L'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires, votée par le Parlement, a constitué une avancée majeure. Cependant, un an après ce vote historique, des voix s'élèvent pour dénoncer des pratiques jugées discriminatoires et des inégalités persistantes dans l'accès à ces techniques. Cet article explore les différents aspects de ce scandale parlementaire, en mettant en lumière les témoignages, les points de vue des professionnels et les enjeux éthiques sous-jacents.
Inégalités d'accès et discriminations
Malgré la loi Bioéthique qui interdit toute discrimination d'accès à la PMA, "notamment sur l'orientation sexuelle ou le statut matrimonial", certaines femmes témoignent d'une différence de traitement par rapport aux couples hétérosexuels.
Témoignages poignants
Rozenn Marais, une jeune femme de 28 ans, enceinte grâce à une PMA réalisée en Espagne, témoigne avoir essuyé un refus d'inscription dans un centre français en raison de son âge. La gynécologue lui aurait indiqué qu'il fallait avoir 29 ans, un critère non stipulé par la loi. "Ce qui est encore plus étonnant, c'est qu'elle m'a dit que si j'avais été mariée, je n'aurais pas eu besoin d'attendre d'avoir 29 ans. Ça m'a vraiment énervée. Ce n'est pas normal que je ne puisse pas m'inscrire alors que j'en ai le droit."
Stéphanie, qui a eu avec sa compagne deux enfants nés par PMA à l'étranger, pointe elle aussi des pratiques qu'elle juge discriminatoires. Certaines des femmes qui les ont contactées via leur blog Demande à tes mères évoquent également une différence de traitement. "Certaines femmes en couple de femmes ont eu des entretiens individuels pour vérifier leur motivation alors que pour les couples hétérosexuels un entretien commun a suffi", pointe Stéphanie. "Des femmes célibataires nous ont dit qu'on leur avait demandé de venir accompagnées pour prouver qu'elles étaient soutenues dans leur démarche. On ne demande pas ça à un couple."
Nathalie, responsable administrative de 40 ans, a entamé un parcours PMA - seule - et se souvient de "questions très intrusives", comme le nombre et la durée de ses précédentes relations amoureuses. "On m'a aussi interrogée sur la légitimité de mon souhait à devenir mère", poursuit-elle. "C'était vraiment très déstabilisant."
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Cynthia, coordinatrice administrative, a eu son premier rendez-vous au mois de mai. Cette Parisienne de 33 ans célibataire fait partie de ces femmes qui ont dû prouver leur solidité financière. "On m'a demandé si j'avais une bonne situation, un appartement assez grand, où je mettrai l'enfant, s'il aurait une chambre à lui mais aussi qui pourrait m'aider en cas de problème. J'ai répondu 'mes sœurs', et la réaction a été 'c'est tout?'", se souvient-elle.
Réflexions homophobes et entretiens de sélection
Catherine Clavin, la coprésidente de l'Association des parents et futurs parents gays et lesbiens, dénonce le comportement de certains médecins. "Ce sont des cas isolés mais on a eu des remontées sur plusieurs professionnels, avec des réflexions à la limite de l'homophobie et l'impression pour les couples de femmes de devoir passer un entretien de sélection", déplore-t-elle.
Bénédicte Blanchet, de l'association Mam'en solo, considère tout de même certaines pratiques comme "infantilisantes". "Certains centres imposent des rendez-vous supplémentaires avec une assistante sociale", affirme-t-elle. "Dans d'autres, des femmes ont dû prouver leur stabilité professionnelle et financière, fiches de paie ou contrat de travail à l'appui. Qu'est-ce que ça signifie?"
Questions intrusives et questionnaires
L'autre point de crispation, ce sont les questionnaires adressés lors des premiers entretiens. Certains se font à l'écrit, d'autres à l'oral. Ils peuvent contenir des questions variées et parfois très intimes, portant sur le nombre et la durée des relations amoureuses, ou sur la légitimité du désir d'enfant.
Sur ces questionnaires, Catherine Guillemain, la présidente de la Fédération des Cecos, se justifie en expliquant que la France s'est calquée sur le modèle belge, où la PMA est ouverte à toutes les femmes depuis quinze ans. "La volonté était de partir de ceux qui avaient déjà cette expérience. C'est une trame de réflexion, une aide pour initier le parcours mais ce n'est pas contractuel. Peu de centres l'ont systématisé", argue-t-elle.
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Catherine Guillemain ajoute que ce questionnaire n'est en rien "un examen de passage" ni "bloquant" pour la suite du parcours. Si elle admet ne pas connaître la "liste exhaustive" de ces questions et qu'il lui est "difficile de se prononcer" sur leur caractère intime, elle s'en défend. "Quelques fois, on peut avoir l'impression que c'est intrusif. Avec des couples hétérosexuels infertiles, on pose par exemple plein de questions qui peuvent paraître intrusives. Mais il y a quand même un enjeu de famille derrière ça."
Chantage au donneur
Sur les réseaux sociaux, certaines femmes témoignent d'une autre condition d'accès: elles affirment qu'on leur a demandé de fournir un nouveau donneur ou une nouvelle donneuse de gamètes - pas forcément pour elles.
C'est ce qui s'est passé pour Marie. Cette femme célibataire de 40 ans assure que le centre PMA auquel elle s'est adressée l'a d'abord prévenue qu'elle devrait attendre deux ans pour bénéficier d'un don de sperme avant de lui annoncer une réduction de moitié de ce delai si elle amenait un donneur. "Ça m'a choquée et je trouve ça injuste mais je n'ai pas le choix, je n'ai plus le temps d'attendre", raconte cette enseignante de Morlaix. J'ai réussi à convaincre un ami d'aller donner son sperme."
