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Sépultures Périnatales Inhumées sur le Côté Gauche : Définition et Implications Archéologiques

Introduction

L'étude des sépultures périnatales, en particulier celles où le sujet est inhumé sur le côté gauche, offre un aperçu poignant sur les pratiques funéraires et les réalités de la mortalité maternelle et infantile dans les sociétés passées. Cet article explore la définition de ces sépultures, en s'appuyant sur des découvertes archéologiques significatives, et examine les hypothèses entourant les causes de décès et les rituels funéraires associés.

Découvertes Archéologiques : Le Site de Lisieux

En 1990, des travaux de contournement du centre-ville de Lisieux (Calvados) ont mis au jour un vaste complexe archéologique de la fin de l’Antiquité. Ce site, situé dans la cour de l’ancienne école Michelet, a révélé une nécropole où plus de 1150 individus ont été recensés. Parmi ces sépultures, quatre associaient étroitement les restes d’un squelette féminin adulte et ceux d’un enfant mort en période périnatale. La disposition des ossements suggère un lien biologique direct et une possible mortalité d’origine obstétricale. Trois cas ont été relevés dans la nécropole du IVe siècle.

Sépulture 712 : Un Fœtus In Utero

Dans la sépulture 712, la femme, d'âge mûr, était inhumée dans un cercueil. Elle reposait sur le dos, les mains ramenées sur le bas de l’abdomen. Le crâne d’un fœtus, fragmenté mais bien préservé, était présent à l’intérieur du volume du bassin. Sa position sur la face interne du coxal gauche et la partie distale du sacrum de l’adulte suggère qu’il pouvait être in utero au moment de l’inhumation.

La situation très basse du crâne fœtal, occipital au contact de l’ischium gauche adulte, ainsi que sa disposition sur le côté gauche, frontal orienté vers le haut du corps féminin, dans une position préludant à l’accouchement, indiquent que la tête avait franchi le détroit supérieur et que l’enfant avait sans doute commencé sa descente vers le bassin moyen au moment du décès maternel. La plupart des os du squelette post-crânien, dispersés lors du pillage de la tombe, ont été retrouvés sans connexion dans la terre de remplissage.

La présence de sillons préauriculaires larges et profonds sur les coxaux de l’adulte suggère que cette femme âgée, en fin de période féconde, pouvait avoir déjà vécu plusieurs grossesses. L'âge maternel avancé et la multiparité sont des facteurs aggravants du risque obstétrical. Le décès pourrait être imputable à un accident de fin de grossesse, comme une hémorragie du troisième trimestre liée à un placenta praevia ou à un hématome rétro-placentaire, complication fréquente d’une hypertension ou d’une éclampsie.

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Cette tombe, datée du second quart du IVe siècle, est située dans la partie centrale de la nécropole.

Sépulture 587 : Une Disposition Paradoxale

Cette sépulture met en scène une femme adulte mature, inhumée sur le dos, les mains reposant sur le bas de l’abdomen. La présence du squelette d’un fœtus, en connexion anatomique, sur les os du bassin, ne laisse aucun doute sur l’association des deux individus. Toutefois, la position du corps de l’enfant par rapport à celui de la femme est surprenante.

Le crâne, reposant sur son côté droit, et les os de l’avant-bras gauche, placé devant la face, apparaissent entre les fémurs, au-delà des ischiums de l’adulte, alors que la plupart des os du squelette post-crânien semblent être encore in utero. Le fémur, le tibia et la fibula gauches, restés en connexion, sont en position haute par rapport au bassin féminin, reposant sur la face antérieure du sacrum et la cinquième vertèbre lombaire, tandis que le fémur droit, en situation plus basse, apparaît sur les dernières vertèbres sacrées et sous les extrémités distales des avant-bras, partiellement masqué par les os du carpe droit de la mère.

Cette disposition paradoxale du squelette périnatal est vraisemblablement la conséquence d’un processus de décomposition en espace vide. La montée en pression des gaz abdominaux en sépulture, provoquant un gonflement des parties molles et le relâchement des muscles du périnée, a pu entraîner le glissement post mortem de la partie supérieure du corps du fœtus, dont la tête devait être engagée dans le passage périnéal, mais non apparente au moment du décès maternel. Des cas comparables ont été décrits dans un cimetière de l’époque moderne à Tournus.

L’estimation de la taille fœtale, inférieure à 45 cm, correspondrait à environ huit mois de gestation. Plusieurs hypothèses peuvent être évoquées pour expliquer la mort probable de la mère au cours de l’accouchement. Une dystocie fœtale n’est pas à exclure, puisque la présence de l’avant-bras gauche devant le visage de l’enfant suggère une procidence du membre supérieur susceptible d’avoir entravé le passage de la tête.

