L'évolution de la néonatalogie a mis en lumière un aspect fondamental du soin des nouveau-nés : la présence continue des parents. Autrefois limitée par des infrastructures inadaptées et des mentalités différentes, la participation parentale est aujourd'hui reconnue comme un pilier essentiel du développement et du bien-être des bébés prématurés ou nécessitant des soins spécifiques. Cet article explore cette transformation, en s'appuyant sur l'exemple du service de néonatalogie du CHU de Nîmes et des études scientifiques récentes.
Un Changement de Paradigme : De la Séparation à l'Intégration Parentale
Dans le passé, les services de néonatalogie étaient souvent conçus de manière à séparer les parents de leurs enfants. L'infirmière puéricultrice et cadre de santé Isabelle Mollo se souvient : "dans les années 90, le service était fermé. Il y avait une coursive extérieure. Les parents pouvaient voir les bébés derrière une vitre et avaient quelques heures de visite par jour. C'était vraiment un autre état d'esprit. A l'époque, j'ai vu beaucoup de maman pleurer. Des mamans qui voyaient leur bébé mais ne pouvaient pas s'approcher, le toucher ni même participer aux soins". Cette séparation, bien qu'ayant pu être motivée par des considérations d'hygiène ou d'organisation, avait des conséquences émotionnelles importantes pour les parents et pouvait potentiellement impacter le développement des bébés.
Aujourd'hui, une approche centrée sur la famille est privilégiée. La charte du nouveau-né hospitalisé de 2021 inscrit le principe de ne pas séparer l'enfant de ses parents. Les services de néonatalogie modernes, comme celui du CHU de Nîmes, sont conçus pour faciliter la présence parentale 24 heures sur 24.
Le CHU de Nîmes : Un Modèle d'Intégration Parentale
Le service de néonatalogie du CHU de Nîmes illustre parfaitement cette évolution. Après des transformations profondes en 2019, les locaux ont été repensés pour accueillir les parents dans des conditions optimales. La pédiatre Caroline Le Guillou explique : "Avant nos locaux étaient trop petits. Les chambres faisaient quatre mètres carrés. Cela permettait juste de mettre le petit berceau et un fauteuil. Forcément, les parents ne pouvaient pas rester autant."
Désormais, les chambres spacieuses permettent d'installer des canapés-lits et des matelas gonflables. L'hôpital est devenu leur nouvelle maison. Au service néonatalogie du CHU de Nîmes, de jeunes parents restent 24 heures sur 24 au chevet de leur enfant né prématuré ou avec des complications. Autour du berceau de la petite Paola, règne un joyeux bazar. "C'est le camping", s'exclame la maman Ludivine, "on a le canapé qui se déplie en lit pour moi, et le papa dort sur le matelas gonflable." Le bébé a rencontré des difficultés à la naissance, depuis ses parents restent vingt-quatre heures sur vingt-quatre à ses côtés. "On reste pour lui donner de la force. On n'imagine pas ne pas être avec elle et rester chez nous, c'est inenvisageable", assure la jeune femme aux traits tirés.
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Des espaces communs, comme une salle à manger équipée d'une cuisine, de réfrigérateurs et de micro-ondes, sont mis à disposition des familles. Mariana et Jean-David prennent leur petit déjeuner dans la salle à manger. "C'est comme à la maison", témoigne la maman en avalant son granola. A la différence qu'ici, les parents étiquettent toutes leurs denrées. Son conjoint range dans un grand panier prévu à cet effet toutes leurs affaires : "C'est pratique. On a tout ce qu'il nous faut, ou tout du moins l'essentiel : la cuisine, les réfrigérateurs, micro-ondes… " Dans les couloirs du service, il n'est pas rare de croiser des parents en pyjama, pantoufles aux pieds. Certains vont se doucher.
Les Bénéfices Prouvés de la Présence Parentale
La présence parentale en néonatalogie n'est pas seulement une question de confort ou de bien-être émotionnel. Elle a des impacts concrets et mesurables sur la santé et le développement des nouveau-nés.
- Favoriser l'allaitement : La proximité avec la mère facilite la mise en place et le maintien de l'allaitement maternel, reconnu pour ses nombreux bienfaits nutritionnels et immunologiques.
- Encourager le peau-à-peau : Le contact peau-à-peau régulier entre le bébé et ses parents favorise la régulation de la température, de la fréquence cardiaque et de la respiration du nouveau-né.
- Stimuler le développement cérébral : Les interactions sensorielles (voix, toucher, odeur) avec les parents sont essentielles pour le développement cérébral du bébé.
- Améliorer la stabilité : La présence des parents contribue à réduire le stress et l'anxiété du bébé, améliorant ainsi sa stabilité physiologique et comportementale.
La pédiatre Caroline Le Guillou souligne : "Le soin de base pour l'enfant, c'est la présence de ses parents. Cela permet de favoriser l'allaitement, faire du peau-à-peau. C'est bon pour le développement cérébral du bébé, mais aussi pour sa stabilité. C'est primordial comme l'ont montré plusieurs études scientifiques."
Les Défis et les Obstacles à Surmonter
Malgré les avancées, tous les parents ne sont pas en mesure de rester au chevet de leur bébé 24 heures sur 24. "Actuellement, on a environ un tiers des parents présents vingt-quatre sur vingt-quatre", constate la médecin. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation :
- Raisons matérielles : Éloignement géographique, difficultés financières, absence de logement adapté à proximité de l'hôpital.
- Contraintes familiales : Présence d'autres enfants à charge, obligations professionnelles.
- Facteurs psychologiques : Sentiment d'impuissance, peur de ne pas savoir s'occuper d'un bébé malade ou prématuré.
La cadre de santé Isabelle Mollo ajoute : "Pour certains, il y a des raisons matérielles, des parents qui habitent loin, des familles avec d'autres frères et sœurs… Mais je pense aussi que les parents ont aussi une certaine peur. Ils se sentent démunis, inutiles face à leur bébé malade ou en couveuse."
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Il est donc essentiel d'accompagner et de soutenir les parents, en leur offrant un soutien logistique, financier et psychologique adapté à leurs besoins. La spécialité de néonatalogie a beaucoup évolué. Les parents sont désormais considérés comme des partenaires de soins. "Cela nécessite un changement de position de la part de professionnels de santé. On n'est plus seulement le soignant de l'enfant, mais le soignant d'une famille, avec ses fragilités et ses forces", analyse la pédiatre Caroline Le Guillou.
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