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Définition et enjeux de la terre végétale

La "terre végétale", un terme courant mais souvent mal défini, désigne une composante essentielle de notre environnement et de nos pratiques agricoles. Cet article explore les différentes facettes de cette notion, depuis ses définitions historiques et normatives jusqu'à ses applications pratiques dans l'aménagement paysager et la construction.

Histoires d’humus : Genèse et Évolution du Concept

La notion de "terre végétale" s'oppose logiquement à celle de "terre minérale". Elle désigne donc une terre contenant des résidus végétaux, c'est-à-dire de la matière organique. Cependant, ce terme ancien manque de précision. Certains auteurs ont du mal à définir la limite inférieure de la terre végétale, tandis que d'autres la considèrent comme correspondant au sol dans son intégralité. D'autres encore, interprétant l'expression au pied de la lettre, affirment qu'il s'agit d'un matériau purement organique résultant de la décomposition des végétaux.

Définitions Anciennes et Évolutions du Concept

Jusqu'aux années 2000, la terre végétale ne semble pas avoir eu de définition précise annexe 1. Encyclopédie, t. 9, 1765. Chrestien de Lihus (1804) se contredit d'une page à une autre. Page 18 on peut lire : « Il y a quatre sortes de terres : la terre végétale, la terre argileuse, la terre sablonneuse et la terre calcaire. Nous ne pouvons mieux en marquer la différence que par la définition qu'en donne le savant Valérius. La terre végétale est une terre poreuse et divisée qui se trouve en plus ou moins grande quantité à la surface du globe. Et page 19, il écrit : « Les terreins sablonneux ou crayeux (…) ne peuvent produire de végétaux, s'ils ne se trouvent mêlés avec d'autres terres. En 1820, dans un Mémoire sur la culture des arbres à cidre, Piérard écrit : « … Les trous contribuent d'autant mieux au succès d'une plantation, qu'ils présentent une plus grande superficie sur une profondeur relative à la forme des racines de l'arbre et à l'épaisseur de la couche de terre végétale. Aussi pour remplir ce but, la meilleure méthode serait de défoncer entièrement le terrain que l'on veut planter (…) En général, les trous doivent être creusés plus profond dans les terrains secs ou sablonneux, et moins profonds dans ceux où les couches inférieures du sol sont compactes ou argileuses » (p. 482 et 485). L'auteur semble bien distinguer la terre végétale (c'est-à-dire les horizons supérieurs humifères) et les "couches inférieures du sol", le tout constituant le sol.

La Terre Végétale dans le Contexte Contemporain

Dans le contexte contemporain de grands travaux de construction (bâtiments, routes, aéroports), de grands volumes de terres sont décapés et transportés et peuvent être vendus comme substrats de cultures ou pour la reconstitution de "sols" en milieu urbain. En France, la vente de « terre végétale » est désormais régie par la norme NF U 44-551 sur les supports de culture (2002, modifiée en 2004, en 2008 puis en 2009) dont l'application a été rendue obligatoire par un arrêté de 2003 modifié en 2010. En outre, deux critères de composition sont à respecter : de 3 à 15% de matière organique et une fraction fine (< 2 mm) supérieure à 50% en masse. Suivent des paramètres à déclarer obligatoirement ou de façon facultative.

