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L'évolution et l'utilisation du congé paternité en France

Le congé paternité, un droit relativement récent en France, a connu des transformations significatives depuis sa création. Introduit il y a seulement 21 ans, il a été initialement instauré en 2002 avec 11 jours de congés consécutifs, s'ajoutant aux trois jours de congés de naissance. Une réforme majeure entrée en vigueur le 1er juillet 2021 a allongé ce congé, permettant aux pères de bénéficier de 25 jours à la naissance d'un enfant, voire 32 jours en cas de naissances multiples. Cette évolution législative semble avoir un impact positif, séduisant de plus en plus de pères travailleurs.

L'essor du congé paternité : une tendance observée

Une étude de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) révèle que plus de 70% des pères éligibles profitent de ce temps accordé pour s’occuper de leur nouveau-né. Ce chiffre témoigne d’une évolution des mentalités qui s’est faite progressivement. Entre 2013 et 2021, le congé paternité a gagné du terrain, la proportion de pères y ayant recours passant de 62 à 67% en moins de 10 ans.

L'allongement de la durée du congé paternité "n'a pas entraîné de rupture dans l'évolution du taux de recours" au congé paternité, mais a "soutenu la tendance à la hausse amorcée" avant 2021, détaille l'Ined dans son bulletin mensuel d'information. En plus des trois jours de congé de naissance obligatoires, les pères doivent prendre au moins 4 jours de congé paternité. 81% d'entre eux ont prolongé leur arrêt au-delà de cette semaine obligatoire entre 2021 et 2023, un nombre en constante augmentation depuis les années 2000.

Disparités selon le statut professionnel

La prise du congé paternité varie considérablement en fonction du statut d'emploi des pères. Les travailleurs indépendants et ceux en contrat précaire, tels que les CDD ou les intérimaires, prennent moins souvent des jours pour s'occuper de leur bébé. En 2021, la Drees note que le taux de recours reste le plus élevé pour les pères ayant un emploi stable : 91 % des fonctionnaires et des agents titulaires d’un CDI dans le secteur public et 82 % des salariés en CDI du secteur privé ont bénéficié d’un congé de paternité au moment de la naissance de leur enfant (contre respectivement 88% et 80% en 2013).

La progression la plus notable du congé paternité se situe même du côté des travailleurs indépendants. Une prise de conscience de la nécessité de s’investir dans son rôle de père dès la naissance de l’enfant Si la législation n’oblige pas forcément les pères à prendre un congé après la naissance de leur enfant (ils peuvent le prendre dans un délai maximal de six mois), ils sont de plus en plus nombreux à le faire coïncider avec celui de la mère et à le commencer dès la naissance.

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Une prise de conscience croissante

« En 2021, 72% des pères ont fait débuter leur congé de paternité dans la semaine ayant suivi la naissance de leur enfant, contre 49% en 2013 » note la Drees. Et, dans 80% des cas ils l’ont pris d’un seul bloc c’est-à-dire qu’ils ont cumulé leurs 25 jours d’affilée sans les fractionner. Selon l’étude, il s’agit là d’une prise de conscience des pères et d’une « évolution très nette » de la société, fortement encouragée par les professionnels de la petite enfance. « Cet accueil est pensé comme un temps directement et uniquement destiné à l’enfant, lequel favoriserait le processus d’attachement et serait le garant de la qualité du lien entre l’enfant et son parent. Ne pas y consacrer un temps minimum, y compris pour les pères, peut être perçu par les professionnels comme le signe d’une certaine défaillance paternelle » note les sociologues Philippe Charrier et Gaëlle Clavandier.

Impact de la réforme de 2021

La réforme du congé de paternité de juillet 2021, qui a porté sa durée de 11 à 25 jours, porte ses fruits. Selon une nouvelle étude publiée dans Population & Sociétés n° 640 et s’appuyant sur l’enquête Familles et employeurs*, 81 % des pères ont pris ce congé entre 2021 et 2023, contre environ 75 % avant la réforme. Les chercheurs Ariane Pailhé, Anne Solaz, Alix Sponton et Maxime Tô montrent que les bénéficiaires du congé de paternité ont des profils plus diversifiés : les travailleurs indépendants et les pères moins diplômés y recourent désormais plus qu’avant la réforme. Dès 2022, 59 % des pères ont utilisé la totalité des 25 jours disponibles, démontrant l’attractivité de cette nouvelle durée. Le fractionnement du congé, qui permet de répartir les jours de congé sur plusieurs périodes, gagne également en popularité : 23 % des pères y ont eu recours au second semestre 2021, puis 33 % au second semestre 2023.

