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Le Statut de l'Embryon : Perspective de l'Église Catholique

La question du statut de l'embryon, et plus précisément, le moment où l'être humain est considéré comme une personne, suscite des débats complexes et passionnés. Cette interrogation revêt une importance pratique considérable, notamment en raison de la vulnérabilité de l'embryon aux manipulations précoces, avant son implantation dans l'utérus maternel. L'Église catholique, confrontée aux avancées scientifiques et aux enjeux éthiques contemporains, se positionne avec prudence et nuance sur cette question délicate.

L'Âme et le Commencement de la Vie Humaine

La question cruciale est de déterminer à quel moment un être humain devient une personne, ou, en d'autres termes, quand l'âme apparaît chez l'être humain. Cette question est d'une portée pratique considérable, car c'est à son stade précoce, avant l'implantation (ou nidation) de l'embryon dans l'utérus maternel, que l'homme est le plus vulnérable aux manipulations. S'il a été conçu naturellement, les méthodes « contagestives » (stérilet, pilule du lendemain) peuvent provoquer des avortements si déniés qu'elles sont souvent classées comme contraceptives. S'il a été conçu artificiellement, in vitro, à des fins reproductives ou d'expérimentation, il est plus encore menacé, couramment détruit et même disséqué vivant.

Évolution de la Doctrine de l'Église

Saint Thomas d'Aquin, en raison de la méconnaissance de son temps en matière de biologie de la fécondation, pouvait envisager l'animation tardive de l'embryon, et il est encore parfois invoqué par ceux qui tentent d'affirmer que l'interdit du meurtre ne vaut pas pour le « zygote ». Si l'Eglise affirme aujourd'hui, comme elle le faisait déjà du temps de saint Thomas d'Aquin - et d'ailleurs avec lui - le caractère respectable de toute vie humaine dès son commencement, elle n'a pas jusqu'à maintenant affirmé la présence de l'âme dès l'instant de la conception. Par prudence en l'absence de preuve scientifique.

Cependant, cette position pourrait évoluer, à en juger par la convergence des interventions de médecins, théologiens, philosophes et juristes lors de congrès dédiés à cette question. Benoît XVI a repris les écrits de son prédécesseur, notamment les arguments de l'Evangile de la vie : « Même si la présence d'une âme spirituelle ne peut être constatée par aucun moyen expérimental, les conclusions de la science sur les embryons humains fournissent 'une indication précieuse pour discerner rationnellement une présence personnelle dès cette première apparition d'une vie humaine : comment un individu humain ne serait-il pas une personne humaine ?' » (art. 60).

Cette interrogation, citant l'instruction Donum vitae de 1987, a été longuement éclairée et confirmée par les intervenants. Il n'a aucunement été question de prétendre voir l'âme par la science, mais, a contrario, de constater que les dernières découvertes scientifiques sur les toutes premières cellules de l'être humain tendent à démonter les interprétations de la science qui entendaient plaider pour le caractère tardif de l'animation. Certes, avait rappelé le Pape, tout en encourageant explicitement ce travail de rapprochement entre la science, l'éthique, et le droit, on « réussira difficilement à déchiffrer complètement « le mystère de l'origine de la vie humaine et « l'homme restera toujours une énigme profonde et impénétrable ». Mais, ajoutait-il, plus on s'en approche, plus le mystère se révèle « fascinant » au point de nous placer « dans la situation de voir et même presque de toucher la main de Dieu ». Et justement, plus on observe ce qui se passe dès le moment de la conception, plus on découvre le caractère unique, complet et indivisible de l'être humain à ce début.

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Les Arguments Contre l'Animation Précoce

Le Congrès n'a pas éludé les arguments des promoteurs de l'animation différée, tout en notant que, souvent, leurs mobiles semblaient dictés par la volonté de légitimer des transgressions à l'interdit du meurtre réalisées avant l'implantation dans la paroi utérine. A ceux qui doutent d'une animation précoce en raison du nombre de fausses-couches spontanées à ce stade, les orateurs ont répondu par les énormes taux de mortalité infantile observés il y a quelques siècles : ces enfants morts prématurément n'étaient-ils pas des personnes humaines ?