Définitions et Normes Actuelles

Aujourd'hui, lorsqu'on cherche sur Internet, on trouve toutes sortes de textes qui montrent que tout le monde parle de la « terre végétale » sans bien savoir de quoi il s'agit. Site du CILF - Dictionnaire d'Agriculture : « Couche supérieure d'un sol où se développent les racines des végétaux que ceux-ci, en s'y décomposant, en tout ou en partie, enrichissent peu à peu en humus. Une telle terre est donc favorable aux cultures[3] ». Il est bien précisé qu'il s'agit de la "couche supérieure d'un sol" mais les racines ne se développent pas seulement dans les 10 à 30 premiers centimètres ! Site ID Maison : « La terre végétale ou humus est le produit naturel de la décomposition des matières organiques tombées sur le sol. (…) Ce qu'on appelle couramment « la terre » peut avoir deux origines bien différentes, végétale ou minérale. La terre minérale est issue de l'érosion des masses rocheuses et est composée de mélange siliceux essentiellement. (…) D'un autre côté, la terre végétale est issue de la décomposition lente des matières organiques tombées sur le sol au fil des années. Site Futura-Sciences : « La terre végétale désigne la couche supérieure d'un sol, née de la décomposition de la matière organique et que l'on retrouve dans la majorité des jardins. (…) On distingue généralement 5 types de terre végétale : argileuse, calcaire, humifère, sableuse et franche, cette dernière étant un mélange des quatre premières. (…) Enrichie de tourbe, de compost, d'engrais ou d'autres éléments, la terre végétale est alors communément appelée “terreau"[6] ». Site Plante-Intérieur.com : « Terre végétale - Horticulture. Couche de terre en surface formée par la décomposition de matières organiques. Sol naturel ou amendé provenant de la couche supérieure d'une prairie, d'un sol cultivé, d'un boisé ou d'une aire engazonnée. Site geo.cybercantal.net : « En fait ces roches ne sont pas immédiatement visibles ; leur surface est altérée et forme la terre végétale. En outre, on ne sait jamais s'il s'agit de matériaux naturels (pédologiques) en place ou transportés ou bien de mélanges préparés. On ignore également de quelle profondeur ces matériaux proviennent : uniquement les horizons de surface A ou L des pédologues ? Il est heureux qu'une définition objective et précise soit enfin donnée à la "terre végétale". Cette définition normative était nécessaire car il existe désormais un marché pour l'échange de volumes de plus en plus importants de "terre" dont il n'y avait pas de définition officielle.

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La Norme NF U 44-551 et les Anthroposols Reconstitués

La norme NF U 44-551 définit également ce qu'est une "terre support" : « Terre issue d'horizons de surface humifères ou d'horizons profonds pouvant être mélangée avec des matières minérales ». « L'existence des Anthroposols Reconstitués résulte de l'activité humaine en milieu urbain et péri-urbain, par l'utilisation de matériaux pédologiques transportés, remaniés, puis mis en place dans les jardins, parcs et espaces verts pour les plantations de végétaux d'ornement (« terre végétale » des paysagistes). Parfois, des matériaux géologiques sont également employés (sables, couches D). Ils sont souvent constitués par des horizons L provenant des couches arables de terrains agricoles, mélangés parfois à la partie supérieure de l'horizon sous-jacent du lieu de prélèvement. Ces matériaux ont donc subi des évolutions pédogénétiques avant leur transport. Ils proviennent des terrassements, des aménagements routiers ou autoroutiers, des sites industriels, des mines ou carrières ou des sites artisanaux, dans lesquels la terre de surface et parfois les horizons plus profonds ont été prélevés par décapage, puis conservés plus ou moins longtemps. Ils peuvent être amendés et mélangés à d'autres constituants inertes ou organiques (composts) avant d'être mis en place. » (p. « Les sols des espaces verts [Anthroposols Reconstitués], des parcs et de jardins et des alignements sont la plupart du temps reconstitués ou construits pour obtenir un sol suffisamment productif. Cependant, leurs conditions de mise en place conditionnent fortement leur fertilité et l'on observe fréquemment des sols trop peu épais, reposant sur des matériaux anthropiques non prospectables par les racines et de fertilité nulle, ou compactés lors de leur mise en place, ou à de la terre fine de médiocre qualité (argiles mal structurées par exemple). » (p.

Pédogenèse : Les Facteurs de Formation des Sols

La figure 7 présente les différents facteurs de la pédogenèse mais également leurs interrelations. via la forme d'humus. retour, a une influence sur le climat local (mésoclimat plus frais et humide dans une zone forestière). ou, pour certaines, leurs altérites [5]. propriétés du futur sol ; l'influence du climat et de la végétation reste longtemps très limitée. métaux.En ce qui concerne le rôle de l'état d'un matériau sous-jacent, nous prendrons l'exemple des calcaires durs. d'enracinement des plantes pérennes comme les arbres forestiers ou la vigne. de fournir un peu d'eau en période sèche. que sur une roche non disloquée, et le sol s'y formera plus vite.

