L'insémination artificielle (IA) est une technique de reproduction assistée de plus en plus utilisée en reproduction canine. Elle offre une alternative viable à la saillie naturelle, particulièrement lorsque celle-ci est difficile ou impossible. Avant d'envisager l'IA, il est crucial de réaliser un suivi rigoureux du cycle de chaleur de la chienne pour déterminer le moment optimal pour l'insémination.
Indications de l'insémination artificielle chez la chienne
L'insémination artificielle peut être indiquée dans diverses situations :
- Échec de saillie naturelle : Refus de la chienne, incompatibilité physique entre le mâle et la femelle, incapacité du mâle à saillir ou manque de libido.
- Raisons sanitaires : Demande du propriétaire du mâle pour éviter une éventuelle contamination par des maladies sexuellement transmissibles.
- Infertilité : Prise en charge d'une infertilité chez la chienne ou le mâle.
- Utilisation de semence réfrigérée ou congelée : Lorsque le mâle et la femelle sont géographiquement éloignés.
- Races prédisposées : Pour certaines races, l'IA est devenue une pratique courante en raison de disproportions physiques croissantes entre les mâles et les femelles ou d'une libido réduite chez les mâles.
Types de semences utilisées pour l'insémination artificielle
Différents types de semences peuvent être utilisés pour l'IA :
- Semence fraîche : Inséminée immédiatement après le prélèvement et l'évaluation de la qualité (spermogramme).
- Semence réfrigérée : Diluée avec une solution permettant sa conservation à 4 °C pendant 5 à 10 jours. Elle est généralement préparée la veille de l'insémination.
- Semence congelée : Stockée dans l'azote liquide à très basse température, ce qui permet une conservation illimitée. Elle peut être expédiée partout dans le monde dans des conteneurs spécifiques.
Préparation à l'insémination artificielle
Pour optimiser les chances de réussite, il est essentiel de suivre les étapes suivantes :
- Suivi de chaleurs : Un suivi rigoureux du cycle de chaleur de la chienne est indispensable pour déterminer le jour de l'ovulation. Les principaux examens utilisés sont le frottis vaginal, la vaginoscopie, le dosage de la progestérone sanguine et l'échographie ovarienne.
- Examen de santé des reproducteurs : Le vétérinaire doit s'assurer que les deux chiens sont en bonne santé et ne présentent aucun signe de maladie sexuellement transmissible.
- Identification du mâle : Vérification de l'identification du mâle et de la présence de ses deux testicules en position scrotale. Un certificat vétérinaire attestant de l'état de santé et de l'identification du mâle doit accompagner les semences réfrigérées et congelées.
- Spermogramme : La réalisation d'un spermogramme permet d'évaluer la qualité de la semence et d'orienter le choix de la technique d'insémination. Une mobilité inférieure à 70 %, un pourcentage d'anomalies morphologiques supérieur à 30 % ou une numération inférieure à la normale pour la race peuvent justifier une insémination intra-utérine. La dose minimale inséminante recommandée est de 150 à 200 millions de spermatozoïdes normaux et mobiles.
Techniques d'insémination artificielle
Plusieurs techniques d'IA sont disponibles, chacune ayant ses avantages et ses inconvénients :
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1. Insémination intravaginale
- Procédure : La semence est déposée dans la partie antérieure du vagin à l'aide d'une sonde.
- Type de semence : Réservée aux semences fraîches et aux reproducteurs présentant une fertilité normale.
- Technique : La sonde est introduite dans le vagin au niveau de la commissure vulvaire dorsale en formant un angle de 45° avec l'axe vertical. Il est important de s'assurer que la chienne ne montre aucun signe de douleur. Si la sonde est mal positionnée, elle doit être retirée et réintroduite en évitant la fosse clitoridienne ou le méat urinaire. Un dispositif antirefoulement peut être gonflé pour maintenir la semence en place. La semence est injectée lentement (environ 5 à 10 ml selon la taille de la chienne).
- Suivi post-insémination : Il est recommandé d'élever les membres postérieurs de la chienne et de masser le plafond du vagin pendant une dizaine de minutes pour favoriser les contractions.
- Avantages : Technique simple et peu invasive.
- Inconvénients : Moins efficace que l'insémination intra-utérine avec de la semence de qualité inférieure ou congelée.
2. Insémination intra-utérine
Cette technique permet de déposer la semence directement dans l'utérus, augmentant ainsi le nombre de spermatozoïdes susceptibles de féconder un ovocyte. Elle est particulièrement utile lorsque la semence est de mauvaise qualité ou réfrigérée, et indispensable pour la semence congelée.