La délicate question des jumeaux monozygotes a fait l'objet de plusieurs analyses : on observe qu'à partir de ce qui semble être un embryon initial de quelques jours, la gémellité apparaît par une forme d'essaimage cellulaire. Impossible de penser qu'une âme initialement unique se diviserait. C'est au moment de cette scission que pourrait s'opérer l'animation du second jumeau. Mais comment savoir si le fruit de certains bricolages cellulaires de laboratoire (chimères, produits hybrides) est humain ou pas ? La tâche ne sera pas facile mais essentielle, a-t-on souligné, pour éviter de nommer indument chose ce qui serait personne, et réciproquement.

Bioéthique et Technologies de Reproduction

L'Église catholique se trouve tiraillée sur le double terrain du progrès scientifique et de la sexualité, comme le montrent les discussions de ses moralistes et de ses médecins et la laborieuse mise au point d'un texte du Vatican. Sa prise de position ne devrait pas être éloignée d'une triple mise en garde touchant successivement au désir d'enfant, à la responsabilité du couple, à la protection de l'embryon.

Des chercheurs, des médecins catholiques n'ont pas attendu les consignes du magistère de l'Eglise pour faire naître des bébés par des procédés, comme l'insémination artificielle ou la fécondation in vitro (FIVETE), éloignés de l'"ordre naturel ", le seul que connaisse la théologie classique de l'Eglise. Il s'agit, pour ces médecins catholiques, de répondre à un souci de performance technique, mais plus sûrement d'aider des couples qui vivent leur stérilité comme un drame et de répondre à un devoir de " charité évangélique ".

Positions sur la Procréation Médicalement Assistée (PMA)

La position du Vatican est la plus nette en ce qui concerne la PMA. Le DPI ne peut donc être pratiqué puisqu’il peut aboutir à une destruction de l’embryon si il est atteint de la maladie recherchée. Le Protestantisme est visiblement la religion la plus ouverte en ce qui concerne la procréation médicalement assistée et considère que la responsabilité personnelle du croyant doit guider ses choix. Le croyant choisira donc lui-même la solution qui lui parait la plus acceptable éthiquement. La plupart des techniques sont autorisées y compris les dons de sperme,d’ovocytes et d’embryons. L’ église orthodoxe autorise la FIV car elle estime qu’il ne lui revient pas de légiférer sur la vie privée de ses fidèles.

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L'Avenir de la Législation Bioéthique

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, coordonne la réflexion de l’Eglise catholique sur le projet de loi bioéthique. Recherche sur l’embryon, levée de l’anonymat avec accord du donneur, procréation médicalement assistée, autant de sujets sur lesquels les députés devront se prononcer. Le projet de loi sur la bioéthique, présenté en Conseil des ministres le 20 octobre dernier par Roselyne Bachelot, sera débattu début 2011 à l’Assemblée nationale. L’Eglise catholique fait entendre sa voix sur le sujet avec la publication mercredi de Bioéthique. Un enjeu d’humanité (Conférence des évêques de France) sous la plume de Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail des évêques de France sur la bioéthique.

Mgr d’Ornellas salue des améliorations, mais ce projet semble encore trop à la remorque d’intérêts de certains chercheurs. Le gouvernement propose de considérer le sang de cordon ombilical et le sang placentaire comme une ressource thérapeutique. Il veut en favoriser le recueil et la conservation pour servir aux soins de façon solidaire tout en gardant la possibilité de soigner l’enfant de ce cordon ou un membre de sa famille quand la nécessité est avérée. Par ailleurs, le gouvernement prend en considération l’intérêt de l’enfant en envisageant la levée de l’anonymat dans le cadre de la procréation médicalement assistée avec don de gamètes, en lui permettant l’accès à l’identité du donneur. Mais cette levée de l’anonymat engendre des questions insolubles, contraires à l’intérêt de l’enfant qui, pourtant, est primordial. Est-il juste de continuer à recourir au don de gamètes, c’est-à-dire de le faire naître en divisant sa filiation? L’enfant était le grand absent des deux précédentes lois de bioéthique. Les possibilités de la science ont primé jusqu’à présent.

L’Eglise encourage bien évidemment la science. Il y a des guérisons de maladies génétiques grâce aux progrès de la science. Et il y en aura d’autres. La procréation médicalement assistée [PMA, Ndlr] ne guérit pas la stérilité. On tente de la pallier. Il y a quelque chose de trop grand dans la procréation humaine pour la laisser à la domination de la technique. Avoir créé un être humain en dehors du corps de la femme fut un événement sismique. A-t-on suffisamment réfléchi à ce que cela signifiait, au pouvoir que l’homme se donnait en fabriquant un être humain dans une éprouvette? Aujourd’hui, ce pouvoir est un lieu de fantasmes. On va choisir les caractères génétiques de son enfant: les yeux bleus ou les cheveux bruns. Le risque de dérive eugéniste et de marchandisation est considérable.