Rôle du Relief et du Climat

Le fonctionnement du sol (donc, à long terme, son évolution générale) dépend de sa position dans le relief. notamment, de l'orientation plutôt verticale ou plutôt latérale des flux d'eau et de matières déplacées. versants est dépendante de la nature plus ou moins dure et de la succession des roches sous-jacentes. sols) ou également en fonction de la variation des roches (topolithoséquence de sols).En position de plateauxSur les plateaux, la dynamique de l'eau et des transferts est plutôt verticale. Cependant, rares sont les plateaux qui ne présentent pas du tout de relief. donc très sensibles à la battance[6] et à l'érosion hydrique. Seine-et-Marne ou de ceux du Pays de Caux.Haut et milieu de versantsEn haut de versants, il y a pertes d'eau et de matières dissoutes ou en suspension sans compensation. à des sols secs et minces (car érodés). engorgements plus ou moins prolongés voire permanents ou quasi-permanents (tourbières). fluviatiles, alluvions lacustres). Chablis, privilégient les expositions Sud-Est et Sud et les pentes assez fortes ou fortes. le rayonnement solaire est maximum car parvenant perpendiculairement au terrain.

Végétation et Activité Biologique

La microflore pionnière est constituée de bactéries, d'algues, d'hyphes de champignons ou de lichens. les figures sont visibles au microscope électronique (Robert et coll., 1983 [4] ). développant entre les paquets de feuillets des micas. microsites au contact entre les êtres vivants et les minéraux (Figure 9). L'altération du matériau parental se fait également sous l'action des racines. CO2 dégagés sont susceptibles d'altérer certains minéraux et de dissoudre le calcaire.La faune (micro-, méso- et macrofaune) est également adaptée à la nature du sol. réorganisation des turricules de lombrics.En retour, le sol a une influence importante sur les êtres vivants qu'il héberge. richesse en calcium échangeable, en azote, en calcaire fin dit « actif ». azote (dites « améliorantes »).

Influence de l'Homme et Durée de Formation

d'eau superficiel. reconstitués, réaménagement d'anciennes carrières ou gravières.DuréeLe temps est un acteur majeur, à ne pas oublier, de la formation des sols. supérieure du sol sur quelques décimètres. 12 000 ans). de lœss, mise en place de formations de pentes).Mais il existe aussi des sols beaucoup plus anciens et des paléosols. à chailles, les sols argileux et ferrugineux de la plate-forme sinémurienne en Auxois (Baize et Chrétien, 1994 [1]), les « terres d'Aubues » des plateaux de Basse Bourgogne (Baize, 2012 [2], Figure 10). Tous ces sols sont âgés d'au moins un ou deux millions d'années.

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Applications Pratiques et Choix de la Terre Végétale

Pour bien choisir votre terre, déterminez si l'usage est structurel (remblai de tranchée, plateforme) ou agronomique (espaces verts). Le choix repose sur la classification GTR pour la mécanique et la norme NF U 44-051 pour le végétal.Le choix de la terre sur un chantier n'est jamais anecdotique. Pour un conducteur de travaux ou un chef de chantier, ce matériau pondéreux représente un poste de coût logistique majeur et un enjeu de responsabilité décennale. Une terre de remblai mal calibrée peut entraîner des tassements sous voirie, tandis qu'une terre végétale de mauvaise qualité peut condamner les aménagements paysagers d'un projet de promotion immobilière.

Terre de Remblai vs Terre Végétale

Sur le terrain, on ne parle pas de "terre" de manière générique. On distingue deux grandes familles dont les comportements mécaniques sont opposés.La terre de remblai : l'enjeu de la stabilitéLa terre de remblai est un matériau d'apport destiné à combler des vides ou à modifier le nivellement. Sa principale qualité est sa capacité de compactage.Composition : Elle est idéalement minérale. La présence de racines, de souches ou d'humus est proscrite car leur décomposition crée des vides internes (fontis) à moyen terme.Usage : Remblayage de fouilles, mise en plateforme de bâtiments, création de merlons acoustiques.Différence entre terre de remblai et terre végétaleLa terre végétale : le support de vieIssue du décapage de la couche superficielle du sol (horizon humifère), elle est riche en micro-organismes et en matières organiques.Composition : Un mélange équilibré de sable, de limon et d'argile, enrichi en humus.Usage : Uniquement pour les finitions paysagères. Elle ne doit jamais être utilisée pour un remblai structurel car sa portance est médiocre et elle se tasse de manière imprévisible sous charge.Conseil terrain : Si vous avez un excédent de terre sur votre chantier, la priorité est de séparer les stocks dès le décapage. Faire évacuer vos déblais inertes séparément de la terre végétale permet de réduire vos coûts de décharge et de valoriser vos matériaux.

