Simon Moutaïrou, réalisateur et scénariste franco-béninois, s'est imposé dans le paysage cinématographique français par son engagement envers des sujets historiques et sociaux forts. Son premier long-métrage, « Ni chaînes, ni maîtres », aborde la thématique de l'esclavage à l'île Maurice (anciennement Isle de France) au XVIIIe siècle, en mettant en lumière la résistance des esclaves à travers le marronnage.
Parcours et influences
Né à Meaux, en Seine-et-Marne, d'une mère française et d'un père béninois, Simon Moutaïrou a suivi des études littéraires en hypokhâgne avant de se tourner vers l'écriture cinématographique en 2006. Avant de réaliser « Ni chaînes, ni maîtres », il a co-écrit plusieurs scénarios remarqués, dont « Boîte Noire », un thriller aéronautique nominé au César 2021 du meilleur scénario original, et « Goliath », un film politique traitant de l'agrochimie. En 2021, il signe également le projet « Prince noir », un biopic sur l'écrivain Alexandre Dumas, explorant ses origines africaines.
Moutaïrou explique que son intérêt pour l'esclavage remonte à son enfance, lorsqu'il a découvert cette réalité historique à l'école primaire. Plus tard, il a été profondément marqué par la littérature antillaise, notamment les écrits de Patrick Chamoiseau, Maryse Condé et Aimé Césaire, qui ont mis en lumière le concept de marronnage. Constatant le manque de films français sur ce sujet, il a décidé de combler ce vide mémoriel en réalisant « Ni chaînes, ni maîtres ».
« Ni chaînes, ni maîtres » : Un film sur le marronnage et la résistance
« Ni chaînes, ni maîtres » raconte l'histoire de Massamba et de sa fille Matti, esclaves dans une plantation de cannes à sucre en 1759 sur l'Isle de France (île Maurice). Matti, voulant échapper à un viol, s'enfuit pour retrouver sa liberté. Madame La Victoire, une chasseuse d'esclaves réputée, est engagée pour la capturer. Le film met en lumière le marronnage, la fuite des esclaves noirs pendant la période esclavagiste, comme un acte de résistance et de réappropriation de leur identité culturelle.
Moutaïrou s'est inspiré du livre « Le marronnage à l'Isle de France : rêve ou riposte de l'esclave ? » d'Amédée Nagapen, ainsi que des travaux d'historiens comme Vijaya Teelock et Khadim Sylla, pour construire le scénario de son film. Il a également collaboré avec des anthropologues, des linguistes et des griots sénégalais pour enrichir la dimension culturelle et spirituelle du récit.
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Le film met en lumière les cultures africaines, notamment à travers la langue wolof, ainsi que les aspects culturels et spirituels des esclaves. Moutaïrou souligne que la résistance passe autant par le courage que par la culture, car l'oppression coloniale cherche souvent à détruire les cultures pour anéantir l'identité et la fierté des peuples opprimés.
Portée éducative et résonance contemporaine
Simon Moutaïrou affirme que son film a une portée éducative en abordant la question de l'esclavage, un pan de l'histoire de France souvent occulté. Il estime qu'il est important de se tourner vers le passé et d'assumer clairement les événements qui se sont produits, afin de pouvoir se réconcilier et réparer les blessures ouvertes.
Le réalisateur souligne également la résonance contemporaine de son film, en faisant le lien entre l'oppression du passé et les formes d'oppression qui existent encore aujourd'hui, qu'elles soient liées au genre, à la classe sociale, à la couleur de peau ou à la religion. Il invite chacun à « marronner » contre les oppressions et à lutter pour l'émancipation et la dignité.
Moutaïrou souhaite que son film suscite le débat et permette de rassembler les gens autour de cette histoire commune, afin de construire un avenir plus juste et plus égalitaire. Il espère que « Ni chaînes, ni maîtres » permettra de faire passer les spectateurs du choc à la résilience.
Esthétique et influences cinématographiques
Sur le plan cinématographique, Simon Moutaïrou s'est inspiré de réalisateurs tels que Boorman, Herzog, Coppola et Malick, ainsi que du genre du western, pour créer une mise en scène sensorielle et immersive. Il a également été influencé par la littérature créole, notamment les œuvres de Fanon, Chamoiseau, Maryse Condé et Glissant.
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Le film a été tourné au cœur de la nature à l'île Maurice, avec une volonté de capter les signes et les énergies de l'environnement. L'équipe a dû faire face à des conditions météorologiques difficiles, notamment un ouragan et des coulées de boue, mais a réussi à se transcender grâce à la solidarité et à l'engagement de chacun.
Moutaïrou a choisi de confier les rôles principaux à des acteurs peu connus du grand public, Ibrahima Mbaye et Anna Thiandoum, qui incarnent respectivement Massamba et Matti avec justesse et émotion. Camille Cottin, quant à elle, interprète le rôle sombre de Madame La Victoire, la chasseuse d'esclaves, tandis que Benoît Magimel incarne le maître planteur.
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