L'histoire de l'avortement en France, et plus particulièrement pendant les années 50, est un sujet complexe et douloureux. Cette période, marquée par l'interdiction de la contraception et de l'avortement, a contraint de nombreuses femmes à recourir à des pratiques clandestines, souvent dangereuses pour leur santé et leur vie. Cet article se propose d'explorer en détail cette histoire, en mettant en lumière les enjeux, les acteurs et les conséquences de l'avortement clandestin en France.
Contexte historique et juridique
De 1920 à la première moitié des années 1970, la contraception et l'avortement sont interdits en France. L'État impose une sexualité normative, liée à la reproduction et considérée comme la vraie sexualité. La loi de 1920 renforce l'interdiction de la contraception, de l'avortement et de la propagande, pénalisant hommes et femmes avec des peines de prison avec sursis et des amendes importantes. Cette loi est devenue encore plus répressive sous Vichy.
Cette interdiction plonge les femmes dans la clandestinité, les obligeant à chercher des solutions illégales et souvent dangereuses pour interrompre une grossesse non désirée.
Les pratiques abortives clandestines
Face à l'interdiction, les femmes se débrouillent, s'arrangent au fond des arrière-cours, sur des tables de cuisine, livrées dans la clandestinité aux mains des "faiseuses d'anges" armées d'aiguilles à tricoter. Un long cortège de drames…
Pour avoir le droit à un curetage, méthode d'avortement propre à cette époque, il fallait déjà saigner, être en cours de fausse couche. Et pour saigner, il fallait infecter l'œuf. La seule solution était de mettre une petite sonde dans l'utérus, un scoubidou ou n'importe quoi, de laisser en place jusqu'à ce que ça saigne et s'infecte. Cela donnait des catastrophes…
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Les femmes utilisaient divers moyens pour avorter, tels que l'introduction d'objets dans l'utérus (aiguilles à tricoter, sondes, fils électriques, queues de persil), l'ingestion de potions abortives, ou encore des méthodes mécaniques. Ces pratiques étaient souvent réalisées dans des conditions d'hygiène déplorables, entraînant des complications graves telles que des hémorragies, des infections, des septicémies, voire la mort.
Les risques étaient de l'hémorragie, à l'infection jusqu'à la septicémie et à la mort. Ce qui est ressorti des témoignages, ce sont les violences qui ont redoublé les traumas de peur et de douleur. De nombreuses violences sexuelles ont eu lieu alors que les femmes étaient dans l'illégalité et en situation de grande vulnérabilité. Très jeune fille, elle a 18 ans, elle est laissée dans sa blouse ensanglantée pendant trois jours.
Dans les années soixante-dix, une femme meurt chaque jour des suites d'un avortement clandestin. D'autres en réchappent mutilées, stériles. Les femmes qui en ont les moyens partent à l'étranger : Angleterre, Hollande, Suisse… où l'avortement est légal et sûr.
Les acteurs de l'avortement clandestin
Plusieurs acteurs intervenaient dans le processus d'avortement clandestin. Les "faiseuses d'anges", souvent des femmes sans formation médicale, pratiquaient des avortements illégaux, parfois avec des méthodes rudimentaires et dangereuses. Certains médecins, plus ou moins complaisants, acceptaient également de pratiquer des avortements clandestins, moyennant des sommes d'argent importantes.
Il y avait aussi des réseaux d'aide et de solidarité, composés de personnes qui mettaient en relation les femmes enceintes avec des médecins ou des faiseuses d'anges, ou qui les aidaient à se rendre à l'étranger pour avorter.
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La lutte pour la légalisation de l'avortement
À partir des années 1950, des voix commencent à s'élever pour dénoncer les dangers de l'avortement clandestin et revendiquer le droit des femmes à disposer de leur corps. En 1956, la gynécologue Marie-Andrée Lagroue Weill-Hallée crée le Mouvement français pour le Planning familial, qui réclame la vente de contraceptifs pour éviter l'avortement clandestin.
Dans les années 1970, l'avortement est au cœur des revendications féministes. Leur engagement pèse radicalement sur le débat public qui ne porte plus exclusivement sur la santé des femmes mais aussi sur leur droit à l'autodétermination et le choix de la maternité. Tout en s'adaptant à chaque pays et à chaque groupe, les pratiques de lutte pour l'« avortement libre et gratuit » se répandent de façon transnationale.