Critères Techniques pour la Terre de Remblai

Pour un professionnel des Travaux Publics, le choix d'une terre de remblai se réfère au Guide des Terrassements Routiers (GTR). Ce document classe les sols selon leur nature et leur état hydrique.Granulométrie et VBSDeux indicateurs sont cruciaux pour valider une terre de remblai :Le Dmax : La taille du plus gros élément. Pour un remblaiement de tranchée au contact des réseaux, on limite souvent le Dmax à 20 ou 30 mm pour éviter d'endommager les fourreaux.La Valeur de Bleu de Méthylène (VBS) : Elle mesure la sensibilité à l'eau de la terre (sa teneur en argile). Une terre trop "plastique" (VBS élevé) sera impossible à compacter s'il pleut.L'état hydriqueC'est le cauchemar du chef de chantier. Une terre de remblai livrée trop humide (état "mouillé") ne pourra pas atteindre l'Optimum Proctor. À l'inverse, une terre trop sèche nécessitera un arrosage important pour être compactée. Vérifier l'état hydrique à la commande est essentiel pour garantir la tenue des délais.L'importance du compactage par couches.

Évaluation de la Qualité de la Terre Végétale

Pour les marchés publics ou les projets certifiés (BREEAM, HQE), la terre végétale doit répondre à des critères agronomiques stricts. On ne se contente pas de regarder si elle est "bien noire".La texture : le triangle des texturesUne terre végétale équilibrée est souvent dite "limono-sableuse".Trop d'argile : La terre est lourde, asphyxiante pour les racines et difficile à travailler dès qu'il pleut.Trop de sable : La terre est drainante mais ne retient pas les nutriments. Elle nécessite un arrosage constant.L'idéal : Une terre avec environ 15 à 20 % d'argile pour la structure, le reste se partageant entre sables et limons.Le criblage : un gain de temps opérationnelSur un chantier de bâtiment, le temps de main-d'œuvre pour le râtelage est coûteux. Commander une terre végétale criblée (souvent en 0/20 mm) permet une mise en œuvre directe à la minipelle ou au râteau, sans avoir à extraire manuellement des cailloux ou des racines résiduelles. Pour les projets nécessitant une précision extrême, il peut être pertinent de choisir les bons granulats de drainage en complément sous la couche de terre.

Logistique et Calcul des Volumes

C'est sur le calcul des volumes que se jouent les marges. La terre est le matériau qui subit les variations de volume les plus importantes entre son état "en place" et son état "foisonné".Le coefficient de foisonnementLorsque vous extrayez de la terre, vous y introduisez de l'air. Le volume augmente. À l'inverse, lors du remblaiement, vous devez compacter la terre, ce qui réduit son volume apparent.Terre végétale : Foisonnement d'environ 20 %.Terre argileuse : Jusqu'à 40 % de foisonnement.Ordre de grandeur : Pour combler un trou de 100 m^3 réels, prévoyez une commande d'environ 125 à 130 m3 de terre pour compenser le tassement lors du compactage.Pour sécuriser vos marges, consultez notre guide complet sur le calcul du coefficient de foisonnement.La traçabilité : une obligation légaleDepuis 2022, la traçabilité des terres excavées est renforcée (RNDTS). En tant que professionnel, vous êtes responsable des terres que vous faites entrer sur votre chantier. Passer par une plateforme structurée vous garantit que la terre provient de sites de production (carrières ou plateformes de recyclage) ayant effectué les analyses de non-pollution (HCT, HAP, Métaux lourds).

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