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La Séparation Mère-Bébé en Périnatalité : Comprendre et Soutenir les Premiers Liens

Introduction

La période périnatale, englobant la période allant de la conception aux premiers mois de vie du nourrisson, est cruciale pour le développement physiologique, mental et social du bébé. Elle comprend l'ensemble des expériences physiques, émotionnelles, affectives et relationnelles des parents dans leurs premiers échanges avec leur bébé. Cette période sensible est influencée par de nombreux facteurs, tant internes qu'externes, qui peuvent perturber la dynamique de développement de l'enfant. De plus, la séparation de la mère et du bébé, qu'elle soit anté- ou postnatale, peut avoir des conséquences significatives sur le bien-être de tous les membres de la famille. Cet article vise à explorer les enjeux de la séparation mère-bébé en périnatalité, en mettant en lumière les facteurs de risque, les impacts potentiels et les stratégies de soutien pour favoriser un développement harmonieux de l'enfant.

La Périnatalité : Une Période Clé pour le Développement de l'Enfant

Le terme de périnatalité englobe une période allant de la conception du fœtus jusqu’aux premiers mois de vie du nourrisson. Il prend en compte l’ensemble du vécu et des expériences physiques (toucher, toilette, allaitement, portage du bébé), émotionnelles, affectives et relationnelles des parents dans leurs premiers échanges avec leur bébé. C’est une période importante pour l’ensemble des processus de maturation physiologique et de construction de la vie mentale (perceptions sensorielles, émergence de la conscience de soi) et sociale du bébé, dans ses interactions quotidiennes avec ses parents.

Les termes anténatal ou prénatal se réfèrent à la période "avant la naissance", tandis que postnatal ou post-partum renvoient aux événements de vie vécus après la naissance. Le concept des 1000 premiers jours désigne une période particulièrement sensible pour le développement de l’enfant.

Les progrès de la recherche médicale, notamment via l’imagerie médicale, ont permis de mieux comprendre les différentes étapes du développement du cerveau, du fœtus jusqu’à l’âge adulte, et la séquence de mise en œuvre des différentes fonctions motrices, sensorielles, cognitives puis relationnelles de l’enfant. La naissance ne représente plus qu’un épiphénomène dans le continuum développemental qui va de l’embryon jusqu’à l’âge adulte.

Facteurs Influant sur le Développement Périnatale

Durant cette période des 1000 premiers jours, de nombreux facteurs - endogènes (propres au fœtus ou au nourrisson) et/ou exogènes (environnementaux) - peuvent perturber la dynamique de développement de l’enfant.

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  • Facteurs endogènes : anomalies ou mutations génétiques à l’origine de perturbation de l’information génétique, maladies congénitales ou héréditaires (phénylcétonurie, thalassémie, hypothyroïdie, hyperplasie surrénalienne).
  • Facteurs exogènes : causes externes d’origine naturelle (exposition au soleil, au froid, aux virus et bactéries), humaine (mauvaise alimentation, dette de sommeil, stress ambiant ou relationnel, troubles psychiques d’un des parents) ou toxique (tabac, alcool, polluants chimiques).

Les conséquences sur le fœtus et le développement de l’enfant à naître provoquées par des habitudes toxiques persistantes ou tout autre facteur de stress durant la grossesse sont aujourd’hui parfaitement documentées. Le stress chronique vécu par les mères en période de grossesse peut être à l’origine de retard de croissance in utero, d’anomalies de la croissance neurologique chez le fœtus, en lien avec des perturbations de l’expression des gènes codant la synthèse des différentes protéines impliquées dans la construction cellulaire. Ces anomalies des processus de régulation épigénétique vont affecter la qualité du développement fœtal et peuvent compromettre durablement le développement psychomoteur, émotionnel et cognitif du jeune enfant, ainsi que la qualité de ses interactions sociales et de son intégration scolaire ultérieure.

La qualité de l'entourage immédiat (soutien du conjoint, des parents et des proches aidants) et la rapidité et l’efficience des soins peuvent pondérer l’impact des troubles psychiques de la mère sur son bébé à naître. Une femme sur 5 est aujourd’hui concernée par un problème de santé mentale durant la grossesse ou suivant l’accouchement. Malheureusement, la grande majorité de ces femmes ne reçoivent aucune aide spécifique ou adaptée. De plus, 10% des pères pourraient ressentir des affects dépressifs durant la grossesse de leur compagne, et 9% souffriraient de dépression du post-partum.

L’incidence négative à court et plus long terme des troubles émotionnels et psychiques d’un parent ou des deux parents sur la relation avec leur bébé, et par voie de conséquence sur le développement psychomoteur, émotionnel et cognitif de leur enfant, est clairement établie. Il est donc essentiel de repérer et de prendre en charge précocement toutes les difficultés émotionnelles et affectives de la mère et/ou du père - quelle qu’en soit la nature - en cours de grossesse et plus généralement durant toute la période périnatale.

