Simon Leys, de son vrai nom Pierre Ryckmans, fut un écrivain, essayiste, critique littéraire et sinologue belge, laissant une empreinte indélébile sur la compréhension du monde chinois et de la littérature. Cet article explore sa biographie, en particulier son enfance, sa vie de famille et son héritage intellectuel.
Jeunesse et Formation de Pierre Ryckmans
Pierre Ryckmans naît en 1935 à Bruxelles, au sein d'une famille bourgeoise et catholique. Son éducation, marquée par des valeurs traditionnelles et un fort catholicisme, se déroule dans un contexte social et familial privilégié. Neveu du gouverneur général du Congo, Pierre Ryckmans aurait voulu être peintre ou navigateur. Collégien, il fréquente l'atelier de Jacques Laudy. On connaît tous le visage de ce dessinateur surdoué, cofondateur de Tintin, puisque Edgar P. Jacobs a donné ses traits au fameux capitaine Francis Blake. Le jeune Ryckmans abandonne l'atelier pour les bancs de l'université. Mais, pour cet homme essentiellement "visuel", peindre restera l'art favori.
En 1955, à l'âge de dix-neuf ans, il participe au voyage d'une délégation de jeunes Belges invités durant un mois en Chine. Cette expérience s'avère déterminante. "En 1955, note Philippe Paquet, le maoïsme n'avait pas encore produit les monstruosités qui allaient peu à peu le discréditer". À Pékin, le jeune Ryckmans est reçu par le Premier ministre chinois Zhou Enlai.
De retour en Belgique, il se lance dans l'étude du chinois et poursuit son enseignement à Taïwan où il rencontrera la femme de sa vie, Hanfang. Dès 1959, il poursuit des études de langue, littérature et art chinois à Taïwan, Singapour et Hong Kong, acquérant une connaissance approfondie du monde chinois et une expérience quotidienne de la réalité de la Chine à cette époque. "Routard avant la lettre", il bourlingue en Asie avant de se fixer à Hong Kong en octobre 1966.
Mariage et Vie de Famille
En 1964, Pierre Ryckmans épouse Hanfang Chang, une journaliste chinoise rencontrée durant ses études ou ses séjours en Chine. De cette union naîtront quatre enfants, dont un couple de jumeaux, Marc et Louis, nés à Hong Kong en 1967. Parce qu'il faut "de quoi payer le loyer" et nourrir sa famille (il est père de trois enfants), il obtient un poste au consulat de Belgique à Hong Kong. Il doit rédiger des rapports sur ce qui se passe en Chine où vient de commencer la Révolution culturelle.
Lire aussi: L'ascension de Simon Feraud
La famille s'installe en Australie en 1970. La période hongkongaise de la famille Ryckmans-Chang, marquée par la naissance des jumeaux en 1967, est enveloppée d'un certain mystère. Si l'on sait que la famille y a résidé pendant quelques années, les détails de leur vie quotidienne restent largement inconnus. Hong Kong, à cette époque, est un territoire sous influence britannique, mais en pleine effervescence politique, à la croisée des chemins entre la Chine continentale et l'Occident. Ce contexte géopolitique complexe a certainement influencé la vie familiale, même si les témoignages directs à ce sujet sont rares.
Le choix de l'exil en Australie en 1970, décision importante qui implique un changement radical d'environnement, soulève des questions sur les motivations profondes de Simon Leys et les raisons de ce départ précipité. L'adaptation à une nouvelle culture, loin de la Chine et de la Belgique, devait constituer un défi majeur pour la famille, ajoutant une couche supplémentaire de complexité à leur histoire. Le silence relatif sur cette période de leur vie contribue à entretenir l'aura de mystère qui entoure la famille de Simon Leys.
La question de la nationalité des enfants de Simon Leys ajoute une couche supplémentaire de complexité et de mystère à l'histoire familiale. Nés à Hong Kong, de père belge et de mère chinoise, leurs statuts juridiques et leur appartenance nationale ont fait l'objet de longs et pénibles démarches administratives. Cette situation administrative a profondément affecté la famille, ajoutant une pression supplémentaire à un contexte déjà complexe. Le combat mené par Simon Leys pour obtenir la reconnaissance de la nationalité belge de ses enfants, et finalement obtenir gain de cause en 2013, témoigne de son engagement indéfectible envers sa famille et de sa volonté de surmonter les obstacles bureaucratiques.
