Introduction
Le 26 novembre 1974, Simone Veil, alors ministre de la Santé, prononçait devant l'Assemblée Nationale un discours qui allait marquer un tournant décisif dans l'histoire des droits des femmes en France. Ce discours, prononcé avec une conviction et une rigueur remarquables, présentait son projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Dans un hémicycle majoritairement opposé à cette réforme, Simone Veil a su convaincre par son éloquence et sa détermination, ouvrant la voie à la dépénalisation de l'avortement. Ce discours, bien plus qu'une simple présentation de projet de loi, est un plaidoyer pour la dignité, la santé et la liberté des femmes.
Un Contexte Historique et Personnel Fort
Simone Veil, née en 1927 à Nice, a vécu une expérience traumatisante dès son plus jeune âge. À 17 ans, elle est déportée à Auschwitz, où elle perd ses parents et son frère. Cette épreuve marquera profondément sa vie et son engagement pour les droits humains. Après la guerre, elle devient magistrate, puis entre au gouvernement en 1974 comme ministre de la Santé, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing.
Son parcours personnel, marqué par la souffrance et la résilience, confère à son discours une dimension particulière. Elle a commencé de façon dramatique, par sa déportation dans les camps de la mort, où elle a perdu ses parents et son frère. C’est en revenant en France après la guerre qu’elle a appris qu’elle avait été reçue. Elle est devenue ensuite magistrate, puis a été nommée ministre de la Santé dans le gouvernement de Jacques Chirac, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Le discours par lequel Simone Veil a présenté le projet de loi à l’Assemblée nationale, le 26 novembre 1974, mérite que l’on s'y attarde. En effet, avant de présenter le projet, elle expose, avec beaucoup de rigueur, les raisons qui justifient l’adoption d’une telle loi. Par ce discours, elle explique la fonction d’une loi dans un État de Droit.
Avant d'aborder le projet de loi lui-même, Simone Veil prend soin de poser le contexte et de justifier la nécessité d'une telle réforme. Elle décrit la situation de l'époque, marquée par l'illégalité et la clandestinité des avortements, et les conséquences dramatiques pour la santé et la vie des femmes.
Les Arguments Clés du Discours
Le discours de Simone Veil est structuré de manière rigoureuse et s'articule autour de plusieurs arguments clés :
Lire aussi: Avortement : l'héritage de Simone de Beauvoir
- L'état de fait : Simone Veil dresse un constat implacable de la situation de l'avortement en France en 1974. Elle souligne que 300 000 femmes avortent chaque année, dans des conditions souvent dangereuses et indignes. Elle dénonce l'hypocrisie d'une loi répressive qui n'empêche pas les avortements, mais les pousse à la clandestinité.
- La responsabilité des pouvoirs publics : Simone Veil insiste sur le fait que les pouvoirs publics ne peuvent plus ignorer cette réalité. Elle affirme qu'il est de leur devoir de prendre leurs responsabilités et de proposer une solution humaine et mesurée à ce problème. « Nous sommes arrivés à un point où, en ce domaine, les pouvoirs publics ne peuvent plus éluder leurs responsabilités. « La plupart d’entre vous le sentent, qui savent qu’on ne peut empêcher les avortements clandestins et qu’on ne peut non plus appliquer la loi pénale à toutes les femmes qui seraient passibles de ses rigueurs. 300 000 femmes avortaient chaque année, dans des conditions le plus souvent indignes et dangereuses pour leur santé.
- Le respect de la loi : Simone Veil met en avant le fait que la loi existante est ouvertement bafouée et ridiculisée. Elle souligne que lorsque l'écart entre les infractions commises et celles qui sont poursuivies est tel qu'il n'y a plus de répression, c'est le respect des citoyens pour la loi et l'autorité de l'État qui sont mis en cause. Lorsque l’écart entre les infractions commises et celles qui sont poursuivie est tel qu’il n’y a plus à proprement parler de répression, c’est le respect des citoyens pour la loi, et donc l’autorité de l’État, qui sont mis en cause.
