La figure de la femme enceinte, symbole de fertilité, de maternité et de vie, a inspiré les artistes à travers les âges et les cultures. Des statuettes africaines ancestrales aux œuvres contemporaines audacieuses, les représentations de femmes enceintes sont riches de significations, oscillant entre sacré et profane, tabou et célébration. Cet article explore les différentes facettes de cette iconographie fascinante.
Les statuettes Akua’ba : un idéal de beauté et de fertilité
Parmi les figures les plus emblématiques de l'art africain, les statuettes Akua'ba, originaires de la culture ashanti au Ghana, illustrent la recherche d'une esthétique parfaite associée à la fertilité. Ces amulettes, utilisées dans une société matrilinéaire où la puissance féminine s'exprime par la grossesse et l'accouchement, sont portées par les femmes désirant concevoir ou enceintes pour assurer la beauté de leur enfant à naître.
La légende d'Akua
La légende fondatrice de ces poupées de fertilité raconte l'histoire d'Akua, une jeune femme désespérée de ne pas pouvoir tomber enceinte. Elle se rend dans un temple pour implorer l'aide d'une divinité et y rencontre un prêtre guérisseur (okomfo). Ce dernier lui conseille de se faire sculpter une poupée qu'elle devra porter sur elle comme un enfant. Moquée par sa communauté, Akua suit les recommandations du prêtre et donne naissance à une fillette d'une grande beauté. L'enfant d'Akua, Akua'ba, initie ainsi la tradition des poupées de fertilité.
Caractéristiques esthétiques
Les Akua'ba se distinguent par leur forme épurée : une tête ronde en forme de disque surmontant un corps cylindrique simplifié, doté de bras stylisés. La tête, aux traits symétriques et nets, est souvent ornée d'un cou annelé, symbole de prospérité et de bonne santé. Ces caractéristiques reflètent les critères de beauté de la culture ashanti, tels que la tête ronde légèrement aplatie, obtenue par des massages crâniens des nourrissons. Les petites scarifications sous les yeux sont censées protéger des convulsions. Généralement sculptées dans du bois dur et noir (osese), les Akua'ba sont polies pour obtenir un aspect lisse et agréable au toucher. Leur taille modeste (environ 20 cm) permet de les porter facilement dans les plis du vêtement.
La figure maternelle dans l'art occidental : de la Vierge Marie aux revendications contemporaines
L'histoire de l'art occidental a longtemps été marquée par une représentation idéalisée de la maternité, incarnée par la figure de la Vierge Marie. Divinisée pour sa fertilité et glorifiée pour sa pureté, la Vierge Marie tenant l'Enfant Jésus est un sujet omniprésent dans la peinture et la sculpture, en particulier au Moyen Âge et à la Renaissance. Cette image, dénuée de toute connotation érotique, symbolise la protection, la douceur et la dévotion.
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La rareté des femmes enceintes
En contraste avec l'omniprésence de la Vierge à l'Enfant, les représentations de femmes enceintes sont étonnamment rares jusqu'au XVIIIe siècle. Cette image de la pré-maternité, jugée trop sexualisée, était mal perçue par la société occidentale.
L'évolution de la figure maternelle
Le XVIIIe siècle marque un tournant, avec l'émergence d'une image de la mère moins divinisée et plus charnelle. Des artistes comme Élisabeth Vigée-Lebrun ouvrent la voie en réalisant des autoportraits avec leur fille. Au XIXe siècle, la maternité est représentée sous un jour joyeux et tendre par des peintres comme Mary Cassatt, Paul Cézanne et Joaquin Sorolla.
Les revendications du XXe siècle
Le XXe siècle voit une explosion de revendications et de libérations, avec des artistes comme Gustav Klimt, Frida Kahlo, Louise Bourgeois, Annie Leibovitz et Annette Messager qui explorent les multiples facettes de la maternité. Klimt rompt avec le modèle maternel sublimé dans des œuvres comme Les trois âges de la femme et L'Espoir. Annette Messager met en lumière l'injonction à la maternité dans Les enfants aux yeux rayés et Tout sur mon enfant. Le portrait nu de Demi Moore enceinte par Annie Leibovitz en 1991 choque et provoque un débat sur la représentation du corps féminin. Louise Bourgeois aborde la maternité avec un regard novateur, explorant la complexité du rapport mère-enfant, l'accouchement douloureux et l'angoisse maternelle. Sa sculpture Maman, une immense araignée, symbolise à la fois la mère nourricière et protectrice, et son caractère destructeur et intimidant.
La Vierge enceinte : une iconographie méconnue
Si la représentation de la Vierge Marie tenant l'Enfant Jésus est universellement reconnue, celle de la Vierge enceinte demeure assez méconnue. Pourtant, cette iconographie, autrefois répandue du Moyen Âge à la Renaissance, témoigne d'un moment unique : celui de l'attente du Sauveur.
L'Incarnation
À partir du XIIIe siècle, la Vierge enceinte apparaît dans diverses formes artistiques : sculptures, enluminures, fresques et vitraux. Ces représentations témoignent de la réalité de l'Incarnation, le moment où Dieu se fait chair dans le sein de Marie. Elles s'inspirent notamment de la prophétie d'Isaïe : « Voici que la Vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu'elle appellera Emmanuel » (Is 7,14). On retrouve ainsi des Vierges au ventre légèrement arrondi, parfois posant une main sur leur abdomen dans un geste empreint de douceur et d'acceptation.
