Le paludisme, une maladie parasitaire transmise par les piqûres de moustiques Anophèles femelles infectés, représente un problème de santé publique majeur, particulièrement en Afrique subsaharienne. Bien que moins fréquent chez les nourrissons de moins de 6 mois, le paludisme peut s'avérer redoutable dans cette tranche d'âge, avec une létalité élevée. Cet article se propose de détailler les symptômes du paludisme chez le nourrisson, en mettant l'accent sur l'importance d'un diagnostic et d'un traitement précoces, ainsi que sur les mesures de prévention essentielles.
Paludisme : Un défi mondial
Le paludisme est une maladie de la pauvreté qui affecte des millions de personnes à travers le monde. Toutes les 30 secondes, un enfant meurt du paludisme quelque part dans le monde. Au moins 500 millions de personnes par an contractent cette maladie et un million en meurent. Quatre vingt dix pour cent de ceux qui en meurent vivent en Afrique, où le paludisme est à l’origine d’environ un décès d’enfant sur cinq. En 2015, environ 3,2 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale, étaient exposées au risque de contracter le paludisme. La plupart des cas de paludisme et des décès dus à cette maladie surviennent en Afrique subsaharienne, mais l’Asie, l’Amérique latine et, dans une moindre mesure, le Moyen-Orient sont également touchés.
Le paludisme chez le nourrisson : Une étude de cas à Bouaké, Côte d’Ivoire
Une étude rétrospective et descriptive menée au centre hospitalier et universitaire (CHU) de Bouaké, en Côte d'Ivoire, de janvier à décembre 2013, a permis de mieux cerner le profil du paludisme chez les nourrissons âgés de 1 à 6 mois. Sur un total de 4 559 admissions en pédiatrie, 2 669 cas de paludisme ont été recensés, dont 50 survenus chez des nourrissons de cette tranche d'âge, soit 1,9 %.
Caractéristiques épidémiologiques
L'étude a révélé un sex-ratio de 1,9, indiquant une prédominance masculine, et un âge moyen de 3,7 mois chez les nourrissons atteints de paludisme. Un pourcentage élevé de ces nourrissons, soit 77,3 %, étaient allaités.
Symptômes cliniques
Les symptômes dominants observés chez les nourrissons étaient la fièvre (98 %), la difficulté respiratoire (34 %), la diarrhée (18 %), les convulsions (16 %) et la pâleur (14 %). La parasitémie moyenne était de 3 800 trophozoïtes de Plasmodium falciparum par microlitre de sang, avec des valeurs extrêmes allant de 100 à 28 000.
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Gravité et comorbidités
Selon l'étude, le paludisme était simple dans 66 % des cas et grave dans 44 % des cas. Un sepsis était associé dans 12,5 % des cas, soulignant la complexité de la prise en charge de ces jeunes patients.
Évolution et pronostic
L'évolution était favorable dans 66 % des cas, mais la létalité atteignait 22 %, ce qui souligne la gravité potentielle du paludisme chez le nourrisson.
Symptômes du paludisme chez le nourrisson
Le paludisme se manifeste généralement par des symptômes pseudo-grippaux, mais peut entraîner des complications graves voire le décès du malade. Chez un sujet non immunisé, les symptômes apparaissent au bout de 7 jours ou plus (généralement 10 à 15 jours) après la piqûre de moustique infectante. Les premiers symptômes peuvent être modérés et difficiles à attribuer au paludisme.
Les symptômes courants du paludisme chez le nourrisson comprennent :
- Fièvre : C'est le symptôme le plus fréquent, souvent accompagné de frissons.
- Difficulté respiratoire : Une respiration rapide ou difficile peut être un signe de paludisme grave.
- Diarrhée : Des selles fréquentes et liquides peuvent entraîner une déshydratation.
- Convulsions : Des crises convulsives peuvent survenir en cas de paludisme cérébral.
- Pâleur : Une peau pâle peut indiquer une anémie sévère.
- Vomissements : Peuvent entraîner une déshydratation et rendre difficile l'administration de médicaments par voie orale.
- Irritabilité : Le nourrisson peut être agité et difficile à calmer.
- Refus de s'alimenter : Un manque d'appétit peut entraîner une perte de poids et un affaiblissement général.
Il est crucial de consulter rapidement un médecin en cas de suspicion de paludisme chez un nourrisson, car un diagnostic et un traitement précoces peuvent faire la différence entre une évolution favorable et des complications graves.
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Diagnostic du paludisme chez le nourrisson
Le diagnostic du paludisme repose sur la mise en évidence du parasite Plasmodium dans le sang du nourrisson. Les méthodes de diagnostic les plus couramment utilisées sont :
- Microscopie : L'examen d'une goutte épaisse et d'un frottis sanguin au microscope permet d'identifier et de quantifier les parasites.
- Tests de diagnostic rapide (TDR) : Ces tests immunochromatographiques détectent la présence d'antigènes du Plasmodium dans le sang. Ils sont rapides et faciles à réaliser, mais doivent être confirmés par microscopie.
Traitement du paludisme chez le nourrisson
Le traitement du paludisme chez le nourrisson dépend de la gravité de la maladie et de l'espèce de Plasmodium impliquée. Le traitement de première intention est une combinaison thérapeutique à base d'artémisinine (CTA). L’OMS recommande que, dans tous les cas présumés, le paludisme soit confirmé par un diagnostic basé sur la recherche des plasmodies (par microscopie ou test diagnostique rapide) avant d’administrer un traitement. La confirmation parasitologique peut être obtenue en 30 minutes ou moins. Un traitement sur la seule base des symptômes ne doit être envisagé que si le diagnostic parasitologique n’est pas possible.
Les médicaments antipaludiques couramment utilisés chez les nourrissons comprennent :
- Artéméther-luméfantrine
- Artésunate (par voie intraveineuse en cas de paludisme grave)
- Quinine (en cas de résistance aux CTA ou de contre-indications)
Il est essentiel de respecter scrupuleusement la posologie et la durée du traitement prescrites par le médecin. En cas de vomissements, l'administration de médicaments par voie intraveineuse peut être nécessaire.
Prévention du paludisme chez le nourrisson
La prévention du paludisme est essentielle pour protéger les nourrissons vivant dans les zones d'endémie ou voyageant dans ces régions. Les mesures de prévention comprennent :
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- Moustiquaires imprégnées d'insecticide (MII) : L'utilisation de MII pour protéger les nourrissons pendant leur sommeil est l'une des mesures les plus efficaces pour réduire le risque de piqûres de moustiques. L’OMS recommande de distribuer des MID à toutes les populations à risque. Le moyen le plus efficace et le moins coûteux d’y parvenir est de fournir des MID gratuitement, afin que tout le monde y ait accès dans les mêmes conditions. Dormir sous des moustiquaires imprégnées d’insecticide permet de réduire de 20 % la mortalité infantile.
- Répulsifs anti-moustiques : L'application de répulsifs anti-moustiques sur la peau exposée du nourrisson peut aider à prévenir les piqûres. Cependant, il est important de choisir des produits adaptés à l'âge du nourrisson et de suivre les instructions d'utilisation.
- Vêtements protecteurs : Le port de vêtements longs et amples, de préférence de couleur claire, peut réduire le risque de piqûres de moustiques.
- Éviter les zones à forte densité de moustiques : Il est préférable d'éviter les zones où les moustiques sont nombreux, en particulier au crépuscule et à l'aube, lorsque les Anophèles sont les plus actifs.
- Chimioprophylaxie : Dans certaines situations, un traitement préventif médicamenteux peut être envisagé pour les nourrissons voyageant dans des zones d'endémie palustre. La décision de prescrire une chimioprophylaxie doit être prise par un médecin, en tenant compte de l'âge du nourrisson, de sa destination et des résistances médicamenteuses locales.
- Assainissement de l'environnement : Éliminer les eaux stagnantes autour des habitations peut réduire la prolifération des moustiques.
Paludisme et grossesse
Pendant la grossesse, le paludisme est associé aux maladies maternelles et à l’anémie grave. Il contribue à l’insuffisance pondérale à la naissance - l’un des principaux facteurs de mortalité infantile. Le traitement préventif intermittent consiste à administrer aux femmes enceintes au moins deux doses d’un médicament antipaludique, la sulfadoxine-pyrimethamine (SP), à chaque consultation anténatale suivant le premier trimestre de la grossesse, qu’elles présentent ou non des symptômes de paludisme.
Résistance aux antipaludiques
La résistance aux médicaments antipaludiques est un problème récurrent. L’utilisation de 2 insecticides permet d’atténuer le risque de développement et de propagation de la résistance; la mise au point de nouvelles moustiquaires est une priorité et plusieurs produits prometteurs pour sont actuellement testés. La mise au point de nouveaux insecticides prometteurs pour la pulvérisation à l’intérieur des habitations et pour l’imprégnation des moustiquaires est en cours. La détection d’une résistance aux insecticides devrait donc être une composante essentielle de tous les efforts nationaux de lutte antipaludique, afin de garantir la mise en œuvre des méthodes de lutte antivectorielle les plus efficaces.
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