- L'humanité : Simone Veil fait appel au sentiment d'humanité de ses auditeurs. Elle décrit la détresse et l'angoisse des femmes qui sont contraintes d'avorter clandestinement, souvent dans des conditions sanitaires déplorables. Elle souligne que ces femmes sont nos sœurs, nos filles, nos amies, et qu'il est de notre devoir de les protéger. Parce qu’en face d’une femme décidée à interrompre sa grossesse,
savent qu’en refusant leur conseil et leur soutien, ils la rejettent dans la solitude et l'angoisse d’un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. - La conviction de femme : L'un des moments les plus marquants du discours est celui où Simone Veil s'adresse à l'Assemblée en tant que femme. Elle exprime sa conviction profonde qu'aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Elle insiste sur le fait que c'est toujours un drame et que cela restera toujours un drame. Je voudrais vous faire partager une conviction de femme - je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de coeur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes.
- La nécessité de contrôler et de dissuader : Simone Veil explique que le projet de loi a pour objectif de contrôler et, autant que possible, de dissuader les femmes d'avorter. Elle souligne que l'avortement doit rester une exception et qu'il est important de mettre en place des mesures d'accompagnement et de soutien pour les femmes en difficulté. C’est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme.
Une Rhétorique Maîtrisée
Le discours de Simone Veil est un modèle de rhétorique. Elle utilise un langage clair et précis, sans jamais céder à la démagogie ou à la simplification. Elle sait faire appel à la raison et à l'émotion, en utilisant des exemples concrets et des témoignages poignants.
Son discours est construit selon la rhétorique classique, l’exorde, la narration, l’argumentation, la réfutation et la péroraison. L’avortement est une pratique suffisamment discutée à l’époque pour nourrir toutes ces étapes de son discours. Cependant nous savons qu’un discours, aussi bien construit soit-il, peut endormir un public. Dans ce discours, l’oratrice présente la caractéristique rare dans la parole politique, d’une forte présence sans arrogance. A sa place, beaucoup auraient cru trouver dans la gravité du sujet une raison de forcer sur le jeu de manche et l’effet de voix. Chez Simone Veil, rien de tout cela. Les mains détendues reposent sur le pupitre où sont posées ses notes. Pas un geste ne les fait s’envoler, elle ne s’en sert pas non plus pour s’appuyer sur le pupitre. Douce, puissante et douée d’un ambitus étonnant entre les aiguës et les graves, sa voix n’est jamais si peu que ce soit menacée de craquer. Et lire ses notes ne l’empêche pas de regarder souvent l’assemblée, ce qui lui permet de ne pas l’oublier lorsqu’elle baisse les yeux pour lire. Outre sa voix bien timbrée, elle garde ainsi pour ses auditeurs un rythme posé qui lui permet de ne pas les perdre. Simone Veil se limite modestement mais opiniâtrement à faire sonner les mots de son discours. Elle rend ainsi ses lettres de noblesse à la déclamation qui, contrairement à la caricature qu’on en fait trop souvent, n’est ni grandiloquente ni arrogante. Rare dans la parole politique, est aussi le ton juste de cette oratrice. Elle n’a pas l’idée de « mettre le ton », comme on l’entend trop souvent demander aux élèves qui récitent à l’école et du coup sonnent faux. Son travail sur le seul son, fait que ça n’est plus Simone Veil qui parle aux députés, mais la Ministre. On entend la voix d’un personnage. A cette nuance près, qui n’est pas rien, c’est toujours Simone Veil qui parle. A-t-on besoin de mettre le ton quand on parle ? L’Art Oratoire naît d’une aspiration permanente de l’orateur à partager ce qu’il ressent de sa cause avec ceux qui l’écoutent.
Elle fait preuve d'une grande maîtrise de son corps et de sa voix. Ses gestes sont mesurés, son regard est direct, et sa voix est à la fois douce et ferme. Elle parvient ainsi à captiver son auditoire et à lui transmettre sa conviction.
Les Réactions et les Conséquences du Discours
Le discours de Simone Veil a suscité des réactions passionnées, tant positives que négatives. Les partisans de la légalisation de l'avortement ont salué son courage et sa lucidité. Les opposants, quant à eux, ont dénoncé une atteinte à la morale et à la vie.
Malgré les fortes oppositions, le projet de loi de Simone Veil a finalement été adopté par l'Assemblée Nationale, le 17 janvier 1975. Cette loi a dépénalisé l'avortement en France, permettant aux femmes d'interrompre leur grossesse dans des conditions légales et sécurisées.
Lire aussi: Tout savoir sur les rumeurs de grossesse de Simone Ashley
Je vous remercie, madame la présidente, de me donner cette occasion de saluer le courage politique, la fine stratégie et le résultat historique de ce rude combat gagné en 1975 par la ministre de la santé, lors de l’adoption de son texte par 284 voix « pour » et 189 « contre », dans une Assemblée nationale qui comptait neuf femmes sur 490 députés. Un discours remarquable à plusieurs égards : par son caractère transpartisan, par la conviction forte sur laquelle il s’appuie, par le sens politique très aiguisé dont il atteste et par l’écoute qu’il révèle de la parole des femmes et des évolutions de la société. Le 26 novembre 1974, le moment était venu et il a été saisi.
Un Héritage Durable
Le discours de Simone Veil reste un symbole de courage, de détermination et d'engagement pour les droits des femmes. Il a marqué un tournant décisif dans l'histoire de la France et a ouvert la voie à de nouvelles avancées en matière de droits reproductifs.
Simone Veil n’était pas une féministe revendiquée, comme elle l’affirmait elle-même. Elle a néanmoins réussi, en dépit ou grâce à cela, à emporter ce vote historique sur une cause portée d’abord par le MLF, par Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi. Car, rappelons-le, le « Manifeste des 343 » lancé par « l’autre » Simone (de Beauvoir) ou les procès de Bobigny, plaidés avec talent par Gisèle Halimi, avaient déjà ouvert le débat public, si ce n’est les cœurs et les esprits. Ils avaient ouvert les yeux sur cette profonde injustice qui consistait à poursuivre et à condamner les femmes qui n’avaient d’autre choix que de procéder à des avortements illégaux, au risque de leur vie. Leurs combats ont été déterminants pour faire progresser la cause des femmes. Pourtant, Simone Veil a compris qu’elle devait se démarquer des féministes pour emporter le vote des députés, très majoritairement des hommes, peu enclins à soutenir les luttes d’émancipation féminine. Loin de moi l’idée de minorer l’importance de ces luttes et encore moins de ce qu’elles ont apporté à notre société mais, de fait, en 1974, dans l’hémicycle, les mentalités n’étaient pas prêtes à entendre ce discours légitime. Certes pour cinq ans, en plaidant l’aspect social et médical, et en faisant preuve d’une humilité rassurante. Mais, ce faisant, elle réussissait à ouvrir la porte, à tracer la voie qui a conduit presque 50 ans plus tard, le 8 mars dernier, à la promulgation de la loi de constitutionnalisation de l’IVG. En 2024, l’objectif était, cette fois, clairement affiché, signe certain d’une grande évolution des mentalités : sanctuariser cette liberté fondamentale. « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse » : c’est le texte voté en Congrès à Versailles par 780 voix « pour », émanant de tous les bords politiques, 72 voix « contre » et 50 abstentions. Madame la présidente, j’imagine l’émotion qui a dû être la vôtre lors de l’annonce des résultats du vote du Congrès, quand la France devenait, en ce 4 mars 2024, le premier pays au monde à inscrire explicitement le droit à l’avortement dans sa Constitution. Le Président de la République a prononcé cette phrase lors du scellement du texte place Vendôme, devant un millier de personnes : « Le sceau de la République scelle en ce jour un long combat pour la liberté ». C’est dans ce long combat que s’inscrit la figure historique de Simone Veil, femme politique, femme de paix et très grande dame. Certes, il reste beaucoup à faire lorsqu’on soutient la cause des femmes, parce que les femmes sont encore très souvent, trop souvent, victimes de violences physiques, psychologiques, économiques, sexistes et sexuelles. Nous devons continuer à lutter ardemment contre ce fléau qui touche la moitié de l’humanité et cause des souffrances indicibles. Parce que la Justice protège, parce qu’elle condamne, parce qu’elle est au cœur de l’Etat de droit, mon ministère prendra toute sa part dans ce combat et j’espère, là aussi, que nous pourrons accomplir de nouveaux progrès sociaux grâce à un travail transpartisan, porté par des femmes et des hommes convaincus de la nécessité de soutenir haut et fort la cause des femmes.
Son combat a permis d'ouvrir la voie à la constitutionnalisation de l'IVG, sanctuarisant ainsi cette liberté fondamentale. Elle devint par la suite Présidente du Parlement européen, puis siégea au Conseil constitutionnel avant d’entrer à l’Académie française.
Aujourd'hui, le discours de Simone Veil continue d'inspirer les défenseurs des droits des femmes à travers le monde. Il nous rappelle l'importance de lutter contre les inégalités et les discriminations, et de défendre les libertés fondamentales.
Lire aussi: Options d'accueil à Charenton
Analyse d'Extraits Choisis du Discours
Pour mieux comprendre la portée et la subtilité du discours de Simone Veil, il est utile d'examiner de plus près certains extraits clés :
- L'humilité et la conscience des responsabilités : Dès le début de son discours, Simone Veil se présente avec humilité et exprime sa conscience de la difficulté du problème et de l'ampleur des résonances qu'il suscite. Elle souligne qu'elle intervient en tant que ministre de la Santé, femme et non-parlementaire, ce qui lui confère une position particulière pour aborder ce sujet délicat. Si j'interviens aujourd'hui à cette tribune, ministre de la Santé, femme et non-parlementaire, pour proposer aux élus de la Nation une profonde modification de la législation sur l'avortement, croyez bien que c'est avec un profond sentiment d'humilité devant la difficulté du problème, comme devant l'ampleur des résonances qu'il suscite au plus intime de chacun des Français et des Françaises, et en pleine conscience de la gravité des responsabilités que nous allons assumer ensemble.
- La dénonciation de l'hypocrisie : Simone Veil dénonce avec force l'hypocrisie de la situation de l'avortement en France en 1974. Elle souligne que la loi est ouvertement bafouée et ridiculisée, et que cette situation est inacceptable dans un État de droit. Elle met en avant le fait que des médecins, des personnels sociaux et même des citoyens participent à des actions illégales, car ils se sentent contraints par la réalité. Pourquoi donc ne pas continuer à fermer les yeux ? Parce que la situation actuelle est mauvaise. Je dirai même qu'elle est déplorable et dramatique.Elle est mauvaise parce que la loi est ouvertement bafouée, pire même, ridiculisée. Lorsque l'écart entre les infractions commises et celles qui sont poursuivies est tel qu'il n'y a plus à proprement parler de répression, c'est le respect des citoyens pour la loi, et donc l'autorité de l’État, qui sont mis en cause.
- L'appel à la compassion : Simone Veil fait appel à la compassion de ses auditeurs en décrivant la détresse des femmes qui sont contraintes d'avorter clandestinement. Elle souligne qu'elles sont rejetées dans la solitude et l'angoisse, et qu'elles risquent de rester mutilées à jamais. Elle insiste sur le fait que ces femmes sont nos semblables et qu'il est de notre devoir de les aider. Parce qu'en face d'une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu'en refusant leur conseil et leur soutien, ils la rejettent dans la solitude et l'angoisse d'un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. Ils savent que la même femme, si elle a de l'argent, si elle sait s'informer, se rendra dans un pays voisin ou même en France dans certaines cliniques et pourra, sans encourir aucun risque ni aucune pénalité, mettre fin à sa grossesse. Et ces femmes, ce ne sont pas nécessairement les plus immorales ou les plus inconscientes. Elles sont 300 000 chaque année. Ce sont celles que nous côtoyons chaque jour et dont nous ignorons la plupart du temps la détresse et les drames. C'est à ce désordre qu'il faut mettre fin. C'est cette injustice qu'il convient de faire cesser.
- La reconnaissance de la souffrance des femmes : Simone Veil exprime sa conviction profonde qu'aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Elle souligne que c'est toujours un drame et que cela restera toujours un drame. Elle insiste sur le fait qu'il est important d'écouter les femmes et de prendre en compte leur souffrance. Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme - je m'excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d'hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes. C'est toujours un drame et cela restera toujours un drame.
- La recherche d'une solution équilibrée : Simone Veil explique que le projet de loi a pour objectif de trouver une solution équilibrée entre la liberté de la femme et la protection de la vie. Elle souligne que l'avortement doit rester une exception et qu'il est important de mettre en place des mesures d'accompagnement et de soutien pour les femmes en difficulté. Elle insiste sur le fait que la société a également un rôle à jouer dans ce domaine. Certains penseront sans doute que notre seule préoccupation a été l'intérêt de la femme, que c'est un texte qui a été élaboré dans cette seule perspective. Il n'y est guère question ni de la société ou plutôt de la Nation, ni du père de l'enfant à naître et moins encore de cet enfant. Je me garde bien de croire qu'il s'agit d'une affaire individuelle ne concernant que la femme et que la Nation n'est pas en cause. Ce problème la concerne au premier chef, mais sous des angles différents et qui ne requièrent pas nécessairement les mêmes solutions.
Les Absents du Débat et les Questions Essentielles
Simone Veil aborde également les thèmes absents du débat à ses yeux, notamment le rôle du père et la question de la vie. Elle reconnaît que la décision de l'interruption de grossesse ne devrait pas être prise par la femme seule, mais aussi par son mari ou son compagnon. Elle aborde également la question de la vie en soulignant qu'il est difficile de trancher sur le moment précis où l'embryon devient un être humain.
Enfin, le troisième absent, n'est-ce pas cette promesse de vie que porte en elle la femme ? Je me refuse à entrer dans les discussions scientifiques et philosophiques dont les auditions de la commission ont montré qu'elles posaient un problème insoluble. Plus personne ne conteste maintenant que, sur un plan strictement médical, l'embryon porte en lui définitivement toutes les virtualités de l'être humain qu'il deviendra. Mais il n'est encore qu'un devenir, qui aura, à surmonter bien des aléas avant de venir à terme, un fragile chaînon de la transmission de la vie (…) La seule certitude sur laquelle nous puissions nous appuyer, c'est le fait qu'une femme ne prend pleine conscience qu'elle porte un être vivant qui sera un jour son enfant que lorsqu'elle ressent en elle les premières manifestations de cette vie. Et c'est, sauf pour les femmes qu'anime une profonde conviction religieuse, ce décalage entre ce qui n'est qu'un devenir pour lequel la femme n'éprouve pas encore de sentiment profond et ce qu'est l'enfant dès l'instant de sa naissance qui explique que certaines, qui repousseraient avec horreur l'éventualité monstrueuse de l'infanticide, se résignent à envisager la perspective de l'avortement.
Elle décrit les conditions nécessaires pour que la loi soit applicable et examine les modalités et les conséquences. Le gouvernement a choisi une solution marquant clairement la responsabilité de la femme parce qu'elle est plus dissuasive au fond qu'une autorisation émanant d'un tiers qui ne serait ou ne deviendrait vite qu'un faux-semblant. Ce qu'il faut, c'est que cette responsabilité, la femme ne l'exerce pas dans la solitude ou dans l'angoisse. Tout en évitant d'instituer une procédure qui puisse la détourner d'y avoir recours, le projet prévoit donc diverses consultations qui doivent la conduire à mesurer toute la gravité de la décision qu'elle se propose, de prendre.
Simone Veil évoque également les notions de publicité qui sera faite à cette nouvelle loi et qui n'aura rien à voir avec une incitation. Elle explique aussi pourquoi le gouvernement a choisi de ne pas rembourser cet acte. Une décision qui avait été critiquée. De même, le Gouvernement est décidé à appliquer fermement les nouvelles dispositions qui remplaceront celles de la loi de 1920 en matière de propagande et de publicité. Contrairement à ce qui est dit ici ou là, le projet n'interdit pas de donner des -informations sur la loi et sur l'avortement ; il interdit l'incitation à l'avortement par quelque moyen que ce soit, car cette incitation reste inadmissible. Cette fermeté, le Gouvernement la montrera encore en ne permettant pas que l'interruption de grossesse donne lieu à des profits choquants ; les honoraires et les frais d'hospitalisation ne devront pas dépasser des plafonds fixés par décision administrative en vertu de la législation relative aux prix. Dans le même souci, et pour éviter de tomber dans les abus constatés dans certains pays, les étrangères devront justifier de conditions de résidence pour que leur grossesse puisse être interrompue. Je voudrais enfin expliquer l'option prise par le Gouvernement, qui a été critiqué par certains, sur le non-remboursement de l'interruption de grossesse par la sécurité sociale. Si l'on s'en tient aux principes généraux de la sécurité sociale, l'interruption de grossesse, lorsqu'elle n'est pas thérapeutique, n'a pas à être prise en charge. Faut-il faire exception à ce principe ? Nous ne le pensons pas, car il nous a paru nécessaire de souligner la gravité d'un acte qui doit rester exceptionnel, même s'il entraîne dans certains cas une charge financière pour les femmes. Ce qu'il faut, c'est que l'absence de ressources ne puisse pas empêcher une femme de demander une interruption de grossesse lorsque cela se révèle indispensable ; c'est pourquoi l'aide médicale a été prévue po…
tags: #simone #veil #ivg #discours