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De plus, la mère présentait une pathologie sévère et aiguë des deux mains, particulièrement importante du côté droit, où l’on observe une érosion métacarpo-phalangienne et interphalangienne des cinq doigts et des appositions périostées épaisses sur les faces palmaires des phalanges proximales, intermédiaires et distales. Ces lésions pourraient être attribuées aux manifestations d’une arthrite infectieuse des extrémités supérieures d’origine locale post-traumatique, aux conséquences d’une septicémie du type typhoïde, ou aux suites de brûlures graves et sans doute récentes, avec infection des parties molles.

Sépulture 251 : Un Nouveau-Né Déposé

Cette sépulture, sans trace de cercueil visible, est située au milieu d’un alignement est-ouest de fosses datées de la seconde moitié du VIIe siècle. Elle a subi d’importantes perturbations lors du décapage superficiel par un engin mécanique et, plus anciennement, par le creusement d’une tranchée d’époque moderne. Malgré ces bouleversements, l’inhumation conjointe d’une femme adulte et d’un enfant nouveau-né ou mort-né ne fait aucun doute.

La femme, de morphologie gracile et de faible stature, était allongée sur le dos, l’avant-bras droit replié sur l’abdomen, le gauche, en légère flexion, ramené sur le bassin. La main gauche est restée en connexion, la paume reposant directement sur le crâne de l’enfant. Celui-ci, en appui sur la partie supérieure du sacrum, est en position haute par rapport au bassin féminin, maintenu par la main de l’adulte qui le recouvre en totalité, montrant ainsi que le corps du bébé avait été déposé sur celui de la femme.

Sa stature correspond aux normes moyennes d’un fœtus biologiquement à terme. Il s’agit donc peut-être d’un enfant mort-né ou décédé peu après sa naissance, mais de toute façon dans un laps de temps très court par rapport au décès de la femme, puisqu’ils ont pu être inhumés ensemble. Cette association étroite, et manifestement intentionnelle, d’un enfant nouveau-né ou mort-né et d’une femme dans une même sépulture implique l’existence d’un lien fort entre les deux.

Cette femme, de petite taille et au bassin étroit, présentait plusieurs facteurs potentiels de risques pouvant conduire à un accouchement dystocique.

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Sépulture 653 : Cause Infectieuse

Cette sépulture, creusée dans le cailloutis d’une voie de desserte du Haut-Empire au centre de la nécropole, est datée de la fin du IVe siècle. Elle appartient à une femme de morphologie gracile, d’âge sans aucun doute inférieur à vingt ans, inhumée dans un cercueil en bois. Des os de nouveau-né (fragments crâniens, humérus droit, fémurs, tibias et fibula droite), identifiables par une pathologie commune et attribuables au même sujet, ont été recueillis dans le remplissage de la fosse, étroitement mêlés à des os déplacés de la région abdominale du squelette adulte.

Aucun indice archéologique ne laissant envisager la présence d’une deuxième sépulture, il semble donc exister une forte présomption d’association entre la femme et l’enfant. Si l’inhumation conjointe apparaît probable, dans l’hypothèse d’une relation mère-enfant, rien ne permet pourtant de déterminer si le décès maternel est intervenu en fin de grossesse, en cours de travail sans délivrance fœtale, ou après l’accouchement des suites obstétricales, précédé ou suivi du décès de l’enfant. En revanche, la grande taille fœtale, estimée entre 52 et 55 cm, suggère un terme proche.

Pour l’adulte, une cause infectieuse a certainement contribué à l’issue fatale, comme l’indique la présence d’appositions périostées non remodelées sur les faces internes des arcs postérieurs de plusieurs côtes droites.

Définition de la Mortalité Maternelle et Implications

Il est important de noter que ces exemples ne représentent qu’un aspect limité de la réalité. La définition de la mortalité maternelle donnée par l’Organisation Mondiale de la Santé (1993) inclut tout décès d’une femme survenu au cours de la gestation ou dans un délai de 42 jours après sa terminaison, quelle qu’en soit la cause.

Interprétations et Hypothèses

L'inhumation d'un sujet périnatal sur le côté gauche, en association avec une femme, peut suggérer plusieurs interprétations :

  • Mortalité Obstétricale : La position du fœtus in utero ou à proximité du bassin maternel indique souvent un décès lié à des complications de la grossesse ou de l'accouchement.
  • Lien Biologique et Émotionnel : L'association étroite des corps reflète un lien profond entre la mère et l'enfant, soulignant l'importance de la famille et de la maternité dans les sociétés anciennes.
  • Rituels Funéraires : La disposition spécifique des corps, comme le dépôt du nouveau-né sur la mère, peut révéler des rituels funéraires destinés à honorer les défunts et à faciliter leur passage dans l'au-delà.
  • Causes de Décès : Les pathologies observées sur les squelettes, telles que les infections ou les complications liées à l'accouchement, peuvent fournir des indices sur les causes de décès et les conditions sanitaires de l'époque.

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