Oui, c’est une grande souffrance pour les couples qui souffrent de ne pas pouvoir avoir d’enfant. Mais la PMA engendre d’autres souffrances. Beaucoup de couples sont mal à l’aise d’avoir des embryons congelés dans l’armoire. Cette congélation est un manque de respect pour l’être humain. Il y a une contradiction fondamentale dont on ne peut se satisfaire: les PMA sont faites pour donner la vie, or elles aboutissent souvent à la destruction de la vie des embryons. L’Allemagne et l’Italie interdisent la congélation d’embryons, pourquoi pas la France?

Ce serait une entorse grave à notre droit d’autoriser la recherche sur l’embryon. Et une erreur car d’autres voies sont prometteuses. Certains scientifiques se sont engagés dans la recherche sur les cellules souches adultes ou sur d’autres cellules. N’y a-t-il pas un non-dit scientifique concernant les cellules souches embryonnaires: leur potentiel cancérigène? La mission de la loi civile est d’organiser la protection des plus vulnérables. Qu’on le veuille ou non, l’embryon humain n’est pas une chose. Il appartient à l’ordre de la personne. Mépriser le plus petit, c’est ouvrir la porte à l’inquiétude. Les législateurs serontils conscients que se joue un enjeu d’humanité avec cette loi?

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Certainement non, il ne faut pas étendre les indications du diagnostic préimplantatoire à la sélection de la trisomie 21. En tout cas, le projet de loi ne l’a pas intégré. Cette sélection était pourtant proposée par la mission parlementaire. Le gouvernement a plutôt suivi les états généraux de la bioéthique qui disent que la lutte contre le handicap passe par la recherche et non par l’élimination. C’est bon signe. Mais il est nécessaire de la diagnostiquer…Les diagnostics chez une femme enceinte engendrent de l’anxiété. Pourquoi faut-il qu’il soit obligatoire de tous les proposer? Attendre un enfant, c’est une bonne nouvelle pour la société et non une source de problèmes potentiels. La manière dont les tests sont proposés doit être réfléchie pour être au service de cette bonne nouvelle. Ils ne disent qu’un risque éventuel, jamais du cent pour cent. Je connais des enfants en parfaite santé chez qui on avait diagnostiqué une anomalie. Il y a des angoisses dont on aurait pu se passer.

Bien sûr que je peux entendre le désarroi d’une femme et sa souffrance quand elle envisage interrompre une grossesse en cas d’éventuelle détection de trisomie 21. Mais si elle fait le choix de l’avortement, je me dirai que je n’ai peut-être pas fait tout ce qu’il fallait pour qu’elle soit accompagnée.

Par cette interdiction de la gestation pour le compte d’autrui, la France est en avance dans le respect de la dignité. Cette pratique est indigne de l’enfant qui subira un abandon car, une fois né, il est arraché à celle avec laquelle il a tissé des liens. Elle n’est pas de l’altruisme mais l’utilisation d’une femme pendant neuf mois. Séparer une femme de l’enfant qu’elle porte, même si elle sait que c’est pour une autre, quelle violence! Là où cette pratique existe, c’est la voie vers l’utilisation de femmes pauvres par les riches. Et l’enfant pauvre sans parents? L’adoption lui donne une famille. C’est remarquable!

Science, Métaphysique et Éthique : Penser le Statut de l'Embryon

L’Église ne s’est pas formellement prononcée sur le moment précis de l’animation de l’être humain, mais elle a toujours invité à respecter la vie dès sa conception. Elle n’épuise pas à elle seule le discours que nous pouvons tenir sur l’humanité de l’embryon. Si la science possède son ordre de légitimité propre, la réflexion doit être cependant enrichie par l’apport d’un raisonnement métaphysique qui ouvre à une connaissance intégrale « de l’être humain dans sa totalité corporelle et spirituelle » (Dignitas personae (DP), n. 4). Elle active et informe l’organisme humain de son énergie et de sa force unificatrice, selon la terminologie de la métaphysique classique. La réflexion sur l’union de l’âme et du corps fait bien partie d’un autre champ de l’intelligence que celui des disciplines scientifiques, c’est le champ propre de la métaphysique : on ne saurait indûment affirmer que les arguments biologiques suffisent à eux seuls à révéler la présence ou non d’une âme spirituelle. « Aucune donnée expérimentale ne peut être de soi suffisante pour faire reconnaître une âme spirituelle » (DV, I, 1), constate l’instruction romaine Donum vitae (DV). Selon une première conception, le principe spirituel qu’est l’âme humaine s’unit après un certain nombre de jours au corps embryonnaire lorsque celui-ci est suffisamment organisé. Selon une seconde, cette union coïncide avec la fécondation biologique.