Catherine Guillemain, la présidente de la Fédération des Cecos, affirme pour sa part que ces pratiques - qu'elle qualifie de "marginales" - "ne sont plus possibles". "Ça ne devrait plus se faire", argumente-t-elle. "Des consignes ont été données."
Les réponses des professionnels
Face à ces accusations, les professionnels de la PMA se défendent et mettent en avant les contraintes et les enjeux liés à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes.
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Des parcours similaires pour toutes
Catherine Guillemain, présidente de la Fédération des Cecos, se défend de ces accusations. "Les parcours sont les mêmes", déclare-t-elle. "Si certaines femmes ont été reçues deux fois par le psychologue, c'est que dans ce centre toutes les receveuses sont reçues deux fois."
Quant au fait d'imposer à certaines femmes seules de venir accompagnées, Catherine Guillemain assure que tous les centres ne formulent pas cette exigence et que, quand bien même, cela n'aurait rien d'aberrant. "Savoir qui s'occupera de l'enfant si la femme est malade pendant deux mois, il me semble que c'est pertinent de le demander", estime-t-elle.
Accompagnement et non jugement
Catherine Guillemain, la représentante des Cecos, comprend que certaines femmes "vivent mal" ces étapes et appelle à plus de pédagogie de la part des professionnels. "Ce n'est pas un jugement mais un accompagnement", précise-t-elle. "Mais vous comprenez qu'on puisse s'interroger sur le projet parental d'une femme sans ressources."
Uniformiser les pratiques
Plus généralement, Catherine Guillemain reconnaît tout de même que les procédures de prise en charge peuvent varier d'un centre à l'autre. "Il faudrait uniformiser les pratiques mais on n'a pas le temps de la réflexion et de l'échange", justifie-t-elle.
L'impact de la loi Bioéthique et l'augmentation des demandes
L'ouverture de la PMA à toutes les femmes a entraîné une augmentation significative des demandes, ce qui a engendré des délais d'attente plus longs et des difficultés d'organisation pour les centres de PMA. "Les demandes de dons de sperme ont été multipliées par sept, personne n'avait anticipé cette hausse", déplore Catherine Guillemain. "On essaie de faire au mieux mais tous les moyens promis n'ont pas été honorés. Il ne faut pas s'étonner que ce soit compliqué."
Priorité à certains profils?
Certaines femmes craignent ainsi qu'une priorité ne soit accordée à certains profils. "On a fait le test: dans un même centre, il peut y avoir un décalage de six mois selon qu'il s'agisse d'un couple hétérosexuel ou d'une femme seule", accuse Bénédicte Blanchet, de l'association Mam'en solo. "Il y a aussi des femmes de 40 ans qui ont été refusées à cause de leur âge."
Des accusations que balaie Catherine Guillemain, la présidente de la Fédération des Cecos. "Il n'y a certainement pas de priorité selon le profil", assure-t-elle. Mais elle précise néanmoins que pour les femmes plus âgées, soit autour de 40 ans, "on essaie d'aller plus vite". Elle reconnaît également que certains centres, notamment en région parisienne, n'acceptent plus les femmes de plus de 41 ans. "C'est vrai qu'il y a des endroits où les femmes sont refusées. Ce n'est pas idéal."
Réalités biologiques et information
Selon Catherine Guillemain, les femmes ne seraient pas suffisamment informées - ou conscientes - des réalités biologiques. "Parfois, les fonctions ovariennes ne permettent pas la réussite de la PMA, les taux de succès", argue-t-elle, avant de s'insurger contre le slogan "PMA pour toutes"."La PMA, ça n'a jamais été pour toutes. Il y a des femmes, en couple ou pas, pour lesquelles ça ne marchera jamais. Il faut arrêter de considérer qu'on y a droit parce que c'est écrit dans la loi. Jusqu'à 45 ans, c'est une aberration, ça ne fonctionne plus."
Le rôle du Professeur Samir Hamamah
Le professeur Samir Hamamah, responsable du service de biologie de la reproduction au CHU de Montpellier et président de la Fédération Française d’Étude de la Reproduction, a joué un rôle crucial dans la sauvegarde de milliers d’embryons menacés de destruction par la loi de bioéthique de 2021. Grâce à sa mobilisation, le gouvernement a finalement clarifié sa position : les couples pourront utiliser les embryons issus de dons anonymes, à condition d’être informés que l’enfant né de cette procédure ne pourra pas forcément connaître l’identité de son donneur.
La question de l'indemnisation des donneuses d'ovocytes
Face à la pénurie de candidates au don d'ovocytes, la question de l'indemnisation des donneuses est soulevée. Bien que la gratuité du don d'éléments du corps humain soit un principe fondateur de la bioéthique en France, certains professionnels de la PMA estiment qu'un défraiement pourrait encourager davantage de femmes à s'engager dans ce parcours exigeant.
Fin de l'anonymat des gamètes
La loi de bioéthique de 2021 a marqué la fin de l'anonymat des gamètes utilisés dans le cadre d'une PMA. Cette disposition vise à donner le droit à tous les enfants issus d'un don d'accéder à leurs origines, s'ils le souhaitent, à 18 ans.
L'évolution du débat autour de la PMA
La promulgation de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe a modifié les termes du débat autour de la PMA. Si la loi ouvre l’adoption aux couples homosexuels, le recours à la PMA reste une question complexe, suscitant des opinions divergentes.
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