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Le déclin après le Concile de Trente
Malgré sa popularité dans l'art médiéval, la représentation de la Vierge enceinte connaît un déclin à partir du XVIe siècle. Le Concile de Trente (1545-1563) redéfinit les canons de l'art religieux et proscrit les représentations jugées ambiguës ou pouvant prêter à confusion. La Vierge enceinte disparaît alors des œuvres officielles, laissant place à une imagerie mariale plus standardisée, centrée sur la Vierge à l'Enfant.
Un renouveau contemporain
Bien que moins répandue dans l'art contemporain, l'image de la Vierge enceinte connaît aujourd'hui un renouveau, notamment dans le domaine des objets religieux. Redécouvrir la Vierge enceinte, c'est renouer avec un pan méconnu de l'histoire de l'art et de la spiritualité chrétienne.
La maternité dans l'art africain : une figure centrale
Dans l'art africain, la femme est souvent représentée sous la figure de la maternité. Cette figure, l'une des plus anciennes et des plus représentatives du continent, est généralement accompagnée d'un ou deux enfants qu'elle allaite ou vient d'allaiter. Parfois, elle porte sa fille sur le dos. La protubérance de ses seins ou de son ventre évoque la fertilité.
La transmission des valeurs
Le lait maternel n'est pas seulement un aliment de vie, c'est la sève qui assure la transmission des valeurs humaines fondamentales. Dans de nombreuses cultures, les femmes sont les dépositaires de la tradition et la sauvegarde des généalogies. Elles sont souvent des diseuses de bonne aventure, des guérisseuses et des connaisseuses des mystères de la nature, revêtues de grands pouvoirs magiques.
La mère au centre de la composition
Dans ces représentations africaines de la maternité, la mère est la figure essentielle, mise en valeur par ses formes ou la finesse de ses lignes. Elle est le centre de la composition. Le fils est soit disproportionnellement mineur, soit ses traits sont si élémentaires qu'ils ne servent qu'à indiquer la présence de l'enfant.
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L'atelier divin
Selon l'écrivain africain Amadou Hampâté Bâ, « Tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons, nous le devons une seule fois à notre père, mais deux fois à notre mère. L'homme, disent-ils dans notre pays (Mali), n'est rien de plus qu'un semeur distrait, tandis que la mère est considérée comme l'atelier divin où le Créateur travaille directement, sans intermédiaires, pour former et amener une nouvelle vie à maturité. »
Les maternités de Yombé
Les maternités de Yombé en République démocratique du Congo sont particulièrement remarquables. Leur visage est caractérisé par de beaux yeux en forme d'amande, souvent recouverts de verre, sur lesquels se détache une pupille noire, dirigeant son regard au-dessus de la tête de l'enfant. Ses lèvres entrouvertes révèlent des dents limées et pointues sculptées, une note de beauté des femmes mayombées.
Wutuji Bocio : des fétiches de fertilité
Les Wutuji Bocio sont des fétiches originaires du Togo et utilisés par les Fon. Ces objets, représentant des femmes au ventre proéminent, sont utilisés pour exaucer des demandes liées à la fertilité ou à la naissance. Ils sont sculptés dans le bois ou créés par une accumulation d'herbes maintenue par un tissu ou un tressage de cordes. Différentes matières et éléments leur sont rajoutés afin de les activer. Pendant la grossesse, des consultations du Fa sont faites chez le prêtre bokono pour assurer la protection de la femme et de son enfant. La femme doit alors se plier à un régime alimentaire spécifique.
La tombe de Victor Noir : un symbole de fertilité au Père-Lachaise
Au cimetière du Père-Lachaise à Paris, la tombe de Victor Noir, un journaliste du XIXe siècle, est devenue un lieu de culte particulier. Le gisant de bronze, réalisé par Jules Dalou, est réputé pour favoriser la fécondité.
Un culte politique transformé
Victor Noir, tué par le prince Pierre Bonaparte en 1870, est d'abord devenu un symbole de la répression de l'Empire face à la lutte pour la liberté. Après la chute du Second Empire, le gouvernement a décidé de rendre hommage à ce jeune républicain considéré comme une victime innocente. Un culte politique s'est développé autour de sa tombe, faisant de lui un martyr de la République.
La naissance du culte sexuel
Au fil du temps, le culte de Victor Noir a pris une connotation sexuelle. Selon certaines versions, des étudiants auraient inventé un canular en faisant frotter les parties génitales du gisant par un gardien du cimetière, les mettant ainsi en évidence. Un journaliste aurait ensuite exploité ce canular en inventant un culte de la fécondité et de la virilité.
Un lieu de pèlerinage
Aujourd'hui, la tombe de Victor Noir est l'une des plus fréquentées du cimetière du Père-Lachaise. Les femmes viennent se recueillir et toucher le gisant dans l'espoir de tomber enceintes.
Mothership de Prune Nourry : une maternité monumentale
L'artiste contemporaine Prune Nourry a créé Mothership, une sculpture monumentale représentant une femme enceinte de 17 mètres de long. Cette œuvre, exposée notamment à Nantes, mêle art, science et réflexion sur la naissance, le corps féminin et l'origine de la vie.
Un lien avec l'enfance
Prune Nourry explique que son inspiration lui vient de son enfance et de ses rencontres avec des bouddhas géants couchés au Sri Lanka et en Inde. Elle souhaite créer des œuvres monumentales qui permettent à chacun de retrouver ses ressentis d'enfance et de s'émerveiller.
Un travail collectif
L'artiste travaille en collaboration avec des ingénieurs et des artisans pour réaliser ses sculptures, transformant le bois, le métal et la toile en personnages vivants.
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