L'Importance de l'Attachement et des Interactions Précoces

Dès son plus jeune âge, les interactions entre un enfant et ses parents posent les fondations de son futur développement émotionnel et psychologique. La qualité des interactions sociales précoces est importante pour la formation d'un attachement sécure, qui se développe au cours des premières années de la vie. Un attachement sécure influence la capacité future de l’enfant à établir des relations saines avec les autres.

Qu'est-ce que l'attachement ?

L’attachement entre un enfant et son parent est un lien émotionnel profond et durable qui se développe au cours des premières années de la vie.

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Types d'attachement

  • Attachement sécure : Il se forme lorsque l’enfant se sent durablement compris et soutenu par ses parents. Les enfants qui ont un attachement sécure se sentent en sécurité pour explorer leur environnement, sont à l’aise dans les interactions sociales et sont capables de réguler efficacement leurs émotions. Ces enfants ont généralement une meilleure estime de soi et une plus grande autonomie. Les avantages d’un attachement sécure se prolongent à l’âge adulte, avec des relations plus stables et épanouissantes.

  • Attachement insécure : Il peut se développer si le parent n’est pas disponible de façon prolongée ou ne répond pas aux besoins de son enfant. Les enfants avec un attachement insécure peuvent rencontrer des difficultés à réguler leurs émotions et nouer des relations plus instables dans leur vie future. Cependant, comprendre et traiter l’attachement insécure pendant l’enfance peut atténuer tout effet négatif potentiel à long terme et favoriser l'établissement de relations interpersonnelles plus saines et la résilience émotionnelle.

Identifier et résoudre les difficultés que vous éprouvez à construire le lien avec votre enfant peut réduire considérablement les risques potentiels pour son développement, liés à la formation d'un attachement insécure.

L'État de Stress Post-Traumatique Périnatal (ESPT-P)

La période périnatale, est un moment de grande vulnérabilité tant pour la mère que pour l’enfant. Si cette phase est souvent associée à la joie de la naissance, elle peut également être marquée par des expériences traumatisantes, entraînant un état de stress post-traumatique périnatal (ESPT-P). L’ESPT-P est une réponse psychologique intense à un événement vécu comme potentiellement mortel ou menaçant durant la grossesse, l’accouchement ou le post-partum immédiat.

Définition et Mécanismes

Selon le DSM-5, le trouble de stress post-traumatique (TSPT) survient après une exposition à une menace réelle ou perçue, et se caractérise par :

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  • Revécu du traumatisme (flashbacks, cauchemars, souvenirs envahissants).
  • Évitement des situations, lieux ou conversations rappelant l’événement.
  • Hypervigilance (réactions de sursaut, anxiété accrue, irritabilité).
  • Altérations négatives de l’humeur (culpabilité, sentiment de déconnexion, dépression).

Dans le cadre périnatal, ce stress post-traumatique peut être déclenché par :

  • Des complications obstétricales : Hémorragie, césarienne en urgence, éclampsie, prééclampsie.
  • Des expériences subjectives traumatiques : Sentiment de perte de contrôle, violences obstétricales, douleur non prise en compte.
  • Des menaces pour la vie du bébé : Hospitalisation en soins intensifs néonatals, naissance prématurée, décès périnatal.
  • Une reviviscence de traumatismes antérieurs : Abus sexuels, antécédents de TSPT, infertilité, fausses couches.
  • Un isolement et manque de soutien : Manque d’accompagnement du co-parent, attitude froide, phrases ou mots agressifs et/ou inappropriés du personnel médical, salle d’accouchement inadaptée, bruyante, avec trop de passage laissant l’intimité de la mère à la vue de tous.

Ces événements peuvent entraîner une détresse psychologique intense et altérer le lien mère-bébé.

Impacts du Traumatisme Périnatal

  • Conséquences sur la mère : dépression post-partum, troubles anxieux, difficulté à établir un lien avec le bébé, isolement social.
  • Conséquences sur le bébé : impact sur le développement cérébral, le tempérament du nourrisson (irritabilité, hypervigilance, troubles du sommeil), le développement de l’attachement.
  • Conséquences sur le père/co-parent : stress post-traumatique secondaire, dépression post-partum paternelle, difficulté à soutenir la mère.

La Naissance Prématurée : Un Temps Volé

La naissance prématurée d’un bébé est souvent vécue comme un temps volé et un choc psychique. Pour les parents, le temps est suspendu et ils sont précipités dans un événement impensable. La naissance de l’enfant dans ces conditions de prématurité et d’urgence peut donner le sentiment d’avoir vécu un non-événement, qui génère un sentiment de vide sidérant.

Les sentiments de perte sont intenses, les mères pleurent souvent ce temps qui devait se vivre et permettre de préparer physiquement et psychiquement l’arrivée de l’enfant. La découverte du service de néonatalogie avant même l’entrée dans la chambre de l’enfant est une expérience chargée d’angoisse liée notamment au sentiment d’étrangeté, à la découverte de l’inconnu et, pendant parfois de nombreuses semaines, aux craintes liées au risque vital pour leur bébé.

