incommensurables et indicibles. Seules, celles qui ont vécu la même chose qu’elles, sont fréquentables.

Viennent au groupe les femmes qui ont perdu un bébé pendant la grossesse (MFIU Mort Foetale In Utero, ou IMG Interruption Médicale de Grossesse), à la naissance ou à quelques jours de vie. Certaines continuent à venir lorsqu’elles attendent à nouveau un bébé. Nous recevons également des femmes enceintes qui ont perdu un bébé et qui n’ont pas pu élaborer sa perte et lui donner sa place.

Après une présentation individuelle de chacune des participantes, nous engageons le lien avec le groupe autour du récit du traumatisme. Certaines femmes, débordées d’émotions et de douleur ne peuvent émettre que des sanglots étouffés. Elles pourront intervenir plus tard, une fois l’enveloppe groupale contenante sécurisante et rassurante constituée. Puis le travail associatif au sein du groupe va permettre qu’elles racontent un événement particulier de la semaine ou un trop plein d’émotions, une grande colère, un moment de désespoir, un conflit avec son conjoint ou avec sa mère, une date anniversaire douloureuse, une femme enceinte dans son entourage, l’arrivée d’un bébé dans sa famille, la reprise du travail, des résultats d’examens médicaux, une cérémonie, un lâcher de ballon, un projet de voyage, un espoir de grossesse, une remarque des enfants aînés, le manque, l’incompréhension…

Lorsque les femmes arrivent dans le groupe pour la première fois elles sont souvent « en morceaux », défaites, « en vrac », le dos courbé sous le poids du chagrin, la voix monocorde et l’œil éteint. Petit à petit, elles se redressent, quelque chose les tient, comme si elles avaient retrouvé leur colonne vertébrale, un appui dorsal. Elles se restaurent, reprennent de la verticalité en s’appuyant sur le groupe. La vie revient dans leur regard.

Endiguer le flot pulsionnel, résister à l’impossible vengeance qui préside dans le travail de deuil périnatal et accueillir les sentiments puissants d’injustice, d’inégalité des destinées face à la cruauté de la vie et à sa propre cruauté, ceci est l’élaboration du groupe. Avec patience et tolérance, la haine et la soif de destruction peuvent être acceptées du fait de la présence des thérapeutes qui sont là et font preuve d’indestructibilité.

L’inscription autour des dates est essentielle dans ce travail en groupe. La reconnaissance du temps et l’inscription par les dates d’accouchement présumés, les dates de l’annonce de la catastrophe, les dates des IMG et les dates d’accouchement réel, sont le fondement du groupe : « à l’annonce du diagnostic, je suis devenue une tombe ambulante, je n’oublierais jamais la date ».

Pour les nouvelles grossesses qui s’engagent pour les femmes qui participent au groupe, ce dernier va avoir une fonction de portage et permettre de se centrer sur la possibilité de la question de la peur de l’oubli du blanc, du trou, du manque de l’enfant, de la crainte de l’effacement pour donner une place à l’absent et accueillir le nouveau venu.

Thérapie cognitivo-comportementale (TCC)

Jusqu’à 39% des femmes qui vivent un deuil périnatal développent un trouble de stress post-traumatique (TSPT), et cette grande proportion mérite un traitement. La TCC s'est avérée efficace pour réduire les symptômes du TSPT après une fausse couche, une interruption de grossesse pour des raisons médicales et une mortinaissance.

Conseil en matière de deuil

Quatre séances de conseil sur le deuil peuvent réduire les symptômes du traumatisme après une mortinaissance chez les femmes.

Autres approches

D'autres approches peuvent également être envisagées, telles que :

  • Accompagnement par une doula : L’accompagnement du deuil périnatal est l’une des missions les plus sensibles de la doula. Trouver la juste place, répondre aux besoins souvent différents des membres de la famille, apporter de l’apaisement lorsque c’est possible : cela va te demander une posture professionnelle irréprochable.
  • Techniques complémentaires : Des pratiques telles que le massage, la relaxation, la visualisation ou le rituel rebozo peuvent aider à reconnecter le corps aux émotions et à faciliter le processus de guérison.

Les défis et les tabous persistants

Malheureusement encore, les retours de personnes en deuil confrontés à une froideur des professionnels de santé sont nombreux. Une écoute empathique et compréhensive qui fait souvent défaut aux prise en charge traditionnelles qui suivent les grossesses interrompues ou le décès du nouveau-né.

Dans notre société, la perte d’un enfant dans ces conditions est encore, pour beaucoup, minimisée. La douleur qui en résulte peut-être peu considérée par certains.es professionnels.les et par l’entourage des parents. En fonction de la situation, la dédramatisation est mise en avant, niant le ressenti des principaux concernés.

tags: #thérapie #deuil #périnatal #types

Articles populaires:

Share: