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Simone Veil: Un Combat Inlassable pour l'IVG et Au-Delà

Simone Veil, figure emblématique de la politique française, a marqué l'histoire par son engagement indéfectible en faveur des droits des femmes et de la construction européenne. Son nom reste indissociable de la loi de 1975 dépénalisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG), un combat qui a transcendé les clivages politiques et fait d'elle une icône. Mais son action ne se limite pas à cet épisode fondateur. Simone Veil a mené de nombreuses autres luttes, souvent méconnues, en faveur de la parité, de l'amélioration des conditions de détention, de l'humanisation de l'hôpital et de l'égalité salariale. Cet article se propose de retracer son parcours exceptionnel, de son enfance marquée par la tragédie de la Shoah à son engagement politique en faveur d'une société plus juste et égalitaire.

Une Jeunesse Marquée par la Shoah

Née Simone Jacob le 13 juillet 1927 à Nice, Simone Veil grandit dans une famille juive aimante. Son enfance bascule brutalement avec la Seconde Guerre mondiale. En 1944, à l'âge de 16 ans, elle est déportée à Auschwitz-Birkenau avec sa sœur et sa mère. Elle survivra à l'horreur des camps, mais perdra son père, sa mère et son frère. Cette expérience traumatisante la marquera à jamais et forgera sa détermination à lutter contre toutes les formes d'injustice et de discrimination. À son retour, elle constate "les regards fuyants" de la société qui rendaient les rescapés "transparents".

Les dates de cette période tragique resteront gravées à jamais dans sa mémoire, "attachées à [son] être le plus profond, comme le tatouage 78651 sur la peau de [son] bras gauche".

L'Accès à la Magistrature et l'Émergence d'une Figure Politique

Après la guerre, Simone Jacob épouse Antoine Veil en 1946 et entreprend des études de droit. Elle fait face à l'opposition de son mari quant à son ambition de devenir avocate, mais elle persévère et réussit le concours de la magistrature en 1956. Elle devient alors haute fonctionnaire au ministère de la Justice, chargée des questions pénitentiaires. Elle côtoie les sphères politiques, notamment le Mouvement républicain populaire, centriste et pro-européen.

Son engagement pour l'égalité entre les hommes et les femmes guide toute sa vie, depuis son enfance où s'est forgé son désir d'autonomie, jusqu'à sa mort. Obtenir un emploi a toujours été une évidence pour elle.

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Ministre de la Santé et le Combat pour la Loi Veil

En 1974, Jacques Chirac, alors Premier ministre, la nomme ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. Elle devient la deuxième femme à occuper ce poste de plein exercice dans l'histoire de la République française. C'est à ce moment qu'elle se voit confier la tâche de défendre devant l'Assemblée nationale la loi légalisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG), qui sera par la suite connue sous le nom de loi Veil.

Elle n'hésite pas à affronter une Assemblée en partie hostile à cette mesure, essuyant nombre de remarques sexistes et antisémites, partageant sa "conviction de femme" avec force et courage. Elle prononce alors des mots qui resteront gravés dans les mémoires : "Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. C'est toujours un drame et cela restera toujours un drame."

La loi Veil, adoptée le 17 janvier 1975, dépénalise l'avortement, autorisant l'IVG dans un délai de 10 semaines de grossesse. Cette loi représente une avancée majeure en faveur du droit des femmes à disposer de leur corps et à maîtriser leur fécondité. Depuis 1975, des lois successives ont permis d'élargir et d'améliorer le cadre de prise en charge de l'avortement, garantissant notamment l'accompagnement de l'État dans cette démarche, l'accès à l'IVG de manière anonyme et la possibilité d'avorter sans frais.

Présidente du Parlement Européen et l'Engagement Européen

En 1979, Valéry Giscard d'Estaing lui propose de conduire la liste de son parti, l'UDF (Union pour la démocratie française), pour les premières élections du Parlement européen au suffrage universel. Elle accepte, voyant dans sa candidature un symbole de la réunification franco-allemande et la meilleure manière de tourner définitivement la page des guerres mondiales.

Elle est élue présidente du Parlement européen en juillet 1979, devenant la première femme à occuper ce poste. Son discours d'intronisation présente sa vision de l'Europe : une Europe de la solidarité, de l'indépendance et de la coopération. Elle soutient également le futur élargissement, affirmant "se réjouir qu’au groupe des pays de liberté qui la composent soient venus se joindre la Grèce, l’Espagne et le Portugal, aux vocations aussi anciennes que les nôtres."

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Sa présidence se concentre sur la visibilité du Parlement européen, contribuant à lui donner un rôle politique plus important en portant ses valeurs à l'étranger, notamment dans le domaine des droits de l'homme. Elle souhaite par ailleurs donner à l'institution un "rôle d'impulsion dans la construction communautaire". Construire une Europe plus solide constitue pour elle une priorité. Elle est l'une des principales personnalités défendant le rapport Spinelli de 1984, qui constitue une initiative importante en vue de la création d'une "Union européenne".

Simone Veil quitte la présidence du Parlement européen en 1982, mais reste députée européenne jusqu'en 1993. Au total, elle aura siégé 14 ans au Parlement européen, se dévouant pleinement à son mandat. Elle aura notamment déploré "le manque d'intérêt porté par nos responsables politiques aux questions européennes […] qui frôlait la caricature à l'approche des élections européennes".

Retour à la Politique Nationale et Derniers Engagements

En 1993, elle quitte le Parlement européen pour se recentrer sur les affaires nationales. À la demande d'Édouard Balladur, elle redevient ministre, des Affaires sociales et de la Santé.

Son investissement pour la cause européenne se poursuivra jusqu'à la fin de sa vie politique et personnelle. Son dernier engagement public intervient lors de la campagne pour la ratification par la France du traité constitutionnel européen de 2005. Elle soutient le "oui" au référendum avec énergie, dérogeant au passage à son devoir de réserve auprès du Conseil constitutionnel, dont elle est membre depuis 1998. "L'Europe construite patiemment depuis des décennies peut demain se déliter."

Elle aura également été présidente de la fondation pour la mémoire de la Shoah de 2001 à 2007 et membre de l'Académie française à partir de 2010.

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Un Héritage Inestimable

Simone Veil décède le 30 juin 2017, à l'âge de 89 ans. Un an plus tard, elle entre au Panthéon, symbole de la reconnaissance de la nation pour son engagement exceptionnel. De Simone Veil, l'on retiendra une responsable politique ayant su surmonter et même se servir de son passé pour consolider le projet européen.

Son combat pour l'Europe ne datait pas de son élection comme députée au Parlement européen, puis comme première Présidente de celui-ci. Il remontait plus loin, dans l'intimité même de son existence. Il datait de 1945. Plusieurs années après sa mort, son combat continue d'inspirer les eurodéputés. Portée par le groupe Renaissance au Parlement européen, le Pacte Simone Veil a pour objectif d'améliorer les droits des femmes dans l'Union européenne. Le Pacte Simone Veil entend harmoniser par le haut les droits des femmes dans l’UE. Il représente un engagement politique des Etats membres à adopter les mesures les plus favorables aux droits des femmes, notamment en matière de lutte contre les violences sexistes et de représentation politique.

Simone Veil laisse derrière elle un héritage inestimable. Son courage, sa détermination et son engagement en faveur de la justice et de l'égalité continuent d'inspirer les générations futures. Son nom restera à jamais associé à la loi Veil, une victoire historique pour les droits des femmes, mais aussi à son combat pour une Europe unie et solidaire.

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