La mortalité maternelle, un indicateur clé de la santé publique, reflète la qualité des soins obstétricaux et l'accès aux services de santé pour les femmes enceintes et en post-partum. Au Québec, comme ailleurs, l'histoire de l'accouchement a connu de grands bouleversements, influençant ainsi les taux de mortalité maternelle. Cet article se penche sur l'évolution de ces taux, les facteurs qui les influencent, et les enjeux actuels liés à la sécurité des soins en maternité.
L'Histoire de l'Accouchement : Du Domicile à l'Hôpital
Traditionnellement, la naissance était un événement social ayant lieu principalement au domicile familial. Ce n’est qu’au cours du XIXe siècle que l’on voit apparaître des maternités, destinées initialement aux femmes pauvres et aux filles-mères, ainsi qu'aux sages-femmes et aux obstétriciens. Jusqu’au XXe siècle, il était rare d’accoucher à l’hôpital.
Cependant, un basculement s'opère au XXe siècle, tant en Amérique qu'en Europe. Au Québec, ce transfert s'intensifie dans les années 1950, et après 1960, avec la mise en place de programmes publics et universels d’assurance maladie couvrant les frais d’hospitalisation, l’accouchement se voit complètement transféré à l’hôpital.
Plusieurs facteurs ont contribué à ce changement. La volonté de l’État de voir sa population augmenter suite aux pertes humaines de la Première Guerre mondiale, l'influence des élites médicales, une tendance générale à hospitaliser les patients pour offrir des soins médicaux, la renommée croissante d’équipements disponibles uniquement à l’hôpital, et l’urbanisation avec de nouveaux besoins auxquels les idées de modernité répondent parfaitement. L’hôpital, avec ses espaces propres et sécuritaires et ses machines sophistiquées, représente le symbole par excellence de cette modernité recherchée au cours du XXe siècle.
La spécialisation des médecins, qui alimente en parallèle la diversification et la spécialisation des hôpitaux, fait en sorte que de plus en plus d’obstétriciens et gynécologues veulent s’occuper de l’accouchement normal. Par cette prise de possession de la clientèle des accouchées, la sage-femme, qui était une praticienne autonome jusqu’en 1840 au Québec avant que le puissant Collège des médecins n’intervienne, est reléguée au statut d’auxiliaire spécialisée, quand ce n’est pas une simple assistante du médecin.
Lire aussi: Tout savoir sur le taux HCG
En somme, l’intervention de l’État et des élites médicales avec des décisions comme la naissance de l’assurance maladie, l’urbanisation et ses nouveaux besoins ainsi que la spécialisation médicale et la disparition de la pratique de sage-femme ont influencé le changement de pratiques et de paradigmes en matière d’accouchement au Québec, et ce tout au long du XXe siècle.
Facteurs Socio-Économiques et Mortalité Néonatale
Bien que cet article porte sur la mortalité maternelle, il est important de noter que la mortalité néonatale, c’est-à-dire survenant entre la naissance et le 28e jour du bébé, est un indicateur étroitement lié à la santé maternelle. Des études ont montré que les décès de nouveau-nés sont plus nombreux pour les mères qui résident dans les communes les plus défavorisées, et ce quelle que soit la période étudiée.
Une étude a mis au point un indice de désavantage social, adapté à la période périnatale, pour chaque commune de France hexagonale. Ce critère tenait compte de plusieurs facteurs : taux de chômage, pourcentage de personnes immigrées dans le secteur, de locataires, de familles monoparentales, ainsi que revenu médian par ménage. Il en ressort que les décès de nouveau-nés sont plus nombreux pour les mères qui résident dans les communes les plus défavorisées, et ce quelle que soit la période étudiée. Pour les 20% d’enfants nés dans ces zones défavorisées, le taux de décès néonatal étaient de 3,34 pour 1 000 naissances vivantes, contre 1,95 chez les 20% les plus favorisés, soit une augmentation d’un facteur 1,7.
Ces inégalités socio-économiques ont un impact significatif sur la santé maternelle et infantile. L'accès aux soins et la capacité des résidents à se saisir du système de santé est réduit dans les territoires défavorisés. S’y ajoutent les sous-effectifs en personnel. Ces difficultés pourraient induire des événements indésirables graves liés aux soins chez les nouveau-nés, dont 57% pourraient être évités, selon une étude de la Haute Autorité de santé (HAS).
Enjeux Actuels et Recommandations
La Cour des comptes a rendu public un rapport consacré à la politique de périnatalité qui met de nouveau le sujet sous les projecteurs en invitant les pouvoirs publics à s’en saisir. L’offre de soins est jugée « inadaptée » aux enjeux actuels : « L’organisation des soins et la qualité des prises en charge jouent un rôle décisif dans la prévention des risques et des dommages en matière de santé périnatale, notamment lors de l’accouchement et des suites de la naissance, estime la Cour. Or, la situation présente ne répond pas aux exigences de sécurité optimale ni d’efficience dans l’organisation. »
Lire aussi: Assistantes maternelles : comprendre les tarifs horaires
La juridiction pointe du doigt les établissements qui dérogent au seuil minimal de trois cents accouchements par an, en deçà duquel la sécurité des patients est jugée insuffisante, et va plus loin, s’interrogeant sur ceux où ont lieu moins de mille accouchements. La question de la fermeture des petites maternités est régulièrement soulevée, mettant en balance accessibilité et sécurité des soins.
Face à ces enjeux, il est crucial d'améliorer l’organisation de l’offre de soins et les conditions de prise en charge des patients, notamment dans les territoires les plus fragiles. Les auteurs soulignent "l’urgence de mettre en place des mesures de santé publique ciblées sur les zones à haut risque".
Lire aussi: Tout savoir sur le HCG et la grossesse
tags: #taux #mortalité #maternité #Québec