Les parents savent que leur enfant est là, petit être en survivance, mais ne savent pas à quoi il va ressembler. « Être avec » eux est ce qui les aide à faire diminuer en eux sentiment de culpabilité puis sentiment de dépossession et ambivalence des liens.

Unités Mère-Enfant (UME) : Un Lieu d’Accueil et d’Accompagnement

Les unités mère-enfant (UME) constituent l’un des moyens thérapeutiques les plus adéquats dans le cadre du soin et de l’accompagnement des difficultés maternelles. Elles offrent un accompagnement adapté aux femmes (protecteur et valorisant autant que contenant et continu), que ce soit en hospitalisation de la mère et du bébé en temps plein ou en ambulatoire (hospitalisation de jour) pour les femmes enceintes ou les mères avec leur bébé.

Qu’est-ce qu’une unité mère-enfant ?

Appelées aussi unité mère-bébé (UMB) ou hospitalisation mère-enfant, les unités mère-enfant (abrégé en UME) accueillent des mères dont la désorganisation psychique risque de fragiliser les premiers liens avec l’enfant, et potentiellement compromettre son développement psychoaffectif. Les UME prennent en charge de façon conjointe la mère et l’enfant. L’un des objectifs, en plus d’assurer le bien-être du nourrisson, est d’éviter la séparation avec la mère se trouvant alors dans une situation de souffrance psychique périnatale.

L’objectif des UME est d’offrir un temps et un lieu contenants pour assurer les soins à la mère, soutenir l’attention au bébé et aux liens qui les unissent, et proposer un point de coordination et de ressource pour la famille et les intervenants du réseau médico-social. Elles permettent d’accueillir la mère dans un lieu où elle se sente protégée, afin qu’elle puisse accomplir le travail de « devenir mère ».

L’accompagnement de la mère se réalise alors dans un cadre qui lui donne la possibilité de régresser, voire s’effondrer, sans compromettre la santé de son enfant. Les soignants sont là pour soutenir la mère, souvent culpabilisée de ne pas « être une bonne mère », en prenant le relais auprès du nourrisson lorsque c’est nécessaire. Ces temps d’effondrement encadré permettent ensuite un étayage des capacités maternelles et de la construction ou le renforcement du lien qui se développe entre la mère et l’enfant.

Avoir recours aux unités mère-enfant en France

Malgré leur faible nombre en France, les unités mère-enfant disposent tout de même de 80 à 100 lits d’hospitalisation en sus des accueils à la journée. Ces unités dépendent majoritairement de services de psychiatrie infanto-juvénile.

Il est à noter que l’expression « Unités Parents Bébés » tend à se développer afin d’inclure dans la prise en charge le père ou co-parent, souvent mis à l’écart de l’hospitalisation. Cependant l’hospitalisation sera toujours proposée aux femmes enceintes ou nouvellement mères sous le format temps plein.

Vers plus d’unités parents-bébés ?

Le rapport de la Commission des 1 000 premiers jours rendu en septembre 2020 reconnait que l’investissement du gouvernement britannique dans la santé mentale et la psychiatrie périnatales représente des efforts « protecteurs de la santé psychique et globale non seulement des mères, mais aussi des enfants et des adultes que ces bébés deviendront. »

Les experts de la Commission ont fait des propositions, dont la création et le renforcement d’équipes spécialisées en psychiatrie périnatale coordonnées avec les maternités, associant consultations pluridisciplinaires ante- et postnatales, équipe mobile allant à la rencontre des familles, équipe de liaison en maternité, et idéalement une offre de soin institutionnelle (hôpital de jour ou unité d’hospitalisation bébé-parent).

Préparer la Séparation : Conseils aux Parents

La séparation de la mère et de l'enfant, même temporaire, peut être une source d'anxiété pour les deux. Voici quelques conseils pour préparer au mieux cette séparation :

  • Anticiper la séparation : Expliquer à l'enfant comment se déroulera le séjour à la maternité, en utilisant des mots simples et positifs. Lui dire que vous allez à la maternité, un endroit où naissent tous les bébés et qu'après vous restez quelques jours pour être sûre que tout va bien pour bébé.
  • Rassurer l'enfant : Le faire participer à la préparation de l'arrivée du bébé, lui dire que vous l'aimez fort et que votre amour ne change pas.
  • Préparer un sac spécial : Y inclure le doudou, une tenue de rechange, un livre et quelques jouets. Préparer un sac à bisous : une réserve de bisous de maman si vous lui manquez.
  • Prévoir un petit cadeau : À offrir quand il viendra à la maternité vous rendre visite.
  • Utiliser des livres : Pour expliquer la situation et aborder les émotions de l'enfant.

Stratégies d'Aide et d'Accompagnement

Face aux impacts majeurs du traumatisme périnatal, plusieurs stratégies peuvent être mises en place :

  • Suivi psychologique prénatal et postnatal : Thérapie systémique, TCC, outils en lien avec le trauma complexe, psychoéducation.
  • Thérapie de réseau : Soutien de la mère et travail coordonné des professionnels.

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