Volume de semence : Le volume de semence doit être limité pour minimiser le reflux (1 à 3 ml selon la taille de la chienne). Il est important de séparer les phases lors de la récolte de semence.
Techniques : Plusieurs techniques d'insémination intra-utérine existent :
- Technique scandinave : Utilisation d'une sonde norvégienne métallique associée à une gaine en plastique. Une palpation transabdominale permet de localiser le col de l'utérus pendant que la gaine est introduite dans le vagin. La sonde norvégienne est ensuite insérée dans la gaine et avancée jusqu'au col, où elle est insérée. La semence est injectée lentement à travers la sonde. Cette méthode est rapide et ne nécessite ni sédation, ni matériel coûteux.
- Insémination par vaginoscopie (TCI) : Un endoscope rigide est introduit dans le vagin pour visualiser le col de l'utérus. Une sonde à usage unique est ensuite passée dans le canal opérateur de l'optique pour cathétériser le col et injecter la semence. Cette procédure est rapide et non douloureuse. Différents types d'optiques peuvent être utilisés, comme des cystoscopes ou des urétéroscopes.
- Insémination chirurgicale : Une laparotomie est réalisée pour externaliser les cornes utérines. La semence est injectée lentement dans les cornes à l'aide d'une aiguille ou d'un cathéter, en occluant l'utérus en amont du col avec les doigts. L'utérus est massé pour répartir la semence. Cette technique est simple à mettre en œuvre, mais elle est invasive et nécessite une anesthésie générale. Elle est de moins en moins pratiquée en Europe de l'Ouest pour des raisons éthiques.
Avantages : Augmente les chances de gestation, particulièrement avec de la semence de qualité inférieure ou congelée.
Inconvénients : Plus technique et invasive que l'insémination intravaginale.
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Sonde de Foley
La sonde de Foley, également utilisée en médecine humaine, peut être employée pour l'insémination artificielle canine.
- Caractéristiques : D'une longueur de 40 cm, elle s'adapte à toutes les tailles de chiennes. Elle est très souple, ce qui peut rendre son introduction difficile jusqu'au bout du vagin. Elle dispose d'un embout avec deux yeux latéraux, pouvant entraîner une légère perte de sperme. Elle est entièrement en silicone (le latex est spermicide).
Utilisation d'une seringue et d'un ballonnet
Cette technique consiste à utiliser une seringue remplie de sperme canin et une seringue remplie d'air pour gonfler un ballonnet.
- Procédure :
- Remplir la seringue avec le sperme canin contenu dans le tube de récolte.
- Insérer une seringue préalablement remplie d'air.
- Si le ballonnet n'est pas assez gonflé, aspirer l'air à l'aide d'une seringue placée sur l'embout de gonflage.
- Injecter le sperme lentement (1 à 2 minutes).
- Pour limiter les reflux, purger avec un dilueur (5 à 10 ml selon la taille du chien) à l'aide de la seringue utilisée pour l'éjaculat de sperme canin.
Facteurs influençant le taux de réussite de l'insémination artificielle
Plusieurs facteurs peuvent influencer le taux de réussite de l'IA :
- Qualité de la semence : Une semence de bonne qualité (mobilité, morphologie, numération) est essentielle pour une fécondation réussie.
- Moment de l'insémination : L'insémination doit être réalisée au moment optimal du cycle de chaleur de la chienne, généralement 48 à 72 heures après l'ovulation.
- Technique d'insémination : Le choix de la technique d'IA doit être adapté à la qualité de la semence et aux caractéristiques de la chienne.
- Expérience du praticien : L'expérience du vétérinaire ou du technicien réalisant l'IA est un facteur important.
Réglementation concernant les mouvements de semences
Des réglementations strictes encadrent les mouvements de semences canines :
- Semences provenant de pays hors de l'Union européenne : Elles doivent être accompagnées d'un certificat sanitaire signé par un vétérinaire officiel du pays d'origine et d'une sérologie négative pour la brucellose.
- Mouvements de semences entre les États membres de l'Union européenne : Depuis le 21 avril 2021, des restrictions s'appliquent également à ces mouvements. Le vétérinaire expéditeur et le vétérinaire destinataire doivent être enregistrés auprès des services vétérinaires nationaux. Un certificat électronique doit être produit via le système Traces et validé par un vétérinaire officiel avant l'envoi de la semence.
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