L'Engagement Intellectuel et le Pseudonyme
Pierre Ryckmans se lance alors dans le décryptage de cette prétendue Révolution culturelle. En 1971, sur les conseils de son éditeur, il décide de prendre un pseudonyme avant de publier "Les habits neufs du président Mao", pour ne pas risquer de devenir persona non grata en République populaire de Chine. Il choisit comme nom "Leys", référence au personnage du roman de Victor Segalen, René Leys, publié en 1922 ; et comme prénom "Simon", référence au nom originel de l'apôtre Pierre.
Il doit rédiger des rapports sur ce qui se passe en Chine où vient de commencer la Révolution culturelle. La Révolution culturelle, une lutte pour le pouvoir engagée par Mao, se révèle une folie sanguinaire. "Les rivières de Chine charriaient les corps de ceux qui étaient sommairement exécutés (…) des cadavres venaient régulièrement s'échouer sur les plages de Hong Kong".
Lire aussi: Simon Moutaïrou : un cinéaste engagé
"Les Habits neufs du président Mao" et la Controverse
En 1971, il publie "Les Habits neufs du président Mao", un ouvrage critique envers le maoïsme et la Révolution culturelle. Succès de librairie, le livre "fut accueilli avec un cinglant mépris par les +experts+". Le biographe publie des extraits d'articles de grands journaux français qu'on ne peut lire aujourd'hui qu'avec consternation.
La publication de « Les Habits neufs du Président Mao » en 1971 marque un tournant majeur dans la vie de Simon Leys et, par extension, dans l'histoire de sa famille. Cet ouvrage fondateur, une critique acerbe et documentée du culte de la personnalité autour de Mao Zedong et de la Révolution culturelle, a propulsé Simon Leys sur la scène intellectuelle internationale.
L'œuvre de Simon Leys, notamment « Les Habits neufs du Président Mao », n'a pas été épargnée par les controverses et les réactions parfois virulentes. Ses analyses critiques du régime maoïste et de la pensée communiste ont suscité l'hostilité de certains milieux intellectuels, notamment en France, où le marxisme était encore influent.
Philippe Paquet revient sur le célèbre échange entre Simon Leys et la romancière italienne, alors maoïste, Maria Antonietta Macciocchi lors d'un Apostrophes de mai 1983. "Je pense que les idiots disent des idioties. C'est comme les pommiers produisent des pommes", assène Leys à la romancière qui, dix ans plus tard, dira avoir "injustement payé pour tous les autres, les Barthes, les Sollers".
Héritage Intellectuel et Postérité
L'héritage intellectuel de Simon Leys est considérable et continue d'influencer le monde de la sinologie et au-delà. Son œuvre, marquée par une rigueur intellectuelle exceptionnelle et une honnêteté intellectuelle sans faille, a contribué à une meilleure compréhension de la Chine et de son histoire complexe.
Lire aussi: L'impact de Chantal Simon sur la médecine générale
Plus que la dénonciation d'un régime "totalitaire et obscurantiste", c'est "la poursuite de la vérité" qui fut le combat de Simon Leys, soutient Philippe Paquet. En 2005, lors de sa dernière apparition publique en Europe, Simon Leys a donné une série de conférences à l'UCL.
Nicolas Idier souligne que Ryckmans occupe un rôle de pionnier dans la discipline de l’histoire de l’art chinois en définissant de manière simple, claire et pertinente ce qui caractérise la peinture et la calligraphie. C’est aussi un historien de l’art qui, sans forcément en arriver à enchaîner les volumes monographiques et à remplir les rayonnages des bibliothèques, a orienté le regard d’une manière simple, convaincante, en faisant appel à un champ du savoir élargi, qui ne se cantonne pas aux limites imposées des départements universitaires, allant puiser régulièrement dans l’histoire littéraire, et s’affranchissant des présupposés géographiques habituels. En somme, Ryckmans a envisagé la Chine comme une expérience globale, nécessitant pour être comprise la mobilisation du plus grand nombre de ressources intellectuelles, voire éthiques.
tags: #simon #leys #enfants #biographie