Les inégalités persistantes

Si le recours au congé progresse, des inégalités selon la situation professionnelle subsistent : les salariés du secteur public et du privé en CDI restent les plus nombreux à l’utiliser. Les travailleurs indépendants, bien que plus souvent bénéficiaires qu’en 2017, affichent encore un taux d’utilisation plus faible (55 % prennent la totalité du congé). Les pères en CDD et ceux au chômage avant la naissance utilisent également moins ce dispositif, malgré une hausse récente. Les motifs invoqués pour ne pas prendre le congé ont évolué. Si 7 % de l’ensemble des pères déclarent en 2023 ne pas avoir souhaité poser leur congé (contre 9 % en 2012), les contraintes professionnelles, notamment la charge de travail excessive, sont aujourd’hui plus fréquemment citées. Les raisons financières pèsent également davantage : 8,5 % des pères d’enfants nés entre juillet 2021 et décembre 2023 évoquent ce frein, un chiffre possiblement amplifié par l’inflation récente.

Évolution des pratiques et motivations

Depuis la réforme, davantage de pères prennent leur congé après le retour au travail de la mère. Cette pratique concerne désormais 8 % des naissances, contre seulement 2 % avant 2021. L’étude confirme que le congé de paternité s’est imposé comme une norme sociale de la paternité en France. La médiatisation de la réforme de 2021 a contribué à améliorer la connaissance du dispositif et à renforcer son acceptation dans le milieu professionnel.

Les raisons du non-recours au congé paternité

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi certains pères ne prennent pas leur congé de paternité. En 2019, un tiers des pères ne prenait pas leur congé paternité. Différentes raisons sont en cause selon les milieux sociaux. Dans les petites entreprises, il est également plus difficile pour les salariés de s’absenter sans faire retomber sa charge de travail sur ses collègues. En ce qui concerne les milieux plus aisés, c’est le plafonnement des indemnités qui est en cause : le père verra sa fiche de paie diminuer à partir d’un certain niveau de revenus.

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Les raisons de non-recours dépendent du statut d’emploi et du diplôme. La charge de travail est souvent citée comme un frein à l’usage du congé. Les indépendants rencontrent plus de difficultés pour se faire remplacer ou suspendre leur activité. Les pères peu diplômés, en CDD ou au chômage utilisent moins le congé que ceux ayant un diplôme du supérieur.

Congé en solo et implication paternelle

Davantage de pères prennent leur congé après le retour au travail de la mère. Cette pratique concerne désormais 8 % des naissances, contre seulement 2 % avant 2021. Bien que minoritaire, le congé en solo des pères progresse. L’étude souligne l’importance de l’investissement paternel dans les tâches parentales.

Un nouveau congé de naissance en perspective

Cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large de politique familiale : un nouveau congé de naissance d’un à deux mois par parent, voté dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, entrera en vigueur en juillet 2026.

Enquête FamEmp

L’enquête longitudinale FamEmp, menée dans le cadre du projet LifeObs, analyse les tensions entre travail et vie personnelle et leurs effets sur les parcours professionnels, familiaux et la santé. Son approche originale associe un volet individuel et un volet employeurs, afin de croiser les expériences des salariés et les pratiques des entreprises. La première vague, réalisée en 2024, a permis de recueillir 41 000 questionnaires individuels et 9 000 questionnaires employeurs, enrichis par des données socio-fiscales et d’emploi.

Les objectifs de la réforme de 2021

La réforme de juillet 2021 visait deux objectifs principaux : renforcer la présence du père auprès de l’enfant et le lien père-enfant, et favoriser l’égalité femmes-hommes en rééquilibrant le partage des tâches domestiques (ménagères et parentales) entre le père et la mère. Les parents interrogés pour l'étude font état d’une répartition inégale du travail domestique entre les conjoints. Malgré un surcroît d’investissement des pères pendant leur congé paternité, les mères en accomplissent globalement davantage. En plus des tâches parentales et de certaines tâches ménagères partagées, les femmes gèrent souvent des tâches supplémentaires, "avec une spécialisation de genre qui affecte la réalisation de certaines tâches", explique l'étude.

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Les indemnités journalières

Pour être éligible au congé paternité ou maternité, les parents doivent, au moment de la naissance, être en emploi ou au chômage indemnisé au cours des 12 derniers mois. Ils touchent ainsi des indemnités, sous conditions. Les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale sont plafonnées en 2023 à environ 95 euros nets par jour pour les salariés, 60 euros pour les indépendants. Les pères dont les revenus baissent doivent donc l’anticiper. Certains vont jusqu'à renoncer à prendre la totalité du congé de paternité.

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