Saint Thomas d'Aquin et l'Animation Retardée

L’embryon est-il apte à recevoir une âme ? À cette question, saint Thomas d’Aquin, en s’appuyant sur les connaissances biologiques d’Aristote, répond qu’il existe un délai de 40 jours avant l’infusion de l’âme rationnelle dans le corps humain. « Même si la présence d’une âme spirituelle ne peut être détectée par aucune observation de donnée expérimentale, les conclusions scientifiques elles-mêmes au sujet de l’embryon humain fournissent une indication précieuse pour discerner rationnellement une présence personnelle dès cette première apparition de la vie humaine » (DP, n. 5), déclare Dignitas personae en s’appuyant sur une remarque déjà avancée par Donum vitae. L’originalité de ce passage mérite d’être soulignée. Mais alors, l’enseignement de saint Thomas d’Aquin sur ce point précis serait-il à rejeter ?

L'Animation Immédiate : Une Théorie Réévaluée

« La théorie de l’animation retardée, soutenue par Aristote puis par saint Thomas, (…) dépendrait essentiellement des connaissances biologiques limitées qui étaient disponibles au temps où ces auteurs écrivaient. Une application correcte des principes aristotélico-thomistes, tenant compte des connaissances scientifiques actuelles, porterait au contraire à soutenir la théorie de l’animation immédiate et à affirmer en conséquence la pleine humanité de l’être humain nouvellement formé. » (Académie pontificale pour la Vie, L’embryon humain dans la phase préimplantatoire, aspects scientifiques et considérations bioéthiques, p. 39. On reconnaît dans ces propos les écrits novateurs du père Pascal Ide qui fut d’ailleurs invité à présenter ses travaux lors de ce Congrès et qui font de plus en plus autorité dans l’Église. Pour un plus ample développement, voir Pascal Ide, Le zygote est-il une personne ? dans Aimer et protéger la vie, Éditions de l’Emmanuel, Paris, 2003).

Et l’Académie de conclure : « La théorie de l’animation immédiate, appliquée à chaque être humain qui vient à l’existence, se montre pleinement en accord avec la réalité biologique. Autrement dit, les deux concepts d’individu et de personne sont tout à fait solidaires l’un de l’autre. On peut donc faire valoir que la présomption est en faveur de la réponse affirmative, la charge de la preuve revient à qui veut répondre négativement. Elle rappelle un principe moral fameux, ancêtre de notre moderne principe de précaution : il n’est jamais permis d’agir avec une conscience douteuse lorsque la vie d’un innocent est en jeu.

Précaution et Respect de la Vie

L’Académie pontificale pour la vie ne dit pas autre chose : « Si l’on doute, devant un embryon humain, de se trouver devant une personne humaine, il est nécessaire de respecter l’embryon comme s’il l’était ; autrement, on accepterait le risque de commettre un homicide. Du point de vue moral, donc, le simple fait d’être en présence d’un être humain exige à son égard le plein respect de son intégrité et de sa dignité : tout comportement qui, d’une façon ou d’une autre, pourrait représenter une menace ou une offense vis-à-vis de ses droits fondamentaux, en premier lieu le droit à la vie, doit être considéré comme gravement immoral. » (Académie pontificale pour la vie, L’embryon humain dans la phase préimplantatoire, aspects scientifiques et considérations bioéthiques, Libreria editrice vaticana, 8 juin 2006, p. 43). « L’enjeu est si important, avait solennellement écrit sa sainteté Jean-Paul II, que du point de vue de l’obligation morale, la seule probabilité de se trouver en face d’une personne suffirait à justifier la plus nette interdiction de toute intervention conduisant à supprimer l’embryon humain » (Evangelium vitae, n.

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