En 1971, 343 Françaises déclarent avoir avorté dans Le Nouvel Observateur, et parmi elles l'avocate Gisèle Halimi, fondatrice de l'association Choisir, qui défend Marie-Claire Chevalier au cours du procès de Bobigny (1972). Pendant le procès contre Gigliola Pierobon (1973), les féministes italiennes lancent le slogan « Abbiamo tutte abortito ! » ; en 1975, 2 700 militants et sympathisants du Movimento di Liberazione della Donna et du Partito Radicale s'autodénoncent à l'autorité judiciaire. En 1979, lors du procès des « Onze de Bilbao », 1 357 Espagnoles déclarent publiquement avoir avorté.
Afin de rendre l'avortement sûr et accessible, plusieurs groupes pratiquent clandestinement la « méthode Karman » (qui permet d'avorter jusqu'à la huitième semaine de grossesse, en aspirant le contenu de l'utérus par une sonde et une pompe) et organisent des voyages aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne - pays dans lesquels, depuis 1967, on peut avorter jusqu'à 22/24 semaines.
Cette grande mobilisation, qui dans presque toute l'Europe fait face à des mouvements conservateurs défendant le « droit à la vie » du fœtus, fait évoluer les lois et les mœurs. Dans la foulée, plusieurs gouvernements dépénalisent la pratique : l'Allemagne de l'Ouest en 1974 ; la France en 1975 ; l'Italie en 1978 ; l'Espagne en 1985 ; la Belgique en 1990, après presque vingt ans de luttes des milieux laïques et socialistes.
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La loi Veil et ses conséquences
En 1975, la loi Veil dépénalise l'avortement en France, autorisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG) sous certaines conditions. Cette loi représente une avancée majeure pour les droits des femmes, leur permettant d'accéder à un avortement sûr et légal.
En France, la loi de 1975 fait l'objet d'un processus de renforcement et de défense qui introduit le délit d'entrave à l'IVG (1993), allonge le délai à 12 semaines (2000) et supprime la situation de détresse prévue pour les femmes demandant l'IVG (2014).
Conclusion
L'histoire de l'avortement clandestin en France dans les années 50 est un témoignage poignant des difficultés et des dangers auxquels étaient confrontées les femmes qui souhaitaient interrompre une grossesse non désirée. Cette période sombre a marqué la lutte pour les droits des femmes et a conduit à la légalisation de l'avortement, une avancée essentielle pour leur autonomie et leur santé.
Il est important de se souvenir de cette histoire pour ne pas oublier les souffrances endurées par les femmes et pour rester vigilant face aux remises en question du droit à l'avortement qui peuvent encore se produire aujourd'hui.
Les méthodes médicales de l’IVG en France
Il existe deux types de méthodes complémentaires d’interruption médicale de la grossesse : les méthodes dites médicamenteuses, possibles jusqu’à neuf semaines après les dernières règles ; les méthodes dites chirurgicales (ou instrumentales), praticables jusqu’à seize semaines d’aménorrhée.
Méthode médicamenteuse
L’IVG médicamenteuse consiste en la prise de deux médicaments successivement : la mifépristone (RU 486, un stéroïde de synthèse antagoniste de la progestérone), qui interrompt la grossesse en provoquant le détachement de la muqueuse utérine) ; puis le misoprostol (un analogue de la prostaglandine PGE1, à prendre 36 ou 48 heures après), qui déclenche les contractions et provoque l’expulsion du contenu utérin. Cette méthode permet l’expulsion totale du fœtus dans environ 95 % des cas. Les effets secondaires principaux sont des saignements utérins et des troubles digestifs. L’intervention est réalisée, sans anesthésie, en cabinet ou en institution, voire à domicile dans certains pays comme aux États-Unis. Du fait de sa simplicité d’administration et de son caractère non invasif, la méthode est largement privilégiée. Outre les entretiens préalables d’information et de décision, elle requiert les deux consultations d’administration des médicaments et une consultation de contrôle quelques jours après l’expulsion du fœtus.
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